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CHAPITRE II

LA VALEUR ET LES PRIX

L’échange n’obéit-il à aucune loi? Si cette loi existe, quelle est-eile ?

L’échange porte sur des richesses, sur des utilités, mais non pas, nous l’avons dit, sur toutes les utilités, sur toutes les richesses. IL en est qui ne sont pas de son domaine : telles sont les richesses communes, données en quantité illimitée et à titre gratuit à tous les hommes, comme la lumière, l’atmosphère, l’eau, le vent, etc. Ces richesses naturelles non appropriées ne s’échangent pas ; tous les hommes en jouissent sans effort ou apprennent à s’en servir pour rendre leur travail plus expéditif et plus efficace. Ainsi fait le navigateur, mettant à profit la force du courant et le souffle du vent qui enile ses voiles. Ainsi l’industrie utilise les chutes d’eau, l’action du feu, les affinités chimiques. C’est exclusivement sur les richesses appropriées et existant en quantité limitée que porte l’échange. Or, ces richesses sont les seules auxquelles appartienne le nom de valeurs. Toute chose utile, qu’il est plus ou moins difficile de se procurer et qui peut acheter une certaine quantité 4(1 de produits ou de services, est une valeur, c’est-à-dire une richesse, mais une richesse limitée et qui coûte à acquérir. Delà encore une distinction à établir entre la simple utilité (qu’elle soit d’ailleurs directe ou indirecte), nommée encore par quelques économistes valeur en usage , et la valeur proprement dite, que quelques-uns désignent sous le

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nom Je valeur en échange. U utilité indique un rapport entre nos besoins et les choses ; la va leur indique, et c’est ce qui la distingue, un rapport entre les richesses elles-mêmes, qui trouvent à s’éclianger les unes contre les autres. Celleslà valent beaucoup, en échange desquelles on obtient une grande quantité de richesses. Celles là valent peu auxquelles n’appartient qu’un faible pouvoir d’achat.

En général, la valeur d’une chose représente la quantité de travail et de capital que cette chose a absorbée. Quand la somme de travail humain et la masse d’avances que cette chose coûte diminue, la valeur baisse, l’utilité restant la même ou même encore augmentant. Ainsi les objets confectionnés à la main coûtaient cher et souvent ne satisfaisaient que fort imparfaitement le besoin spécial auquel ils répondaient: les mêmes objets, fabriqués de . nos jours à la mécanique, ont moins de valeur en échange et satisfont mieux les besoins du consommateur. Ils coûtent moins à acheter parce qu’ils ont moins coûté à produire et ils ont coûté moins à produire, parce qu’il y a eu moins de travail à rémunérer, moins d’avances à couvrir, moins de frais de production à supporter, grâce à la part croissante prise dans l’œuvre totale par les agents naturels.

On tirera de ces vues sur la valeur une conclusion bien importante pour la pratique et trop souvent méconnue : c’est que si un individu est riche quand il possède beaucoup de valeurs , en échange desquelles iL peut se procurer une masse considérable de produits, de services, de satisfactions, ce qui importe à une nation, c’est avant tout non pas la valeur, mais la richesse, la somme des utilités réelles et intrinsèques qu’elle possède, la quantité de satisfaction qu’elle peut se procurer et qui seules constituent l’aisance et le bien-être. Il est clair, en effet, nous l’avons dit déjà précédemment, qu’un peuple ne se nourrit pas de rapports comme ceux que la valeur en échange exprime. Ce qui l’intéresse au plus haut degré, c’est d’avoir beaucoup de blé, de drap, de coton, beaucoup de connaissances utiles, beaucoup de bonnes habitudes morales, etc., et non

que le blé vaille beaucoup, que les objets dont on se couvre aient une valeur considérable, etc. On peut exprimer la même idée sous d’auties formes, qui achèvent de la mettre en lumière, et dire par exemple que la rareté supposée jusqu’à certain point pour toute valeur est un mal, tandis que {'abondance qui fait baisser la valeur d’un produit est un bien (sous 3a réserve, bien ente :du, que le producteur aura couvert ses frais.)

