‹ Manuel d'art byzantinChapitre 65 sur 309 · OPPIEN · texte numérisé non relu

OPPIEN

type primilif. On n'y rencontre plus qu’exceptionnellement les fonds bleus ou roses qui rappellent les paysages pompéiens ; et le modelé des nus, d'autre part, souvent traités au moyen de pénombres vertes, s'écarte également des procédés dela technique ancienne. En revanche, les scènes historiques et mythologiques

Fig. 283. — Scènes champêtres. Miniature du manuscrit d'Oppien (Bibl. Marcienne). Coll. Hautes Études, C. 508.

tiennent naturellement une grande place dans cetteillustration. On y voit Bellérophon et la Chimère, Persée et la Gorgone, les exploits de l'Amour (fig. 284), l'histoire des Argonautes, Achille sur son char, Alexandre poursuivant Darius : autant de thèmes qui attestent clairement limitation d’un modèle antique. Mais il est intéressant de constater que ces thèmes anciens étaient, dans l’art du x° siècle, autre chose que des curiosités d'antiquaire. Les épisodes mytholo-

giqués qui illustrent le manuscrit d'Oppiensont, par une coince curieuse, ceux-là même que, d'après un passage déjà cité, Digénis Akritas avait fait représenter en mosaïque dans Îles salles de son palais. Il ya là un fait caractéristique, qui montre à la fois la faveur que gardaient au x° siècle, jusque dans la décoration monumentale, les épisodes empruntés à l'art classique, et combien aussi

Fig. 284. — Les dieux de l'Olympe. Miniature du manuscrit d'Oppien (Bibl. Marcienne). Coll. Hautes Études, C. 518.

les miniatures des Cynégétiques, tout en s'inspirant d'un original ancien, avaient perdu certains caractères du type primitif, pour se ‘rapprocher des représentations de l’art monumental du temps.

Nicandre!.— D'autres manuscrits reproduisent plus fidèlement les prototypes antiques. C'est le cas, par exemple, du manuscrit des Theriaca de Nicandre, que conserve la Bibliothèque Nationale (Suppl. gr. 247), et qui date du xr° siècle. Un passage de Tertullien atteste que, dès le second siècle, ilexistait une édition illustrée de ce petit traité des remèdes à employer contre lesmorsures venimeuses ; et s'il serait évidemment téméraire de vouloir, d’après la copie du x1° siècle, se faire une idée exacte de cet original, du moins est-il

1. Omont, Fac-similés des minialures des plus anciens manuscrits grecs dela Bibliothèque Nationale, Paris, 1902; cf. l’article de F. Lenormant (Gaz. archéologique, 1875 et 1876), et Aïnalof, Origines, 7 suiv.

APOLLONIUS DE CITIUM 605

certain que de cette copie se dégage, selon l'expression de Lenormant, «un parfum d'antiquité classique ». Dans les scènes champêtres et mythologiques, qui se mêlent à l'illustration proprement didactique, on retrouve nettement l'influence de l'esprit alexandrin. Quoique, du fait des teintes un peu plates, le relief soit affaibli, le modelé des formes, le rendu exact de la musculature,les costumes

Fig. 285. — Miniature du manuscrit de Nicandre (Bibl. Nationale). (D'après Omont, Fac-similés des miniatures).

sont d'un arttoutantique; les constructions, les paysages, les figures allégoriques rappellent, d'autre part, le goût hellénistique ; et certaines compositions pittoresques, comme celle des serpents naissant du sang des géants ou l’image des jardins purifiés (fig. 285), sont de véritables tableau de genre. Selon l'expression très juste d’Aïnalof, les miniatures du Nicandre « sont à la fois des manifestations de l’art grec et de la science alexandrine ».

Apollonius de Cilium. — Les mêmes remarques peuvent s'appliquer au traité d’Apollonius de Gitium sur la guérison des luxations, dont la Laurentienne de Florence possède un manuscrit du x1° siècle. Sous des arcades, entre des colonnes corinthiennes, on y voit représentés les divers moments de l’opération : les personnages, médecin, aides, patient, sont nus pour la plupart. Malgré

quelques traits byzantins, on retrouve nettement dans ces scènes le souvenir d'un original du 1v° siècle : les plis élégants des rideaux, l’arrangement des draperies, le modelé des nus surtout ont un caractère tout antique. Comme le dit encore Aïualof, « le manuscrit d'Apollonius met en lumière les traits essentiels de la peinture alexandrine, sinon dans tout l'éclat de l'original, du moins dans le maintien de ses traditions. Comme dans le manuscrit de Nicandre, l’art est mis ici au service d’une science. On comprend dès lors pourquoi la copie byzantine reproduit les nudités de l'original, pourquoi on a mis tant de soin à rendre exactement l'anatomie des corps, pourquoi enfin les muscles ont étéfigurés avec une telle saillie que parfois le personnage en devient difforme. Ce sont là autant de traits de facture qui appartiennent à l'original! De

D'autres manuscrits, de date d’ailleurs postérieure, montrent la persistance à Byzance des mêmes traditions. Le manuscrit grec 2832 de la Bibliothèque Nationale, qui peut remonteràla deuxième moitié du xiv° siècle, contient, à la suite des idylles de Théocrite, deux peintures directement inspirées de modèles antiques : elles représentent Dosiadès présentant à Apollon le poème de l’Autel, et Théocrite offrant celui de la Flûteà Pan ?. Des thèmes semblables, traités de la même façon, se retrouvent jusque dans des manuscrits du xv° siècle #. Ainsi, jusqu'aux derniers temps byzantins, on se plut à copier attentivement, souvent avec de véritables scrupules d’antiquaire, les prototypes créés par l’art alexandrin. Mais ces manuscrits ne sont pas seulement intéressants en ce qu’ils prouvent le goût persistant que le monde byzantin gardait pour les œuvres antiques, pour celles de la littérature scientifique surtout. Il y a plus. A l'époque des empereurs macédoniens, celte influence de l'art classique se fit sentir jusque dans l’art religieux, et dans l'illustration du Psautier comme danscelle des homélies de Grégoire de Nazianze, en face de la rédaction théologique, elle donna naissance, on le verra, à une rédaction purement littéraire.

1. Apollonius de Citium, éd. H. Schône, Leipzig, 1896. Cf. Aïnalof, Orig. p. 13-14.

2. Omont, Dosiadès et Théocrite offrant leurs poèmes à Apollon et à (Mon. Piot, XII, 1905). P P el à Pan

3. Wendel, Die Technopägnien-Ausgabe des Rhetors Holobolos (BZ., XVI 1907, p. 460). "SES

À nai

Page 1