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MONUMENTS DES MAME LOUKS EN ÉGYPTE

composée ainsi: elles se retrouvent à Konieh (couvent des derviches) et au mausolée du seïd Mahmoud Kheirani à Akchehir, Ces coupoles sont supportées par une couronne de stalactites (il y en a un étage à Nagm ed-din, deux à El-Hakem) faites par des combinaisons de briques recouvertes d’un enduit (des stalactites du même caractère se voient à Konieh, aux consoles en briques et en terre cuite qui portent le balcon du kiosque d'Ala-ed-din). Cette couronne de stalactites est ajourée par places de petites baies et soutenue par huit retombées singulièrement expressives, entre lesquelles s'ouvrent les grandes baies avec des accolades contournées en forme de consoles découpées, qui sont, comme je l'ai signalé au minaret d'En-Nasser,une réminiscence de la construction en bois. Au-dessous des baies s'ouvrent de grandes fenêtres à jour que surmontent des niches méplates à côtes creuses. Ces minarets ont des tours octogonales. | | :

Des tombeaux. — On retrouve les mêmes caractères d'architecture dérivée exclusivement de la brique dans un certain nombre de tombeaux hors du Caire, qui me semblent de l'époque que nous étudions ici. Ils ont de grandes baies qui ne sont pas cintrées, mais bien fermées par deux lignes inchnées l’une sur l’autre de manière à former un angle de près de 60°. Ces grands berceaux sont peut-être, non seulement persans, mais mésopotamiens d’origine ; leurs coupoles sont généralement très oblongues. Quelques-unes de ces coupoles ont leurs côtés dépassant le nu du tambour sur lequel elles posent ; cet encorbellement qui est racheté par des stalactites, est en quelque sorte le motif original qui a plus tard amené à construire les coupoles bulbeuses en Perse. Le tombeau de Tamerlan à Samarcande, que nous étudierons plus tard, présente ainsi une coupole en briques émaillées, dont l'encorbellement repose sur des stalactites émaillées. Cet emploi de la faïence émaillée se retrouve aussi dans certains de ces tombeaux dont l'influence persane déterminait déjà la construction et l'architecture. Un de ceux cités plus haut à une corniche en faïence surmontée d’un crénelage de même matière, et couronnant une grande inscription en faïence aussi, blanche surfond bleu. C'est de la marqueterie de faïence dont les morceaux découpés sont assemblés avec une grande précision. C’est la forme la plus ancienne de la décoration musulmane émaillée, celle qui se produit concurremment dès le début en Perse, par exemple, avec la brique émaillée; c’est. la traduction en céramique de « l’opus sectile » des

Fig. 78. — Tour des quarante Martyrs à Ramleh (719 H.-1318 J.-C.).

Romains. Cette décoration estemployée au xiv° siècle, au Caire, non seulement dans les frises et les corniches des tombeaux, mais dans les deux minarets dela vieille mosquée Mohammed en-Nasser

(1318) àlacitadelle (fig. 77,n° I et n° Il). Le plus beau des deux (n° 1)a, contrairement à l'usage pour ces monuments en entierrevêtus de faïence, une ossature en pierre. [l présente des baies fermées par un triangle et non par un arc, ce qui est essentiellement persan, et une corniche, soutenue par des stalactites, porte la plate-forme terminale, d’où s'élance un fût cannelé à côtes demi-cylindriques coiffé d'un dôme côtelé, sous lequel une frise bleue porte une 1inscription blanche. Le dôme, le fût, sont revêtus d’une faïence verte, les stalactites, le rebord de la corniche terminale sont d’une harmonie en vert, noir et blanc. L'influence asiatique dont ces détails témoignent au Caire s'explique assez, si l'on se rappelle que, dès l'époque de Gengis-Khan, beaucoup d’asiatiques, nous dit Makrisi, étaient venusse fixer en Egypte, que beaucoup de Mamelouks étaient d'origine tartare, que Kalaoun avait épousé une fille d’Esbek- Khan, et que, d'après Makrisi encore, un architecte de Tauris avait bâti la mosquée de Nesfi-Keissoum et copié dans ses minarets la mosquée d'Ali-Chah de Tauris. Il faut enfin toujours songer à l'origine mésopotamienne et asiatique de larchitecture en briques, et se rappeler que cette architecture, encore si vivace au Caire, s’enrichissait naturellement des éléments décoratifs qui pouvaient lui venir d'Asie.