11 résulte de ce qui vient d’être dit, que la valeur désigne un rapport d’éehaiige (1): elle exprime la puissance d’acquisition d’un objet par rapport aux autres. Ainsi un litre de blé, à l’aide duquel on peut se procurer tant de mètres de telle étoffe, vaut ce nombre de mètres, et ainsi de tout le reste. Indépendamment de l’intervention delà monnaie, qui se borne à faciliter, de la manière qu’on verra, la détermination de ces rapports, ces rapports euxmèmes subsisteraient. On continuerait à échanger les produits de toute nature les uns contre les autres, et ceux moyennant lesquels on pourrait s’approprier le plus de choses, ou les choses les plus désirées et les plus rares, seraient ceux qui auraient le plus de valeur. La valeur n’est donc pas moins distincte du prix que de 1* utilité.

(h En disant que la valeur n’exprime qu’un rapport d’échange, on ne prétend pas dire qu’elle ait son principe dans l’échange. L’échange la d'Hermine, il n’en est pas le fondement. La valeur existerait, pour l’homme isolé, distincte de Futilité. Mais s’il voulait la déterminer, il serait obligé de comparer entre eux les divers produits en sa possession, et d’établir entre eux une sorte d’échange mental. Ainsi il pourra dire : Mes deux flèches ne valent pas mon canot; c’est-à-dire, je n' échangerais pas ce dernier objet contre les autres, etc. Ce n’est, au reste, que dans l’état social , c’est-à-dire par l’échange, que la valeur se détermine et sé précise. Plus l’homme devient sociable, plus cette notion se développé. Plus l’homme est à même de rendre dos services à ses semblables, d’en échanger avec eux, plus le rapport entre les services échangés sc manifeste.

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quoiqu’elle ait Futilité pour condition indispensable et le prix pour expression monétaire.

Ce qui précède mène à la conséquence suivante : si la valeur n’exprime qu’un rapport d’échange, il est impossible que toutes les valeurs s’élèvent ou s’abaissent à la fois. En effet, la valeur d’une chose ne hausse que parce que celle de telle autre décline relativement à elle. Du moment que la valeur du vin s’abaisse par rapport à celle du pain, c’est dire ipso facto que la valeur du pain s’élève à l’égard du vin, et ce qui s’applique à ces produits s’applique également à tous. Ainsi, par rapport à l’échange des divers produits, il n’y a ni hausse ni baisse générale des valeurs. Mais, par rapport au travail, c’est tout différent. Le progrès industriel consiste précisément en ceci, jbj que telle quantité de travail achète une plus grande quantité de chaque espèce de produits. En ce sens, toutes les valeurs baissent par rapport au travail perfectionné. Cette vérité, bien loin de démentir l’autre, la confirme. En effet, le travail a lui-même une valeur sur le marché, une valeur qui se mesure, comme toute autre, à ce qu’il peut se procurer à l’aide d’une somme donnée d’efforts; et dire qu’avec moins d’efïorts il obtient plus de produits en récompense, c’est constater encore, sous une autre forme, ce .iifë fait que toutes les valeurs ne sauraient hausser à la fois. :

Adam Smith, le principal fondateur dé la science éco- I nomique, le philosophe qui en a le mieux démêlé les vé- | !• .' ritables principes, a donné à la valeur le travail pour ori- i l gine. Le travail est en effet le principe de la valeur, mais il ne saurait en être la mesure rigoureuse. On peut dire en thèse générale que la valeur de tout produit peut être | | | représentée soit par la quantité de travail que le produit ! renferme, soit par celle du travail qu’il peut commander .Jjl L’erreur de Smith consiste à avoir vu dans le travail une!! , quantité fixe, qui sert démesuré immuable à toutes les Jp valeurs. Cette mesure n’existe pas et ne saurait exister. Pour mesurer les valeurs, il faudrait, comme toujours ; une unité de même nature, c’est-à-dire une valeur; or, h

valeur n’étant qu’un rapport des objets échangés entre eux, participe inévitablement de la mobilité de ce rapport, aussi variable lui-même que nos besoins et que la quantité des choses qui sont destinées a y satisfaire. Ni le travail, inégal en qualité et en intensité chez les individus, et inégalement rétribué selon le lieu et suivant les temps, ni le blé, dont les frais de production varient par plus d’une cause, ni la monnaie elle-même, dont la valeur augmente par sa rareté et diminue par son abondance, ainsi que par la demande qui en est faite, ne sauraient servir d’étalon fixe aux autres valeurs. Chercher une mesure invariable à la valeur, c’est, comme l’a dit J. -B. Say, se proposer un problème aussi chimérique que la quadrature du cercle.

