‹ Manuel d'économie politiqueChapitre 45 sur 77 · DE L’INDUSTRIE COMMERÇANTE · texte numérisé non relu

DE L’INDUSTRIE COMMERÇANTE

A prendre Le commerce comme synonyme de l’écliange, on ne devrait pas voir dans le commerce une industrie spéciale. En effet il n’est aucune des branches de l’industrie dont nous avons parlé jusqu’à présent qui ne se livre à des opérations de vente et d’achat. Le commerce existe donc sans qu’il y ait de commerçants proprement dits; mais ce sont ceux-ci qui servent à rapprocher les différentes parties de la production entre elLes, et les différents produits, des consommateurs. De là liait une catégorie spéciale d'industrie qui n’est pas moins utile que toutes les autres. Dans le cours de la vie, on a besoin d’une multitude presque infinie de choses différentes. S’il fallait tirer directement chacune d’elles de son producteur immédiat, on passerait tout son temps en courses et même en voyages lointains, dont les inconvénients surpasseraient parfois de beaucoup l’utilité des choses qui en seraient l’objet ; il faudrait donc s’en passer.

Le commerçant tire de tous les pays les choses qui y surabondent, et il y porte celles qui y manquent; il est toujours prêt à acheter quand on veut vendre, et à vendre quand on veut acheter; il garde ses marchandises jusqu’à l’instant du besoin; il les détaille s’il le faut; enfin il en débarrasse le producteur qui on est encombré; il les met à la portée du consommateur qui les désire, et toutes les relations deviennent ainsi faciles et commodes.

De là l’utilité réelle de ceux qu’on a désignés sous le

nom (Y intermédiaires , et la vanité des déclamations socialistes dont ils ont été si souvent l’objet. Le petit commerçant, qu’on attaque surtout, rend d’incontestables services. C’est de lui particulièrement qu’il est permis de dire à la lettre qu’il met la denrée sous la main du consommateur : il la divise, en effet, en petites portions de manière à la proportionner à ses besoins et à scs ressources. Acheter en gros est parfois une bonne spéculation; plus souvent peut-être c’est un mauvais calcul, soit qu’on laisse perdre une partie de la marchandise, soit qu’on en prenne plus à son aise avec les grandes provisions et qu’on les consomme sans mesure. Mais qu’on y trouve ou non profit, tout le monde n’est pas en état <1e supporter les avances qu’exigent des achats considérables. Ce n’est pas à dire qu’il ne puisse y avoir dans le commerce de détail surabondance de personnel et morcellement excessif. Bien que moins dommageable qu’une concentration commerciale qui se rapprocherait du monopole , cette multiplicité de petits marchands, portée au delà de ce qu’exige la commodité des acheteurs, se résout dans une augmentation de frais dont ceux-ci ont à supporter le poids. Mettez trois intermédiaires où un seul suffirait, il est clair que vous accroissez, dans une proportion démesurée, les dépenses de logement, d’annonces, d’employés et autres frais, outre que la société est privée de ia masse des produits que créeraient ces mêmes personnes si elles étaient retirées de l’industrie commerciale, dont elles sont des membres superflus, pour être versées dans l’industrie manufacturière ou agricole.

Pour éviter l’élévation de prix qui résulte des frais du commerce, on a proposé de faire accaparer par l’État l’industrie commerciale. L'Etat, dit-on, pourra vendre les denrées au prix coûtant. Une immense économie en résultera.

Les objections s’élèvent en foule.

Si L’État se fait commerçant, n’aura-t-il pas comme l’individu à supporter les frais que le commerce entraîne?

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S’il se les fait rembourser par les consommateurs, qu’y gagneront-ils? S’il les supporte seul, il faudra qu’il trouve un moyen indirect de rentrer dans ses déboursés. Ce moyen facile à prévoir sera l’impôt. Ce sera une injustice, puisque ceux qui achètent peu payeront autant que ceux qui achètent beaucoup pour des frais dont ils n’auraient dù supporter qu’une part proportionnelle. Ce sera en outre une ineptie : car l’important n’est pas de payer sous une forme plutôt que sous une autre, c’est de payer moins. Or, ce but, on ne l’aura pas atteint.

En outre, l’État possède -t-il les qualités qui font le commerçant habile ? Les agents qu’il emploiera pour acheter auront-ils et se donneront-ils la peine d’acquérir cette connaissance approfondie des marchés, cette habitude de l’économie, cette circonspection tout à la fois et cette audace heureuse dans les spéculations qui caractérisent le vrai négociant? Le plus souvent il achètera cher et mal. Que si l’on ajoute, une fois l’achat fait en gros, l'immense personnel et le matériel énorme qu’il faudra pour opérer la vente en détail, à quels frais n’arrive-t-on pas !

Nous ne nous étendrons pas davantage sur l’industrie commerçante, sur les qualités spéciales qu’elle requiert, sur les formes diverses et sur les conditions ies meilleures dans lesquelles s’exerce cette industrie. Nous n’avons eu d’autre objet que d’en établir la nécessité. C’est en parlant de l’échange que nous placerons les remarques nombreuses et importantes auxquelles le commerce donne lieu, non plus à titre d’industrie spéciale, mais comme moyen de production indirecte et comme étant en quelque sorte l ame même qui anime le monde de l’industrie.

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