Huart, Konia, la ville des derviches tourneurs, p
3. Façade du Tach-medressé à Ak-Chéhir sous Kaï-Kaous IT (Houtsma ; je dois ce renseignement à M. Max van Berchem), dans sa partie de gauche, par exemple.
4. Comme par éxemple les grecques qui décorent le grand chambranle de la porte d'entrée de Ak-Khan, près de Gondjarli. Cf. Sarre, op. cit.
5. A Siwas, l'architecte du Gueuk-medressé el du Tchifteh-Minaret était le maître Kalojan KaæAotavyrs de Konieh {renseignement donné par M. Max van Berchem).
Peu à peu, à mesure que les Turcs se rapprochèrent de Constantinople, cette imprégnation des influences de l'art byzantin eut une importance de plus en plus grande dans la constitution de l’art ottoman jusqu à ce que, comme nous le verrons plus loin, l'adoption du plan byzantin de Sainte-Sophie et de ses variantes donnât à cette architecture sa forme définitive,
On pourrait à ce propos remarquer que lorsqu'une architecture nouvelle se forme au contact de deux civilisations déjà anciennes, où les méthodes de constructions sont arrivées depuis longtemps à un état de perfection relative, mais où les matériaux de construction sont différents, on ne fait. que transposer de nouvelles formes décoratives. les méthodes de construction restant. fidèles aux traditions locales,
Au contraire, si les deux civilisations en contact sont de culture inégale, le pays dont les méthodes de construction sont les plus perfectionnées les imposera, telle la Syrie à l'Égypte au xn°siècle, la Perse à la Mésopotamie à partir du xvi° siècle et l'Espagne arabe au Maroc au xu° siècle.
Les monuments seldjoucides de Konieh contiennent en germe les principaux éléments de l'architecture ottomane ; porches à niches latérales, grandes voussures à stalactites !, encadrements rectilignes de ces voussures, décoration de faïence appliquée sur des monuments à revêtements de marbre.
Lorsque les Ottomans pénétrèrent en Anatolie, les provinces autrefois byzantines, dont ils s'emparèrent, n'étaient soumises aux Seldjoucides que depuis un siècle ou deux. La pénétration musulmane y avaitété plutôt politique etreligieuse que matérielle ; la population y avait conservé les corps de métiers dont les méthodes étaient consacrées depuis longtemps par l'expérience ; on comprend donc aisément pourquoi les traditions locales de construction continuèrent à être employées par les architectes. C'est pourquoi le porche du Tach-medressé à Ak-Chéhir? montre encore un parti absolument
1. Nous pouvons considérer par exemple que les stalactites rectilignes ou prismatiques si particulières à l'architecture turque, dérivent d'un prototype très simple, que Texier a dessiné à Konieh. Ce sont les stalactites qui couronnaient autrefois le porche du grand liwan du Sirtcheli-medressé ou medressé bleu (Texier, L'Arménie, la Perse et la Mésopotamie, IT, pl. 99) et qui n'existent plus depuis longtemps. Ces stalactites sont en faïence, formées de morceaux découpés et rapportés et affectent une forme polyédrique et prismatique à faces planes.
2, Sarre, Reise in Kleinastien.
byzantin. Il en est de même de nombreuses petites mosquées des environs d'Ephèse. D'autres monuments, comme les khans d'Ishakli, de Tchaï, de Sultan-khan, etc., présentent, au point de vue de l'appareil, une science et une exactitude de tracés qui rappellent les plus beaux monuments antiques et montrent comment s étaient conservées dans le pays les traditions de l'architecture de pierre. A mesure donc que l'empire turc s'étend vers l'ouest, nous verrons l'influence de larchitecture byzantine s'accroitre, et les éléments syriens ou persans des plans s’atténuer et se fondre pour ainsi dire dans un style nouveau pour enfin disparaitre devant le plan byzantin. Cependant, l'ornementation byzantine sera rejetée d’une façon absolue, peut-être parce que les conquérants craignent que leurs nouveaux sujets n’y voient une concession aux idées chrétiennes, et c'est l'art arabe et l'art persan devenus franchement musulmans qui, par une fusion singulière, fourniront seuls tous les éléments de la décoration de l’art ottoman, jusqu'au Jour néfaste où l'influence d'un faux rococo italien viendra empoisonner, si je puis dire, le goût de tous les Turcs.
