INDUSTRIES DIVERSES
Instruments de précision.
Peaux et cuirs
Carrosserie, sellerie, etc..
Boissellorio, vannerie . .
Articles de Paris
Industries non groupées. .
Cette masse d’affaires fait juger de la quantité de travail et de travailleurs qu’elle alimente. On a recensé 62,199 industriels qui travaillent seuls. Joignons-v les 26,242 sous-entre-
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lit
alors que les capitaux effrayés sont devenus plus rares, il tombe à (>77,524?, 1 17 francs; c’est-à-dire que, tandis que la ruine frappe les capitalistes qui vivent de profits, la misère atteint les ouvriers qui vivent de salaires. Pour citer quelques industries, l’imprimerie, la gravure et la papeterie, emploient 10,705 ouvriers durant l’année 1847; pendant la crise de 1848, elles n’en emploient que 8,950. Le travail des métaux précieux, qui emploie 10,819 ouvriers en 1847, n’en emploie que 7,103 en 1848. Des industries de première nécessité, comme celles qui sont comprises sous le titre commun de vêtements , sont frappées presque dans la même proportion : elles occupent en 1847, 90,004 ouvriers; en 1848, 44,051. Ce qui revient à ceci, que, sur une population d’un million d’hommes environ, la moitié s’est trouvée, par la panique du capital, réduite à recevoir le pain de la charité administrative.
Heureusement cette solidarité est plus souvent attestée par ses bienfaits. Elle est, à tout prendre, une des plus belles lois que constate l’économie politique. Bien plus, elle est comme le pivot même sur lequel porte et se développe le monde industriel, avec la puissance de ses ressorts, la variété de son mécanisme, la fécondité de ses effets ; car, s’il était vrai que nous vivions dans un état économique, où, en proportion exacte de ce que les uns s’enrichissent, les autres, qui forment l'immense majorité, s’appauvrissent fatalement, par suite d’une action aussi continue qu’infaillible, on se demande combien de siècles ou combien d’années il faudrait pour dévorer un pareil régime.
preneurs qui, en qualité de façonniers, ont été recensés séparément, et les 45,028 ouvriers attachés aux grands établissements et aux services publics. Cela fait un nombre de 133,469 ouvriers placés dans une situation particulière. Les ouvriers proprement dits sont au nombre dp 416,811. Le total général de la population ouvrière s’élève donc au chiffre de 550,280 individus.
Tel est pourtant l’argument le plus sérieux qu’on ait trouvé à alléguer en faveur de la thèse de l’antagonisme. On a prétendu établir que les hauts profits sont incompatibles avec les hauts salaires, et que la meilleure part des bénéfices du capital est prise en dernière analyse sur les salaires du. travailleur. Voici, a-t-on dit, le prix d’un produit à partager : le propriétaire prend sa part sous le nom de rente ou de loyer ; le gouvernement revendique la sienne sous la forme de l’impôt; le capitaliste y participe par l’intérêt ouïe profit, le travailleur par le salaire. En négligeant les autres éléments, plus le capitaliste, prendra, moins il restera au salarié : le bien de l’un fait le dommage de l’autre.
Nous n’avons pas à examiner ici pourquoi la part du capital peut être plus forte que celle du travail. Le capital représente beaucoup de travail passé, et non plus en économie politique qu’en aucune science morale, qu’en aucune chose de ce monde, on ne peut supprimer le passé, le lien sacré et utile qui unit le fils au père. Renfermonsnous donc dans l’examen des termes tels qu’on les pose , et répondons : « Il 11e s’agit pas de savoir si, dans un prix donné, ce que le capital a pour lui, le travail ne peut l’avoir en môme temps; mais si cela, comme on le prétend, constitue par là môme un intérêt opposé. » Or, la preuve du contraire est aisée. Sur un prix égal à 10, le capital, supposons, prélève 6, le travail prélève 4. On en conclut que le travail est lésé par cela seul que le capital a plus. Renversons donc les rôles, et changeons l’hypothèse. Le prix total, cette fois, n’est plus que de 5 : le travail prélève 3, le capitaliste 2 seulement. A en croire l’hypothèse, le capital ayant moins, le travail aura dû. s’enrichir. C’est le contraire qui a eu lieu. Il a relativement plus, mais il a absolument moins; or, l’homme ne se nourrit pas de rapports, mais de réalités. Ce dernier est l’image d’une société où il y aurait peu de capital, où, par conséquent le prix total à se partager serait réduit d’autant, puisque sans capital nulle richesse ne peut s’accroître. Il y aurait
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pourtant une différence, c’est que, dans une telle société, le capital étant demandé plus qu’offert , le travail serait et absolument misérable, et relativement dans une situation inférieure vis-à-vis du capitaliste : proposition qui ici encore, ne se justifie pas moins par les faits que par la logique. Dans le passé, le capital trop rare est le maître des conditions, le travail est sacrifié. Dans nos temps modernes, à mesure que l’industrie et la civilisation avancent, la part absolue du capital augmente ; mais sa part relative, je veux dire sa part comparée à celle du travail, diminue. Tous deux y gagnent ; le premier absolument, le second relativement et absolument tout ensemble. Ce
grand fait a pour double preuve Y élévation générale des salaires et la baisse de V intérêt , qui dérive encore fie l'abondance du capital se mettant de plus en plus à la portée du travail.