Ce double caractère de la valeur d’ètre un rapport d'échange et de supposer en même temps une certaine peine à prendre pour se procurer les objets qui en sont doués, a fait dire à F. Bastiat, que la valeur est « le rapport de deux services échangés . » Cette définition donne, selon nous, mieux que toute autre, de la valeur une idée exacte, quoiqu’elle ait été critiquée par d’habiles économistes. Tous les exemples , et ceux-là mêmes qu’on a essayé de tourner contre elle, ne font que la confirmer. Supposez deux hommes dont l’un a faim, et dont l’autre est pressé par la soif. L’un cède à l’autre un morceau de pain, l’autre un verre d’eau. Le service mutuel qu’ils se rendent est jugé le même par les deux échangistes, et dès lors les deux objets sont dits avoir la même valeur. Un homme donne cinq sous au porteur d’eau, qui lui rend le service chaque matin, service intéressé comme tous ceux dont s’occupe l’économie politique (i), de lui apporter de l’eau.

(1) Lo mot do service n’implique pas nécessairement dénouement. On dit les services d’un domestique, les services l’un commis, etc. Sans doute on n’a pas coutume de dire les ervices d’un commerçant. Cependant il est certain, de la ertitude la plus entière, que si je rends service au marchand

Ce qu’il paye, évidemment ce n’est pas l’eau, donnée gratuitement à tous les hommes, et qu’il pourrait aller luimôme puiser à la rivière, c’est la peine prise pour la faire arriver jusqu’à lui, et qui lui est épargnée. Dire que l’eau apportée vaut cinq sous , ou que cinq sous sont l’équivalent du service rendu pour apporter l'eau, c’est au fond une proposition identique. Si à tel moment donné cent hectolitres de froment valent telle riche parure, cela veut dire uniquement que celui qui vend la parure cent hectolitres de froment et que celui qui cède ces hectolitres estiment qu’ils se rendent un service égal. Autrement le marché n'aurait pas lieu. Autant on en peut dire du propriétaire qui échange du vin de Tokay, lequel, par supposition, n’aura exigé de sa part que de moindres avances de travail et de capital , contre telle quantité de soie qui en aura coûté de beaucoup plus considérables. Si, après avoir librement débattu leurs conditions, les deux parties arrivent à contracter l’échange, c’est qu’elles jugent que l’un des objets vaut l’autre, c’est-à-dire que le service rendu à l’un est égal au service rendu à l’autre. Peut-être l’un des deux contractants a-t-il tort d’en juger ainsi, et se repentira-t-il; peut-être la plus grande abondance relative de rime des espèces de produits mis en présence changera-t-elle le lendemain les conditions normales de l’échange ; mais, au moment où il se contracte, l’équivalence est estimée rigoureuse par les seuls appréciateurs compétents, qui sont les intéressés eux-mèmes. Le monde économique, jugé du haut de ce principe, apparaîtra ce qu’il est en réalité, un vaste marché de services que les hommes se rendent mutuellement.

Nul doute, au reste, et rien dans ce qui vient d’ètre dit

en lui donnant une certaine quantité de monnaie, il me rend également service en me fournissant du bois pour me chauffer, une lampe pour m’éclairer, ci la preuve que j’en juge ainsi, c’est que je préfère le produit qu’il me vend à la monnaie que je lui cède.

n’infirme cette proposition, cpie ce qu’on a appelé les mnnop des naturels (il en est de même des monopoles factices) ne figurent comme un des éléments de la valeur. G est le monopole naturel de telle ou telle terre de posséder par exclusion telle ou telle mine, tel produit végétal auquel tout autre sol se refuse, quels que soient les efforts de la culture, bien que celle-ci opère des merveilles auxquelles il n’est pour ainsi dire aucun terme assignable. C’est un monopole naturel que le génie , qu’une vocation hors ligne, qu’un beau visage, une belle voix. Assurément l’artiste qui reçoit une rétribution magnifique a fort bien pu ne pas prendre autant de peine et ne pas avoir fait autant d’avances de capital pour les frais de son éducation que tel de ses rivaux moins heureux et qui restera médiocre, quoi qu’il fasse. La théorie qui montre dans la valeur le rapport entre deux services échangés n’a rien qui soit en désaccord avec de pareils faits. Il est clair, ou le marché n’a pas de sens, que le directeur de théâtre et la grande cantatrice qui stipulent entre eux certaines conditions égales : par exemple, à cent mille francs, sous-entendent les termes suivants : « Moi, cantatrice habile et goûtée du public, j’estime à ladite somme le service que je rends au théâtre. » « Moi, directeur du théâtre, j’estime à une somme égale la somme raisonnable de sacrifices que je puis consentir dans l’intérêt de l’entreprise. »

