‹ Manuel d'économie politiqueChapitre 11 sur 77 · VUE GÉNÉRALE DES PHÉNOMÈNES ÉCONOM · texte numérisé non relu

VUE GÉNÉRALE DES PHÉNOMÈNES ÉCONOM

dit -on, de peuple à peuple, comme d'individu â individu. Cette variabilité n’est point douteuse, et il faiK en tenir un grand compte ; mais elle a des limites. Les condition sfavorables à l’existence et au développement des êtres, leurs rapports les plus essentiels ne changent point, non plus que leur nature, en ce qu’elle a de constitutif. Depuis le commencement, telle plante est pour l’homme un poison, telle autre un remède. De même, telle conduite est utile ou funeste dans ses effets, quels que soient le climat, la race, le siècle.

Les faits économiques auxquels nous avons fait allusion offrent-ils de même une certaine généralité ? Oui, sans doute ; ils sont communs à tous les temps, à tous les peuples, et si leur forme a beaucoup changé, ces changements ne sauraient affecter leurs lois qui dominent leurs formes. Ils ont été très-diversement organisés, mais partout on les retrouve. Un peuple ne peut vivre sans travail, sans capital; un État a partout besoin d’un revenu. Où ne rencontre-t-on pas le salaire et la rente ? Quel peuple un peu civilisé a vécu sans faire usage de la monnaie, sans se livrer au commerce?... Les conditions de prospérité pour les diverses nations peuvent varier et varient en effet sur plusieurs points. Mais la plupart sont partout les mêmes ; partout où régnent ces conditions essentielles, la richesse augmente ; partout où elles font défaut, elle ne se forme pas ou elle diminue.

En ce qui concerne l'ordre des phénomènes économiques, nous savons qu’il est fort commun d’entendre parler de la guerre et de Y anarchie des intérêts ; ce qu’on a le moins coutume d’y chercher, c’est l’ordre. La lutte, en effet, est à la surface, une lutte parfois acharnée et violente, qui ne laisse voir que la confusion; mais l’harmonie s’v cache. Dans une société où les transactions s’o-

pèrent librement, le désordre n’est qu’un accident, ayant lui -même un caractère utile à titre d’avertissement qui ramène à l’ordre, plus ou moins promptement, les imprudents qui s’en écartent. Sans entrer ici dans les preuves d’une assertion que toute la science économique établit, nous dirons seulement que deux raisons bien puissantes tendent à maintenir dans le monde des intérêts cet ordre que, sur la foi d’une apparence mal débrouillée, on se refuse à y reconnaître. La première de ces raisons, c'est que l’industrie de chaque producteur est intéressée à se mettre en rapport avec les besoins auxquels eîJe se propose de satisfaire. De là une tendance à l' harmonie entre la production et la consommation. La seconde raison, c’est que chacun est tenu d’ajuster ses travaux à ceux des autres hommes, sans lesquels il ne peut rien et dont le concours centuple la puissance individuelle. De là une tendance à V harmonie dans les diverses parties de la production.

IJ serait aisé de démontrer historiquement les assertions contenues dans ce chapitre touchant la régularité des lois qui président à la valeur. — Parmi d’autres preuves, l’impuissance cent fois constatée de tant de lois dites de maximum , qui prétendaient régler le prix des divers objets; celle de l’altération des monnaies, essayée à maintes reprises et qui, en fin de compte, n’a jamais réussi à les faire accepter par les peuples au delà de leur valeur intrinsèque ; celle des diverses tentatives de papiermonnaie, faites non-seulement en France sous l’ancienne monarchie et à l’époque de la révolution, mais dans la plupart des pays civilisés, démontrent à quel point la valeur est chose peu arbitraire, et qu’il y a ici comme partout, selon l’expression de Montesquieu, une nature des choses dont il faut savoir reconnaître les rapports nécessaires, et contre laquelle il est insensé de se mettre en révolte.

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