Au reste, moins encore ici qu’ailleurs, il ne conviendrait de faire abstraction du point de vue moral, et d’oublier que ce sont non- seulement des valeurs abstraites ou des quantités matérielles qui sont en jeu, mais des hommes. Ce n’est pas seulement l’accord du capital et du travail qu’il faut constater comme fait général, c’est à l’accorcl des capitalistes et des travailleurs qu’il faut tendre, et cet accord, souvent troublé par des calculs trop égoïstes, des intérêts malentendus, des jalousies ou des haines, ne saurait se passer des sentiments de bienveillance mutuelle, d’équité, d’égards réciproques. Le patron ne doit pas considérer l’ouvrier comme un auxiliaire indifférent, comme un étranger avec lequel il s’acquitte par une paie. Ce mot même de. patron implique des devoirs, l’intervention de considérations de l’ordre moral. Il doit s’enquérir du sort de ceux qu’il emploie, et, sans peser sur leur liberté, les aider par tous les moyens qui sont en son pouvoir, nonseulement par les marques individuelles d’intérêt qu’il peut leur donner, mais par les institutions de secours et d’épargne auxquelles il peut contribuer et les engager à s’associer. Disons -le à l’honneur de notre temps : dans
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les moments de crise industrielle, on a vu souvent les entrepreneurs consentir à travailler à perte pendant un temps plus ou moins long pour ne pas laisser les ouvriers mourir de faim. Les ouvriers aussi doivent avoir des sentiments équitables et bienveillants pour les entrepreneurs trop éprouvés par les crises. Ils ont aussi des devoirs à remplir : tel est, avant tout, l’acquittement consciencieux de la tâche qu’ils ont à accomplir. L’oubli de ces devoirs réciproques ne peut enfanter que désordres profonds, guerres sociales, révolutions.
§ III. Du capital sous forme cle machines, inventions , procédés, etc. — Aucune partie du capital n’a suscité autant d’ennemis que les machines. Sans revenir en détail sur la question de leur légitimité, nous nous bornerons à dire que les machines sont légitimes, parce que sans elles l’homme ne pourrait ni vivre, ni se développer. Les machines, en effet, ne sont pas seulement ces appareils compliqués et savants qui peuplent nos ateliers, c’est la fronde, c’est la scie, la lime, le rabot. Il fallait donc, pour complaire aux détracteurs des machines , en prenant le langage dont se sert Rousseau dans le Discours sur V inégalité, à l’égard du premier qui eut l’idée d’enclore un champ), dire au sauvage de briser son arc et ses flèches; car il était l’imp>rudent promoteur de tous les progrès de la mécanique. Entre ce sauvage, et Watt ou Fulton, il n’y a en effet qu’une différence de développement intellectuel, comme entre son arme et la machine à vapeur il n’y a qu’une différence de degré. M. de Sismondi semble presque p>rop)Oser à l’humanité de revenir à l’état patriarcal. Le remède est peu praticable ; j’ajoute qu’il serait insuffisant; car l’état patriarcal, c’est la vie du pmsteur, et déjà un p>eu de l’agriculteur, et ils ne sauraient se passer de machines. La terre elle-même, fécondée par le travail, améliorée pair le capntal, n’est qu’une machine particulière, un laboratoire ou travaillent des forces occultes. La charrue, le bœuf, le cheval, einpdoyés à creuser le sillon, sont aussi des machines. Qu’on ne dise p>as qu’il serait bon
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de s’arrêter. Le but poursuivi est toujours le même, c’està-dire de diminuer la somme de l’effort humain, en le mettant à ia charge des agents naturels, et d’augmenter les satisfactions en augmentant les produits. Dira-t-on qu’ils sont trop abondants, alors que tant d’hommes sont condamnés à vivre dans un état voisin du dénùment ? On ne saurait d’ailleur s’arrêter quand on le voudrait. Les besoins vous aiguillonnent, les rivaux sont là qui vous pressent. Dès qu’on a mis le pied, dans cette carrière de l’industrie, il faut aller jusqu’au bout.
