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Fig. 245. — Maison moderne à Bagdad. — Cliché Gervais-Courtellemont.
mans, l’art persan subit une évolution régulière, non seulement dans la Perse propre, mais même dans le Turkestan, qui en dépendittoujours au point de vue architectural; ce n'est pas, en effet, dans les tribus nomades du Turkestan qu'il peut avoir jamais été question de trouver des architectes. On sait que lorsque Tamerlan voulut embellir Samarcande, il dut emprunter à la Perse ses meilleurs architectes et les monuments qu'ils y élevèrent pour le grand conquérant et ses successeurs né sont pas les moindres titres de gloire de l'architecture persane.
Généralités sur l'architecture persane. — L'architecture de la Perse, aux temps anciens et antéislamiques nous est connue par un grand nombre de monuments remarquables.
Cependant, les Persans musulmans ont su donner à leurs édifices, même à ceux d'utilité publique, un caractère tout différent de celui qu'on peut remarquer dans les monuments des Achéménides ou des Sassanides, et la variété des programmes auxquels ils ont dû satisfaire nous a laissé un bien plus grand nombre de types d'édifices différents que nous n’en avons trouvé en Égypte, en Syrie, ou même dans le Mogreb.
L'architecture persane comprend dans ses trois divisions : religieuse, civile, militaire, les édifices suivants :
1° Architecture religieuse.
Mosquées à grande cour centrale.
Oratoires.
Couvents.
Cimetières.
Monuments funéraires.
Imam-/adés ou monuments funéraires des descendants des Imams, auxquels on donne en Perse un développement plus considérable qu'aux mausolées ordinaires.
20 Architecture civile.
Maisons particulières, hôtels princiers, palais des souverains, dans les villes, avec pièces d’eau et jardins (palais d'Ispahan). Palais des souverains à la campagne (palais de Kasr-i-Kadjar et d'Achref).
Monuments publics : Caravansérails, bazars etc.
Places publiques {[Meïdan-1i-chah à [spahan), jardins publics ou promenades (Tchar-Bag à Ispahan). Ponts, canaux, aqueducs.
3° Architecture militaire.
Nous ne connaissons, en réalité, et fort imparfaitement jusqu’à présent, qu une petite partie de la Perse, la partie occidentale. Et même, dans cette région, les monuments religieux ! sont encore
1. Si, autrefois, Coste et Flandin ont pu pénétrer dans les mosquées persanes avec une assez grande facilité, M. et Mr° Dieulafoy et M.J. de Morgan n’ont pu le faire aussi aisément. M. J. Gervais-Courtellemont, à qui je dois les vues intérieures de la mosquée Djouma et de la mosquée impériale d’Ispahan, plus heureux que ses prédécesseurs, a pu en photographier facilement les détails grâce à sa qualité de musulman. M. Fr. Sarre a publié un assez grand nombre de documents nouveaux sous forme de photographies inédites, et de très remarquable planches en couleur qui complètent admirablement Îles photographies, mais il n'a publié encore, comme plan, que celui de la mosquée d’Ardébil: nous en sommes donc encore réduits, pour beaucoup de monuments, à l'ouvrage de Coste et à celui d'Hommaire de Hell, illustré par J. Laurens, dont les dessins sont d’une exactitude remarquable.
inaccessibles, d'une façon générale, aux voyageurs européens; il en est de même pour beaucoup de maisons particulières.
Caractères généraux de la construction. — Dans les édifices de la Perse, de la Mésopotamie et du Turkestan, deux systèmes de construction sont en présence, qui dérivent tous deux de traditions antérieures :
1° La plate-bande avec ses colonnes et ses plafonds : construc-
Fig. 246. — Bazar à Chiraz (xvure siècle), — Cliche Gervais-Courtlellemont. )
tion en charpente et en bois, dont les murs peuvent être faits, de briques crues ou cuites, ou de moellons, ou de pans de bois hourdés en terre et briques crues ou cuites. Ce type de construction dérive de l’art assyrien et médique ;
9° La construction voûtée!, en arcades et sans colonnes monolithes, dérivée des traditions chaldéennes et perses, et de l’art sassanide, ne présentant comme points d'appui isolés que des piliers en briques construits sur plan circulaire, octogonal, ou carré cantonné de quatre colonnes engagées. La voûte a été, pour les Persans, le système choisi de préférence à cause du manque absolu de bois de
1. La voûte en pierre appareillée semble avoir été importée en Perse par les Arméniens, architectes et appareilleurs habiles. Les coupoles en pierre appareillée sont rares, du reste, en Perse, sauf, peut-être, dans l'Arménie persane.
charpente dans la plus grande partie du pays; aussi sont-ils arrivés rapidement à une habileté remarquable dans ce genre de construction ; ils semblent jouer avec les difficultés, et dans aucun pays, sauf en France, au moyen âge, on n’a su inventer des dispositions plus ingénieuses et plus variées de voûtes sur plans irrégu-
liers. Par une conséquence logique du système de construction
Fig. 247. — Un caravansérail en Perse. — Cliché Gervais-Courtellemont.
employé, les architectes persans et les architectes français du moyen âge sont, comme l'a fait remarquer M. Dieulafoy. arrivés à considérer comme l'élément principal de la voûte la nervure qui sertit les remplissages et forme un réseau résistant se soutenant par lui-même; grâce à cette division en petites parties de la superficie générale de la voûte, la construction devient d'une exécution bien plus facile que celle dés grandes voûtes en berceau ou en arêtes dont les thermes antiques nous ont laissé de si beaux exemples. Deux espèces de matériaux factices étaient à leur disposition, la brique crue et la brique cuite. :
Emploi de la brique. — La construction en briques crues est par son essence même périssable. Dès les temps les plus reculés, on est d'abord arrivé à concevoir la nécessité d'en préserver les parements au moyen d’un revêtement de briques cuites. De là à l'emploi des briques émaillées, 1l y avait qu'un pas et c'est peut-être
GÉNÉRALITÉS at7
le hasard d'une cuisson trop énergique qui montra aux anciens architectes de la Chaldée la possibihité de vitrifier la surface extérieure de la brique et de tirer parti de cette propriété pour augmenter la solidité et embellir la décoration de leurs édifices. Mais la brique ne se prête pas facilement aux saillies ; 1l faut donc employer ‘ifférents artifices pour arriver à créer des jeux d'ombre et de lumière, soit à l'aide de briques disposées en dents de scie, soit par des encorbellements ; ceux-e1 ne peuvent pas cepen-
Fig. 248. — Pont sur le Dalékientre Chiraz et Bender Bouchir. — Clichi Gervais-Courtellemont.
dant former de fortes saillies sans une disposition spéciale permettant de créer des points d'appui successifs, dont l'appareil même dérive de la nature des matériaux employés. Tels sont par exemple les treillis ajourés du minaret de la grande mosquée de Mossoul, destinés à donner aux murs une rigidité suffisante, sans en diminuer la légèreté, ou encore la création des stalactites, cet élément si. remarquable de l'architecture musulmane, engendrées, selon la très juste remarque de M. Max van Berchem, par une succession de trompes variées se superposant en encorbellement.
Les stalactiles. — Si les stalactites, dans certains cas, ne sont que des trompes en briques plus ou moins compliquées, comme aux tombeaux de Rtï, et à une tour analogue située à Bostan! près de la mosquée Djouma, à Véramine, elles peuvent rece-