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ribles. Mettre obstacle à ce qu'on nomme l’enlèvement des blés est donc un acte aussi maladroit que sauvage ; car, encore une fois, la localité, favorisée une année, pourra être maltraitée une autre fois, et elle se sera ôté tout droit de recourir à l’importation. C’est ici que se manifeste vraiment, en présence delà sottise et de l’inliu-r inanité de l’égoïsme local, le lien de fraternité et de solidarité qui unit les habitants d’un pays sur tous les points du territoire. Malheureusement peu de préjugés sont aussi enracinés que celui qui règne contre les accapareurs. C’est le devoir des gouvernements de travailler à le dissiper, et celui des populations de faire un effort de bon sens pour comprendre leur intérêt véritable. Il n’y a pas en effet de point mieux éclairci, plus complètement démontré par •les faits, et sur lequel, nous le répétons, les économistes, depuis les belles Lettres de Turgot sur la liberté du commerce des grains , soient plus complètement d’accord (1).
De la liberté du commerce entre les nations.
Le commerce entre les nations présente le même avan tage que le commerce de province à province. La Providence a distribué plus diversement encore les facultés entre les différentes races et les produits entre les divers climats qu’entre les habitants et les différents points d’une même zone. Elle a été prodigue envers les uns des mêmes qualités et des mêmes éléments naturels de richesses dont elle se montre avare envers les autres, voulant par là, ce semble, imposer aux nations la nécessité de se connaître et de se rapprocher, et les contraindre à la concorde par l’intérêt (2). Le commerce libre met entre les mains de la
(1) Voir, parmi les excellents écrits sur ce sujet, De la Cherté des grains par Victor Modeste. (Chez Guillaumin.)
(2) Le principe do la liberté commerciale a été, pour ces rai-
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nation, dépourvue d’une certaine espèce de production, soit les procédés qui lui manquent, soit la denrée ou le produit qu’elle ne pourrait obtenir qu’à grands frais, ou dont elle serait même, sans la voie de l’échange, tout à fait obligée de se passer. Il en résulte une virs émulation de travail et un grand moyen d’économie. La nation qui exporte un certain produit en retour d’autres marchandises, se livre, par suite de la certitude et de l’étendue du marché, avec plus d’ardeur et d’habileté, à la production de ce qu’il lui est possible d’obtenir plus économiquement, et reçoit en échange d’autres objets également obtenus avec le moins de frais possible. De là une tendance, pour chaque nation, au plus haut développement industriel et à la plus grande richesse, chaque produit indigène servant de débouché à un produit exotique et devenant lui-même, dans l’intérieur du pays, à d’autant meilleur marché que le travail s’applique à le rendre plus abondant.
Un des principaux avantages, par lesquels se recommande le commerce entre nations, c’est de donner à la concurrence entre les producteurs tout son ressort. S’il n’y avait qu’un seul peuple dans le monde, réduit à quelques milliers d’habitants, il est facile de prévoir que les producteurs, en possession d’exploiter certaines industries, et particulièrement celles dont les produits sont les plus indispensables à la vie de l’homme et à l’industrie, et à la fois les plus rares ou les plus sujets à le devenir, resteraient les maîtres de surélever les prix de la manière la plus exorbitante , par le fait d’une sorte d’accord tacite. Il n'est pas moins évident qu’ils ne se presseraient pas beaucoup d’améliorer leurs procédés de production.
sons mêmes et presque dans ces termes, proclamé dès le xvie siècle par le plus éminent écrivain politique de cette époque. Voir là-dessus notre ouvrage (couronné par l’Institut en 1853), Jean Bodin et son temps , t obi eau des théories 'politiques et des idées économiques au xvie siècle. (1 vo1; in-8, chez Guillaumin.)
La cherté, et la routine qui contribue à la cherté, régneraient souverainement dans presque toutes les branches de travail (1).
