L INDUSTRIE AGRICOLE ET LA PROPRIÉTÉ TERRITORIALE
moyenne, également la plus avancée , en laisserait un de 405. et la petite un de 489. Rapportées à. un type commun en numéraire , à raison d’un prix de 20 francs par hectolitre, ces quantités donneraient, pour expression de la capacité productive des divers modes d’exploitation, 83 fr. 80 c., 81 fr. et 97 fr. 80 c.
Un autre résultat, extrêmement curieux, mis en lumière par le même écrivain, est la réponse faite au reproche souvent adressé à la petite culture de ne pouvoir alimenter en assez grand nombre les animaux dont la présence sur les exploitations est indispensable à la production des engrais sans lesquels la terre, de plus en plus épuisée, finirait par ne céder que des récoltes trop appauvries pour rémunérer les efforts de l’homme. C’est le reproche capital, celui qui est le plus fréquemment articulé et qui jusqu’ici a obtenu la plus constante croyance.
Sans nul doute, répond M. Passy, c’est l’Angleterre qui, à superficie égale, nourrit le plus d’animaux; quelques parties de la Hollande, du Danemarck et de la Lombardie pourraient seules lui disputer cet avantage. Mais est-ce là un résultat des formes de l’exploitation, et des circonstances de climat et de situation locale ne concourent-elles pas à le produire? C’est, à son avis, ce qui ne saurait être contesté.
En effet, quoi qu’on en ait dit, partout où la grande et la petite culture se rencontrent sur les mêmes points, c’est celle-ci qui, bien qu’elle ne puisse entretenir autant de moutons, possède, tout compensé, le plus grand nombre d’animaux producteurs d’engrais. Voici, par exemple, ce qui ressort des informations fournies par la Belgique.
Les deux provinces où règne la plus petite culture sont celle d’Anvers efc la Flandre orientale, et ces provinces possèdent en moyenne, par 100 hectares de terres cultivées, 74 bêtes bovines et 14 moutons. Les deux provinces où se trouvent les grandes fermes sont celles de Namur et du Haynau, et elles n’ont en moyenne, pour 100 hectares de terres cultivées, que 30 bêtes bovines et 45 moutons.
Gr, en comptant, suivant l’usage, 10 moutons comme l'équivalent d’une tète de gros bétail, nous rencontrons d’un côté 76 animaux servant à maintenir la fécondité du sol, de l’autre moins de 35, différence à coup siir énorme. Il est à remarquer, au surplus, que le nombre vies animaux n’est pas, dans la partie de la Belgique dont le sol est divisé en très-petites fermes, beaucoup moindre qu’en Angleterre. En l’évaluant dans cette dernière contrée à raison seulement du territoire en culture, il y existe, par centaine d’hectares, 65 bêtes à cornes et près de 260 moutons, c’est-à-dire l’équivalent de 91 des premiers, ou seulement 13 de plus que dans l’autre. Et encore est-il juste d’observer qu’en Belgique presque rien n’est perdu des engrais donnés par des animaux nourris à peu près toute l’année à l'étable, tandis qu’en Angleterre la pâture en plein air affaiblit considérablement les quantités qu’il devient possible de mettre entièrement à profit.
Dans le département du Nord aussi, ce sont les arrondissements dont les fermes ont la moindre contenance qui entretiennent le plus d’animaux. Tandis que les arrondissements de Lille et de Hazebrouck, outre un plus grand nombre vie chevaux, nourrissent, l’un, l’équivalent de 32 tètes de gros bétail; l’autre, l’équivalent de 4-6, les arrondissements où les exploitations sont les plus grandes, ceux de Dunkerque et d’Avesnes, ne contiennent, le premier, que l’équivalent de 44 bêtes bovines, l’autre, que celui de 40 (1).
Pareilles recherches étendues sur d’autres points de la France offriraient vies résultats analogues.
