‹ Manuel d'art musulmanChapitre 169 sur 193 · Montant Effendi, op. Cu. , P · texte numérisé non relu

Montant Effendi, op. Cu. , P

tifs sphériques supportent une coupole délicatement décorée de peintures noires et rouges dont les tons pâlis sont exquis. Les pendentifs à stalactites des culs-de-four des angles, et ceux qui recoivent les retombées des petits arcs qui joignent les colonnes aux faces de l'édifice, déterminent le plan de naissance des berceaux alternant avec ces petites coupoles !. Ce sont des modèles

Ê À È £ È F Ë £ F Ë Ë È E ÈË Ë È È CH £ :

Fig. 381. — Vue intérieure du tombeau du sultan Sélim IT à Constantinople.

d'ajustement, ainsi que les chapiteaux à stalactites dont les tailloirs affectent la forme d'un pentagone irrégulier (fig. 381). Les colonnes ont des astragales et des bases de bronze ; les murs sont entièrerement revêtus de faïences ou de peintures jusqu'à la naissance des voûtes. Une fort belle frise de faïence à inscriptions couronne les fenêtres basses, et bien qu'à grande échelle, ces inscriptions ne sont pas disproportionnées avec l'ensemble du monument, Îles faïences qui tapissent les murs sont à petits motifs de fleurs sur

fond blanc (fig. 381). |

Ce turbé contient non seulement le sarcophage du sultan Sélim I, mais encore ceux de ses femmes, de cinq de ses filles et de dix-sept de ses fils ; les étoffes de soie qui recouvrent ces sarcophages

sont d'un vieux rouge grenat avec caractères et ornements blancs

1. C'est un arrangement tout à fait byzantin, mais qu'a très élégamment adapté Sinan au programme qu'il s'était donné.

de toute beauté. Des chandeliers énormes en bronze contiennent de oros cierges en cire blanche, des coffrets incrustés de nacre renferment des corans précieux.

L'entrée hé 380) est ‘précédée: d'un: portique .dé: quatre colonnes de marbre de couleur à bases let à astragales de bronze,

Fig. 382. — Vue intérieure du kiosque de Mourad [IV au vieux Sérail à Constantinople, commencé en 1044 H.-1634 J.-C. et terminé en 10419 I1.-1639 J.-C.

avec des chapiteaux de marbre blanc à stalactites ou à fuseaux losangés soutenant trois arcades ! inégales, le tout est abrité d’un toit très saillant. Les travées de la facade correspondant aux arcades extrêmes ont leurs tympans décorés de faïences peintes avec des dispositions réticulées ; les panneaux du bas sont incrustés de ces faïences à fond blanc, et à dessins rouges, verts et bleus sous couverte si remarquablement harmonieux et qui

1. Les tympans de ces arcades contenaient autrefois des vitraux en plâtre ajourés, un seul subsiste encore sur l'arcade de droite. Entre les colonnes extrêmes sont des balustrades de marbre blanc ajourées de dessins polygonaux.

semblent peints sur porcelaine !. Ces panneaux paraissent des toiles peintes appliquées dans un encadrement de marbre. Le médaillon central est à fond bleu, les ornements sont rouges dans les écoinçons, ainsi que quelques fleurs, et les feuillages sont verts.

Le portail lui-même, dont l'arcade à voussoirs alternativement foncés et blancs est soutenue par des colonnes engagées en marbre de couleur, à son tympan orné d'inscriptions dorées sur fond vert, encadrées de faïences analogues à celles des panneaux latéraux. Les vantaux dela porte sont en bois à réseaux polygonaux incrustés d'ivoire et de nacre.

On voit par cette description à quelle délicatesse Sinan sut plier son talent quand il s'agissait de monuments de petite dimension. On voitaussi avec quel discernement et avec quel sentiment exact de leur valeur il savait disposer les faïences, et Montani Effendi a dit très justement que ce grand architecte était très sobre de ce genre de décoration et que lorsqu'il s’en est servi, 1l à fait exécuter les pièces nécessaires, tout exprès avec des champs colorés bien définis, de manière à rompre autant que PEbIe la monotonie résultant de ce genre de décoration » *.

Kiosque de Bagdad au vieux Sérail. — Les palais impériaux étaient décorés avec un luxe tout particulier et, pour en donner une idée, nous ne saurions choisir un meilleur exemple que le kiosque de Mourad IV appelé aussi le kiosque de Bagdad au vieux Sérail, dont tout l’intérieur est encore intact. Il fut construit de 1044 H.- 1634 J.-C. à 1049 H.-1639 J.-C. pour le sultan Mourad IV. C'est une salle octogonale (fig. 382) couverte d’une coupole intérieure en faïence rose, les murs sont tapissés de faïence blanche et bleue à dessins persans; une belle frise d'inscriptions à fond bleu règne tout autour de cette salle et correspond à l'intervalle qui existe entre les fenêtres hautes * et les fenêtres basses. Quatre des faces

1. Ces faïences sont en effet improprement appelées ainsi, car leur pâte n'est pas d’argile rouge enduite d'émail blanc comme les faïences de Brousse ou d'un engobe blanc comme celles de Koutaïa ; elle est composée d'une fritte vitreuse analogue à l’ancienne porcelaine tendre de Sèvres. Elles passent pour avoir été fabriquées à Nicée.