Ce n’est pas qu’aux dénigrements du pessimisme il faille substituer un optimisme trop crédule. Aucun économiste n’a jamais nié le tort momentané que les machines, en remplaçant les bras humains, font aux travailleurs de la catégorie qui se trouve atteinte. Nul progrès qui ne soit acheté. Mais, en toute chose, il faut voir la fin ; or ici la fin est bienfaisante, et elle se fait rarement attendre longtemps. Un capital rendu disponible pour le fabricant par la diminution du prix de revient, un plus vif essor imprimé à la consommation par le bon marché, et communiqué à la production qui doit y suffire, une masse de produits utiles ou nécessaires, mis à :1a portée du pauvre qui croupissait dans une misère héréditaire, ce sont pour les classes ouvrières plus que des compensations, et il y a là pour elles d’immenses bienfaits.
Plusieurs causes s’opposent d’ailleurs à l’invasion trop brusque et trop générale des machines, et par conséquent à ces déplacements douloureux qui frapperaient par masses immenses les classes ouvrières, avant de se résoudre pour elles en demande plus grande de travail, en élévation de salaires et en meilleur marché des produits plus économiquement fabriqués. Généralement ces procédés nouveaux sont chers à établir, souvent d’un succès douteux. La crainte de perdre des capitaux, disons-le même, l’esprit de routine, servent de contrepoids à ce qu’il y aurait de trop rapide dans l'emploi des nouveaux moyens. L’invention el les grandes applications de la vapeur mar-
quent d’ailleurs dans l’histoire de l'humanité une de ces rares périodes sur lesquelles il ne faudrait pas juger de l’état ordinaire de l’industrie. Par elles l'industrie a eu aussi sa crise révolutionnaire, qui est venue précisément coïncider avec l’avénement tumultueux du régime improvisé de la liberté et de la concurrence. G’est là un phénomène exceptionnel dans le développement des nations modernes. Tout annonce donc que le dernier prétexte aux accusations, très-vaines, intentées aux divers procédés de production perfectionnés, sera ôté par la marche , désormais plus régulière et plus lente, des inventions, en même temps que les classes ouvrières organiseront mieux leurs moyens d’épargne pour lutter avec avantage contre des crises jusqu’à un certain point inévitables.
Deux choses sont à prouver à propos des machines, et en général au sujet de tout procédé qui tend à simplifier et à économiser les frais de production : 1° que la société, prise en masse, y réalise un bénéfice; 2° qu’en thèse générale, et par ce que nous enseigne l’expérience, la classe même d’ouvriers que l’invention nouvelle frappe momentanément y a trouvé et doit y trouver son avantage.
Le premier point a reçu une démonstration tout à fait scientifique dans un des plus piquants écrits de F. Bastiat : Ce qu'on voit et ce qu’on ne voit pas. Voici cette démonstration, qui nous parait aussi concluante pour le fond qu’elle est spiritituelle et saisissante dans la forme :
«Jacques Bonhomme avait 2 francs qu’il faisait gagner à deux ouvriers; mais voici qu’il imagine un arrangement de cordes et de bois qui abrège le travail de moitié. Donc il obtient la même satisfaction , épargne 1 franc et congédie un ouvrier. 11 congédie un ouvrier, c’est ce qu’on voit... Mais derrière la moitié du phénomène qu '.on voit ^ il y a l’autre moitié qu’on ne voit pas. Un ne voit pas le franc épargné par Jacques Bonhomme et les effets nécessaires de cette épargne. Puisque, par suite de son invention, Jacques Bonhomme ne dépense plus qu’un franc en main-d'œuvre, à la poursuite cl’une satisfaction déter-
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minée, il lui reste un autre franc. Si donc il y a dans le monde un capitaliste qui offre son franc inoccupé, ces deux éléments se rencontrent et se combinent, et il est clair comme le jour qu'entre l’offre et la demande du travail, entre l’offre et la demande du salaire , le rapport n’est nullement changé. L’invention et un ouvrier payé avec le premier franc font maintenant l’œuvre qu’accomplissaient auparavant deux ouvriers. Le second ouvrier, payé avec le second franc, réalise une œuvre nouvelle. Qu’y a-t-il donc de changé dans le monde? 11 y a une satisfaction nationale de plus ; en d’autres termes, l’invention est une conquête gratuite, un profit gratuit pour l'humanité... Elle donne pour résultat définitif un accroissement de satisfaction à travail égal .
