DR L’INDUSTRIE MANUFACTURIÈRE
pendieuses et la faculté de vendre à bas prix, grâce à l’économie du prix de revient, qui profite à tout le monde. Il n’y a pas moins des cas, disons-le, où la moyenne et la petite industrie trouvent mieux leur place, comme par exemple pour les objels d’art, et en général pour tout ce qui exige plus de travail humain que de capital (!).
Peut-être serait-ce ici le lieu de discuter si les manufactures ont engendré, comme on les en accuse, le paupérisme. Sans doute il y a quelque chose d’instable dans les salaires qu’elles procurent, mais l’agriculture, moins dépendante, il est vrai, de nos goûts et de nos caprices, ne l'est-elle pas à un haut degré des saisons? Il faudrait voir aussi si le système prohibitif n’a pas produit ces vices pour une grande part, sujet dont nous aurons occasion de parler plus loin. Dans le fait, les pays purement agricoles sont les plus misérables. En Angleterre, où grâce à la taxe des pauvres la comparaison est aisée à établir, les districts manufacturiers sont ceux qui donnent le moins de pauvres, et de la manière la plus sensible. On ne voit plus en France comme autrefois des bandes de mendiants et de pillards répandues dans les campagnes, et la misère des villes a perdu ses formes les plus hideuses. Ce qui a fait illusion à. quelques personnes, c’est que le paupérisme s’est concentré sur quelques points et s’est entassé dans des habitations malsaines, se livrant pour ainsi dire en bloc à rceil effrayé de l’observateur. En thèse générale, il serait absurde de dire que l’industrie manufacturière, qui a pour but la multiplication des choses utiles à la vie et qui réussit mieux que toutes les autres à les produire à des conditions accessibles, crée fatalement des pauvres. Ceux qui l’en ont accusée avec tant de colère ou d’aveuglement n’avaient pas assez réfléchi au caractère généralement accidentel des circonstances qui ont pour ainsi dire attaché à
(1) Sur la grande, la moyenne et la petite industrie, on consultera avec fruit le Traité théorique et pratique des Entreprises industrielles, comtner dates et agricoles, par M. Courcelle-Seneuil ,
ses flancs do si déplorables misères. N'y a-t-il pas dans un autre fait dont on se plaint aussi, et don ton n'a raison de se plaindre qu’ autant qu'il a pour cause des surexcitations factices, n'y a-t-il pas dans l'émigration des ouvriers des champs vers les villes une preuve du peu de fondement des critiques qu'on adresse à l'industrie manufacturière, du moment qu’on prétend généraliser ces critiques ? Dans un chapitre spécial sur la solidarité qui unit entre elles les diverses industries, on verra comment la supposition d’une nation exclusivement agricole, à moins qu'elle n’occupe qu’un très-petit territoire, est tout à fait chimérique, et comment il n’y a pas d'agriculture véritablement dévelop pée sans une grande industrie manufacturière.