Ceci nous mène à parler de la loi régulatrice des valeurs, celle de Yofjre et de la demande, qui domine tous les échanges et donne un prix à tous les services. Même avant les recherches de l’économie politique, les hommes qui ne vivent que par le placement de leurs services savaient parfaitement que, lorsque des services, et, si 1 on veut parler pins grossièrement, des marchandises de même nature s’offrent en grande quantité, la demande restant la môme, leur valeur baisse, et que leur valeur s’élève au contraire, soit que leur abondance vienne à diminuer, soit que la demande en devienne plus vive. De

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là naît cet antagonisme du producteur et du consommateur, qui a causé souvent un mal immense à l’humanité; le producteur vendant d’autant plus cher que l’espèce de produits qu’il offre est plus rare, le consommateur la payant d’autant meilleur marché qu’elle est plus abondante. Cet antagonisme, hàtons-nous de le dire, n’est que partiel, chaque producteur étant, grâce à la division du travail, vendeur d’un seul produit ou d’une seule fraction de produit, tandis qu’il est acheteur de milliers d’autres. S’il est une vérité évidente autant que bienfaisante, quoiqu’elle ait été mille fois méconnue par des intérêts exclusifs et mal compris, c’est que tous les hommes ont intérêt à l'abondance, c’est-à-dire à ce que l’ offre prise en masse satisfasse largement à la demande. On n’a, pour s’en convaincre pleinement, qu’à pousser le raisonnement à sa dernière limite, et qu’à se dire que, si l’offre était infinie, le genre humain jouirait d’un infini bien-être, tandis que si le souhait que forment les producteurs égoïstes de voir l’espèce de produits qu’ils apportent sur le marché devenir rares se réalisait universellement, ce serait la misère pour tout le monde, y compris ces producteurs eux-mêmes.

Au-dessus de l'offre et de la demande, qui ne sont autre chose que l’échange lui-même consi 1ère dans ses deux termes, n’y a-t-il pas, s’est-on demandé, une loi supérieure qui détermine lies valeurs? N’y a-t-il pas un point régulateur, un point central autour duquel le prix courant , qui exprime la valeur en monnaie à un moment, donné, semble graviter, et dont il ne s’écarte pas longtemps, tant que quelque cause artificielle ne vient pas fausser l’équi/alence des échanges? Ce point central existe en effet, ce sont les frais de production , en d’autres termes, les frais de tous genres qu’un objet quelconque coûte avant d’être amené sur le marché. Rieardo a particulièrement insisté sur ce point rle vue. Il établit qu’il est bien difficile que le prix courant soit longtemps beaucoup audessous ou au-dessus du prix de revient, des frais de pro*

duction. Est-il beaucoup au-dessus, les producteurs, alléchés par les gros profits, se porteront en foule vers l’industrie qui les procure, et feront, par la concurrence, baisser le prix jusqu’au taux ordinaire des profits. Est-il au-dessous, la production, cessant de rentrer dans ces déboursés, s’arrêtera ou se ralentira, ou encore trouvera moyen de diminuer ses frais jusqu’à ce que le prix courant couvre la somme des avances en y joignant le profit nécessaire. C’est donc, en fin de compte, Je prix de revient qui entraîne le prix courant dans son orbite, à travers des oscillations plus ou moins inégales. Les frais de production, on le voit, représentent, autant que possible, l’unité de la variété, l’élément de l’ordre au sein de la liberté si mobile de l’offre et de la demande, la fixité dans le changement.

