CHAPITRE VI
LES CRISES COMMERCIALES
1. Définition et causes des crises. — La crise est le résultat d'une rupture d'équilibre entre l'offre et la demande, entre la production et la consommation. 11 peut y avoir : a) soit excès de l'offre, et c'est la crise de surproduction ou de sous-consommation, qui représente le cas général; b) soit excès de la demande, qui se manifeste principalement pour les produits agricoles, dans le cas de mauvaises récoltes.
Les causes des crises sont objectives ou subjectives. Les premières portent d'abord sur le facteur quantité; étant donnés l'étendue du marché international, le manque de renseignements précis sur les besoins, il est matériellement impossible de faire correspondre exactement la production à la consommation, d'équilibrer l'offre et 1 demande; celle-ci se trouve, en outre, limitée par le pouvoir d'achat des consommateurs, dont la marche ascendante n'est pas aussi rapide que celle de la production industrielle, exception faite de quelquel produits agricoles de consommation générale, comme le blé et la viande.
Les autres causes objectives des crises proviennent de l'organisation de l'industrie moderne. C'est ainsi que l'immobilisation excessive de capitaux fixes dans l'extension des moyens de production et de transport produit
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une gêne dans la marche de l'industrie, qui ne dispose plus des capitaux circulants nécessaires. En second lieu, par le l'ait des sommes énormes engagées dans les grandes usines, il résulte que toute réduction de production accroît les frais généraux et augmente le prix de revient, tandis que, d'autre part, le perfectionnement continu de l'outillage conduit naturellement à accroître la production; l'usine moderne se prête mal aux fluctuations des besoins et cette inaptitude d'adaptation est une des causes essentielles des crises.
Les causes subjectives doivent être cherchées dans lr caractère humain qui, à certains moments, se laisse aller à une confiance exagérée, et, à d'autres, s'abandonne au découragement. Les manifestations de l'activité humaine ne présentent pas une marche continue,, mais une courbe ondulée; l'homme s'arrête rarement au juste milieu : imprudent quand la confiance l'entraîne, effrayé dès que la défiance le domine, l'homme exagère d'abord son activité pour l'arrêter ensuite trop brusquement. Nous avons déjà fait remarquer dans le chapitre précédent que les fluctuations en bourses sont dominées par des courants qui s'inspirent des tendances de l'opinion à exagérer alternativement L'espoir ou la crainte; ces courants qui agissent continuellement sur les prix s'exagèrent et s'amplifient au moment delà crise. La psychologie humaine se retrouve au fond de tous les phénomènes économiques.
2. La périodicité des crises. — L'observation des crises pendant le cours du xix" siècle montre qu'il s'agit d'un phénomène rythmique, dont la période oscille entre cinq et dix ans, et qui se propage par rayonnement du pays d'origine aux autres nations industrielles. I>an^ chaque industrie, un rythme particulier se produit : les prix tendent à graviter autour d'un coût marginal, puis la hausse étend la production qui réagit à son tour sur les prix cl les ramené vers le prix normal, et le même mouvement se reproduit. Les causes subjectivea que nous avons exposées agissent aussi sur la
périodicité, qui résulte des alternatives de confiance exagérée et de découragement.