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MAISONS PRIVÉES

une maison dont le propriétaire est mort. Les voûtes au contraire, partout où on les emploie, sont faites avec une habileté remarquable. La fig. 294 qui reproduit une vue de Semnän dans le Khorassan donne nettement l'impression que doivent produire {ous ces extrados de voûtes, seule silhouette des bâtiments. Ces

Fig. 316 bis. — Plafond du palais de Aineh-Khané à [spahan. Cliché Gervais-Courtellemont.

voûtes se font sans cintres et presque sans échafauds et avec une habileté surprenante.

La décoration intérieure se compose principalement de peintures, de dorures, de voûtes en stalactites de plâtre ou de glaces étamées,.

ou encore de sculptures sur plâtre ! (analogues à celles du Mogreb) et de revêtements de faïence. Des châssis vitrés, des portes de même,

1. On peut se faire une idée de ce que reuvent être ces déconpures par les guipures qui en sont l'origine (South Kensington Museum, n°° 936, 940, 2377, 318, 2382, 2378, 933, 668 etc.), et des vitraux par une portière ou rideau de porte à Jour (53-1898).

des vitraux en plâtre, des niches ({aktchés) creusées dans les murs !, où sont posés des vases de fleurs, ou des objets précieux, complètent la décoration intérieure, « les vitraux en plâtre représentent des oiseaux, des vases, des corbeilles de fleurs... en verre de toutes couleurs ».? Dans toutes les maisons même les plus simples il y a des bassins d'eau. Les entrecolonnements du salon central sont, comme nous l'avons déjà vu, fermés au besoin par de grandes portières doublées de cretonnes relevées en avant pour

UNE = à ae F Ë : SEMNAN DANS LE : KORASSAN

Fig. 317. — Vue générale de Semnân dans le Khorassan.

Dessin de H. Saladin d'après J. Laurens.

. A. Extrados d’un grand porche. C. Coupole à lanternon. B. Face d'un grand porche. D;'Tour à vent,

donner de l'air en même temps qu'on laisse le salon dans l'ombre. Ces cretonnes sont ces fameux kalemkars ou cretonnes imprimées en couleur ‘autrefois peintes à la main) et qu'on fabrique encore en Perse et aux Indes ; quelques-unes sont rehaussées d'or appliqué à l’aide de gomme ou d'une mixtion appropriée.

Les formes de l'architecture persane se sont transmises presque sans altération au Turkestan où l’on retrouve les niches à stalactictes, les taktchés découpés dans les murs, les corniches à stalactites des maisons persanes. La figure 318 qui représente une chambre sarte de Bokhara, le montre amplement.

1. V. plus loin les armoires de la mosquée verte à Brousse et celles du kiosque de Bagdad à Constantinople, fig. 364, 365 et 382. 2. Chardin, loc. cit.

Monuments d'utilité publique.

Le luxe des revêtements céramiques s'étend aux bains (fig. 319)

aux fontaines ou ab-Ambar {fg. 320), et Chiraz, qui contient encore les restes des beaux monuments élevés sous le gouvernement de

Fig. 318. — Chambre sarte à Bokhara. — Cliché Hugues Krafft (A travers Le Turkestan russe.)

Kérim-Khan, en présente encore de beaux exemples dans le

medressé Vékil (fig, 323 et 324) et dans les mosquées (fig. 321). Les édifices d'utilité publique sont aussi souvent construits avec

des voûtes à pendentifs à nervures et des clôtures en boiseries à

jour (fig. 326).

Fig. 319. — Porte d'un bain à Ispahan {ux' siècle). Cliché Gervais-Courtellemont.

Les bazars, où se concentre la vie commerciale des Persans, sont, même dansles villes de provinces, construits avec une certaine recherche (fig. 246); les bains qui sont souvent compris dans

l'enceinte de ces bazars affectent des partis de plans fort ingénieux ; je donne ici, d'après Coste, celui de Kachan (fig. 326) dont le plan est parfaitement disposé, avec son entrée, son salon de repos ou apodyterium, la salle de massage avec ses quatre alcôves, ses étuves et sa piscine. Les lanternons qui éclairent les voûtes des

bazars sont souvent très élégamment construits (fig. 325). Pour

. 821. — Entrée d'une mosquée à Chiraz.

Cliché Gervais-Courtellemont.

compléter la série d'exemples nécessaires pour donner une idée des édifices publies de la Perse, nous reproduisons un pont situé sur Île Daliki (route de Chiraz à Bender-Bouchir) (fig. 248).

