‹ Manuel d'économie domestique [microforme]Chapitre 2 sur 16 · B. A. T, DE MONTIGNY · texte numérisé non relu

B. A. T, DE MONTIGNY

DE

Distinction entre l’économie sociale, l’économie politique et l’économie domestique.

On a beaucoup discouru sur l'économie sociale, qui est la science des lois propres à régir la société et ses intérêts, à régler les relations des citoyens entr'eux ; cette science, qui offre tant et de si difficiles problèmes, est compliquée surtout parce qu’elle est sortie des vraies bases capables de maintenir la stabilité de la société.

On a fait des volumessur l’économie politique, qui traite de la production, de la consommation des richesses d’un pays et de leur distribution.

Mais je ne sache pas qu’on ait publié des traités pratiques et populaires comprenant les règles genérales de l'économie domestique que quelqu'un définit “une vertu qui porte à régler la dépense et les ressources de manière à donner à sa famille le plus d'aisance poesible.”

Définition de l’économie domestique.

Je n'adopterai pas la définition précédente qui me paraît appliquer cette vertu à jouir le plus possible ; je me permettrai de définir L'ECONOMIE DOMESTIQUE *: l'art de régler sagement sa manière de vivre.” Je crois cette définition plus conforme aux véritables principes économiques, car il arrive souvent, et même très souvent, qu'il n’est pas du tout économique de donner à sa famille le plus d’aisance possible ; et je dirai comme un grand écrivain : ‘ Lorsque l’amour du confortable s'empare d’une époque, on voit s'étendre dans les mêmes proportions l’affaiblissement de l'intelligence, l’abrutissement de l'humanité et l’étiolement de la race ” — Est-ce là de l'économie ?

Non, pour tous, ce qu'il faut, c'est de vivre sagement et de gouverner sobrement sa maison, même en faisant des sacrifices volontaires, en s'imposant des privations qui ont leurs immenses avantages, à tous les points de vue, car s’il est dit que ‘l'homme ne vit pas seulement de pain, qu'on ne régénère pas un peuple en l’engraissant, et que les hommes repus ou avides de jouissances deviennent ingou vernables ” (Deuter. XXXII, 15), il faut bien reconnaître que les familles livrées à leurs caprices, à leurs fantaisies et à leurs goûts sont bien difficiles à maintenir dans la voie du devoir, et je ne crois pas que ce soit économique de dresser un tel troupeau.

Son importance.—A ce compte, et surtout à ce compte, reconnaissons que l’économie domestique est aussi nécessaire à la prosperité du pays que la vertu des individus l'est à la qualité d'un peuple, C’est le bonheur des familles qui fait la grandeur de la nation. C’est d’ailleurs

dans la famille que les bons législateurs puisent leurs qualités d'homme d'état.

Vous voyez que je ne veux pas rapetisser mon sujet en me tenant à la cuisine, dans les casserolles ou même aux étaux des bouchers ou des femmes de la halle. Je recommanderai bien aux femmes de faire de la bonne soupe, ne serait-ce que pour mettre de bonne humeur les maris qui arrivent fatigués du travail, et de marchander le prix des articles à acheter, de tricoter des bas, etc., aux hommes de faire leur vin, de cultiver leur tabac, etc., mais à part de petites recettes que vous ne pourriez trouver ailleurs, je ne ferai qu'indiquer les règles d'une sage économie, et le reste est un détail qui s’apprend jour par jour par l'observation, le goût et une certaine théorie qu'il ne faut pas négliger et qu’on devrait enseigner dans les familles et les couvents.

J'ai si peu dessein d'amoindrir mon sujet que je dois poser fermement comme principe que la meilleure condition pour être économe, c’est celle d’être chrétien. (Ça peut surprendre quelques uns de me voir faire du catéchisme à propos d'économie, et surtout d'économie domestique, Mais voyons un peu : n'est-il pas vrai que la vertu est la base principale de l’économie, puisque la vertu exciut les vices qui sont les plus contraires aux préceptes de l’économie.

J'ai jeté un coup &’œil, pour les besoins de ce livre, sur le ‘ Traité des Devoirs du Chrétien.”

Outre le riaisir que j'ai eu à parcourir ces pages, où ma jeunesse a puisé ses premières connaissances, pages si imprégnées du parfum qui doit conserver les individus, les familles et les peuples, j'y ai recueilli des données qu'on ne pourrait trouver réunies ailleurs, données suffi-

santes pour conduire l’homme dans toutes les circonstances de la vie.

Ce n’est pas étonnant que nos pères, qui ne connaissaient pour ainsi dire que ce livre, aient pu, sans grandes ressources, élever de si nombreuses familles et leur assurer un avenir heureux

On voudrait arracher des écoles les livres de cette portée pour les remplacer par des connaissances dites utiles. Oui, mais ce serait négliger les connaissances nécessaires. On érigerait en principe que la religion est dans l'éducation un accessoire, et que savoir faire des chiffres, de la sténographie, de la télégraphie, de la gymnastique, ou que connaître les mœurs d’un ourang-outang ou d’un colibri est plus important que de connaître Dieu et soi-même. Eh bien, c'est avec cette éducation qu'on fait des hommes d'affaires peut-être, qu'on devient habile à “diriger une opération commerciale, concevoir une spéculation de bourse, construire des machines, fabriquer des tissus et juger de la qualité d'un produit. C'est avec cette éducation que l’on apprend à la génération à bien manger, à bien boire, à bien digérer et à bien dormir,” mais si toutes ces choses peuvent être utiles ; une seule est nécessaire, après tout, et les autres ne doivent venir que par surcroît.

