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voir un développement remarquable /V. fig. 249, détails de l'entrée principale). Là encore elles sont uneexpression décorative logiquement déduite du procédé de construction employé. Il en est de même au tombeau de la fille d'Houlagou à Maragha (fig. 264)et au porche intérieur de la mosquée Djouma à Ispahan (fig. 253). Mais cette décoration en stalactites est si séduisante qu elle arrive, bientôt, à être employée pour elle-même. On l'exécute alors en pièces de terre cuite moulée (mosquée bleue à Tauris, fig. 283 et fig. 284, et mosquée d’'Ardébil, fig. 287) appliquées tant bien que mal au corps même du monument.
Ce n’est pas seulement dans la construction des encorbellements, des voussures et des corniches, que la stalactite fut employée. On en a fait des voûtes complètes, comme au tombeau de Zobéïde, près de Bagdad ‘ (fig. 250) et à l’Imam-Zadé-Touil près de Tag-Eiwan ?.
Dès que les stalactites furent devenues un motif courant de décoration on les appliqua un peu à tort et à travers; elles revètirent des voussures intérieures, formèrent des corniches, des chapiteaux, même des couronnements de minarets, et lorsque cet élément dérivé de la voûte s’appliqua aux constructions en bois, il perdit son caractère de trompes successives pour prendre celui de prismes accolés à faces planes *; on les peignit, onles dora, qu'elles fussent en bois ou en plâtre ; enfin, le Jour où l’on songea à les revêtir de petites glaces élamées de manière à former des sortes de cristallisations brillantes où la lumière se reflétait de tous côtés et leur donnait un aspect immatériel, l’un des éléments les plus gra-
1. Cette forme singulière rappelle certains moules à gâteaux dont la forme traditionnelle s’est transmise scrupuleusement jusqu'à nos jours dans les ateliers de nos chaudronniers. Il serait curieux de savoir si des moules pareils ne se retrouvent pas en Orient, car je ne vois pas qu'il soit possible qu’une forme aussi caractéristique soit d'origine européenne. Les cuisiniers et pâtissiers ayant toujours eu prétention à l'architecture, cette remarque est parfaitement loisible, et il serait logique de penser que cette forme a pu passer de l'architecture dans un art plus inférieur. Nous avons encore souvent des exemples de ce fait sous les yeux.
2, J. Dieulafoy, Tour du monde, t. LI, 1886, p. 72.
3, Nous avons vu, dans le chapitre III, que les stalactites des corniches en bois et même certaines voûtes sont faites de prismes de bois accolés, sur la face inférieure desquels sont creusés les éléments curvilignes dont la succession forme les stalactites. Ces faces intérieures sont toujours courbes et le caractère de la stalactite est par conséquent de présenter une suite de concavités successives. Plus loin, nous verrons, qu'au contraire, les stalactites turques sont plutôt des combinaisons de prismes à faces planes, avec une alternance d'éléments concaves et convexes qui doivent, je pense, avoir leur origine dans les stalactites persanes.
cieux et les plus originaux de l'architecture persane était inventé. Les loitures.— Les toitures des constructions en bois sont des terrasses revêtues souvent de carrelages en terre cuite. Pour les cons-
Fig. 250. — Tombeau de Zobéïde vers 834, près de Bagdad, restauré au xrr1° et au xvi° siècle. — Cliché Gervais-Courtellemont.
tructions voûtées, la couverture est le plus souvent formée par l'extrados de la voûte elle-même.
Pour les grands dômes ou les tombeaux, la nécessité de constituer une silhouette satisfaisante rend inévitable l'emploi d'une coupole supérieure soutenue sur un tambour (Ispahan, Chiraz, Samarcande, etc.), ou bien une toiture conique ou polygonale circonscrivant et abritant la coupole intérieure {(tombeaux d’'Amol, fig. 265; de Mara-
wha, fig. 264; de Démavend, fig. 302 A).