« Qui recueille cet excédant de satisfaction? C’est d’abord l’inventeur, le capitaliste, le premier qui se sert avec succès de la machine, et c’est là la récompense de son génie et de son audace. Dans ce cas, ainsi que nous venons de le voir, il réalise sur les frais de production une économie, laquelle, de quelque manière qu’elle soit dépensée (et elle l’est toujours), occupe juste autant de bras que la machine en a fait renvoyer. Mais bientôt la concurrence le force à baisser son prix de vente dans la mesure de cette économie elle-même. Et alors ce n’est plus l’inventeur qui recueille le bénéfice de l’invention, c’est l’acheteur du produit, le consommateur, le public, y compris les ouvriers, en un mot l’humanité. Et ce qu’o» ne voit pas, c’est que l’épargne ainsi procurée à tous les consommateurs forme un fonds où le salaire puise un aliment qui remplace celui que la machine a tari.
«Ainsi, en reprenant l’exemple ci-dessus : Jacques Bonhomme obtient un produit en dépensant 2 francs en salaires. Grâce à son invention, la main-d’œuvre ne lui coûte plus qu’un franc. Tant qu’il vend le produit au même prix, il y a un ouvrier de moins occupé à faire ce produit spécial; c’est ce qu’on voit ; mais il y a un ouvrier de plus occupé par le franc que Jacques Bonhomme a
épargné : c'est ce qiïon ne voit pas. Lorsque, par la marche rationnelle des choses, Jacques Bonhomme est réduit à baisser d’un franc le prix du produit, alors il ne réalise plus une épargne ; alors il ne disposera plus d’un franc pour commander au travail national une production nouvelle. Mais, à cet égard, son acquéreur est mis à sa place, et cet acquéreur c’est l’humanité. Quiconque achète le produit le paye un franc de moins, épargne un franc, et tient nécessairement cette épargne au service du fonds des salaires : c’est encore ce qu’on ne voit pas. »
Quant à la catégorie d’ouvriers qui se plaint de la concurrence que la machine vient de lui faire soudainement, en définitive, le cas de beaucoup le plus fréquent est qu’elle lui fait, à elle aussi, après la crise passée, Un trèsgrand bien. D’abord, elle allège sa peine en lui épargnant ses efforts les plus matériels et les plus durs : témoin les moulins à vent, qui accomplissent une besogne autrefois accomplie par les esclaves, de même que la voile et la vapeur font aujourd’hui la rude tâche remplie jadis par des galériens. Ensuite, nous avons indiqué déjà comment le prix plus bas des produits, résultat du procédé économique, est un excitant pour la consommation, et, dès lors, pour la production. Il en résulte, ou que plus d’ouvriers vivent de la même industrie, ou que ceux qui y sont employés gagnent davantage , ou encore que ces deux faits coïncident, c’est-à-dire qu’elle occupe plus de travailleurs et qu’elle les rétribue plus avantageusement. C’est ce qui est arrivé pour la plupart des industries où les envahissements delà mécanique ont le plus excité d’abord les murmures des ouvriers. L’imprimerie mécanique emploie beaucoup plus d’hommes et paye beaucoup plus de salaires qu’à l’époque où le travail du copiste en tenait lieu. lien est de même pour la filature du coton. En 1760, lorsque Arkwriglit prit son premier brevet d’invention pour sa machine à filer, il y avait en Angleterre, d’après des documents officiels, 5,200 file uses au petit rouet, et 2,700 tisseurs. Le salaire qui leur était alloué s’élevait an-
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nuellement à la somme de 3 ou 4 millions de francs. Un habile statisticien anglais (M. Baines) établit qu’en 1833 il y avait 487,000 individus employés seulement à la filature et au tissage des étoffes de coton, et en comptant les industries latérales (impression des étoffes, bonneterie, etc,), il arrive au chiffre de 800,000 ouvriers, et à celui de -435 millions dépensés annuellement en salaires. Avant 1769, les 3 à 4 millions répartis entre 7,900 travailleurs donnaient 3 à 400 francs par tète. Les 455 millions répartis entre 800,000 ouvriers donnent 560 fr. Depuis lors le nombre des travailleurs et le taux des salaires qui les rétribuent ont encore notablement augmenté.