Et la preuve, c'est que les qualités d'un bon chrétien sont celles qui assurent une bonne économie comme une bonne politique. ‘ Honesty is the best policy,” dit un proverbe anglais, et c'est vrai. Or on ne saurait être honnête sans religion.—Et il est facile de prouver que l'application des principes chrétiens est ce qui conduit le plus sûrement à la prospérité.

C’est ce qui faisait dire à Mgr Gaume, dans son Traité du Saint-Esprit : “ En expliquant les rapports de chaque

ones

béatitude avec le don correspondant, nous justifierons d'une manière sensible ce nom de béatitudes. Nous le fescns, afin de montrer que les choses dont l'Evangile fait dépendre le bonheur, ne sont pas la source d’un simple bonheur mystique, comme on parle aujourd'hui, c'est-àdire purement spirituel et presqu'imaginaire. La vérité est que, sous tous les rapports, ot dans la plus large acceptation du mot, les béatitudes produisent ce que leur nom signifie, Pour la vie présente, comme pour la vie future, elles sont réellement la charte de la félicité.” ‘ Chose admirable, dit Montesquieu, la religion chrétienne, qui ne semble avoir d'objet que la félicité de l’autre vie, fait encore notre bonheur dans celle-ci.”

Vices contraires à l’économie.

Ai-je besoin de vous dire quel est le partage de ceux qui n'observent pas les règles prescrites par le christianisme ?

Le Luxe.—V'ous citerai-je les victimes du luxe, ce grand ennemi de l'économie et contre lequel les lois devraient avoir des anathèmes, puisqu'il est l'enfant choyé de l'orgueil ? Les anciennes ordonnances françaises avaient de sages dispositions pour prévenir les excès des classes populaires dans leur manière de vivre. On peut le dire, l'effet de ces lois se fait encore sentir chez le peuple français, dont les habitudes d'économie peuvent nous servir de leçon,

D'ailleurs, que de calamités n'entraîne pas le luxe!

Si tant d'industries, surtout l'industrie agricole, sont en souffrance, n'est-ce pas en grande partie dû à cette rage de chercher à briller, à éclipser les autres, par des pratiques au-dessus de ses moyens ?

6 DE L'ÉCONOMIK DOMESTIQUE

Et comme le disait l’Archevêque de Québec en 1880— “ C’est depuis qu’un luxe effréné a envuhi nos campagnes que l'émigration a pris des proportions sialarmantes. On s'endette outre mesure pour se procurer des toilettes extravagantes, des ameublements trop riches pour les moyens dont on dispose, pour fêter des amis, pour paraître en public, avec des équipages magnifiques ; en un mot l'orqueil de la vie, comme l'appelle St-Jean, (1 Ep. 11, 16); entrant en conspiration avec la concupiscence de la chair et la concupiscence des yeux, s'attaque avec acharnerment à la fortune temporelle des familles pour arriver à la ruine éternelle des âmes.”

La Luxure.—Je ne vous parlerai guère de la luxure dont les effets sont si pernicieux sur la santé morale et physique des individus, des familles et des nations. Son influence sur l’économie est immense puisqu'elle affecte les corps et les âmes, affaiblit les courages, énerve les volontés. Qu'il me suffise de dire avec Mgr Gaume : ‘ Que la luxure vienne à rég..er sur un peuple, sur une époque, attendez-vous à des iniquités sans nombre et sans nom, à des dépravations d'idées, de goût et d’habitude sans exemple.—Vous compterez par myriades des existences sans remords, des morts sans repentir, des fous et des suicides dans des proportions inconnues. Viciée presque dans sa source, la vieelle-mêmese manifestera par l’étiolement et par la dégénérescence de la race.” Inutile de demander si cet état est favorable à l’économie.

Je passe à un autre des vices capitaux qui affecte l’économie domestique :

La Gourmandise—Ce n'est ni le plaisir, ni le goût qu'on peut avoir en dégustant un mets, qui constitue le péché mignon si curessé de nos jours, surtout dans les familles aisées et qui menace d’acquérir le droit de cité.

La gourmandise est l'excès ou le défaut de modération dans le boire ou le manger. Rien n’est plus contraire à l'économie que ces gloutonneries qui absorbent un temps précieux, alourdissent l'intelligence et appesantissent les corps; C’est la destruction des constitutions, l’affaiblissement des estomacs, l'effondrement des santés, au point qu'il est dit dans l’Ecclésiaste: XXXI; 23 : ‘“ La gourmandise a tué plus d'hommes que l'épée.”

Aussi un grand penseur s'est-il cru autorisé à dire : ‘ La santé physique et morale des peuples se calcule sur le nombre des cuisiniers.”

Or, si la gourmandise affecte ainsi la santé (et qui ne sait que la plupart des maladies viennent des excès de table,) je vous demande s’il n’est pas convenable, comme économiste, de s'élever contre ces abus commis dans les festins où l’on est toujours étonné de voir ce qui s'y absorbe.

