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O Fig. 207. — Détail d'un huitième du plan d'un plafond en tronc de pyramide à exécuter en charpente. — Dessin de H. Saladin, d'après une figure
du traité de Diego Lopès de Arenas; Compendio del arte de Carpinteria(Séville,1632).--DCA’B'’E, moitié du plafond octogonal. — A’ B' A B, un des pans du tronc de pyramide. — 0 0’, axe d'une des faces du plafond.
plus facilement dans les anciens palais des sultans du Maroc, on retrouvera certainement des jardins analogues, avec ces canaux, ces bassins, ces miroirs d'eau: - ces ombrages épais et ces parterres de fleurs variées.
Le petit palais du Généralife à Grenade a conservé encore quelques jardins qui, maloré leur diniension restreinte, donnent une idée de ce que pouvaient ‘etre ceux des grands palais: maures. : Dans toute la longueur de l'enceinte, un bassin étroit reçoit les eaux que lancent en Jets nombreux de petits ajutages verticaux.
Ces eaux s'échappent ensuite dans les jardins par un canal en penterapide. Descon-
duits en grandes tuiles creuses sont placés de chaque côté pour former des cascatelles d'eau vive. À chaque palier, le canal s’élar-
git en bassins pleins d'eaux jaillissantes. C’est, en petit, ce que
devaient être les jardins de l’Alhambra.
On peut aussi comparer ces dispositions à celles du fameux jar-
Fig. 208. — Plafond mudejar à Séville {analogue aux plafonds andalous de Tlemcen).
squée de Miliana. Algérie. — Cliché Gervais-Courtellemont.
Fig. 210. — Palais de l’archevèché à Alger. — Cliché Gervais-Courtellemont.
din d'Abou-Fehr ! dessiné vers 1253 par des jardiniers andalous pour un des souverains Hafsides de Tunis, El-Mostancer. « Il contient, dit Ibn Khaldoun?, des kiosques nombreux, et un énorme bassin dans
lequel l’eau arrive par l'aqueduc ancien, ouvrage colossal qui amène les sources de Zaghouan jusqu'à Carthage. Ce conduit pénètre dans le Jardin sous la forme d'un mur, de sorte que leseaux sourdent d’abord
Fig. 211. — Mosquée de la pêcherie à Alger (1070 H.-16601J.-C.). Cliché Gervais-Courtlellemont.
d'une vaste bouche, pour tomber dans un grand et profond bassin carré. Cette pièce d’eau était assez grande pour que les femmes du sultan s'y promenassent en nacelle. À chaque extrémité s'élève un pavillon, soutenu par des colonnes de marbre blanc revêtues de mosaïque de marbre. Les plafonds étaient en bois sculpté et orné d'arabesques peintes et dorées ; les kiosques, les portiques, les bassins de ce jardin, ses palais à plusieurs étages, les ruisseaux qui coulent à l'ombre de ses arbres, tous les soins prodigués à ce site enchanteur le rendaient si cher au sultan que pour mieux en jouir,
il abandonna les lieux de plaisir construits par ses prédécesseurs. »
1. On en a retrouvé les vestiges au village de l’Ariana, près Tunis. 2: Ops*cit.. H,p:398.
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3° L'art mogrebin aprés La perte définitive de l'Espagne par les musulmans
En Espagne, de nombreux musulmans étaient restés à Séville après la conquête, et les artisans de toutes sortes y avaient travaillé pour les rois chrétiens. De même à Saragosse, à Tolède,
Fig. 213.— Portes dansla Casba à Alger. — Cliché Gervais-Courtellemont.
à Valence, à Cordoue, et à Grenade ; mais si les monuments religieux de l'Espagne médiévale sont presque tous de style ogival et ont eu pour architectes des artistes français ou bourguignons, les palais et les édifices civils sont en tout ou en partie fréquemment exécutés dans un style mixte nommé le style mudejar. Ce style a conservé pendant très longtemps encore, ‘dans Ja faïence, la menuiserie, la charpente et le plâtre sculpté, les traditions presque purement arabes. On comprend d'ailleurs parfaitement que les artisans locaux, même récemment convertis, ne désap-
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ÉSE pas pour cela leur métier et l’art dans lequel ils avaient
Fig. 214. — Détail de colonne.
