‹ Manuel d'économie politiqueChapitre 23 sur 77 · III. Droits qui dérivent de la propriété · texte numérisé non relu

III. Droits qui dérivent de la propriété

Nous avons vu que la liberté du travail dérive de la propriété primitive de l’homme sur ses facultés. Le don, l’échange, l’héritage, se rattachent également au droit de propriété. Celui qui ne pourrait donner la chose qu’il possède n’en serait pas vraiment propriétaire. De même, pour l’échange, il est bien juste qu’avant de me dessaisir de mon bien pour le troquer contre celui d’un autre, je sois juge des conditions auxquelles je le céderai, et libre de le retenir si cela me plaît; autrement, ma propriété serait purement nominale. L’héritage est dans le cas du don. Le droit de propriété serait annulé de fait s’il n’impliquait pas le droit d'en disposer en faveur de ses proches, ou d’autres personnes librement désignées. Ce qui rend l’héritage sacré, en mettant de côté la question de savoir si et jusqu’à quel point les enfants et les héritiers qu’on appelle collatéraux y ont droit, c’est encore, et toujours, l’acte direct ou présumé de la liberté humaine disposant de la propriété .

IV. Que la théorie de la propriété justifie ce qui a été dil; précédemment sur les principes philosophiques de l’économie politique.

L’homme, dans un des chapitres précédents, à été considéré sous quatre points de vue qui se retrouvent, avonsnous dit, dans toute l'économie politique, c’est-à-dire

comme un être soumis à des besoins, libre et responsable, sociable, perfectible. La propriété justifie pleinement ces propositions. Elle liait des efforts de l’activité libre stimulée par le besoin. Elle devient à son tour la meilleure garantie de la liberté, et affranchit l’homme à la fois de la dépendance des besoins et de l’esclavage de ses semblables. Elle met vivement en jeu le sentiment de la responsabilité. Il faut lutter pour l’acquérir, lutter pour l’étendre : lutte dans laquelle la prévoyance s’exerce, l’intelligence se fortifie. De même la propriété contribue à la sociabilité en augmentant la quantité des richesses, de la population et par conséquent des échanges. Enfin elle n’est étrangère à aucune espèce de progrès, en assurant aux sociétés civilisées un loisir suffisant avec la rémunération qui récompense tous les efforts. Elle-même enfin obéit à la loi de perfectibilité. Bien loin d’aller en s’affaiblissant, comme on l’a dit, elle s’affermit et se répand de plus en plus. D’une part, elle s’est épurée successivement des souillures qui ont souvent marqué son berceau; de l’autre, elle est devenue de plus en plus personnelle, c’està-dire moins dépendante de la communauté, et cette transformation de la propriété plus ou moins collective des premiers âges en propriété individuelle, bien loin d’ètre favorable à d’égoïstes privilèges, a eu pour effet d’appeler plus d’hommes à posséder, moyennant le travail, qui est déjà, ainsi que nous l’avons remarqué, une propriété dont le respect permet à celui qui fait de ses difficultés un usage intelligent et habile de capitaliser à son tour.

Telle est, selon nous, la théorie la plus exacte de la propriété, telle qu’elle résulte des derniers travaux de la philosophie morale et de l’économie politique. Sans doute il s’élève encore des difficultés au sujet de l’exercice du droit de propriété et de ses différents modes. On pourrait citer plus d’un cas dans lequel les sciences politiques n’ont pas encore résolu, en matière de propriété, avec une précision toujours suffisante, le problème très-compliqué des rapports des individus avec l’Etat. Mais ces questions.

DE LA PROPRIETE

quelle qu’en soit l’importance, devant la question plus générale qui nous a occupés ne sont qu’accessoires. Quant aux différents modes de propriété, ils ne sont pas tous non plus également aisés à déterminer. Ainsi on s’est demandé si la propriété littéraire est identique à celle d’un champ ou d’un produit matériel quelconque, si l’invention constitue une propriété véritable, c’est-à-dire si elle doit revêtir le caractère de pérennité et posséder la faculté d’être transmise, qui constituent la propriété proprement dite. De même on discute pour savoir à qui doit appartenir la propriété des mines et de tout ce qui forme le sous-sol, si c’est à l’État, à celui qui découvre la mine ou au propriétaire de la surface. La discussion de pareils sujets excéderait évidemment les bornes d’un traité élémentaire, et n’appartient pas d’ailleurs exclusivement à l’économie politique. On peut résumer ce qui précède relativement au progrès de la propriété par cette formule

que, dans une civilisation qui se développe, il y a d’un côté plus de personnes qui possèdent, de l’autre plus de choses qui sont possédées, et qu’enfin elles sont possédées plus complètement, c’est-à-dire que leurs propriétaires en disposent avec moins d’empêchements et d’entraves.

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