Et puis l'intempérance, cette plaie de notre pays!

Vous en connaissez les effets, pour l'ivrogne, (et j'appelle ivrogne, non seulement celui qui se vautre dans la boue, mais celui qui habituellement se gorge d'alcool, se tient surexcité et ressemble d'autant moins à l’homme qu'il affaiblit plus sa raison), pour l’ivrogne donc, plus de propreté, plus d'honneur, plus de respect pour lui ni pour d’autres, plus de souci pour ses biens, ses enfants, sa femme. Tout s’affaisse autour de lui, et c’est en chantant ou en blasphémant qu'il voit son abandon. Tout le quitte, santé, considération, fortune, et à moins d’un miracle, il ne sortira de cette habitude que pour s’en aller à la morgv ou à l'asile.

La celère—Vous désignerais-je la colère comme contraire à l’économie ? C’est pourtant le cas. L'homme éco-

nome opère avec calme. Or l'homme colère ne peut opérer qu'avec impatience. La colère, c'est l'état de mécontentement ou d'irritation qui s'exhale devant des obstacles insignifiants, qui excède dans ses mouvements, qui trouble la raison et qui tend à remplacer la force du droit par le droit de la force.

‘ Fille de l'ignorance, dit un philosophe, la colère empôche l'homme de raisonner. En lui, le flambeau de la raison s'obscurcit et fait place à la force. La vie se concentre sur les lèvres qui injurient, au bout'du pied qui frappe, dans le poignet qui renverse.”

Vous voyez d'ici combien la colère est contraire à l'esprit d'économie, non seulement au point de vue spiritucl, où il est impossible de supposer que Dieu bénisse les œuvres d'un homme toujours fâché et maudissant tout, mais encore au point de vue matériel, puisque les choses faites avec impatience sont mal faites, quand le colérique ne les brise pas avant de les avoir finies. Et comment s'acquittent de leurs devoirs ceux qui travaillent avec lui, ses enfants ou ses domestiques, qui ne le servent qu’en tremblant et en le haïssant ?

Pouvez-vous supposer chez le colérique, la constance, “ sans laquelle on ne peut ni faire fortune, ni devenir habile dans les sciences, les arts et les lettres. Mais surtout sans constance point de vertu : elle est le nerf de la vertu, onu plutôt une vertu quelconque n’est autre chose que la constance dans tel ou tel genre de bien. Car la vertu est une bonne habitude, selon les théologiens. Or, qui dit habitude dit constance.”

Voulez-vous avoir une preuve que la constance, la patience sont favorables à l’économie ? Que de gens ne rencontrez-vous pas sur votre route à la tête d'une petite fortune, ou d’une modeste aisance, et que vous avez

connus autrefois à l’école, au collège, dépourvus de talent et pour lesquels vous n'avez auguré que de la misère et de la pauvreté ? Combien avez-vous vu de talents bien supérieurs, qui, comme Je lièvre de Lafontaine, ont gambadé tout le long de la route et sont arrivés au but après la tortue ? Les premiers se sont tracé une ligne de conduite, ils ont embrassé un état de vie, ils y ont persevéré, ils ont creusé un sillon qui a porté des fruits, ils étaient ou sont devenus patients, peut-être par suite des quolibets que la malignité de leurs camarades d'écoles leur décochèrent inconsciemment,

Le révérend Père Saintrain, dans ses causeries sur les vertus et les devoirs de la femme vivant en famille, s'exprime d’une manière saisissante: ‘La constance, même dans les choses petites et faciles conduit à de beaux résultats. La goutte d’eau en tombant incessamment sur la pierre, finit par la creuser; les centimes fréquemment ajoutées aux centimes, surtout si on les place à intérêts, finissent par produire de grosses sommes. Dans la vertu, si lentement qu'on marche, pourvu qu'on ne se relâche jamais, on arrive sûrement, et cela plus rapidement qu'il ne semblerait d’abord, parce que chaque acte nous rend meilleurs et capables de faire mieux l'acte suivant.”

La Paresse.—J'arrive maintenant au vice qui, sans contredit, est à la tête de l'état-major des ennemis de toute économie. Aussi l'Esprit Saint appelle-t-il la paresse, la mère de tous les vices,

Je ne parle pas au point de vue spirituel où elle est représentée comme un engourdissement de l'esprit qui nous empêche d'accomplir nos devoirs. ‘ C'est le chloroforme de Satan, s'écrie un évêque. A peine ce virus est répandu dans l'âme, qu'il l’appesantit et lui donne des nausées pour tout ce qui cst le bien spirituel.”

C'est de cette paresse que le Saint Esprit a parlé : ‘ J'ai passé par le champ du paresseux, et je l’ai trouvé tout plein d’orties, tout couvert d'épines, et la clôture renverse. Va donc à la fourmi, paresseux, instruis-toi à son école. Pendant l'été, elle amasse pour l'hiver. Jusqu'à quand, paresseux, dormiras-tu, jusqu’à quand baîlleras-tu ? ”

Qui n’a pas remarqué en effet le champ d’un paresseux : tout traîne, tout se gâte, et des articles, des instruments qui devraient durer dix ans n’en durent que deux, et encore dans quel état sont-ils pour travailler et quelle perte de temps pour s’en servir !

