‹ Manuel d'économie commercialeChapitre 31 sur 66 · A. — LE CRÉDIT A LA BANQUE · texte numérisé non relu

A. — LE CRÉDIT A LA BANQUE

1. Les dépôts. — Le crédit à la banque est fourni par l<s déposants sous forme d'argent et de titres, le dépôt de titres contribuant, par le paiement des coupons, à alimenter le dépôt d'argent. Suivant l'expression de ' M. Ch. Brouilhet, c'est le capital « à l'état natif ». Le dépôt se différencie de l'épargne en ce qu'il est temporaire, provisoire; c'est « une position d'attente ».

On classe les dépôts à deux points de vue : a) ceux des particuliers et ceux des commerçants, qui diffèrent par leur taux, leur durée et leur forme d'emploi; b) les dépôts à vue et les dépôts à échéance, dont le taux varie avec la durée. La large prédominance des

premiers dans les grands établissements français provient dn taux d'intérêt qui n'est pas suffisamment élevé pour les seconds, et H eu résulte des conséquences extrêmement importantes dans la politique financière des banques françaises qui ne peuvent employer leurs dépôts à vue qu'en prêts à court terme et en placement de titres; seuls, les dépôts à échéance permettent les prêts à long terme et les commandites industrielles.

Les dépôts ont des avantages nombreux, a) Pour le déposant, ils suppriment tous les risques de la garde du numéraire (perte, vol, incendie, frais et erreurs du service de caisse); la domiciliation des traites, en rendant l'effet bancable, réduit le taux d'escompte, et les frais de règlement se trouvent compensés par l'intérêt du dépôt, b) Pour le banquier, les dépôts établissent des relations plus étroites et plus confiantes avec le client, ils favorisent l'emploi du chèque, les virements, la compensation, ils réduisent les besoins de numéraire, rencaisse et, partant, les frais généraux de banque dont la réduction se répercute sur le taux d'escompte.

La proportion de l'encaisse aux exigibilités, c'est-àdire la liquidité, est bien plus faible dans les banques françaises qu'à l'étranger1, ce qui tient surtout à ce qu'elles peuvent toujours réescompter leur portefeuille à la Banque de France. La moyenne des dépôts par compte se réduit chaque année, — 2 000 francs au Crédit Lyonnais en 1911, en même temps que le nombre des déposants augmente, grâce à la multiplicité des agences des grands établissements de crédit, qui drainent partout l'argent disponible. Par contre, les frais généraux de ces agences élèvent notablement le coefficient

1. Cette proportion est passée au Crédit Lyonnais de 17,6 0/0 en 1869 é. 7,6 0/0 en 1911; elle est en moyenne de 12 0/0 dans les banques allemandes et do 25-28 0/0 dans les banques anglaises; mais, dans ces deux cas, les prêts à court terme sont considérés comme faisant partie de l'encaisse et le chiffre des dépôts est bien supérieur à ce qu'il est en France. En 1910, l'ensemble des dépôts représentait : 55 milliards aux États-Unis, 20 milliards en Angleterre, 8 milliards en Allemagne, 5 milliards en France (contre 500 millions en 1875).

d'exploitation de ces sociétés, — jusqu'à 30 0/0, contre 17 0/0 pour les banques d'affaires.

2. Le taux de l'intérêt. — L'intérêt est le loyer de l'argent; son taux s'établit : a) d'après le coefficient de risque et les garanties offertes; b) d'après l'offre et la demande, c'est-à-dire l'importance de l'épargne et les besoins de capitaux; c) suivant la productivité des capitaux, c'est-à-dire le profit que l'on en retire; d) d'après la durée du placement, et il varie en sens inverse du montant de l'annuité d'amortissement.

Le taux de l'intérêt intéresse tout le monde, capitalistes et emprunteurs; son élévation pousse à l'épargne et aux dépôts, et, s'il est trop bas, il est même nuisible à l'économie nationale en poussant aux placements extérieurs. La différence qui existe dans les chiffres des dépôts «le caisses d'épargne et des dépôts à terme des banques, beaucoup moins élevés en France qu'en Allemagne, provient de l'écart entre les taux d'intérêt.

Les variations du taux de l'intérêt sont loin de former une courbe régulière; elles parcourent des cycles plus (ai moins longs et elles diffèrent suivant la spécialisation d'emploi des capitaux, dans les budgets d'État ou les entreprises industrielles. Malgré la sécurité plus grande, on a pu constater une baisse des fonds d'États de premier ordre, en même temps qu'une hausse de ceux de second ordre et une préférence marquée pour les valeurs industrielles. Ce mouvement avait pour causes . les progrès dans les finances des pays neufs r\ des Liais de second ordre, la hausse du coût de la vie faisan! rechercher les placements les plus rémunérateurs, le développement de l'esprit de spéculation qui cherche à accroître le capital en même temps que t.- revenu, enfin l'emploi de la méthode de répartition géographique di's placements.

Après une période de baisse qui a suivi les grands

travaux publics «lu milieu du xi.v siècle et qui a frappé

alemenl la propriété bâtie et i\<>n bâtie, une reprise

i dessinée par L'augmentation de la demande à la

suite du développement industriel, particulièrement intense dans certaines branches (métallurgie, électricité, produits chimiques), et de l'essor des pays neufs.

Page 1