‹ Manuel d'économie commerciale [microform]. (La technique de l'exportation) à l'usage des élèves de l'enseignement commercial supérieur et moyen et de l'enseignement techniqueChapitre 32 sur 69 · G. — LES CHANGES ÉTRANGERS ET LA BALANCE ÉCONOMIQUE · texte numérisé non relu

G. — LES CHANGES ÉTRANGERS ET LA BALANCE ÉCONOMIQUE

1. Définition du change. — Le change est l'achat en monnaie nationale d'une somme payable dans un pays étranger en monnaie de ce pays. C'est à la fois un rapport et une opération. Le change représente le rapport qui existe entre la monnaie nationale et la monnaie étrangère, en prenant pour base la quantité d'or fin contenue dans l'unité monétaire étrangère, évaluée d'après notre valeur intrinsèque {pair du change). C'est aussi une opération qui comprend soit l'échange direct d'une monnaie étrangère contre de la monnaie nationale ou inversement [change direct), soit l'achat ou la vente d'effets de commerce et de chèques {change tiré).

Le change intérieur ou change national, s'établissant entre les différentes places d'un même pays, n'existe plus que pour les localités de peu d'importance (change ou perte de place). Le change extérieur ou change étranger prend naissance dans le règlement des dettes et créances internationales, qui constituent les éléments de la balance économique ou balance des paiements internationaux, par opposition à la balance

commerciale, formée uniquement par les importations et les exportations de marchandises. La balance économique envisage, au contraire, tous les échanges matériels évaluables en argent et leurs différents modes de règlement.

2. Le cours du change. — Le cours du change est la résultante de la balance économique; c'est un baromètre qui en indique les fluctuations; mais, de même que pour les prix des marchandises, la balance économique subit en retour l'influence du cours du change. Pratiquement, le cours du change est celui des négociations du papier payable à l'étranger.

La cote des changes est établie d'après Vincertain ou le certain. Une cote donne l'incertain lorsque le cours exprimé en monnaie nationale s'applique à une quantité fixe de monnaie étrangère. Une cote donne le certain, lorsque le cours indique en monnaie étrangère la valeur d'une quantité fixe de monnaie nationale. Donner l'incertain est la règle des pays d'Europe, à l'exception de l'Angleterre qui emploie les deux manières de coter. D'une façon générale, la monnaie nationale est payable comptant et l'échéance donnée s'applique à la monnaie étrangère, cotée soit à vue soit à terme.

La cote des changes de Paris est établie chaque jour, à la Bourse, soit directement entre banquiers, soit par l'intermédiaire de courtiers; elle donne le cours moyen des opérations, fixé par un Comité composé de quatre banquiers et de trois courtiers. Depuis le !«' mai 1907, toutes les devises sont cotées à vue; les escomptes sont calculés au taux officiel de la Banque du pays dans lequel les valeurs sont payables. Le timbre étranger est toujours à la charge du vendeur*.

On dit que le change entre deux pays est au pair

1. Les indications de chèque et de versement, inscrites à la cote, comportent une différence : le versement n'est payable que le jour du règlement, il est donc plus avantageux que le chèque, payable le jour ou le lendemain de l'achat.

lorsque le cours représente exactement la valeur intrinsèque de la monnaie du pays coté. On dit que le change est haut, passif ou défavorable à un pays, lorsque les cours cotés dans ce pays sont au-dessus du pair. On dit, enfin, que le change est baSy actif ou favorable^ lorsque les cours cotés sont au-dessous du pair. Un même pays peut avoir un change favorable vis-à-vis d'un pays et défavorable vis-à-vis d'un autre *.

3. Les variations des changes. — Les changes varient d'abord suivant l'offre et la demande, résultant de la différence qui existe à un moment donné entre les créances et les dettes internationales. Plus les dettes seront importantes, plus les demandes de remises seront nombreuses, et plus le change s'élèvera. Au contraire, plus les créances seront abondantes, plus les offres de ventes de traites se produiront, et plus le change s'abaissera.

Cependant, si la circulation monétaire des deux pays est saine, les fluctuations résultant de la seule différence entre l'offre et la demande ne dépasseront pas sensiblement certaines limites que l'on appelle, — dans le cas de monnaie d'or, — gold- points. On appelle gold-point de sortie le cours au-dessus du pair auquel le débiteur peut indifféremment acheter une remise ou envoyer de l'or pour couvrir le créancier étranger. On appelle gold-point d'entrée le cours au-dessous du pair auquel le créancier peut indifféremment vendre sa traite ou faire venir de l'or à ses frais, la perte à supporter dans les deux cas étant équivalente. Le goldpoint se calcule en ajoutant ou retranchant au pair : a) les frais d'achat du numéraire aux changeurs, qui recherchent par trébuchage les pièces lourdes ou non usées; 6) les frais de transport et d'assurance ;c) l'intérêt

1. La qualification de favorable ou défavorable n'est qu'à moitié exacte, en ce sens que, si la dépréciation de l'unité monétaire d'un pays est contrairo aux intérêts de ceux de ses nationaux qui ont des paiements k etl'ectuer en or, elle sert, inversement, les intérêts do ceux qai ont 4 recouvrer des créances en or.