(I) Nous citerons deux exemples parmi la foule de ceux qui se présentent, attestant combien la pratique est d’accord avec la théorie, et à quel point la concurrence étrangère peut être un stimulant nécessaire, infiniment plus efficace que toutes les prohibitions, pour le développement d’une industrie nationale. Les fabriques anglaises de soieries travaillaient fort mal en 1825; clics étaient protégées par la prohibition absolue. Un grand ministre, M. Huskisson, remplaça la prohibition par un droit de 25 0/0. Là-dessus les fabricants, selon la coutume, annoncent leur ruine prochaine, parce que, disent-ils, les soieries françaises vont envahir le pays, et, de toutes parts, se substituer aux produits des fabriques nationales; mais, après très-peu de temps, il arrive que c’est eux qui trouvent dans le pays un débouché double ou triple, uniquement parce que la levée des prohibitions les a forcés à s’occuper de se mettre au niveau de leurs émules de Lyon. Un peu plus tard, Robert Peel réduit à près de moitié le droit protecteur sur le même article; nouvelle clameur des fabricants, et puis, nouveaux, succès pour eux, par la même cause, le perfectionnement de leur fabrication, sous l’impulsion de la concurrence française. Aujourd’hui, éclairés sur leurs intérêts, ce sont les fabricants do soieries qui, en Angleterre, demandent la suppression des droits, modérés pourtant, dont restent grevées les soieries françaises.
Autre exemple du même genre et tiré du même pays. Dans les quinze premières années du siècle, les céréales se produisaient très-chèrement dans une partie des terres, de l’autre côté du détroit, et comme le pays n’avait pas trop de toute sa production pour s’alimenter, le prix général des grains, dans la Grande-Bretagne, était exorbitant. Les propriétaires voulant se faire assurer le haut prix qu’on leur avait payé pendant la guerre, firent voter, en 1815, la loi des céréales qui tendait à consacrer un prix de 34 fr. l’hectolitre pour le blé, et des prix proportionnels pour les autres grains. La résistance des consommateurs lit successivement retoucher la lé-
DE DA LIBERTE Dü COMMERCE.
La liberté du commerce international n’est pas moins naturelle, malgré la diversité des peuples qui se livrent au commerce, que ne Test celle du commerce intérieur ; il est môme certain que, dans des cas nombreux, elle parait l’être davantage. Gela semble évident pour les parties du pays plus rapprochées d’un peuple voisin qu’elles ne le sont entre elles. Les rapports de commerce paraissent beaucoup plus faciles à établir, par exemple, entre l’Alsace et les pays allemands, qu’entre l’Alsace et la Gascogne, et ainsi de suite. Prendre l’étendue entière du territoire national comme formant un seul’ marché économique, tandis qu'on exclut de ce marché les nations voisines, c’est décréter que des personnes séparées par des milliers de kilomètres feront des échanges interdits à des gens qui n’ont pour ainsi dire qu’à étendre la main pour se donner mutuellement ce dont ils manquent ; c’est substituer l’obstacle coûteux de la distance à l’économie d’un raïqirocliement dont la nature s’était chargée. On peut donc, à ce titre comme à plusieurs autres, reprocher au système qui met des entraves aux libres communications du commerce d’être essentiellement un système contre nature. Nous examinerons plus loin si les raisons qu’il tire du fait de la nationalité sont assez fortes pour être opposées à celles que fournit contre lui la nature des choses.
gislation des céréales et abaisser les droits sur le blé étranger; et toujours les procédés de la culture se mirent au niveau des exigences de la législation ou plutôt des intérêts du consommateur tels que le législateur les reconnaissait. Enfin, en 1846, sir Robert Peel pixxposa et fit passer la liberté à peu près complète du commerce des céréales. L’agriculture anglaise a-t-elle été ruinée ? Non. L’expérience est consommée aujourd’hui, et elle atteste que l’agriculture n’est pas atteinte, qu’elle a surmonté l’épreuve, que les terres se louent, en général, sur le môme pied qu 'auparavant. Et pourtant, le changement des prix est tel que les économistes compétents y ont vu pour les consommateurs un avantage annuel d’un milliard.