Et la paresse est cause qu'on ne fait rien à temps, les mauvaises herbes ont déjà étouffé la plante quand on fait le sarclage ; la pâte a sûri quand on se met à boulanger ; les hardes ne peuvent plus être rapiécées, quand on y met l'aiguille.

‘ Notre fabrique occupe plus de cent ouvriers, écrit une femme de bon sens. Eh bien ! un coup d'œil sur leurs habits m'en dit plus long que toutes les paroles sur le caractère de leurs femmes. Nous avons des ouvriers dont les habits, vieux, sont exactement rapiécés et tenus dans une si grande propreté, que je n'aurais nuile répugnance à les faire asseoir à ma table; d’autres ont des vêtements presque neufs, maïs déchirés, huileux, crasseux, si repoussants que, quand je dois leur payer leur quinzaine, je me servirais volontiers de pinces de deux mètres. L’expérience m'a appris que ces derniers ont pour femme des indolentes qui passent leur temps à circuler de porte en porte, à jaser, à s'enquérir curieusement des affaires d'autrui, à colporter des bruits scandaleux, à semer la division, les querelles, les rancunes entre parents, amis et voisins ; quand à leur ménage, il est à l'avenant des nippes de leur mari et de leurs enfants! Au contraire dans

la maison de ceux qui sont bien tenus, je suis sûre, quand je dois m'y rendre, de trouver une bonne ménagère, sérieuse, tout entière à ses devoirs, honnête, bonne chrétienne et bonne mère. Je pense que dans les écoles des filles, ajoute-t-elle, au lieu de gymnastique, de physiologie, d’astronomie, etc., etc., on ferait bien de s'en tenir à leur apprendre, avec le catéchisme, la lecture, l'écriture et les quatre règles, l'art de raccommoder les habits, les bas, le linge, de faire la lessive, et de faire régner l'ordre et la propreté dans un ménage.”

D'autant plus, reprend uns autre, qu'il y a ici une question d'économie, car, nous le savons toutes par expérience, le soin que l’on prend des habits et autres effets, en double la durée : l’économie est de moitié avec le travail, dans la prospérité d’une maison: or le travail lucratif est principalement le fait de l’homme. et l’économie celui de la femme.”

Mais je reviendrai sur la question du travail, de l’économie, de l’ordre, des vertus en général qui sont les agents particuliers de la prospérité.

Pour le moment je me borne à vous repéter que les vices que le christianisme flétrit sont les plus puissants obstacles au succès de l’homme et à son bonheur.

Et n’avais-je pas raison de vous dire en commençant que la meilleure condition pour observer les règles de l'économie domestique, c’est d'être chrétien,

Les vertus favorables à l’économie.

Je vais maintenant vous entretenir des qualités qui doi-

ventse rencontrer dans une maison sagement gouvernée. Le travail.--Au premier rang, je place naturellement

le travail, qui mérite cet honneur puisqu'il combat directement la paresse, mère de tous les vices,

Dans notre pays, le travail est en honneur; sont mal notés ceux qui ne s'y livrent pas, et avec raison, car ces êtres ne sont pas seulement inutiles, mais sont pour lu plu: part nuisibles.

Dans certaines sociétés, on méprise le travail, et il y a même là une tendance à en soustraire plus ou moins ceux qui y sont soumis. On insinue que le travailleur est dans un état d'humiliation, au lieu de lui faire apprécier la noblesse de son labeur ; on crée pour l'en soulager des industries même malhonnêtes, on tend à répandre parmi le peuple une éducation qui ne lui convient pas, et l'on fait miroiter à ses regards qu'il est né pour jouir et non pour se soumettre à cette loi du travail, Il en résulte que tout le monde veut être, sinon avocat, médecin ou notaire, au moins sténographe, clavigraphe, ou modeste écrivain dans un bureau quelconque.

Que de jeunes gens n'arrache-t-on pas à la charrue, aux travaux de l'atelier, où à une honnête industrie en leur posant un vernis qui ne peut résister au frottement des exigences sociales ! Une fois cette couche insignifiante enlevée, ces pauvres déclassés flottent à la dérive et se cramponnent aux aspérités du rivare qui les rejette dans les flots où souvent ils sombrent. Reviennent-ils à l’état qu'ils n'auraient jamais dû quitter,—ils s'y dégoutent, rêvant toujours des sphères qu'ils n’ont qu'entrevues et où ils croient avoir aperçu un bonheur sans mélange.

Que de jeunes filles j'ai vues accrochées aux arbres flétries de la rive, parce que leur éducation leur avait fait mépriser une existence où les appelait leur condition !

Comment voulez-vous tenir sous le joug du travail domestique une fille à l'imagination ardente qui, pendant

des années, n'a appris que des arts d'agrément et qui a rêvé d'être marquise ou duchesse ?

Non, il faut revenir à cette éducation sage que la génération disparue donnait à la génération qui passe et que celle-ci doit donner à celle qui arrive. On parle d'éducation pratique. Dites-le moi, est-ce pratique de donner aux enfants de toutes les classes de la société une instruction qui fera de tons les jeunes gens des bacheliers et de toutes les jeunes filles des graduées ? Vous aurez des domestiques qui voudront être vos égaux. Que dis-je, il n’y aura plus de domestiques.