Cette théorie est vraie, elle est incontestable dans une certaine mesure. Mais elle exige un complément et un correctif. Sans doute les frais de production, y compris le bénéfice du vendeur, forment le vrai régulateur du marché dans la plupart des cas ; mais il en est où le désir qu’éprouvent les hommes d’un produit en détermine la valeur beaucoup plus que le coût de la production ; tel est le cas que nous avons cité des monopoles naturels, tel est celui du blé en présence de la rareté de ce produit. Toutes les fois que le consommateur peut aisément retirer sa demande, sans s’imposer de grandes privations, ou s’adresser à un nombre en quelque sorte indéfini de producteurs, la formule des frais de production comme régulateurs du marché reprend sa force; mais dans les circonstances où le besoin est immense et l’offre nécessairement fort limitée, il n’en est pas de même, et la formule de l’offre et de la demande paraît alors seule rendre compte de tous les faits. Quoi qu’il en soit, il faut dire en résumé que la valeur se détermine par la loi de l’offre et de la demande, et se règle en général sur les frais de production.

Une remarque essentielle en ce qui concerce la formation des prix, remarque en partie contenue dans ce qui vient d’être dit, c’est que la diminution ou l’augmentation

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des prix est loin (Vôtre en rapport exact avec celle des quantités produites de telle ou telle marchandise. Un économiste, M. de Molinari, a posé et cherché à démontrer cette formule, destinée à établir le rapport des prix et des quantités : « Lorsque le rapport des quantités de deux denrées offertes en échange varie en proportion arithmétique, le rapport des valeurs de ces denrées ou leur prix varie en progession géométrique » (i). Dans son Histoire des prix, M. Tooke (2) constate que les prix varient dans une proportion beaucoup plus considérable que les quantités. « Il n’est pas rare de rencontrer, dit- il, des personnes qui, en raisonnant sur le prix du blé et des autres denrées, tiennent pour démontré que les variations dans les prix doivent être proportionnées ou à peu près aux variations des quantités qui se trouvent offertes au marché. Si les choses se passent autrement, elles ne manquent pas d’a'.tribuer la cause de cette anomalie prétendue à quelque perturbation extraordinaire survenue dans la circulation ou à tout autre accident... Mais l’histoire de notre agriculture prouve clairement qu’à toutes les époques d’abondance ou de rareté des récoltes, les variations de prix se sont manifestées dans une proportion supérieure, au delà de toute comparaison, à la différence des quantités. Cette histoire atteste encore qu’à toutes les époques de transition de la disette à l’abondance, l’agriculture a fait entendre des cris de détresse.

« Le fait qu’un faible déficit dans la production du blé, relativement au taux moyen de la consommation, occasionne une hausse hors de proportion avec la grandeur du déficit, ce fait est démontré par l’histoire des prix, à des époques où, rien dans la situation politique et com-

(1) Journal des Économistes, du 15 juin 1851 ; Cours d' Économie politique , professé au Musée royal de l’industrie belge par M. G. de Molinari, cinquième leçon.

(2.i Cité par le môme. Ibid.

merciale du pays ne pouvait exercer une influence perturbatrice. »

Quelques écrivains, ajoute M. Tookc, ont essayé d’en déduire une règle exacte de proportion entre un déficit donné de la récolte et la hausse probable du prix. M. Tooke cite notamment Gregory King, qui a établi la règle de proportion suivante' pour le prix du blé :

Un déficit ds : Au-dessus du prix ordinaire.

I dixième élève le prix de

Mais M. Tooke ne croit pas qu’une règle semblable puisse être établie, et il se fonde sur ce que les déficits constatés des récoltes ont amené des variations fort irrégulières dans les prix.

Tout ce qu’on peut affirmer, en termes généraux, d’après ce statisticien c’est qu’un déficit dans l’approvisionnement du blé, bien plus que dans celui d’un grand nombre d’autres articles, provoque une augmentation de prix qui dépasse beaucoup la proportion du déficit.

Necker, de son côté, explique ainsi ce phénomène économique :

« Qu’on se représente, dit-il, cent mille hommes dans un espace fermé : cent mille pains sont nécessaires à leur subsistance journalière, et quelques marchands viennent chaque jour les apporter.

<( Tant que cette fourniture est faite exactement, le prix convenu ne change pas; mais, qu’une ou deux fois l’on s’aperçoive qu’il manque un ou deux pains, vi le qui prive deux personnes de leur subsistance, la crainte d’ètre l’un de ces malheureux excite une telle ardeur d’acheter, que les marchands parviennent à doubler ou à tripler le prix ordinaire. »

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