DE LA DISTRIBUTION DES RICHESSES
Nous avons reconnu l’existence de deux grands instruments de la production, le travail et le capital; et comme agents personnels, une fois accomplie l’œuvre du savant , c’est-à-dire une fois que la théorie a indiqué comment il faut s’y prendre pour produire, nous avons nommé Y entrepreneur et V ouvrier. Nous avons de même constaté l'existence d’une classe d’hommes qui possède les capitaux ou les terres, et qui loue l'instrument de travail qu’elle détient, dans le cas où elle ne préfère pas le faire valoir elle-même. Tous ces agents, dont les efforts ou les sacrifices sont indispensables à la création de la richesse, ont droit à une cèrtaine rétribution. Un a vu plus haut pourquoi nous n’admettons pas que la terre fut considérée comme un troisième instrument de production, et, dès lors, comme formant une partie prenante distincte du travail et du capital dans la répartition de la richesse. S’il s’agit de la terre elle-même, il est trop évident, en effet, qu’un agent naturel, dénué d’intelligence et de res-
ponsabilité, ne peut réclamer un salaire, une rémunération quelconque. S’il s’agit, comme cela ne souffre aucun doute, des propriétaires du sol, il n’y a pas de raison valable pour en faire une catégorie à part. En tant que propriétaire, en effet, le détenteur de la terre est assimilable au possesseur de capitaux, quels qu’ils soient. S’il lui plaît de louer l’instrument de travail qu’il possède, il recevra un fermaçi , comme le capitaliste prêteur de capitaux reçoit un intérêt. S’il aime mieux faire valoir, alors il est dans le cas du capitaliste entrepreneur qui attend de l’emploi personnel de ses capitaux de certains bénéfices. Le fait seul d’appliquer son travail et ses capitaux à l’industrie agricole plutôt qu’à telle ou telle autre, ne saurait constituer aucune différence essentielle. On a soutenu le contraire, il est vrai, et il faut même reconnaître que l’opinion dominante dans l’école, c’est que les lois auxquelles obéit le revenu foncier sont entièrement différentes de celles qui président au revenu du travail et à celui du capital. Sous le nom de renie , beaucoup d'économistes, le plus grand nombre peut-être, voient un élément distinct du profit, et qui est donné en sus pour le fait seul de la possession du monopole foncier. Nous aurons à constater l’état de cette question, l’une des plus controversées de l’économie politique, et à y prendre parti, dans un chapitre spécial sur la rente, mot dont nous aurons soin de fixer la signification.
Les phénomènes économiques, que le besoin de méthode nous force à distinguer en ce qui concerne la répartition de la richesse, paraissent souvent mêlés ensemble et presque confondus dans la réalité. Dans tout salaire, par exemple, entre dans une mesure fort variable la rémunération due au capital; tout travailleur a reçu luimême, en effet, une certaine façon , une certaine éducation, soit physique, soit intellectuelle, soit l’une et l’autre à la fois; or, n’a-t-on pas rangé sous la dénomination décapitai la force et l’adresse acquises , les talents acqui . , tout ce qui vient s’ajouter à l’homme naturel, à l’effo.-t