Quoi qu’il en soit, la grande, la moyenne et la petite culture ne peuvent prétendre se substituer l’une à l'autre dans tous les cas ; c’est à l’entrepreneur agricole de se décider par des circonstances dont il est seul juge. Il importe seulement que son expérience et ses lumières le
(1) D’après la statistique de la France, publiée par le ministre du commerce, Agriculture , t. I.
l’industrie agricole et la propriété territoriale. ITT
mettent à même de faire un bon choix, et c’est l’y aider que de travailler à écarter de son esprit tout parti
ris systématique en faveur de la grande et de la petite culture .
L’idée de l’association applicable à l’agriculture, vivement soutenue par M. Rossi ( l), est malheureusement bien peu mûre encore, dans l’état moral et intellectuel des populations. Il est clair qu’il ne saurait s’agir ici de cette forme d’association qui anéantirait la propriété privée. Le but beaucoup plus judicieux qu’il s’agirait d’atteindre consisterait à. faire disparaître quelques-uns des inconvénients qui sont la rançon fréquente des avantages de la petite culture. On conçoit parfaitement, par exemple, que de petits cultivateurs s’associent entre eux pour l’achat ou le louage de certains instruments et outils, moyens divers d’améliorer le sol, etc., comme pour certaines ventes en commun. Les associations fromagères du Jura sont de ce dernier genre. Chacun apporte son lait à la fabrication du fromage en commun et partage proportionnellement le prix de Invente. Un grand obstacle à ces associations les plus praticables en elles- mêmes, c’est l’insociabilité des paysans, c’est l’esprit de routine. Il est temps qu’il cède à plus d’instruction pratique et à la voix de l’intérêt bien entendu.
Mais ce n’est pas seulement dans les tendances des propriétaires ruraux que l’esprit d’association, en ce qu’il a de plus légitime et de plus bienfaisant, rencontre de l’opposition, c’est dans la loi trop souvent. Nos lois et nos règlements sont contraires à l’association dans une infinité de cas, même dans les plus simples et lorsqu’elle serait la plus inoffensive, le plus évidemment utile. S’agit-il de se mettre en syndicat pour empêcher les ravages d’un ruisseau ou d’un fleuve qu’il faudrait endiguer; s’agit-il d’un dessèchement de marais, que les habitants d’une plaine voudraient entreprendre, les conditions qui son
(1) Covr d’ Économie politique, tome TI, cinquième leçon.
mises par la loi à la formation ou à l’action efficace «le l’association sont des plus compliquées, des plus lentes. De môme, pour l’irrigation, on n’a autorisé expressément que les entreprises industrielles et isolées. Il est pourtant bien clair que le contre-poids nécessaire de la division du sol comme de celle des capitaux git uniquement dans la puissance de l’association qui se prête aux applications les plus multipliées, pourvu qu’on ne l’entrave pas, et cela sans mettre obstacle, en donnant au contraire un point d’appui et une vigueur nouvelle à la liberté et à la propriété devenue le lot d’une masse d’individus.
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Des divers systèmes d’amodiation .
Ces systèmes sont au nombre de trois et comptent chacun des partisans ou des critiques souvent forts exclusifs : ou bien le propriétaire cultive directement son bien, ou bien il a recours à un intermédiaire qui le prend à ferme moyennant une redevance fixe, ou bien il s’associe au cultivateur avec lequel il partage les biens en nature généralement par moitié, ce qui se nomme le métayage.
De premier système, celui du faire-valoir , n’a guère que des partisans. La plupart des réflexions que nous avons faites sur les avantages de la petite propriété peuvent s’v appliquer, puisque le propriétaire parcellaire est en quelque sorte contraint de cultiver lui-même son domaine. Le mérite de cette forme d’exploitation se résume en un mot : elle intéresse fortement à l'amélioration du sol celui qui en est le détenteur et qui bénéfie seul des profits plus élevés qu’il en obtient. Il semble que plus le propriétaire se rapproche de sa teinte, plus il la féconde ; que plus il s’en éloigne, plus elle devient stérile. Le mal matériel et moral que produit l’absence habituelle du propriétaire, Yabsen -