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perdu pendant le voyage; d) les frais de monnayage, s'il y a lieu.

L'écart entre le gold-point et le pair augmente dans le cas d'un pays ou d'une place éloignée ou difficile d'accès (influence géographique), en cas de rareté du numéraire-or, lorsqu'il faut payer une prime pour l'obtenir, ou bien dans le cas d'une monnaie dépréciée. Dans ces deux derniers cas, la limite s'allonge d'au moins toute l'importance de la prime sur l'or, et cet écart porte le nom d'agio. Étant données la variété et la complexité des causes qui le déterminent, la fréquence de ses variations, on ne peut plus considérer l'agio comme un indice exact de la situation des paiements internationaux. Ce sont des changes « erratiques », suivant l'expression de M. Paul Leroy-Beaulieu. Tous les pays qui ont eu recours au papier-monnaie à cours forcé ont subi de fortes dépréciations dans l'étai de leurs changes, mais depuis vingt ans on a pu constater une amélioration générale, due au meilleur étaî des finances, à l'assainissement de la situation des banques et, dans quelques cas particuliers, comme celui de l'Italie, aux remises faites par les émigrants.

D'autres causes agissent encore sur les fluctuations des changes : a) la valeur des signatures : certaines cotes font une différence entre le prix des traites tirées sur une banque ou sur une maison de commerce; 5) le tirage d'effets à découvert, qui seront compensés plus tard par d'autres effets correspondant à des affaires réelles; c) l'emploi de remises en coupons, titres de rentes ou autres valeurs mobilières ayant un marché international; d) l'appréciation de la situation politique et économique du pays, de l'état de ses finances, qui se reflète dans le cours des changes, surtout aux moments de crises ou de guerre : les fluctuations de la confiance des neutres ont suivi le cours des événements et se sont traduits dans les changes, suivant une sorte de « co'îe des paris »; e) le cours des métaux précieux : ce sont surtout les variations du métal blanc qui se répercu-

tent exactement sur le change des pays à étalon d'argent, comme la Chine; /) l'influence des saisons s'exerce d'une façon très sensible dans certains pays (Suisse, Italie), pendant les mois de villégiatures, où la présence des touristes donne lieu à des remises de" l'étranger, ou dans les pays neufs (Brésil, Argentine), aussitôt après la récolte des principaux produits d'exportation.

Les changes sur Londres sont les plus irréguliers, parce que le papier sur cette place est le plus répandu partout et que cette place est le centre mondial du marché des changes et l'intermédiaire pour les règlements. Leur bon marché sur la place de Paris avant la guerre était le meilleur indice de la situation favorable de notre pays au point de vue de ses rapports commerciaux et financiers avec l'étranger.

4. Le change et les prix. — Les prix sont influencés par le change et dans le même sens, parce que l'agio vient s'ajouter au prix de revient des produits achetés à l'étranger, mais ces variations ne sont pas toujours simultanées et ne se répercutent pas dans la même mesure; les prix varient avec beaucoup de lenteur, alors que Tagio est bien plus rapide dans ses mouvements ascensionnels.

La hausse du change favorise les exportations qui, facturées en monnaie étrangère, bénéficient de l'agio, tandis qu'elle oppose, dans la même mesure, un obstacle aux importations de produits étrangers, qui renchérissent dans la mesure de la dépréciation de la monnaie qui sert à les payer. Il en résulte que la concurrence des pays à monnaie dépréciée s'intensifie parce que les exportateurs font participer les acheteurs étrangers aux bénéfices qu'ils recueillent du fait de ^l'agio. D'un autre côté, la double influence en sens inverse exercée par la hausse du change sur les exportations et les importations réagit à son tour sur la balance commerciale, pour en rétablir l'équilibre par l'accroissement des premières et la réduction des

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secondes : la production est stimulée, les règlements extérieurs sont améliorés par la baisse correspondante de l'agio*.