Les architectes des sultans abandonnèrent peu à peu les plans un peu mesquins des monuments de l'Asie Mineure, et dès qu'ils eurent adopté la coupole comme élément essentiel de leur architecture, ils en comprirent si bien les avantages qu'ils subordonnèrent toutes leurs conceptions de plan à l'emploi des voûtes en coupole. Dès que la conquête de Constantinople eut pour ainsi dire consacré la srandeur de l'empire ottoman, c'est sur Sainte-Sophie que ces architectes prirent modèle. La mosquée du sultan Bayézid en reproduit textuellement la disposition magistrale: une grande coupole précédée et suivie de deux demi-coupoles de même rayon que celle-ci. |
La plupart du temps les architectes de ces mosquées ne sont pas des Turcs. Ce sont ou bien des Grecs, comme Christodoulos, l'architecte de la mosquée du Conquérant, ou des janissaires (c'est-à-dire des fils de chrétiens, convertis et incorporés de force dans la milice impériale), comme le fameux Sinan, et comme l'architecte de la mosquée Bayézidié, Khaïr ed-din, tous deux Albanais de naissance! L'architecte de Yéchil-Djami à Brousse, Ilias-Ali ?, était un grec, comme son nom l'indique, ou un chrétien syrien; quant à l'archi-
1. Cf. Montani Effendi, L'architecture ottomane, p. 31. 2, Montani Effendi, ibid., p. 12.
tecte du kiosque des faïences au Sérail, Kemal ed-din, il était probablement originaires des provinces orientales de l'empire, car ! tout dans le plan comme dans l'architecture de cet édifice, rappelle la Perse, rien n y éveille le souvenir des monuments seld\oucides ou byzantins,
Enfin, c'est à des artisans égyptiens ? et persans arrachés à leur patrie que les sultans firent exécuter une partie des décorations de leurs mosquées ou de leurs palais. Nous verrons qu'en effet dans les belles mosquées du xvr° siècle, si la sculpture d’ornement, la menuiserie et les vitraux rappellent l’art musulman du Caire, les décorations de faïence semblent copiées sur des décors ou plutôt sur des étoffes et des broderies persanes. Cette influence de l'art persan est due à l'importation de décorations persanes (intérieur du kiosque de Mourad ou de Bagdad au vieux Sérail), aux trophées que les sultans avaient conquis en pillant les camps des rois de Perse qu'ils combattaient et aux présents réciproques qu'ils échangeaient. Dans son ÂAisloire de l'Empire ottoman, de Hammer a cité in extenso des descriptions faites par les historiens turcs de ces présents envoyés par les: rois de Perse, des fêtes données par les sultans et duluxe de leurs palais et partout il est facile de comprendre quelle fut l’influence de la Perse sur Constantinople au point de vue de l'art et du luxe.
Eglises el monuments d'Ant et leur influence sur ceux que construisirent les Seldjoucides en Arménie.
Qu'on ne s'étonne pas de me voir attribuer ici à l'Arménie une certaine influence sur la formation de l’art seldjoucide et par conséquent sur celle de l’art turc. De tout temps, l'Arménie produisit d'excellents constructeurs, car dans tout le pays on trouve de très bonne pierre. On eut déjà, au x° siècle, à recourir au talent des architectes arméniens *. Ainsi lorsqu en 989 la coupole de Sainte- Sophie fut détruite par un tremblement de terre, on manda à Con-
1. D'autres kiosques élevés par de grands seigneurs étaient aussi des copies de kiosques, persans, ainsi celui d'Emirgoune, ancien khan persan d’Erivan, qu'il fit décorer selon le goût de sa patrie et qu'il avait nommé Féridoun (de Hammer,. op. cil., IX, p. 381).
>, Soliman renvoie.en Égypte six cents artisans égyptiens que le sultan Sélim avait amenés à Constantinople (de Hammer, 0p. cit. V. p. 9).