Et quelle économie trouverons-nous à cette théorie ?

[l faut le dire et le répéter : au lieu de représenter le travail comme humiliant, il faut le faire apprécier comme une loi à laquelle bon gré, mal gré, on doit se soumettre. Il faut faire comprendre que ceux qui l’acceptent de bonne volonté y trouvent un bonheur et même des charmes pour lesquels ils se passionnent.

Représentons à nos enfants que cette loi impérieuse est le gage du succès et qu'il faut que l'humanité s'y soumette,

“Ah !'s'écrie le P. Félix, cette humanité qui fait retentir dans l'histoire, au bruit de son travail, son anathème et sa loi, je la vois de l’orient à l'occident, au midi et au septentrion, aujourd'hui, hier, demain et toujours, dans l'invariable attitude du travail douloureux. Je vois l’homme qui se penche sur une enclume, la fatigue aux membres, et l'homme qui se penche sur un livre, la pâleur au visage ; l’homme qui soulève la poussière des chemins, et l’homme qui remue la poussière des systèmes ; l’homme qui creuse les secrets de la nature pour en faire sortir une jouissance, et l’homme qui sonde les abîmes du vrai pour

en faire jaillir un chef-d'œuvre; l'homme qui sème dans un grain des moissons de froment, et l’homme qui sème dans une parole des générations de saints ; tous portent dans l’universelle variété de leur action le poids immuable de la destinée, Et quand je leur demande quelle est avec la loi de leur vie la condition de leurs œuvres, tous se lèvent pour l’attester. Essuyant de leur main quelque chose qui tombe de leur front, et poussant un soupir unanime, ils disent : fils d'Adam, comme notre père, nous mangeons notre pain en le trempant dans nos sueurs ; fille d’'Eve, comme notre mère, nous enfantons dans la souffrance, Et voici que tout ce que nous produisons porte le vestige ineffaçgable de cette loi que Dieu grave au frontispice de nos œuvres comme le signe de leur perfection, et qu'il grave dans les plis de notre front comme le sceau de la grandeur et de la dignité humaine.”

Ai-je besoin de vous dire, mes compatriotes, que l’avenir est aux travailleurs ? Et n'avons-nous pas sous les yeux la preuve qu'il n’y a de félicité que pour les familles qui accomplissent dans la proportion que comporte la nature cette ordonnance d’où découlent à plein bord la prospérité, l'abondance et le bonheur ?

‘Pour le chrétien, dit l’économiste Perrin, (doctrines économiques) le problème du travail, c’est le problème de la vie difficile et renoncée, conquérant le nécessaire au prix d’une peine de chaque jour et de chaque heure. Vie heureuse, non par les jouissances matérielles, mais par la grandeur morale, vie heureuse au milieu de labeurs toujours renouvelés, parce que l’homme, lorsqu'il comprend la vertu d'expiation du travail, en accepte d'un cœur joyeux et résolu, l’assujettissement et les fatigues.”

L'amour du travail, voilà ce qu'il faut de bonne heure, inspirer aux enfants, et ce travail peut aussi bien se porter

sur des objets productifs que sur des bagatelles insignifiantes et même coûteuses,

“ I] n'y a rien dans l'ordre des choses humaines, de plus nécessaire, de plus décisif et de plus fécond que ce que nous désignons par ce mot: le travail, Comprendre ot pratiquer, jeune encore, la grande loi du travail, selon le cours ordinaire Ces choses, c'est décider l'avenir et fixer la destinée ; c'est assurer dans ses premiers jours la fécondité de tous ses jours ; c’est ouvrir dans la vie qui commence les sources fécondes et larges d'où sortent les grandes choses, dont l'éclat doit rejaillir sur la vie toute entière.” (Le travail. P, F£Lix).

C'est ce travail ainsi accepté qui est productif, parcequ'il est persévérant, Voyez l'abeille dans ces merveilleuses constructions qu'elle fabrique lentement, mais avec une admirable patience, ne peut-elle pas nous persuader que la persévérance dans le travail mène au succès.

Examinez le nid d'oiseau, dont les pourtours sont si solides et l’intérieur si délicat, et dites-moi si nous ne pouvons pas tirer une leçon de cet aimable professeur qui, parcequ’il accepte sa mission de bonne volonté, sait encore trouver une note pour traduire son bonheur aux cœurs qui l’écoutent,

Remarquons que le travail familiarise avec l'ouvrage, et que la pratique donne un tour dans la plus simple des exécutions qu'on est surpris d'apprendre et de perfectionner tous les jours. Les théories sont bonnes, mais c'est en forgeant qu'on devient forgeron. C’est pour cela que la division du travail est considérée comme si avantageuse en économie politique. Aussi quelle merveille de fini et de perfection ne parvient pas à faire l’ouvrier qui continuellement fait la même pièce, Vous

ne pourriez calculer le prix d'une aiguille, si chaque ouvrier qui la fabrique entreprenait de lui faire subir toute les opérations qui lu rendent si délicate, si efilée et si utile aux mains des couturières,

Mais cette division du travail suppose la coopération de plusieurs habiletés, De là, la force des sociétés sous différentes formes qui font des merveilles Ià où l’entreprise privée ferait faillite.

