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LES CHANGES ÉTRANGERS

Le comptant et le terme. — Le comptant ne peut être ni le mode unique, ni même le mode principal des échanges, avec l'activité économique actuelle. Le comptant exige des disponibilités de capitaux toujours présentes, il se prête mal à des transactions un peu étendues ; le crédit dispense le commerçant d'accumuler une encaisse improductive, et « ses facultés d'achat, suivant l'expression de M. A. Arnauné, deviennent égales non seulement au numéraire dont il dispose actuellement, mais à l'ensemble de son patrimoine, y compris les biens immatériels, mais plus précieux que tous, qui s'appellent l'habileté professionnelle, l'honorabilité ».

Une autre raison de la restriction de l'emploi du comptant, c'est que la concurrence oblige le commerçant à accorder des crédits de plus en plus longs, et ce sont les Allemands qui ont le plus contribue à celte évolution en se montrant extrêmement larges à ce point de vue. Les grandes maisons allemandes fie I • ipzig, de Berlin ou de Hambourg, lbnr\ uu an de

crédit à tous huis acheteurs de Sibérie qui ont une vente considérable jusqu'en Chine et en Perse. Le môme délai est courant dans la plupart des pays de L'Amérique du Sud. En Russie, il faut accorder six mois de terme, quelquefois neuf; en Italie, les crédits de quatre à six mois sont fréquents. En Angleterre et aux États-Unis, le crédit courant est de six mois pour l'usage, bien qu'effectivement il soit à peine de trente jours. Mais, dans ces deux pays, le règlement par traite est très peu pratiqué, par défiance de l'acheteur et manque d'usage; les maisons de gros et les grands détaillants, tout en étant de premier ordre et jouissant d'un bon crédit, ne paient leurs fournisseurs de l'étranger qu'au moyen de chèques, qu'ils expédient le plus souvent à leur entière convenance.

En France même, l'usage des longs crédits est fréquent dans certaines branches : cent vingt jours et plus dans le commerce des cuirs en poils, six mois dans celui des fourrures, des plumes d'autruche, des diamants, de la confection pour dames; certaines machines se vendent à un, deux et trois r.ns. A Bordeaux, le commerce des vins comporte des crédits à six mois, à un an et plus, utilisables en des traites ou billets que les banques escomptent volontiers, parce quelles savent pouvoir les réescompter éventuellement aux capitalistes de la région, habitués à ce genre de placement. A Lyon, les soies se vendent à quatre-vingtdix ou cent jours.

Si le crédit est indispensable, sa longueur ne saurait être exagérée sans inconvénients. Ce n'est 'pas au moment où les communications de toute sorte se multiplient et augmentent de rapidité, où les délais de transport se raccourcissent, que les délais de règlement doivent être allongés. Plus les affaires se terminent avec rapidité, plus un même fonds de roulement rend des services multiples. Ce serait travailler contre le progrès que de favoriser l'allongement des échéances.

Les éléments essentiels du crédit sont la confiance et le

temps, sa base est l'épargne et son principe est la spécialisation. Il nécessite entre le banquier, qui le vend, et le commerçant, qui l'achète, une sorte d'association, une communauté d'intérêts, une connaissance réciproque complète, personnelle et intime, qui s'étend au sujet et au lieu; sur place, le crédit s'administre avec plus d'efficacité qu'à distance et c'est dans le régionalisme qu'il donne son maximum. D'autant plus qu'en France la cellule industrielle est faite, non de quelques grosses unités, mais surtout d'une infinité de petites et moyennes exploitations ; la guerre aura cependant modifié un peu cette situation dans la branche métallurgique en favorisant la concentration étales ententes. Eûfin, le crédit se mérite, il ne se décrète pas, et pour le banquier il représente, suivant les. termes de Charles Renault, « cette marchandise subtile et apparemment impondérable, qui se trébuche pourtant, mais avec les poids tout à fait spéciaux de l'observation, de l'estime, de la prévision et de la sagesse ».

Nous étudierons d'abord le crédit sous les formes dans lesquelles il est recherché par la banque, puis dispensé par elle aux commerçants et aux industriels.

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