La tour des quarante martyrs à Ramleh.

l'influence de l'architecture syrienne mêlée au contraire à celle

Nous retrouvons toute

des monuments des croisés, dans la tour que fit construire à Ramleh en 1318, Mohammed ibn Kalaoun (fig 78); c'est le

minaret de la Mosquée blanche.

Damas. — A Damas, au xt siècle, les monuments ont déjà ce caractère de force et de franchise qui les rend classiques et qui leur a fait exercer à Konieh comme au Caire cette influence que nous avons constatée. L'entrée del'école de Malek-Adel (Bourgoin, Précis de l'art arabe, 1, pl. 19),montre cette simplicitéet cette vigueur. Elle est encadrée d'une double moulure bordée d’une sorte de dentelure constituée par des demi-étoiles octogonales (carrés égaux gironnés sur leur diagonale) que l'on retrouve à Konieh et dans

beaucoup de monuments seldjoucides. Une grande voussure lencadre, formée par un are plein cintre à double arcature trifohée

Fig. 79. — Bab-el-Kattanin, façade sur le Haram-ech-Chérif à Jérusalem (728 H.-1327 J.-C.).

dont les retombées près de l'axe sont supportées par une clef pendante monolithe. C'est là un tour de force digne des savants appa-

reilleurs syriens. Bourgoin, dans la planche suivante, donne une voussure plus singulière encore, empruntée à la porte d'une medressé de Jérusalem. Voici enfin (figure 79) une des portes qu donnent entrée, à Jérusalem, dans le Haram-ech-Chérif; la porte des cotonniers, Bab-el-Kattanin. Elle se présente en plan sous forme d’une grande niche rectangulaire dont la face la plus large s'ouvre sur le Haram, la porte proprement dite s'ouvrant sur le bazar des cotonniers, tandis que deux petites portes en arcades ornées de stalactites communiquent de chaque côté avec les portiques latéraux voûtés en voûtes d’arête. On voit dans cette porte, comme dans beaucoup d’autres monuments, quel est le caractère particulier des stalactites syriennes, on y saisit la genèse de cet élément essentiel de l’architecture arabe, c'est une succession de coupoles engendrées par une courbe ogivale, soit que la coupole soit derévolution, soit qu'elle résulte de la pénétration de plusieurs berceaux ogivaux quiformeraient comme une voûte en arc de cloitre sur plan polygonal. Cette conception est toute différente de celle de la plupart des stalactites que nous avons déjà étudiées au Caire (sauf les stalactites en pierre, par exemple celles des minarets de la mosquée d’En-Nasser à la citadelle (Bourgoin, pl. 3.9.6) qui datent du xiv* siècle. Les stalactites du Caire sont généralement exécutées sur une ossature de briques formant des angle. et non des arcs, et des encorbellements rectilignes et non courbes. Les stalactites mogrebines, bien que participant plutôt du principes des syriennes, ont aussi un caractère spécial, et au lieu de pouvoir se décomposer, comme en Syrie, par des assises qui se superposent et viennent se supporter par encorbellement, elles peuvent s'obtenir en faisant glisser des prismes juxtaposés et s'étageant les uns au-dessus des autres; c’est ce que permettent de comprendre les corniches ou voûtes à stalactites en bois, espagnoles ou mogrebines, quand on les regarde par leur extrados . Quant aux stalactites persanes, nous verrons qu'elles sont parfois rectilignes, si elles sont en briques, ou curviligies comme les syriennes, si elles sont en terre cuite moulée (à Ardebil, à la mosquée du cheikh Séf et à Samarcande, dans les chapelles de Chah-Sindeh), D'un tout autre caractère, les stalactites turques très exactement comparées par

1. A la première exposition des arts musulmans, on voyait deux coupoles en stalactites en bois venant de Séville, qui présentaient à l’extrados cette disposition de prismes juxtaposés.