“ La solidarité, dit Ch. Perrin, l'assistance mutuelle, l'action commune, lesquelles trouvent dans l'association leur complète réalisation, sont au nombre des lois naturelles de la vie humaine; par l'association tout ce que rotre nature a de force pour le bien acquiert une énergie plus grande ; pour les classes vouées au travail en partilier, l'association est une source féconde de moralité et de bien-être."

Ce que l'économiste Perrin dit de l'association en économie politique peut s'appliquer à l'économie domestique en constituant une société de la famille.

Aussi quand Dieu a dit : il n’est pas bon que l'homme soit seul, il a bien entendu lui donner une aide, et dans ses enfants une société. Aussi qu'elle est puissante autant que belle cette société de la famille bien ordonnée, Le mari travaille, la femme aussi, et les enfants, quand iis sont bien élevés, utilisent leur temps à différents travaux proportionnés à leur âge. Tandis que le mari est au champ, à l'atelier, au magasin, au bureau, la femme se partage le travail de l’intérieur avec ses enfants; et ce n'est pas le moindre, car le travail que fait une famille bien guidée est surprenant, et l'on est tout étonné de voir ce que peuvent exécuter de tout petits enfants que l'on dresse de bonne heure à travailler.

Entendez ce que dit l'abbé Chassay, dans son livre “ La

femme chrétienne dans ses rapports avec le monde” ; en parlant du travail de la femme.

“ Cette impétuosité échappe, il est vrai, au regard inattentif, parce qu'elle n'a pas occasion de se produire à l'extérieur, comme la nôtre, qu'elle ne se trahit que dans le cercle 4; la vie intime, mais elle n'en est pas moins grande et forraidable, car, au lieu de s’user comme celle des hommes, parmi mille tempêtes d'une existence agitée, elle se concentre perpétuellement à l'intérieur.”

D'ailleurs, mesdames, vous l'avez éprouvé, n'est-ce pas, une des grandes jouissances du cœur n'est-elle pas d'aider son mari à supporter la charge toujours si lourde de soutenir une famille ?

Combien devez-vous être fières de contribuer à l’entretien de votre maison et de montrer à vos amis des ouvrages faits de vos mains ou des mains de vos filles. Vraiment, je ne comprends pas qu'une fem me puisse faire croire qu'elle aime son mari quand elle se complait à dépenser inutilement ce qu'il gagne si péniblement et se refuse à lui aider,

Oui, il faut que l’homme s'occupe, car il a soif de faire.

… Or que faut-il pour alimenter cette cause sans cesse renou-

velée d’oxcitation, chez les femmes surtout. % Il faut, dit

le révérend Père déjà cité, il faut le travail en son temps

. sans quoi elle cherche les agitations, les intrigues, les

coquetteries du monde. Or, par le travail, elle trouve toujours quelque chose à faire.”

Je le sais autant que tout autre, la tâche de la femme

sestardue., Aussi le soin du ménage requiert-il la plupart

de ses instants, C’est une croix, oui, mais une croix qui,

lorsqu'elle est bien placée, se supporte facilement, je dirai

lavec joie, quand celle qui la porte la prend courageuse-

ment ; etelle l'embrassera même avec amour, avec passion, quand elle comprendra la sublimité de son œuvre, d'autant plus méritoire qu'elle est accomplie à chaque instant, sans témoin, sans applaudissement, quelquefois même, sans appréciation de ceux qui en bénéficient le plus.

“ Les fernmes, dit l'abbé Chassay, la plupart du temps, ne soupçonnent pas l'importance de leur mission dans la famille ; elles ne savent pas qu'elles pourraient sauver la société si elles écoutaient, pour me servir d’une admirable parole de l'Ecriture, l'esprit de leur cœur. Assurément si elles pouvaient entrevoir toute l'activité qu'il faudrait dépenser pour atteindre cette destinée sublime, elles ne se plaindraient point de ne pas trouver, au foyer domestique, une tâche à la hauteur d’une âme entreprenante. Je comprends facilement l'illusion qui les perd, parce qu'elles manquent complètement d’une instruction solide, qu'elles ne considèrent leur devoir que comme des actes vulgaires, étroits, prosaïques et sans portée sérieuse et noble. Mais qu’elles cherchent avec un zèle sincère de la vérité à connaître toute l'étendue des obligations immenses qui leur sont imposées. Oh !'alors elles ne les trouveront pas indignes d'occuper toute leur intelligence, et de mériter leur plus ardent amour. Comme elles s'avanceraient animées d’un saint enthousiasme vers la carrière glorieuse qui s'ouvre devant leurs pas... Le foyer domestique leur apparaîtra comme un sanctuaire dans lequel elles devront exercer une sorte de sacerdoce.”

Voilà mesdames, comment paraissent ces sacrifices regar(lés de haut et de loin.—J’ajoute cela parce que je connais une femme à qui l’on disait que c'était beau d’élever une nombreuse famille, Oui, répondit-elle—“ vu de loin.”