5. L'assurance contre les fluctuations du change. — Les efi'ets tirés sur l'étranger peuvent être créés : a) soit payables en monnaie du pays sur lequel ils sont tirés; b) soit en francs, sans autre indication; c) soit en francs effectifs, ou en francs or, ou en francs au cours du change à vue sur Paris; d) soit en francs, au cours du change fixé sur l'effet, d'accord entre le tireur et le tiré. Ces deux derniers modes de tirage ont pour but l'assurance contre les variations du change dans les pays à circulation monétaire dépréciée, en évitant le paiement au change du jour de l'échéance.

L'assurance peut encore être pratiquée : a) dans le cas de l'exportateur : soit par la vente immédiate de la traite, au cours du jour, dès que le marché a été passé, soit par la conclusion d'un marché à terme; b) dans le cas de l'importateur : en achetant d'avance des remises à un cours favorable 2.

6. La politique régulatrice des changes. — La politique régulatrice des changes a pour but d'empêcher l'exode de la monnaie-étalon par suite du règlement de la balance économique, lorsque ce règlement se traduit par un solde débiteur. Cette politique, pratiquée par l'État ou les banques d'émission, répond à une nécessité de l'économie nationale et s'exécute par différents moyens.

a) La politique d'escompte se traduit par la hausse du taux d'escompte, qui est un correctif nécessaire du

1. A Bangkok, on observe que les chargements de riz s'en vont sur Singapour ou sur Hong-Kong suivant que le change du moment est plus favorable sur l'un ou l'autre des deux grands marchés d'Extrême-Orient.

2. En Chine, le principal rôle des banques est d'assurer le taux du change : l'assurance se pratique par l'achat de taels, au moyen desquels la marchandise vendue dans cette monnaie est payée immédiatement. La spéculation s'opère : en prévision de hausse, par l'achat de taels, sans achat simultané de marchandises; en prévision de baisse, par l'achat de marchandises, en réservant celui des taels correspondant.

change défavorable. Les commerçants conservent plus longtemps leurs effets en portefeuille et les capitalistes sont encouragés à en acheter. Le portefeuille des banques tend ainsi à diminuer, et l'encaisse à augmenter. D'autre part, non seulement la hausse du taux de l'escompte retarde l'exportation du numéraire, mais encore elle en facilite l'importation, car les banquiers étrangers, qui retardent la vente des traites payables dans le pays où l'escompte vient de monter, sont en même temps disposés à en acheter encore pour bénéficier d'un taux plus favorable. Cette politique est suivie par toutes les banques d'émission ; on lui reproche d'être onéreuse pour le commerce et l'industrie, de devoir être fréquemment renouvelée, d'imposer le taux officiel au marché libre, et d'entraîner dans les autres pays des représailles défensives, qui conduisent à de nouvelles majorations. Aussi doit-elle être appliquée avec modération et seulement dans les époques difficiles.

b) La politique de prime conduite l'établissement d'une prime sur l'or; la banque est toujours vendeur de numéraire, mais elle exige un supplément de prix. Lorsque la Banque de France veut retenir son or, elle a recours à la faculté de rembourser ses billets en écus d'argent.

c) La politique des devises, pratiquée en Belgique, Suisse, Allemagne, Autriche-Hongrie, consiste à acheter du papier sur létranger quand le change est favorable, et à le vendre quand le change est défavorable; mais il faut pour cela que la balance économique se prête à ces alternatives de fluctuations. La pratique des arbitrages par voie indirecte est aussi employée en Suisse, pour éviter le drainage des écus.

d) La politique de solidarité monétaire consiste dans l'aide mutuelle que se prêtent les banques d'émission, au moyen d'avances d'or, pour éviter les crises de circulation. C'est la thèse que plaidait en 1908 M. Luzzati, dans son Mémoire en faveur de la réunion d'une Conférence internationale pour la paix monétaire,

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et c'est aussi lidée soumise par M. Begg au Congrès international des Chambres de Commerce, en 1914, de constituer dans les principaux pays une réserve d'or spéciale, mise à la disposition d'un Conseil international, formé des représentants des grands Instituts d'émission, en vue de venir en aide au pays où se formerait le centre de la dépression économique. La Banque de France est plusieurs fois venue en aide à la Banque d'Angleterre. Les banques d'émission de l'Union monétaire Scandinave évitent entre elles les envois d'or par l'ouverture de comptes réciproques, qui se liquident à époques déterminées et qui ont contribué à stabiliser le change entre les trois pays. L'entraide peut s'opérer soit par un envoi effectif, soit, plus économiquement, par un simple crédit de la somme qui devrait être exportée et qui est réservée dans l'encaisse de l'établissement prêteur, procédé employé par la Banque de France pendant la guerre vis-à-vis de l'Angleterre et des États-Unis.

c) La politique de stabilisation du change a été étudiée en même temps que la monnaie. Les États ont recours, suivant les cas, à la consolidation de leurs finances, à la réduction du stock de papier-monnaie, à la suspension de la frappe de l'argent (Inde) et à la fixation d'un taux de stabilisation, enfin à la création de Caisses de Conversion, soit au moyen d'une encaisse or, constituée à l'intérieur, soit par la création d'un portefeuille de valeurs étrangères, soit par un dépôt effectué dans une ou plusieurs banques étrangères.

