‹ Manuel d'art byzantinChapitre 63 sur 309 · LA TENDANCE PROFANE · texte numérisé non relu

LA TENDANCE PROFANE

différent ; les manuscrits du Sinaï et de Patmos rappellent l’art alexandrin par leurs architectures, leurs scènes pastorales, leurs tableaux de genre. C'est précisément l'absence de tous ces motifs qui rend intéressante et significative la rédaction de Venise. On y sent, toute-puissante sur toute une partie de l’art, l'influence de l'Église, violemment hostile aux tendances antiques, pittoresques et profanes, qu'avait remises en honneur l'époque des iconoclastes. La tendance profane. — Le triomphe de l’orthodoxie pourtant fut impuissant à arrêter l'impulsion nouvelle. En face de l’art religieux, mis au service du dogme, strictement asservi aux règles de l'iconographie pieuse, le souvenir de l'antiquité classique, le goût d'un art littéraire et profane, qui, de tout temps, avaient à Byzance fait échec à l'influence théologique, persistèrent, et avec la Renaissance macédonienne celte tendance sembla même un moment l’emporter. Dans les écoles d'art qui se formèrent alors en dehors des cercles ecclésiastiques, parmi les artistes qui travaillaient pour les empereurs et pour la cour, on revint volontiers vers ces chefsd'œuvre de l’art antique, qui de toute part s’offraient aux yeux, on les copia, on s’en inspira, on les introduisit jusque dans l’art religieux même. C’est le goût des figures antiques, des allégories classiques, des sujets mythologiques qui domine dans les beaux manuscrits du 1x° et du x° siècle enluminés pour les empereurs : et si parfois ces scènes mythologiques s'y transforment étrangement selon le goût byzantin, on n’y constate pas moins la conservation dela tradition pittoresque alexandrine, l’amour des sujets profanes, réalistes et familiers, ou bien historiques. Les iconoclastes, d’autre part, avaient légué à l’âge suivant le goût de l’ornementation somptueuse. Elle s'épanouitavecune merveilleuse richesse dans lesmanuscrits de l’époque macédonienne, avec leurs frontispices fleuronnés où se joue un peuple d'animaux et d'oiseaux, avec leurs initiales élégantes, où la fantaisie la plus charmantes’est donné carrière. Ainsi se reflètent et s'opposent dans la miniature aussi les deux tendances qui, de tout temps, ont partagé les esprits à Byzance. Les manuscrits illustrés de notre période permettront de suivre la fortune de ces deux courants contraires, de voir comment ils se manifestèrent en face l'un de l’autre, comment parfois ils se combinèrent, et lequel enfin triompha !.

1. Il convient d'ajouter ici quelques indications sur la technique qu'employaient généralement les miniaturistes byzantins du second âge d'or. Certains manuscrits, dont l'illustration est demeurée inachevée (Bibl.

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