Peut-être avait-elle raison ; mais c'est quelquefois de

loin que l'on aperçoit les plus beaux horizons, et j'assure que l'horizon que l'on découvre dans l'immolation constante d’une mère aux soins d'élever une famille, c'est le ciel, le haut du ciel.

Ils ne connaissent certes pas le rôle de la femme, ceux qui voudraient la lancer dans la politique, la faire entrer dans les clubs, lui faire prononcer des harangues.

Où ont-ils donc été élevés ceux-là qui ne savent pas que la maîtresse de maison, la mère de famille n’a pas trop d'instants à conduire ses domestiques, à édifier ses enfants, à plaire à son mari, et, s'il y a du temps de reste, à soulager les pauvres.

A celle-là, il sera dit ce que dit le Saint-Esprit en différents endroits :

“ Le cœur de son époux se confie en elle: il ne manquera d'aucune chose nécessaire ou utile ; elle lui rendra le bien, et jamais le mal, tous les jours de sa vie... Elle n’a pas mangé son pain dans l’oisiveté, Elle s'est appliquée à de rudes travaux et a aussi manié le fuseau et l'aiguille, elle a cherché de la laine et du lin et les a travaillés avec habileté. Elle ressemble au vaisseau marchand qui va chercher au loin les choses nécessaires à la vie. Elle a pourvu d’habits doubles tous ceux de la maison, et ne craint point les froids de l'hiver. Elle a considéré un champ et l’a acheté et a planté une vigne du fruit de ses mains. Sa lampe ne s’éteindra pas dans la nuit. Elle s'est levée avant l'aurore pour préparer les choses nécessaires à sa famille, Elle a ceint ses reins de force et son bras est robuste. Elle a considéré les sentiers de sa maison. Elle a ouvert sa main à l'indigent et l'a étenuue vers le pauvre.”

‘‘ Pour être goutés, dit Belouino, les plaisirs doivent être un délassement, c’est le travail qui leur donne tout

leur arôme. Quand on fait une occupation des plaisirs on ne tarde pas à en être fatigué.”

Et puis il faut bien reconnaître que cette satisfaction qui s'attache au devoir accompli, ne contribue pas peu à la santé du corps si favorable à l’économie, tant parcequ'elle procure la tranquillité, que parceque les exercices : 1anuels sont une gymnastique favorable au développement et au renforcement des membres. C’est chez l'enfant, surtout le petit garçon, que l'on voit les effets précieux du travail.

“ L'hygiène dans l'éducation du petit garçon, dit l'abbé Chaumont, dans son livre sur ‘ l'éducation, ses difficultés et son but,” réclame absolument des exercices un peu fatigants. Il ne deviendra fort qu’à la condition de dépenser beaucoup son activité ; qu'on ne redoute pas pour lui les courses de longue haleine, ies jeux qui ressemblent presqu’à des travaux forcés, les sièges des places fortes, et les petites guerres. Il faut à cette nature surabondante de vie, un élément continuel, et son aliment, c'est précisément de se dépenser, de se prodiguer. Il y a des plantes qui s’étiolent, si on ne les expose pas aux bourrasques et aux tempêtes ; le caractère du petit garçon a de la similitude avec ces plantes; plus on le laisse exposé aux vrais difficultés de la vie, plus on enracine en lui l'énergie de sa vitalité.!”

Eh ! bien, que cet exercice soit le travail au lieu d’être le jeu, il aura le même résultat, quant à la santé ; mais quant à l'économie, il est incontestable, que le travail est plus utile. Et je dois dire que le travail bien entendu à des agréments pour les enfants quand il est bien ordonné et proportionné à leur âge. Qui n'a jamais admiré la délectation que met une petite fille à habiller sa poupée, à en avoir un soin tout maternel ; et qui n’a ps3 observé

avec quelle passion les petits garçons se livrent aux travaux de leur petit champ, de leur petit jardin ou de leur petit atelier, On ne peut se figurer avec quelle rapidité un enfant apprend à travailler, J'ai vu de toute petites filles tenir une maison, et de tout petits garçons, faire le train, soigner les animaux, atteler les chevaux, défricher, ilabourer.

Ai-je besoin de dire aux jeunes filles, combien est grande la recommandation d’être laborieuses et d'aider à leurs parents ? C’est la marque d’une fille de cœur, et cette qualité est une dot qui est appréciée, soyez-en sûres, mesdemoiselles.

“ L'histoire, qui oublie bien des grands noms, a fait passer à la postérité les noms de beaucoup d'entre les femmes qui se distinguaient par le travail. Les reines et les princesses de l'antiquité filaient et tissaient la laine et le lin, et brodaient et confectionnaient de leurs propres mains les vêtements de leurs maris, de leurs fils et les leurs. Telles étaient aussi les mœurs du peuple de Dieu, dit le Père Saintrain. Sara était une assez grande princesse, puisque les rois tenaient à faire alliance avec Abraham son époux ; eh bien! Sara pétrissait elle-même le pain pour ses hôtes et sa famille ; Rebecca portait sur son épaule une cruche d’eau qu'elle avait puisée à la fontaine publique quand elle fut rencontrée par Eliéser, qui venait la demander pour épouse du très noble Isaac ; et la belle Rachel menait le troupeau de Laban, son père, quand Jacob, son futur mari, la vit pour la première fois.”