2. Op. cit., p. 16. Sinan avait aussi fait exécuter des travaux à la grande mosquée de la Mecque, à laquelle les sultans ottomans firent à plusieurs reprises ajouter des portiques, réparer les minarets et même orner d'or les chapiteaux des colonnes et les gouttières de la Kaaba (de Hammer, Histoire de l'empire ottoman, VI, p. 654; VII, p. 267; VIII, p.153; IX, p. 156 et 402; X, naar XIL p.52: XTHS p.99}

3. Celles-ci sont ornées de beaux vitraux de couleur sertis dans un réseau de plâtre ajouré.

de l’octogone sont défoncées et donnent entrée à de petits cabinets

Fig. 383. — Plan de la mosquée du sultan Ahmed I°"{1016 H.-1608 à 1023 H.-1615 J.-C.), d'après le relevé de Thomas.

rectangulaires dont les plafonds à compartiments géométriques décorés de gros cabochons saillants sont d’une coloration rouge, bleue

et or, où l'or éteint domine avec une harmonie analogue à celle des vieillés reliures persanes à reliefs dorés au fer.

Trois des autres faces sont percées de portes, la quatrième contient une fort belle cheminée à hotte conique ou plutôt pyramidale en bronze doré. Les murs sont creusés de niches|comme celles des chambres latérales d'Yéchil-Djami à Brousse) mais ici ces niches

Fig. 384. — Vue d'ensemble de la mosquée du sultan Ahmed I°' à Constantinople.

à fond de faïences bleu et or sont formées par des arcatures percées dans des panneaux de menuiserie de noyer décorés d'ivoire, d’écaille et de nacre. Les portes en menuiserie avec leurs battants saillants sont de même travail et ont encore leurs ferrures dorées. Malgré les quelques meubles modernes qui sy trouvent, cet ensemble a gardé un cachet d’une originalité remarquable et une grande harmonie dans sa décoration. Ce kiosque est entouré d'un portique à arcades surcolonnes de marbre avec un toit à auvent saillant et domine tous les jardins du sérail et l'entrée de la Corne d'or. Mais aujourd’hui ces arcades sont bouchées par de grandes

fenêtres vitrées, ce qui enlève à son aspect extérieur tout son caractère. De Hammer mentionne, d’après les historiens ottomans, un autre kiosque du Sérail, c'est le kiosque nommé le kiosque d'Erivan parce que Mourad IV en 1639 en avait posé la première pierre à son retour de Perse. Ses murailles furent ornées de plaques d'or et d'émail rehaussées de sculptures !, sur lesquelles le premier calligraphe de Constantinople, Mahmoud de Top Hané, fut char- #é de tracer. les vers tres dela première sourate et entre autres le verset qui commence ainsi : Lorsque Ibrahim élevait les colonnes du temple, etc... (verset 128 et suiv.). D'autres, kiosques avaient été construits précédemment au sérail par Mourad III (1574-1575), l'un dans les jardins, l’autre sur le bord de la mer (kiosque de Sinan? en 1582). Le vieux Sérail comprend encore de nombreuses salles, la bibliothèque, la salle d'audience, la mosquée, le vieux harem, mais leur description ne peut pas trouver place ici. |

Mosquée du sultan Ahmed. — Beaucoup plus simple est la mosquée du sultan Ahmed l*. Ellese trouveausud-est del'Atmeïdan, l'ancien hippodrome. C’est. je crois, la plus grande mosquée de Constantinople, à coup sûr la principale après Sainte-Sophie, d'ailleurs elle est considérée pour ainsi dire comme la mosquée cathédrale de Stamboul. Nous ne donnons ici que le plan (fig. 383) principal, c'est-à-dire celui de la mosquée proprement dite et de sa cour. Mais une enceinte énorme dont la partie antérieure forme sur l'Atmeïdan comme une clôture aJourée de baies grillées (visible sur la façade, fig. 384) englobe dans son périmètre des medressés, des écoles, des minarets, des tombeaux et des dépendances de toute sorte. Une énorme esplanade sépare la mosquée proprement dite de toutes ces dépendances, esplanade couverte de beaux arbres dont la verdure puissante forme un fond pittoresque sur lequel se détachent admirablement la mosquée et ses six minarets %. Ces six minarets élancés, mais

Page 1