DE L’INDUSTRIE MANUFACTURIÈRE
Dans un sens rigoureux, l'industrie manufacturière est la première en date, puisque, sans le secours de quelques instruments fabriqués, aucune autre industrie ne pourrait s’exercer. Mais elle n’acquiert que tard les grands développements auxquels elle est appelée, parce qu’elle suppose plus que toute autre une population nombreuse, des besoins étendus, une civilisation avancée. Dans l’état patriarcal, c’est à peine si elle se détache du sein de l’agriculture; la confection des vêtements grossiers et de quelques objets indispensables a lieu alors en famille pendant les loisirs que laissent les travaux des champs.
Ce n’est que quand la terre produit un excédant suffisant que l’on voit les arts manufacturiers se séparer des travaux de l’agriculture. Ce travail se manifeste par un fait qui joue un rôle immense dans le développement de la civilisation, la création des villes. De même en effet que c’est le caractère inhérent à l’industrie agricole de disperser ses agents sur des surfaces étendues, c’est la tendance, parce que c’est le besoin de l’industrie manufacturière d’agglomérer les siens dans quelques grands foyers où les lumières se forment et se dégagent par l’association et par le contact des intelligences, et où tous les efforts se fécondent mutuellement en se combinant d’une manière de
plus en pl is savante. Cette séparation de l’agriculture et de l’industrie n’est pas même aujourd’hui un fait entièrement accompli, et là, comme ailleurs, on trouve la
preuve que la civilisation est loin d’être aussi avancée qu’on ledit commune nient. Nous citerons, en témoignage, les nombreux pays où la plus grande partie du filage ou du tissage du lin et du clianvre s’exécute encore à la campagne, et les contrées encore plus nombreuses où le rouissage et le teillage, par exemple, continuent d’appartenir à l’industrie rurale. Mais il ne suffit pas que les industries se séparent de plus en plus en groupes distincts, il faut que cette séparation s’applique de plus en plus aux différentes branches du travail manufacturier lui-même, mouvement qui s’opère lentement et qu’on peut mesurer à l’importance des centres où cette industrie se développe et à l’étendue de ses débouchés. On peut en juger par l’exemple que nous offre l’enquête ordonnée il y a peu d’années par la chambre de commerce de Paris sur l’industrie de cette ville. On a constaté, dans la capitale seulement, l’existence de 335 industries distinctes, et ce nombre peut même être porté à 345 par suite de la division de quelques autres corps particuliers en plusieurs branches. Les progrès de l’industrie manufacturière doivent être plus rapides en raison de toutes ccs causes, auxquelles il faut joindre la facilité relative de la circulation des produits et le crédit plus aisé à établir.
Travaillant sur la matière morte qui se prête à toutes les subdivisions, et qui se laisse aisément manier , décomposer, déplacer, séparer et réunir, l’industrie manufacturière est naturellement excitée à faire usage des machines; elle éprouve d’ailleurs moins de résistance dans l’emploi des divers procédés physiques et chimiques dont elle fait usage que n’en rencontre l’industrie agricole. En effet, lq. terre est à poste fixe ; c’est un instrument inégal à lui-même, limité en quantité, et le plus rebelle en même temps que le moins connu de tous les agents, n’est-il pas la vie?
Nous avons affirmé qu’une population nombreuse est la condition nécessaire d’une industrie développée; à parler