Je me plais à citer une page d’un livre canadien bien fait, et trop peu connu, par un humble professeur, L. Alex. Brunet, et intitulé ‘ La famille et ses traditions.”

“ Le véritable et unique moyen de conserver vos mœurs, dit-il, est l'occupation et le travail.

‘“ Bien employer le temps, c'est savoir vivre; être désœuvré, c’est végéter. Le premier est de l'homme ; le second est de l’animal.

‘ Levez-vous matin, c’est d’ailleurs salutaire pour la santé! Réglez le temps que vous devez donner au sommeil; on blesse la tempérance en dormant trop, comme en buvant où mangeant au delà du nécessaire. “ Sept heures de sommeil, a dit l'École de Salerne, suffisent également au jeune homme et au vieillard: Septemn horis dormisse sat est juvenique senique.” Dormir huit, c’est accorder une heure à la paresse.”

Quant au sommeil je sais qu'il serait bien difficile dans nos villes de faire prendre l'habitude de ne lui donner que sept heures par nuit. Aussi la chose n'est-elle guère pratiquable que dans une communauté où tout est coordonné à la minute. C’est une chose pour ainsi dire impossible dans la plupart des familles où l'on est obligé de veiller plus tard un soir qu’un autre, où la mère ou le père sont dérangés plusieurs fois la nuit par les enfants.

Mais à part ces circonstances spéciales qu'y a-t-il après tout d’extraordinaire de se coucher à 10 heures et de se lever à cinq, ce qui fait 7 heures de sommeil.

Vous le savez, combien est favorable à la santé et avantageux au travail d’être matineux. Quand on se lève tard, tout languit; quand on se lève matin, l'ordre règne durant toute la journée, Les oiseaux des bosquets, comme ceux de la basse cour, sont là pour charmer votre reveil. N’y aurait-il que nous qui n’assisterions jamais au lever du soleil ?

‘© Fuyez l'oisiveté ; celui qui ne fait rien pense à mal ; or, il ne suffit pas de ne point faire mal et du mal, {7 faut faire bien et du bien.”

Celui qui ne travaille pas, dit St. Paul, (11 Thess. v, 12) ne mérite pas de vivre.

Mais ce n'est pas tout de travailler, il faut le faire avec ordre.

De l'Ordre.—Pour que le travail soit fructueux, il faut que chaque chose soit faite en son temps. Rien n'est plus propre à avancer l'ouvrage que l'ordre dans son exécution. Qui n’a pas remarqué des personnes qui s'agitent, courent et se morfondent, tandis que d’autres qui font les choses tranquillement, finissent les mêmes travaux avant elles. C’est que celles-ci, comme on dit vulgairement, savent prendre leur ouvrage.

Avec de l'ordre, on trouve du temps pour tout, on supprime surtout ces pertes d'instants qui se multiplient à passer d'un ouvrage à un autre. Or, ces instants font des quarts d'heure dépensés inutilement et même à se fatiguer. Or le temps, c'est de l'argent. C’est un proverbe américain, time is money, qui trouve son application journellement. Je crois que c’est Montesquieu, à qui l'on demandait comment il avait trouvé le temps de faire une de ses principales œuvres, qui répondit : ‘ c'est en attendant mon dîner.”

“Qu'arrive-t-il, dit le P. Saintrain, à ceux et à celles qui abandonnent au hasard ou au caprice le soin de distribuer entre leurs différentes occupations les heures de la journée, à ceux qui n’ont pas des moments réglés pour le lever et le coucher, pour la prière, pour le travail, pour les repas, pour les récréations. Ils se jettent tout d'abord sur les choses qui sont de leur goût ; ils s'y livrent avec passion, y mettent un temps exagéré et renvoient à plus tard l’accomplissement des devoirs les plus sérieux... dans l'entretemps arrive un embarras impérieux, et les choses différées restent en souffrance, ou bien, se trouvant fati-

gués, ils s’en acquittent à la hâte, pour la forme, avec précipitation et sans fruit.”

Non, mesdames, comme tout doit se faire, il faut commencer, si C'est possible, par le plus répugnant, le plus difficile des travaux. C’est ce qui s'appelle en bon langage populaire, ‘“ empoigner le bœuf par les cornes.”

Le travail ainsi accompli avec ordre, avec persévérance, est précieux en économie, non pas seulement parcequ'il est directement fructueux ; mais il est la source de la vertu, une sauvegarde contre les écarts du cœur qui doit s'attacher à quelque chose, au travail ou à la dissipation.

J'ai insisté sur l'importance du travail et de l’ordre dans le travail en économie domestique, parce que le travail ainsi coordonné est la principale source de la production.

Le mal du monde.

Et la vie aisée fait tant de ravages parmi nous. On ne veut plus travailler et l'on veut jouir; panem et circences : voilà un des grands désordres de nos jours. On s'applique à découvrir toute espèce de petites industries, d’expédients pour se soustraire à cette loi du travail et jouir le plus possible, Et c'est ainsi qu'on marche à grands pas, qu'on court à la perte des caractères, à la honte des familles et à l'étiolement de la race, triste spectacle constaté si énergiquement par Nos Seigneurs les

évêques dans leur admirable lettre pastoraie récente.

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