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LE CYCLE DES GRANDES FÊTES

fixion et la Descente aux limbes : l'Adoration des Mages ou la Trahison de Judas figurent près de la Nativité et de l’Entrée à Jérusalem ; au mur occidental de l'église, une vaste composition, représentant le Jugement dernier, complète le cycle des fêtes et achève cet ensemble systématique, où, selon l'expression d’un théologien,

Fig. 235. — La Présentation. Miniature de l’évangile d'Iviron. (Coll. Hautes Études, B. 62).

« tous les mystères de l'Incarnation du Christ sont représentés, depuis l’arrivée de l’archange Gabriel auprès de la Vierge jusqu’à l’Ascension du Seigneur et sa Seconde Venue ». Dans le narthex enfin, et parfois dans l’église, les épiscdes de la vie de la Vierge, inspirés des évangiles apocryphes, prennent une place presque égale à celle qu'occupent les scènes de la Passion. Enfin, au tympan de la porte qui conduit dans l’église, le Christ est figuré, tantôt

en buste, tantôt trônant, avec le fondateur de l'église prosterné à

ses pieds.

Fig. 236. — Le Baptême du Christ. Miniature de l’'évangile d'Iviron (Coll. Hautes Études, B. 61).

Sans doute, il ne faut point s'exagérer la rigueur de cette ordonnance. À côté des indications dogmatiques que fournit le

théologien, il faut compter avec les combinaisons qu'inspirent à l'artiste la structure de l'église qu’il doit décorer et les règles du goût. On remarque plus d'une variante dans la disposition des douze grandes fêtes ; à Saint-Luc, à Daphni, quatre d’entre elles (et ce ne sont pas absolument les mêmes) occupent les trompes de la coupole ; à Saint-Luc, les deux scènes les plus importantes ont été, faute d'autres panneaux bien exposés, placées dans le narthex d'une façon assez inattendue. A Chios, où huit niches se creusent au-dessous de la coupole, sept des grandes fêtes, auxquelles se joint, de manière assez imprévue, la Déposition de croix, occupent ces huit trompes; quatre autres, Lazare, l’Entrée à Jérusalem, l’Ascension et la Pentecôte, ont trouvé place dans le narthex. Très fréquemment, comme aux Saints-Apôtres, l’Ascension et la Pentecôte sont réservées pour la décoration des coupoles, chose assez naturelle, puisque ces épisodes sont des manifestations de la nature divine du Christ. On pourrait aisément multiplier ces exemples. Pourtant, malgré ces divergences de détail, une idée maîtresse domine toute l'ordonnance, traduisant aux yeux des fidèles la doctrine de l'Église, dans ses épisodes les plus glorieux, dans ses représentants les plus illustres, dans ses plus saints mystères, dans ses plus splendides apothéoses. C’est cette idée maîtresse qui inspire la décoration de toutes les églises byzantines, aussi bien à Saint-Luc ou à Daphni que dans les églisesles plusrécentesdel’Athos. Dès le x1° siècle, une tradition s'impose à la fantaisie des artistes ; des principes s’établissent qui sont appliqués, on le verra, jusque dans les plus modestes chapelles ; et ces principes, qui se maintiendront désormais immuables, sont, dès l'origine, presque identiques aux règles que le moine Denys codifiera plus tard dans le célèbre Guide de la peinture.

Objet nouveau de la décoration. — Au v°, au vi° siècle, dans les basiliques de Ravenne et de Rome, la décoration des édifices sacrés avait pour objet essentiel de célébrer le triomphe de l'Eglise, et plus encore d’instruire les fidèles des beautés de l'histoire évangélique, afin que, selon le mot d’un Père de l'Eglise, « ceux qui ne connaissent pas les lettres el ne peuvent lire les Saintes Ecritures apprennent par ces peintures les belles actions de ceux qui ont servi Dieu fidèlement ». Aucune règle trop rigide ne bridait alors la liberté de l'artiste, aucune intention dogmatique ou symbolique ne lui imposait une ordonnance précise. Au vr® siècle, on rencontre jusque dans le sanctuaire, mêlés aux

plus hautes personnes divines, les évêques locaux, fondateurs de l'église, et des personnages profanes même, comme Justinien et Théodora. A partir du 1x° siècle, tout cela est changé. La décoration prend une signification liturgique ; l’église est la figure du dogme, dont ses murs offrent l'expression complète et bien ordonnée. Aussi tout ce qui ne sert point à la démonstration, tout ce qui est fantaisie profane, disparaît ou du moins est relégué à une place accessoire. Les portraits des fondateurs émigrent de l’abside dans le narthex et y figurent dans une attitude souvent très humble, prosternés aux pieds de la divinité. La décoration se préoccupe essentiellement d'initier les fidèles aux mystères du monde suprasensible. « L'image ne raconte plus des actions édifiantes à des foules à peine converties ; elle exprime le dogme, elle traduit les paroles ou les rites de la liturgie. Au iv° siècle, l’histoire avait succédé au symbole naïf ; maintenant elle fait place à la théologie. »

Les compositions. — Cette modification dans les idées qui président à l'ordonnance de la décoration entraine naturellement une modification parallèle dans le choix des compositions présentées à la vénération des fidèles, et donne naissance à une iconographie nouvelle.

Le cycle de l'Ancien Testament. — Au v° et au vr° siècle, on l’a vu, une grande place était faite dans la décoration aux scènesdel’Ancien Testament. On les retrouve encore, dans toute l'ampleur de leur développement, en quelques églises byzantines d'Occident, à la Chapelle palatine de Palerme, à la cathédrale de Monreale, dans le narthex de Saint-Marc de Venise. Mais, dans l'Orient propre, exception faite des quelques épisodes qui se rattachent à l’'Eucharistie, le cycle perd son importance ; il s’appauvritet tend à dispa- TAlLTC.

Le cycle apocalyptique. — De bonne heure aussi, on le sait, l'art chrétien s'était inspiré des visions apocalyptiques. Ilavait pris plaisir à exprimer les idées qui se rattachent à la fin du monde, au Jugement dernier, à la Seconde Venue du Christ. Ces thèmes trou-

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