Fig. 80. — Porte du palais de Yachbek au Caire (palais du xiv* siècle) (188 1-18 dCi)

les auteurs de l'Architecture ottomane ! à des cristaux peuvent être considérées comme rectilignes ; avec cette remarque qu'elles comportent aussi bien des parties convexes que des parties concaves.

La mosquée de Hassan au Caire.—Siles mosquées du Caireoffrent, au début du xiv* siècle, une tendance de plus en plus marquée dans l'adoption de la construction en pierres, comme, par exemple, la mosquée Ak-Sonkor (757 H. 1346 J.-C.), il faut arriver à la mosquée du sultan Hassan (fig. 83) pour trouver un ensemble où se remarquent les apports syriens mêlés à d'autres influences plus orientales et plus septentrionales dans un monument capital. Cette mosquée commencée en 797 H.et terminée en 764 (1356-62 J.-C.) par Je sultan Mohammed Hassan, septième fils d’'En-Nasser, est la plus belle des mosquées à plan cruciforme. Elle présente au centre une cour découverte avec la fontaine aux ablutions, et sur l'est de cette cour, s'ouvre l'énorme liwan ogival qui forme le sanctuaire proprement dit : derrière le mur du fond est la salle du tombeau dont la coupole refaite date du xvu*-siècle ; les trois autres hwans complètent le plan et entre les bras de la croix se placent les collèges des quatre rites orthodoxes, comprenant chacun une cour avec un liwan et des chambres pour les étudiants. Vue du dehors, la mosquée se présente sous un aspect de grandeur et de sévérité, dressant vers le ciel ses deux minarets, dont le plus haut a trois étages et cinquante-cinq mètres de haut ; les murs de . la mosquée n’ont que de rares fenêtres : de longues rainures en marquent toute la hauteur. Une histoire, que nous raconte Khalil Zahiri ?, nous montre que, parmi toutes les influences qui agirent sur la composition du plan de la mosquée de Hassan, il faut tout d'abord relever une influence asiatique et mésopotamienne. D'après ce récit, en effet, le sultan Hassan convoqua des architectes de tous les pays et voulut savoir quel était le plus haut édifice du monde pour que sa mosquée le dépassât. On lui dit que c'était le liwan de Kisra-Anoucharaouan (Khosroès Anouchirwan). Il le fit

L'Architecture ottomane, publiée par ordre des. E. Edhem Pacha (voir la D

2, Cité par Herz- pe ORNE de la mosquée du sultan Hassan. Le Cie 1899.

128 La ÉCOLE SYRO-ÉGYPTIENNE

mesurer et dessiner, après quoi sa mosquée fut faite de dix pieds plus haute. Il s’en faut, en vérité, de neuf mètres que le liwan est, le plusélevé de la mosquée de Hassan, atteigne les trente-deux mètres de l’arc de Ctésiphon, à moins qu'on ne compte cette hauteur du sol de la rue au sommet de la corniche du portail. Mais il n'en est pas

Fig. 81. — Cour intérieure du palais Bechtak (?) au Caire.

moins important de constater cette influence asiatique ‘. D'autres influences dans le monument, nombreuses et variées, apparaissent, l'architecte semble n'avoir fourni pour ainsi dire que les grandes misses largement dessinées à l’armée des décorateurs. Mais on peut croire que cet architecte lui-même était syrien, à voir la polychromie employée dans les archivoltes des liwans intérieurs et dans les encadrements de la grande voussure de la porte d'entrée ; à voir aussi sur la façade postérieure les encadrements des baies, des voussures à stalactites qui les surmontent et celui de l’oculus qui les sépare ; tout cela se retrouve à Damas au x et au xiv° siècle et à Konieh venant de Damas. C’est un motif très

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