Faisons pourtant, dès à présent, relativement à la nationalité, une remarque essentielle. L’économie politique, accusée de ne tenir aucun compte de cet élément et même de le détruire systématiquement au profit d’un cosmopolitisme qui ne laisserait plus de place à la diversité des peuples, l’économie politique, disons-nous, loin de détruire les nationalités ou d’en faire abstraction, tend à restituer à chaque peuple son originalité native, son caractère réel, en réclamant pour lui une grande liberté des échanges. Ceux qui ne tiennent aucun compte des différences que les climats, les races et les institutions ont établies entre les hommes, ce sont précisément les théoriciens des prohibitions qui veulent que chaque peuple se suffise à lui-même et qu’il embrasse à la fois toutes les industries. Que 0agr?erait, en effet, la nationalité anglaise, si l’Angleterre avait la prétention de produire du coton ou du vin ? Quelle force acquerrait le patriotisme en France, si les coteaux de la Provence ou du Languedoc, au lieu d’êtres couverts de vignes, allaient se charger d’arbres à thé.
En s’efforçant de maintenu cette division du travail que la Providence elle-même a établie entre les hommes, l’économie politique n’est donc point hostile à l’esprit de nationalité bien entendu ; elle fonde l’alliance des peuples sur la différence des caractères et des facultés; elle veut que chacun excelle dans les conditions qui lui sont propres, et que chacun produise afin d’avoir des moyens d’échange; pour généraliser et pourétendre le commerce, elle localise l’industrie.
Ce n’et pas à dire d’ailleurs que chaque grande nation n’ait raison, sans vouloir résoudre le problème absurde de se suffire absolument, de s’approprier toutes les industries que comportent son sol et le génie de ses habitants. Le mouvement de la civilisation produit ce résultat d’amener entre les différents peuples une certaine parité quant aux productions et quant aux moyens de produire, tout en maintenant la diversité de leurs industries, en
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ce qu’elle a de décidément conforme aux vœux de la nature. En reconnaissant les indications providentielles qui assignent à chaque région un certain nombre de spécialités, l’économie politique ne nie pas la puissance du travail humain pour arriver à étendre le domaine primitif qui semblait départi à un peuple au sein d’un vaste territoire. De même que la culture a réussi à naturaliser une foule de plantes sur un sol qui ne les portait pas originellement, de même le travail industriel peut naturaliser aussi certaines productions qui paraissaient devoir être le partage plus ou moins exclusif d’autres nations. 11 n’y a pas de raison pour que les peuples confèrent à un seul d’entre eux, par privilège d’habileté, la fabrication du bon acier, des machines et des outils, de la laine peignée, etc., etc. Qu'une nation aussi nombreuse, aussi riche de ressources naturelles, aussi variée d’aptitudes de tout genre que l’est la France vise à s’approprier, autant que possible, l’encyclopédie des arts manufacturés, tout comme son sol extrêmement diversifié s’est approprié la presque totalité des productions des différentes zones, rien n’est plus concevable ni plus digne d’éloges. Mais cette appropriation a des limites qu’il faut savoir reconnaître. S’imposer des sacrifices exorbitants et incessants pour s’assimiler, invita Miner va, certaines productions que l’étranger nous livrerait à meilleur compte, ce serait, en vérité, la plus folle des entreprises.
Au reste, il n’est personne qui ne reconnaisse l’avantage qu’ont les peuples à se livrer à de mutuels échanges. Ceux-là mêmes qui s’opposent à la liberté commerciale, l’admettent, par la force des choses, dans une certaine mesure ; car la théorie de l’isolement absolu des nations est d’une absurdité qui dépasse tellement toutes limites qu’elle ne saurait compter un seul adepte. Mais ils n’en persistent pas moins à soutenir que le commerce entre nations doit être entouré de mille précautions et restrictions , et comme enveloppé d’un cercle de douanes non-seulement fiscales, mais protectrices , c’est-à-dire desti-
nées à éloigner on A n’admettre que dans une mesure restreinte, et sous la condition d’un renchérissement, les produits exotiques venant faire concurrence à la produc • tion nationale. C’est en cela que consiste le système nommé 'protecteur , qui prend le nom de prohibitif, lorsqu’il va jusqu’à l’interdiction absolue soit de l’entrée d’une production étrangère, soit de la sortie d’une denrée indigène. L’examen de ce système complétera ce que nous venons de dire touchant la liberté commerciale.
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