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CHAPITRE VI

I. Les fresques de Cappadoce. Les sujets. L'ordonnance et l'iconographie. Clas-

- sement chronologique des monuments. Caractère de ces fresques. — II. Les fresques de l'Italie méridionale. L’hellénisation de l'Italie du Sud. Les sujets. Classement chronologique des monuments. Caractère de ces peintures. — III. Les fresques russes. L'église de Néréditsi. — IV. Les icones.

Jusqu'en ces dernières années, .on ne connaissait aucun monument de la peinture murale byzantine pour la période qui s'étend de la fin du 1v° siècle à la fin du xn° siècle. Des explorations récentes ont heureusement comblé cette lacune : l'Italie du Sud d'abord !, la Cappadoce, il y a quelques années à peine ?, nous ont révélé de curieux vestiges de cet art disparu. On peut aujourd’hui d’autant mieux en entreprendre l'étude que plusieurs de ces ouvrages sont datés avec une absolue précision. D'autre part, les fresques qui décorent les vieilles églises russes du xu° siècle, et dont le style est tout byzantin, fournissent, pour compléter cet exposé, d'utiles points de comparaison *.

1. Cf. Diehl, L'art byzantin dans l’Ilalie méridionale, 1894 ; Bertaux, L'art dans l'Italie méridionale, 1904.

2. De Jerphanion, Les églises soulerraines de Gueurémé et Soghanli (C. R.

Acad. Inscr., 1908) ; Les églises de Cappadoce (ibid , 1912) ; Rapport sur une mission d'études en Cappadoce (Bull. de la Société française des fouilles archéologiques, 1913) ; Deux chapelles souterraines en Cappadoce (R. A., 1908, Il) ; La date des peintures de Toqale Kilisséen Cappadoce (RA., 1912, Il); Inscriptions byzantines de la région d'Urgub en Cappadoce (Mélanges de la Faculté orientale de Beyrouth, 1913); Rott, Kleinasiatische Denkmäler, 1908 ; Grégoire, Voyage dans le Pont et en Cappadoce (B. C. H., 1909) ; Millet, Remarques sur l’iconographie des peintures cappadociennes (G. R. Acad. Inscr. 1912). Cf. Dalton, Byz. art and archaeology, p. 267 etsuiv. L'ouvrage du P. de Jerphanion sur les églises rupestres de Cappadoce est annoncé comme devant paraître prochainement, 2 vol. 4° avec 2 vol. d’atlas f°.

3. Pokrovskij, Peintures murales dans les anciennes églises grecques et russes (Troudy du 7° congrès archéologique, I), Moscou, 1890 (russe) ; Ebersolt, Fresques byzantines de Néréditsi (Mon. Piot, XIII, 1906) ; Mouratof, La peinture russe jusqu'au commencement du XVII° siècle (dans I. Grabar, Histoire de l'art russe, t. VI, 130 et suiv., Moscou, 1913) ; Réau, L'art russe des origines à Pierre le Grand, Paris, 1921.

LES FRESQUES DE CAPPADOCE ê

La Cappadoce, on l'a vu déjà, est une des parties de l'Asie Mineure où le christianisme et l’art chrétien se développèrent le plus tôt et le plus brillamment. Les établissements monastiques en particulier s’y multiplièrent avec une extraordinaire rapidité. Comme dans les solitudes de la Thébaïde et de la Palestine, de nombreux anachorètes vinrent établir leurs cellules dans les ravins de la région volcanique et déserte qui s'étend à l’ouest et au sud de Césarée. À Urgub, à Gueurémé, à Sinasos, à Atchyk-Seraï, à Soghanli, ailleurs encore, les flancs de la vallée, les pics et les cônes naturels qui s’y dressent sont creusés d'innombrables cavernes artificielles, qui servirent jadis d'habitation, de lieu de culte ou de sépulture aux pieux solitaires. Les églises souterraines, les chapelles funéraires s’y rencontrent en grand nombre, quelquefois signalées à l’attention par de curieuses façades, où des séries d'arcades aveugles à l'arc outrepassé forment au-dessus des portes comme une frise taillée dans la roche. Plus souvent, la décoration extérieure est nulle : mais à l’intérieur, dans toutes ces chapelles, les parois sont complètement couvertes de peintures. Le temps en a détruit beaucoup, les hommes en ont abimé davantage ; pourtant, dans les deux principaux groupes de ces églises rupestres, à Gueurémé et à. Soghanli, les fresques se comptent encore par centaines, et beaucoup sont assez bien conservées (fig. 270).

Certaines, les plus anciennes, sont peintes directement sur le roc : elles sont, en général, fort simples et purement ornementales. Ce sont des dessins géométriques, filets, entrelacs, zigzags, ou encore des croix, peints d'ordinaire en rouge et en vert. Rarement des figures de saints isolés s’y mêlent, se délachant en tons très simples sur le fond gris de la roche. Quelques-unes de ces peintures purement décoratives pourraient à la rigueur remonter à l’époque des iconoclastes ?. Mais le plus grand nombre de ces fresques est peint sur un enduit de plâtre recouvrant les murailles et date d’une époque

1. Aux ouvrages cités plus haut de Jerphanion, Rott et Grégoire on peut joindre Levidis. Ai ëy bovoAlors uovai ris Karradoxiac, Constantinople, 1899.

2. Chap. de la Sainte-Croix à Sinasos (Grégoire, loc. cit., 91). Cf. Millet, Les iconoclastes et la croix (BCH., 1910, p. 96).

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