Enfin on doit mentionner à titre de curiosité ces immenses pigeonniers ou colombiers que l’on trouve en si grand nombre aux environs d’Ispahan. « Ces grosses fuyes, dit Chardin, sont six fois grandes, comme les plus grandes que nous ayons : elles sont bâties de briques, revêtues de plâtre et de chaux par-dessus, pleines en dessous, de haut en bas, de trous pour nicher les pigeons. On compte autour d'Ispahan plus de trois cent colombiers, tous faits moins pour nourrir les pigeons que pour avoir du fumier. »

Aqueducs, cannots ou kerises!.

Ces aqueducs sont souterrains, et des regards placés de distance en distance en permettent la visite. Ces regards sont fréquemment surmontés de tourelles creuses, afin d'en préserver l'entrée, et les files inimterrompues de tourelles, qui se déroulent dans les plaines voisines de Kasr-i-Kadjar ?, ne sont que des regards d’aqueducs souterrains qui, partant du pied des montagnes, arrivent dans Îles

villes, à des réservoirs souterrains. Ceux-

. de : ; 12. . — rée d'une ci, quelquefois très profondément en- F8: 522. — Fntre du se j petite citerne du Khoraterrés, et appelés ah ambars, sont accu- san. — Dessin de H. Salasés au dehors par un très grand portail din, d'après J. Laurens.

décoré de faïence (fig. 320: qui y donne

accès ; on y descend par une trentaine de marches et on arrive x un mur, àla base duquel des robinets de bronze permettent de puiser l’eau fraiche en tout temps. D'autres fois les eaux sont retenues par des barrages, dont M. Dieulafoy a décrit deux types, celui de Saveh, avec ses contreforts se terminant en forme de tours, et le Bend-Émir, près de Persépolis, construit par Adad-ed- Daula, prince déilemite au 1v° siècle de l'hégire.

1. Ces aqueducs étaient excessivement nombreux autrefois, « un de mes voisin d'Ispahan, fils du vizir du Khorassan, qui est l'ancienne Bactriane, me disait souvent que son père avait trouvé, dans les registres de la province, qu'il y avait eu, autrefois, 42.000 kerises et qu'on disait avoir de ces puits de 750 guezes de profondeur (gueze — 35 pouces », Chardin, IV, 96).

2, Cf. Hommaire de Hell, op. cit., planche 73.

Les puits sont nombreux en Perse. Ils sont profondément creusés et on y recueille l’eau à l'aide de gros seaux de cuir à tubulure flexible !, que tirent des chevaux, des bœufs, ou des chameaux descendant un chemin en pente: il est probable que ce procédé

Me

Fig. 325. — Portail du medressé Vekil à Chiraz (xvinr siècle). Cliché Gervais-Courtellemont.

remonte à une origine très reculée, car il a toujours été employé en Arabie et en Mésopotamie d'où 1ila passé en Perse, el dansles autres pays orientaux, de même que par l'Égypte il s'est propagé jusqu en Tunisie, en Algérie et au Maroc où l’on s'en sert encore.

Enfin dans les régions désertiques « les citernes sont ménagées le long des routes ; les citernes? sont rondes, de quatre à cinq Loises de diamètre, fort profondes, couvertes d'un dôme en moellon à six entrées, avec degrés pour atteindre au fond. L'eau vient par un aqueduc d'une montagne. Il y a d'autres citernes carrées oblongues

1. C'est le d'lou (comme l’appellent les Arabes de Tunisie). 2, Phévénot:TIT p.450: |

couvertes comme le dessus d’un coche !. C'est de ces deux façons : que sont construites toutes les citernes jusqu'au Bender (Bender- Bouchir! » : on peut dire que celles du Khorassan sont couvertes de même (fig. 322), et ce qui est curieux dans la disposition adoptée

Fig. 324, — [ntérieur du medressé Vekil à Chiraz. Cliché Gervais-Courtellemont.

dans les voûtes, c'est que celles-ci sont appareillées, pour ainsi dire, d’une façon polaire, au lieu de l'être suivant les génératrices des quatre berceaux formant par leur intersection la voûte en arc de cloître. Cette disposition, qui semble un peu bizarre ?, s'explique très facilement quand on aura pu remarquer que grâce à cet arlifice (qui fut employé non seulement par les Byzantins, mais même par les Romains, notamment en Tunisie), la voûte peut, si elle n’a pas une grande portée, se construire sans cintre, ce qui est précieux dans une contrée où le bois est rare.

