D. MONUMENTS DES MAMELOUKS EN ÉGYPTE
L'Égypte, ayant encore changé de maitre, resta, jusqu’au début du xvi® siècle, sous la domination des Mamelouks, esclaves d'origine blanche qui finirent par ea devenir les maîtres, et dont la première dynastie (les Bahrites) était de race turque, la seconde (les Bordjites) de race circassienne. Quelques-uns furent des souverains remarquables ; tous, ainsi que leurs émirs, eurent un luxe effréné; comme l'Égypte, par sa situation, profitait aussi de tout le commerce entre l'Europe et les Indes, comme cette situation lui valut aussi d'échapper aux pillages de Gengis-Khan et de Timour, on comprend quelle fut sa richesse et combien l’art en profita, Les monuments s’élevèrent surtout au Caire dans le quartier qui est compris entre les rues Beït el-Kadi, Nahassin et Gohergieh, et hors du Caire dans la nécropole fameuse des tombeaux des Mamelouks, appelée les tombeaux des calfes !.
La mosquée élevée par le sultan mamelouk Bibars est en ruines: mais il y a de lui, près du Caire, un fort beau pont (fig. 67) avec une frise de lions à la hauteur de Ja balustrade (canal d'Abou- Menagga). Il en construisit d'autres en Palestine, ainsi à Lydda, pour transporter ses machines de guerre.
En 1284-85, Kalaoun commença au Caire la construction d’un remarquable ensemble d’édifices, que termina son fils En-Nasser. Ce sont deux mosquées, deux tombeaux et un hôpital. La parte la plus intéressante est le groupe de la mosquée du tombeau et de l'hôpital. J'en donne iei le plan d’après l'ouvrage de Franz-Pacha Bus. 72).
On entre d'abord dans un large couloir, et l’on a la mosquée à sa gauche, le tombeau et le minaret à sa droite. La mosquée présente une disposition originale que nous retrouverons à la mosquée Barkouk. C'est une salle oblongue bordée de deux nefs à colonnes et dont les plafonds sont aussi élevés que ceux de la mosquée ellemême. Le tombeau où l’on peut entrer par le couloir ou par une cour postérieure, a un plan curieux qui est une réminiscence iIncom-
1. Je ne puis que conseiller à mes lecteurs d'étudier dans le détail tous ces édifices (Publications du Comité de conservation des monuments arabes du Caire, de l’Institut français d'archéologie orientale, van Berchem, Corpus inscriplionum arabicarum ; Prisse d'Avennes, L'art arabe ; Bourgoin, Les arts arabes, et Précisde l'art arabe).
plète de la Koubbet-es-Sakhra qui, ainsi que Je l'ai dit plus haut, fut restaurée par Kalaoun. C'est un octogone soutenu par quatre piliers et quatre grosses colonnes, inscrit dans un carré dont les diagonales déterminent à peu près le diamètre de la salle. Les grandes baies extérieures, comme celles du tambour octogonal de la coupole, ont un caractère ogival qui marque l’influence des croisés (fig. 69). Les arcs des baies de l'intérieur du tombeau sont légèrement outrepassés et aigus, ceux du minaret sont franchement outrepassés et en plein cintre ! (fig. 74). La coupole du tombeau n'existe plus. Mais le plafond placé au-dessus du mihrab demeure encore et c'est un des plus anciens spécimens de ce genre dedécoration. La clôture en bois du tombeau lui-même est remarquable. Les fenêtres, closes à l'intérieur par des vitraux sertis en plâtre, et à l'extérieur par des elairesvoies ne laissent passer que peu de jour; elles sont encadrées audedans par des frises de plâtre découpé, tendues comme des nappes. Le mihrab du tombeau, encadré par une large frise qui pourtourne l'édifice, estcantonné de colonnes à chapiteaux caliciformes et pour une des premières fois décoré, dans ses niches el dans ses colonnettes, de ces mosaïques de marbre, de ces lambris et de ces placages de marbre et de porphyre, qui sont encore d’origine syrienne et dont les architectes du Caire, au xv° et au xvi' siècles, feront un usage si remarquable. Dans le tombeau comme dans la mosquée, au dedans comme au dehors, on a employé beaucoup de colonnes de marbre ou de granit d'origine antique ou byzantine.
Après ces deux édifices on arrive au Moristan (hôpital) ? aujourd'hui ruiné, mais relevé autrefois par Coste et Franz-Pacha. Icomprenait l'hôpital des fous, divisé en petits cabanons, et lhôpital des malades proprement dit ; celui-ci présentait une excellente utilisation du plan cruciforme, avec des liwans plus profonds que dans les édifices religieux. Une de ces salles était réservée aux infirmiers ; les lits des malades étaient rangés contre le mur dans les trois autres ; un ruisseau passait au milieu, comme dans les palais des émirs. Au centre, se trouvait une cour, entourée de portiques, avec un petit oratoire au mulieu. Deux salles étaient
1. On trouve aussi l'arc outrepassé au minaret de la mosquée el-Gaouli (732 H.) et au minaret d’Ibn Touloun, reconstruit par Lagin.
2. Des fragments des boiseries et des portes de ce monument ont été dessinées par Prisse d’'Avennes, ou sont conservées au musée arabe du Caire ou au musée du Louvre, à Paris; on y voit, chose assez rare pour un lambris décoré, des animaux et des personnages se jouer au milieu de rinceaux délicats.