/) La modification du solde de la balance des paiements, par l'accroissement des créances et la diminution des dettes, est une des mesures qui s'imposeront après la guerre pour l'amélioration de nos changes étrangers, en agissant non seulement sur les marchandises, mais, encore sur d'autres éléments qu'il nous reste à analyser.

7. Les éléments de la balance économique. — La balance économique ou balance internationale des paie-

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ments se compose de l'état des créances et des dettes de toute nature qui résultent de la circulation des personnes, des marchandises et des valeurs mobilières. Ce n'est pas un bilan annuel, c'est une situation qui se modifie chaque jour et qui comprend non seulement es mouvements enregistrés par les statistiques, mais aussi ceux qui leur échappent, « ce que l'on voit et ce que l'on ne voit pas », C'est une balance d'évaluation, approximative, qu'il est impossible de chiffrer exactement, mais que M. de Foville a très complètement analysée-

a) La circulation des personnes intéresse les émigrants, les voyageurs et les entreprises nationales à l'étranger. Pour rémigrant, il y a lieu de comparer ce que perd son pays : sa propre valeur économique et sociale, l'argent qu'il emporte avec lui, et pour lequel certains États exigent un minimum déterminé, — et, d'autre part, les économies qu'il expédiera régulièrement et que l'on évalue pour l'Italie de 200 à 400 millions, et les sommes qu'il rapportera à son retour. Les voyageurs et touristes fournissent un sérieux appoint aux pays d'Europe les plus fréquentés, France, Italie, Suisse, non seulement par les dépenses de séjour, dont bénéficie l'industrie hôtelière, mais encore par les achats de toute sorte d'objets qui sont emportés en bagages ou sur la personne et qui échapperont aux statistiques de la douane. Les bénéfices réalisés par les entreprises nationales à l'étranger, agricoles ou industrielles, ou résultant de la vente des brevets d'invention, de même que les revenus de la propriété littéraire et artistique, représentent des sommes très importantes pour les vieux pays de l'Europe centrale et occidentale. Il faut y joindre encore les mouvements divers résultant de pensions, d'héritages, de mariages, d'assurances, d'indemnités de guerre ou de troubles intérieurs, de quêtes religieuses.

b) La circulation des marchandises se traduit dans les vieux pays industriels d'Europe par un notable excédent

d'importation, — Angleterre depuis 1850, France, 1876, Allemagne, 1888, — qui est compensé par des recettes d'autre nature. Les pays neufs bénéficient, en général, d'un excédent d'exportations, variable avec l'importance des récoltes. Les frais de transport ne sont pas toujours comptés dans la valeur des marchandises, et ils forment un gros appoint soit pour les Compagnies de chemins de fer des pays de transit, soit pour les Compagnies anglaises de navigation, qui reçoivent annuellement plus d'un milliard et demi de fret de leurs clients étrangers. Par contre, les marines marchandes et les marines militaires engagent des dépenses importantes au cours de leurs multiples escales, en vivres, combustible ou réparations. Enfin, les peuples courtiers, grâce à leurs marchés-entrepôts, bénéficient de leur rôle d'intermédiaires — qui tend, d'ailleurs, à diminuer, — dans le paiement des courtages, commissions, frais de magasinage, de manutention, d'assurance, etc.

c) La circulation des valeurs mobilières vaut aux peuples prêteurs des revenus importants par le règlement des coupons, le remboursement des titres, le paiement des frais d'émission et de courtage, les bénéfices d'arbitrages, qui représentent des créances périodiques et régulières, qui influent favorablement sur le change d'une façon permanente, tandis qu'en sens inverse, le versement des sommes empruntées n'exerce qu'une action passagère au moment de l'émission.

d) Les règlements sont opérés par les banques, les administrations postales ou les particuliers, au moyen d'effets de commerce, chèques, transferts télégraphiques, mandats postaux, coupons et titres internationaux; le numéraire n'intervient guère que dans le solde définitif de la balance et pour une part minime du montant totale

1. On compte 5 0/0 aux États-Unis, pour la période ISQl-lOOô et pour l'ensemble de la balance, 3 0/0 seulement avec l'Angleterre. En Italie, en 1906, le numéraire représente 3,25 0/0 du total des échanges.

lA SPÉaALISATION DU CRÉDIT

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