Les raisons qui justifient, disons mieux, qui glorifient l’existence des machines, découvertes, procédés, inventions économiques, sont exactement les mêmes que celles qui nous ont servi à défendre la division du travail et la concurrence, lesquelles ne sont elles-mêmes que des procédés perfectionnés ayant pour but d’obtenir une plus grande quantité de richesse. Le but du travail n’est pas l’effort, nous l’avons dit, c’est le résultat. Dans les pays où il n’y a pas de machines, c’est-à-dire où elles sont en petit nombre et d’une faible puissance, les masses sont écrasées de travail et vivent dans un état voisin souvent de l’abrutissement. Voyez, par exemple, la Chine et l’Inde. Les procédés perfectionnés que l’industrie met en jeu sont donc une des pièces les plus importantes et un des instruments les plus efficaces de la civilisation. Seuls ils permettent, en augmentant le produit, d’appeler les masses humaines à y participer, et à participer aussi, grâce à plus de loisir et à plus d’aisance, aux jouissances intellectuelles et morales; seuls ils permettent, à l’aide de l’appropriation continue et de l’emploi de plus en plus parfait des agents naturels, d’asseoir (ces mots n’ont rien de trop ambitieux) la royauté de l’esprit humain sur le trône du monde transformé et soumis. Ainsi les machines, qui, par leur invention même, attestent la puissance de l’intelligence humaine, contribuent à leur tour à permettre son
développement et à augmenter la fécondité du travail dans une mesure prodigieuse.
| IV. Rôle du capital fixe et du capital circulant. — L’importance de l’un et de l’autre est fondamentale; car ils ne peuvent absolument se passer l’un de l’autre dans l’œuvre de la production. Cependant on conçoit qu’une grande circonspection doit présider, dans une société, à l’augmentation du capital fixe. Le propre de ce capital, c’est d’exiger de longues avances qui sont prises sur les ressources actuelles de la. société, c’est-à-dire sur son capital circulant. Une société qui se met à immobiliser soudainement une grande partie de son capital, se condamne inévitablement à des privations et à des crises. C’est l’histoire des perturbations causées par la confection d’une masse énorme de chemins de fer, entrepris sans proportion avec les ressources dont disposait la nation au moment où elle s’y jetait, emportée par la fièvre de la spéculation. Un peuple ne se distingue pas en ceci d’un industriel qui, au lieu d’augmenter la quantité de ses produits, immédiatement applicables aux besoins de la société, augmenterait ses magasins, ses engins, etc., au risque de ne plus suffire pendant l’année courante aux demandes qui lui sont faites. Pour développer le capital circulant, il faut développer sans doute aussi le capital fixe, mais on voit qu’il con vient de le faire avec ménagement pour ne pas trop grever le présent. Une autre proposition également vraie, c’est qu’il faut tendre sans cesse à économiser sur le capital fixe, qui représente les frais de production, et à augmenter le capital circulant, qui représente les moyens de consommation. On peut dire, en résumé, que le progrès consiste ici, d’une manière générale, à diminuer le rapport qui existe entre la. quantité du capital fixe et celle du capital circulant. Le capital fixe figurant les sacrifices de la nation, tandis que le capital circulant figure ses jouissances, il est d’une sage économie politique de recommander, d’une part, de ne développer celui-là que de manière à ne pas trop peser sur
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celui ci, et <ie l’autre, de prescrire plutôt son augmentation en efficacité productive que sous le rapport de la quantité. Il est de toute évidence que mieux vaut un moindre nombre de machines très-puissantes qu’un plus grand nombre de machines d’une fécondité moindre. Cette remarque porte également sur le luxe des bâtiments consacrés à la production : en lui accordant une place trop considérable, on diminue d’autant la source de richesse dont la société dispose présentement, outre que l’on impose aux consommateurs un sur croit de frais. Quant au capital circulant, sa surabondance absolue n’est en aucune façon concevable. La masse des objets qu'il représente, et que nous avons énumérés plus haut, se rapporte directement et immédiatement au bien-être. Un peuple ne saurait se plaindre de posséder une trop grande quantité de choses utiles à la vie. Qe phénomène, en tout cas, ne s’est jamais présenté, et l’insuffisance des moyens d’existence est le mal universel dont soutirent toutes les nations du monde. Le problème qui se pose à elles est et sera longtemps celui-ci : augmenter leur capital, c’ est-à-dire leurs moyens de production et de consommation, afin de pouvoir subvenir convenablement aux besoins même les plus élémentaires des membres qui la composent.
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