GÉNÉRALITÉS ol
Décoration des édifices. — La faïence a été l'élément le plus riche de la décoration architecturale des édifices persans. D'abord réduite à la tranche des briques émaillées se détachant sur le fond rose des briques cuites, ou sur le ton blanc des stucs (mausolée de Moumine-Hatoun à Nackchevan), la décoration émaillée envahit bientôt toute la maçonnerie de briques ; puis afin d'obtenir autre chose que des dessins à éléments rectilignes, les seuls exécutables avec des briques, on découpa de petits fragments émaillés, et par leur juxtaposition on constitua de grandes décorations qui sont une marqueterie de faïence, une sorte d'opus sectile qu'on peut employer seul, ou mélangé à la brique cuite. L'emploi de carreaux de terre cuite émaillée de forme différente, permettant par leur juxtaposition des dessins, où habituellement des éléments émaillés en plein en bleu turquoise et portant des reliefs, alternent avec des éléments à reflets métalliques sur fond blanc ivoire, fut d’abord réservé à la décoration intérieure, à des lambris. à des mihrabs (comme celui: de Pfmam-Zadé Yahia à Véramine qui d’après M. Dieulafoy daterait du xim° siècle). Au xiv° siècle et au xv° siècle la palette des céramistes s'enrichit de plus en plus, les dessins se compliquent, et enfin au commencement du xvi* siècle à Ardébil le tombeau de Cheikh Séfi contient toute la série des applications possibles de la céramique architecturale : corniches à stalactites, bandeaux, frises à inscriplions, murs et dômes en briques émaillées, claustra ou clôtures ajourées en faïence, etc... Les édifices d'Ispahan restaurés ou construits sous Chah-Abbas sont aussi des merveilles de décoration céramique ; mais l'abus des carreaux de revêtement (plus économiques ilest vrai que la brique émaillée ou que la marqueterie de faïence) est une des causes principales de la ruime de ces édifices. Sous le climat variable de la Perse, abandonnés sans être entretenus, ces revêtements se détachent peu à peu, et les monuments qui ‘ne sont pas vieux de quatre siècles auront dans peu d'années perdu leur parure. Au xvu* siècle, les couleurs se font de plus en plus nombreuses, le rose, le jaune clair, le rouge, le vert feuille (peut-être apportés par des ouvriers chinois) complètent la gamme
1. L'imitation des tapis ou des broderies se fait fréquemment sentir, dans la décoration en briques émaillées, car la disposition des points de tapis, points reclangulaires et non pas carrés,donne une disposition réticulée de la même famille géométrique que la disposition des briques, rectangulaires elles aussi, et le mur en briques .prend l'aspect d'une étoffe à mailles rectangulaires (Cf: chap. Ep, 15 et 38).
des couleurs autrefois employées: bleu turquoise; brun, feuille morte, vert bouteille, bleu de cobalt, blanc, violet foncé; l'ornementation tend d'abord à imiter les tapis, puis limitation de Îa figure humaine, les scènes à personnages, les animaux, les fleurs réalistes s'introduisent peu à peu dans une confusion qui amène rapidement la décadence de cet art charmant. Les vitraux de couleur sertis dans des ossatures en plâtre découpé, les frises de plâtre ou de stucs sculpté ou moulé, les marqueteries de bois précieux, les métaux précieux !, les dorures, et plus tard les glaces de Venise, la peinture et les riches étoffes brochées d'or ou d'argent venaient compléter les ensembles dont nous ne pouvons nous faire qu'une idée imparfaite, soit par les descriptions des voyageurs qui, comme Chardin, ont mis une conscience remarquable à décrire ce qu'ils avaient vu, soit par les miniatures des manuscrits, dans lesquelles la représentation des édifices et de leur décoration présente souvent une grande exactitude.
in Perse, si les édifices antérieurs au xvi° siècle qui nous sont actuellement connus ne sont que des édifices religieux ou d'utilité publique, il nous reste les palais des rois Sofys et de leurs successeurs et ceux des principaux seigneurs persans depuis le xvu° siècle, par lesquels nous pouvons encore juger exactement de ce que pouvaient être la splendeur et le goût de la cour persane et voir pour ainsi dire réalisées de nos jours les merveilles de luxe que nous ne connaissons pour les époques anciennes que par lesrécits des historiens.