LES HOMÉLIES DU MOINE JACQUES
Quelques manuscrits des Évangiles renferment pourtant une illustration plus sobre : un bel exemplaire de ce groupe est le manuscrit d'Iviron n° 5, d’une exécution très fine, et d'un caractère monumental assez accusé !, Mais en somme, si, parmi ces évangiles illustrés, « quelques-uns appartiennent aux meilleures productions de l'art », pourtant ils ne rappellent plus guère les beaux évangiles du vr° siècle, celui de Rabula ou celui de Rossano. Iei aussi se manifestent les tendances de l'art de cette époque. Sortis des couvents pour la plupart, ces manuscrits portent dans toutes les conceplions artistiques l’empreinte des idées monacales, et leur exécution minutieuse et patiente, qui souvent essaie de reproduire la technique brillante de l'émail, en couvrant les vêtements de teintes plates striées d'or, est œuvre de calligraphe plus encore que de peintre, « et cesse, dit Kondakof, d'exiger un talent véritable ? ».
Les homélies du moine Jacques . — La même inspiration monastique se retrouve dans les manuscrits des homélies du moine Jacques de Kokkinobaphos en l'honneur dela Vierge. Il existe de cet ouvrage deux manuscrits illustrés, datant du milieu du xne siècle ; l’un est conservé à la Vaticane (Gr. 1162) ; l’autre, celui de la Nationale (Gr. 1208), provient de la bibliothèque des empereurs et est une copie du premier. L'illustration, fort luxueuse, et d’un coloris très brillant, comprend un certain nombre de frontispices en pleine page et une abondante suite de miniatures intercalées dans le texte, qui, avec un grand luxe de détails, illustrent les épisodes de la vie de la Vierge. C'est un très ample développement des évangiles apocryphes, où le désir de rendre tous les détails du texte ne va pas sans beaucoup de monotonie. L’exécution, d’autre part, malgré quelques pages d’une réelle beauté (la Vierge au milieu des chœurs des élus, fig. 309 ; Salomon sur un lit entouré des guerriers d'Israël, sexaginta fortes ex fortissimis Israël. Eccl. III, 7, fig. 310), est souvent maladroite ; l'expression a disparu : les proportions du corps, allongées à l'excès, ne sont plus conservées. Un symbolisme mystique, conforme aux idées formalistes des commentateurs des
1. Brockhaus, Die Kunst in den Athos-Klôstern, Leipzig, 1891 ; Kondakof, Monuments de l'art chrétien à l'Athos, Pétersbourg, 1902.