1. C'est-à-dire par une voûte en arc de cloitre. 2, Pascal Coste, op. cit., et Hommaire de Hell, pl. 100.

Archileclure militaire. 0

Les données que nous possédons sur les monuments de cette caté-

gorie manquent de précision. Cependant il est probable qu'on pourram

donner un jour la description de ces nombreux châteaux forts qui

défendent les passages! des régions montagneuses de la Perse, et d'un

autre côté celle des citadelles de Tauris, de Véramine, ainsi que des"

remparts des grandes villes comme Bagdad dont l'enceinte comprend encore des ouvrages fortintéressants tels que le Bab-et-Talism (618 | H.-1221 J.-C.) décrit par M. Dieulafoy et ment par M.Fr.Sarre?.n

porte, actuellement

sition défensive n’est

publié plus récem-"

C'est une anciennes

murée et dont la dispo-

pas, d'après M. Dieu-

lafoy, sans offrir cer-n

taines analogies avec“

notre fortifications

française du x

Fig. 325. — Lanternon de coupole à Kachan.

Dessin de H. Saladin, d'après J. Laurens. siècle. L emploi de la

brique crue, de la bri-:

que cuite et du pisé,.

général dans ces ouvrages (sauf dans les pays montagneux), a entraîné leur ruine dans la plupart descas. Avec eux ont disparu maintes dispositions intéressantes employées par les ingénieurs persans du moyen-âge. Le pisé offrait l'avantage d’être de construction rapide, économique et de résister aux coups de bélier. Néanmoins dans les for-

tfications exécutées en briques, comme les murs de Sereh dansle

Kurdistan, par exemple, on trouve des dispositions particulières je crois à la Perse ; de grosses tours cylindriques, garniesde meurtrières abritées par des mantelets fixes et saillants en maçonnerie qui ont la forme de demi-voûtes en arc de cloître ogival; c’est le type de con-

1. Château de Mala-Kolo (de Morgan, Mission en Perse, Etud. géogr., p. 192);«

etc.

2, Islamische Tougefæsze aus Mesopolamien, p. 6, 7 et 19. Jahrb. d. preuss

Künstsam., XXVI, Hft. 2.

MONUMENTS PROVISOIRES mors 4929

struction dont les échauguettes saillantes de la grosse tour de Diarbé- - kir sont peut-être une imitation en pierre (fig. 356):

Monuments provisoires. — Enfin, bien que les Persans soient un

peuple de sédentaires, ils ont subi l'influence de la vie nomade de leurs envahisseurs ou de leurs conquérants arabes, mongols, ou -turkestans. Cette influence s'est traduite dans ce qu'on pourrait appeler leur architecture passagère. Dans leurs déplacements les

Fig. 326. — Bain ct bazar de Kachaüg plan el coupe par P. Coste.

- rois de Perse faisaient élever de véritables petites villes formées de

. pavillons et de tentes.

On peut dans cerlaines miniatures persanes se rendre compte du luxe apporté dans ces campements, tentes ornées de tapis, de portières brodées, d'étolfes de tout genre, de meubles dorés, trônes, escabeaux., tables basses, etc... Voici d'après Chardin la description du campement du roide Perse, lors des fêtes à la campagne et, dit-il, il les fait toujours dans le même ordre: « Voici comme la tente d'audience paraît. Elle est longue de soixante pieds sur trente-cinq de large et sur trente de haut, elle est soutenue par cinq piliers ronds, gros à proportion ; lesquels s'emboitent en

1 ViD.481,

trois endroits dans des garnitures dont quelques-unes étaient d’or » massif et d’autres étaient d'argent. Les bouts des pihiers qui pas-

saient au travers de la couverture étaient surmontés de pommes

Fig. 327. — Kok-Tach à Samarcande.

d'or fort grosses et c'est la marque à laquelle on reconnaît de loin

la tente du roi. Le dedans de cette tente élait tout de brocard d’or, « et à côté il y en avait une plus petite d'environ les deux tiers, mais du reste, toute semblable à la première. Les tapis étaient tenus à terre par des pommes d'or d'environ dix mares chacune, posées par rang de quatre en quatre pieds. Celles qui tenaient la courte pointe qui couvre le trône du roi étaient plus grosses et toutes garnies

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