Dieulafoy, T. du Monde, t. LI, 1886, p
Mosquée des Corbeaux à Barfrouch. — Par ordre chronologique, viendrait, d'après M.J. de Morgan, ensuite la mosquée des Corbeaux à Barfrouch (Mazendéran), qui donne une idée de ce
Fig. 260. — Grande mosquée de Bagdad, fondée par Abou Djafar el-Mansour (143 H.-760 J.-C.), restaurée à plusieurs reprises. — Cliché Gervais- Courtellemont.
que peuvent être ces petites mosquées de campagne en Perse. Celleci semble, d’ailleurs, avoir été restaurée à une époque relativement Pécente [Ms 2991
Grande mosquée de Bagdad. — La grande mosquée de Bagdad qui lui est postérieure, car elle fut fondée par Abou-Djafar-el- Mansour en 142 H. (760 J.-C.), présente un sanctuaire voûté, flanqué
PÉRIODE MÉDIÉVALE Hero
de nefs latérales avec petites coupoles. Mais (fig. 260) le grand dôme paraît avoir été restauré au xvi° ou xvir siècle et présente en effet une grande analogie avec les dômes persans de cette époque. La forme légèrement bulbeuse de son profil semble l'indiquer: et l'on doit remarquer à ce propos, que plus le surplomb du dôme est
Fig. 261. — Mosquée Djelal-ed-din à Chiraz. — Cliche Gervais-Courtellemont.
#rand sur le nu du tambour et plus l’époque à laquelle il a été construit est récente. Ainsi, par exemple, le dôme (fig. 261) de la mosquée Djelal-ed-din à Chiraz qui est tout à fait moderne, présente nettement ce caractère de surplomb exagéré. Ce tour de force n'est d’ailleurs surprenant qu'en apparence. Nous verrons plus loin, en décrivant le dôme du tombeau de Tamerlan à Samarcande, à l’aide de quel artifice on obtient ce résultat. Le dôme de la grande
mosquée de Bagdad est tout entier, ainsi que son tambour, recouvert de faïences émaillées décorées d’arabesques entrelacées et surmonté d’un épi en bronze doré.
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ig. 262. — Tombeau du sultan Sandjar à Merv (+552 H.-1157 J.-C.). Cliché Paul Nadar.
- Dômes persans. — La construction de ces dômes a toujours été un problème assez difficile, à la solution duquel les architectes persans ont apporté un soin extrême; 1ls ont employé les procédés les plus ingénieux pour en assurer la stabilité; non seulement ils ont fait usage de chaïnages en bois pour cercler pour ainsi dire la base
de la coupole, à l'endroit où ellerepose sur le tambour, mais ils ont encore cherché par diverses combinaisons à assurer la rigidité de celui-ci, et à donner aux angles de la construction le plus de solidité possible. | |
Tombeau du sultan Sandjar (Merv). — Ainsi, par exemple au tombeau du sultan Sandjar à Merv (fig. 262) la coupole paraît avoir été construite en double paroi, comme celle du tombeau d'Oldjaïtou Khodabendeh à Sultanieh (fig. 266); cette coupole repose elle-même sur un tambour constitué par un mur cylindrique raidi en son pourtour par trois étages d'arcades à jour formant comme autant de contreforts. Ce tambour porte sur une série de huit grands arcs très épais, dont quatre sont ajourés pour aboutir aux coupoles aujourd’hui effondrées qui se trouvaient sous les pinaclesangulaires. Ceux-ci, très probablement, étaient surmontés de minarets élevés qui, de même que dans le tombeau d'Oldjaïtou, charœeaient fortement les angles de la construction afin d'y annuler les poussées des arcs intérieurs. Toutes ces dispositions se lisent facilementsur la fig. 262 et prouvent que les architectes de ce monument étaient d’une habileté remarquable. On ne peut s’empécher, à la vue de ce monument, de se rappeler les grandes coupoles romaines (comme, par exemple, celle de la Minerva medica), si ingénieusement disposées, ellesaussi, pour équilibrer parune succession d'arcs, de piles et d'enveloppes concentriques, les poussées énergiques que leur grande portée développait nécessairement.
Grande mosquée de Mossoul (1150-1191 J.-C.). — Si en Perse ou dans le Turkestan, la décoration de ces monuments de briques était, comme au tombeau du sullan Sandjar, réduite à des jeux de dispositions géométriques dans lesquelles n’intervenait que très modestement l'emploi de la brique émaillée, dans les régions comme le nord de la Mésopotamie où des carrières d'albâtre gypseux permettaient l'emploi de la pierre, la décoration sculptée reprenait son importance. Ainsi, par exemple, à la grande mosquée de Mossoul (fondée par Seïf-ed-din Ghazi en 1150 J.-C. et embellie ou restaurée en 1191), le mihrab tout entier est en albâtre gypseux (fig. 263); on y retrouve les colonnes à bases et à chapiteaux calyciformes, une ornementation touffue que justifie l'emploi des décorations en plâtre ajouré dont l'emploi est habituel à Mossoul !, et enfin certaines formes
1. On trouve la décoration en plâtre découpé dans quelques monuments musulmans à Mossoul. Thévenot (Voyages, t. IIT, p. 176) cite deux mosquées ornées de cette façon (Voir chapitre premier de ce volume, p. 33).
d’archivolles ou à redans, ou à voussoirs cannelés que nous avons déjà remarquées dans les édifices de la Syrie du Nord et que nous retrouverons dans les monuments de Konieh. Les arcatures feintes
Fig. 263. — Mihrab de la grande mosquée de Mossoul {bâtie par Seïf-ed-din Ghazi vers 1150 J.-C., terminée en 1191 (586 H.), d'après Ibn el Athir, cité par d'Oppenheim). — Cliché Gervais-Courtellemont, d'après Jouannin.
des parties latérales sont traitées comme de l'architecture de pierre, et ce petit monument ne se rattache plus que par de lointaines analogies à la décoration mésopotamienne si dépendante de l'emploi de la brique. La mosquée elle-même contient aussi des traces de décorations magnifiques exécutées en plâtre sculpté !