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LES MANUSCRITS PROFANES

Un fait est d'abord à remarquer. C'est la place relativement considérable que le second âge d'or paraît avoir faite à l'illustration des textes profanes, des ouvrages scientifiques en particulier. Plusieurs manuscrits de celte sorte nous sont parvenus, datant du x° et du xr° siècle, dont l'illustration semble reproduire assez exactement des originaux antiques.

Oppien. — La Marcienne de Venise possède un beau manuscrit des Cynégétiques d'Oppien, écrit au x° siècle, et infiniment supérieur à la médiocre copie du même ouvrage, enluminée au xv° siècle, que conserve la Bibliothèque Nationale (Gr. 2736) *. Quoiqu'on y reconnaisse sans peine la reproduction d'un original antique, qui datait probablement du im° ou 1v° siècle (fig. 283), il est visible cependant que celte reproduction s'éloigne assez sensiblement du

Nat., Gr. 54 [Évangile), Suppl. gr. 247 (Nicandre), Gr. 1783; etc.), d’autres, dont le frottement a écaillé et fait tomber les couleurs (Pétersbourg, Bibl. Nat., 21 (Évangile); Berlin, Bibl. royale, 66 (Évangile); Paris, Bibl. Nat., Gr. 20 (psautier) ; Messine, Bibl. de l'Université, 27; etc.), permettent de saisir les détails de cette technique. Sur le parchemin, le miniaturiste trace tantôt à la plume, tantôt au pinceau, une esquisse souvent assez grossière, parfois très soignée, de ses figures ; elle est d'ordinaire exécutée en traits bruns ou rouges. Puis, après avoir fait, s’il y a lieu, le fond d'or sur lequel se détacheront les personnages, et qui parfois empiète jusque sur l'esquisse, le peintre couvre les différentes parties de la figure d'une teinte neutre très légère, sous laquelle les lignes noires, fortement marquées, de l’esquisse transparaissent, Sur ce fond il applique ensuite successivement les différentes teintes que comporte le tableau. Ainsi telle figure de l'Évangile grec n° 54 de la Bibl. Nat. (f° 201, 203 v°) n’a encore reçu que la couleur rouge. Si donc la couleur vient à tomber, les traits essentiels de la composition subsistent néanmoins : et parfois même le dessin retrouve alors une élégance et une vivacilé qu'un coloris maladroit avait fait disparaître.

Toutefois, d’autres miniaturistes emploient un autre procédé. Ils couvrent toute la surface à peindre d’une couche à la gouache, épaisse etempâtée en teinte neutre, sur laquelle ils tracent l’esquisse au pinceau, et qui forme comme le lit du tableau. Sur ce fond, ils n’ont plus alors qu'à faire des relevés en clair, des accentuations en sombre. C'est le procédé de la peinture à fresque : mais il a été funeste à bien des miniatures. Quand la couleur tombe, il ne reste plus en effet aucune trace du sujet ou du personnage représentés. (Cf. Bordier, Description des manuscrits, p. 25-26; Diehl, L'art byzantin dans l'Italie méridionale, p. 260-262; Tikkanen, Eine illustrierte Klimazhandschrift, Helsingfors, 1890, p. 16; Dobbert, dans BZ, V, 595-597.)

1. Bordier, Description des peintures des manuscrits grecs de la Bibliothèque Nationale, Paris, 1883.

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