Vestibule du Conseil général à Alger.Cl.Gervais-Courtellemont.
été élevés. D'un autre côté, leurs maïtres étaient loin d’être incapables d’apprécier le charme et l'élégance de leurs œuvres, Contrastant par leur richesse et la délicatesse de leur goût, avec le style un peu rude et un peu nu des édifices de style ogival.
Ces traditions nous ont été conservées non seulement par les monuments, mais même par un traité de charpente qui nous donne Île tracé traditionnel des plafonds arabes, en dôme, ou en pavillon. Voici d'abord un plafond mudejar conservé à Séville (fig. 208) et qui se voyait encore il y a quelques années dans un couvent de cette ville.
Puis, pour faire comprendre son analogie avec ceux qui nous ont été transmis par le Hvre dont j'ai parlée reproduis (fig. 207) un dessin calqué sur une figure tirée de ce livre, publié en 1632, vingt-deux ans après le dernier exode des Arabes, par Diego Lopes de Arenas(Compendio del arte de carpinteria, Séville, 1632), livre ne con-
tenant presque que des tracés purement
arabes, soit en dômes pyramidaux sur plan carré ou octogone, soit en dômes curvihgnes du plus ingénieux dessin.
MM. Marçais, dans leur description des édifices de Tlemcen, ont reproduit un certain nombre de plafonds arabes du xive siècle; on peut les comparer à ceux de Diego Lopes de Arenas, et l'on verra à quel point ces tracés se ressemblent. Aujourd'hui encore, au
Maroc, on en fait d'analogues, presque aussi compliqués, et M. de la be a bien voulu en photographier quelques-uns à mon
intention, ] ’en donne un (fig.
Algérie. — En Algérie, du xvi° au xvin® siècle, les formes s’abâtardissent très vite (fig. 209) ; la menuiserie peut garderencoreune certaine ingéniosité (fig. 210), mais on en arrive à bâtir les mosquées sur un plan d'église (mosquée de la pêcherie à Alger, fig. 211).
Fig. 215. — Vestibule du Conseil général à Alger. — Ensemble.
Tous les éléments perdent leur caractère (fig. 212), les faïences sont souvent de fabrication espagnole ouitalienne (fig. 214); les auvents de porte eux-mêmes deviennent plus pauvres (fig. 213) ; le plan des maisons est composé sans soin (fig. 217), et celles-ci ne se sauvent que par l'aspect pittoresque de leurs cours intérieures égayées de: faïences, de plâtres sculptés et de balustrades à jour (fig. 216). On est même agréablement surpris de rencontrer à Alger un édifice harmo-
nieux comme la mosquée de Sidi Abd-er-Rahman (1697)(fig.218). Une
des productions les plus bâtardes de ce mauvais style italianisé est
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le palais du dey Ahmed à Constantine (1826-37) qui est loin de valoir les monuments contemporains de Tunis (fig. 2201. La décadence fut moins rapide à.Tunis et au Maroc.
Fig. 216. — Cour de la Bibliothèque-Musée à Alger. Cliché Gervais-Courtellemont.
Tunis. — Tunis garda assez pure la tradition andalouse !; comme
les beys étaient d'origine turque, on y éleva, il est vrai, des mosquées hanéfites, mais sauf la mosquée Moyammed-Bey et surtout la mosquée de Sidi-Mahrez, qui rappelle par son parti intérieur la mos-
1. Ibn Saïd, historien arabe du x siècle cité par Girault de Prangey (op. cil.,p. 116), dit qu'à Tunis les architectes, céramistes et jardiniers, sont tous des Arabes d’Andalousie. Les artistes arabes de Tunis que j'ai pu consulter attribuent unanimement à l'Andalousie les traditions de leur art. Cf. Ibn- Khaldoun, op. cit., I, p.382.
quée Ahmedié de Constantinople, les mosquées hanéfites de Tunis ne se distinguent des malékites que par leur minaret octogonal un peu analogue à ceux d'Alep et de Damas, et par le portique qui les entoure sur trois faces et les isole de la cour intérieure. Dans les
mosquées, du xvi° au xvurt siècle, on trouve à Tunis des inscriptions