CLASSIFICATION DES INDUSTRIES
On divise le plus souvent Tindustrie en trois grandes classes : l'industrie agricole, Tindustrie manufacturière, l’industrie commerciale. Cette nomenclature a plusieurs défauts graves. Un économiste a proposé d’y obvier en réduisant ces trois classes à deux. Selon Destutt de Tracy, Tindustrie agricole doit être ramenée à l'industrie fabricante ou manufacturière, par cette raison, « qu’une ferme est une véritable manufacture, que tout s’y opère de même, par les mêmes principes et pour le même but, et qu’un champ peut être assimilé à un véritable outilv ou, si Ton veut, à un amas de matières premières ; » de telle sorte que tout travail ayant pour objet de façonner et de modifier les êtres ou les objets pour les convertir à notre usage rentrera dans cette unique catégorie de Y industrie fabri can te ; tandis que l’emploi du travail humain, qui consiste non plus à en changer la forme, mais à les changer de lieu, formera V industrie commercante . Cette classification, qui réduit à deux les industries principales, est fort critiquable à son tour. Elle oublie que l’agriculture crée des produits d’un ordre tout particulier, que la production des végétaux et des animaux constitue une classe de travaux complètement distincte de celle qui produit des ou-
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tils ou des étoffes. La manière dont l’agriculture emploie et distribue ses agents ne diffère pas moins. Comment aussi donner à la chasse, à la pèche, à l’industrie du bûcheron, à celle du carrier, à celle du mineur, le nom d’industrie fabricant©? II ne leur convient pas mieux, assurément, que celui d’agriculture qu’on leur attribue fréquemment. Toutes les industries de cette dernière classe ne semble-t-elles pas exercer une fonction qui leur est propre ? Elles extraient du sein des eaux, des bois, de l’air, de la terre, sans leur faire subir d’ailleurs aucune façon déterminée, des matériaux innombrables. Aussi a-t-on proposé, avec beaucoup de raison selon nous (1), d’en former, sous le nom d ’ industrie extractive , une classe tout à fait séparée.
De môme, on a observé avec non moins de vérité, au sujet de l’industrie commerciale, que faire le commerce c’est effectuer des échanges , et non pas opérer des transports . L’art qui fait l'office de déplacer, de transporter, de distribuer dans le monde les choses nécessaires à la satisfaction de tous les besoins et à l’exécution de tous les travaux, peut se trouver ordinairement uni à l’acte d’échanger, mais il en diffère par son essence. On aurait pu ajouter que le changement de lieu n’est nullement, ainsi que l’ont dit Destutt de Trac.y et d’autres économistes, et comme on parait se l’imaginer généralement, inhérent à la nature même du commerce : la vente des moissons sur pied, celle des terres même, celle des maisons, en sont la preuve évidente. Ce genre de commerce fait passer des valeurs d’une main à une autre sans déplacer en rien les objets eux-mêmes; au contraire, une lettre à la poste peut effectuer les déplacements les plus considérables sans être le sujet ou l’instrument d’aucun échange, sans donner aucunement lieu à la création d’une plus-value. A dire vrai,
(1 ) De la liberté du travail , par M. Dunoyer. La classification que présente l’auteur est la plus complète, et les motifs sur lesquels il la fonde nous ont paru très-solides.
MANUEL D’ÉCONOMIE TOLITIQUE.
le service affecté au transport des hommes et des marchandises est une industrie qui ne se confond pas plus avec le commerce qu’avec l’industrie agricole ou avec toute autre. Pourquoi ne pas y reconnaître une classe à part, l’industrie voiturière, ou le voiturage, qu’on peut nommer encore industrie locomotive ou des transports?
Quant à l’ordre dans lequel on doit ranger ces industries, nous commencerons, selon l’usage, par l’industrie agricole, sans nous dissimuler la force des objections qui lui refusent la première place dans l’ordre de développement. Il est clair, en effet, aux yeux du bon sens, en même temps qu’il est expérimentalement démontré, qu elle a été et qu’elle a du être précédée par les autres industries, existant au moins à l’état élémentaire. C’est un fait reconnu que, généralement du moins, les hommes ont été chasseurs, pêcheurs et nomades, avant de se livrer à l’art agricole, le plus difficile de tous, celui qui exige le plus de progrès déjà accomplis. L’invention de la bêche et plus tard celle de la charrue, instruments qui en sont une condition nécessaire, appartenaient à l’industrie manufacturière. De même, il a été opéré des déplacements fort nombreux avant qu’on soumit la terre aux transformations savantes que lui fait subir la mise en culture. Cependant, nous ne croirons pas être infidèle à la logique en débutant par l’agriculture. La terre n’est-elle pas la source première de tous les produits utiles? N’ést-eiie pas le théâtre comme la condition de tout travail? N’est-ce pas elle qui occupe le plus grand nombre d’hommes? N’est-ce pas elle, enfin, qui nourrit les populations, et qui, par cela même, en règle le nombre?