CHAPITRE II
DES SALAIRES
Bien que le mot de salaire sous des noms variés (gages, appointements, rétribution , etc.) s’applique aux diverses catégories rie services personnels, il est plus particulièrement réservé a la main-d’œuvre. C’est à ce dernier point de vue que nous l’envisageons surtout, d’abord parce que la catégorie des travailleurs qui sont compris sous le nom d’ouvriers des villes et des campagnes est de beaucoup la plus nombreuse, ensuite parée que ce genre de travaux étant plus complètement soumis à la concurrence, les lois qui président à la rémunération du travail s’y découvrent avec plus de sincérité et de plénitude.
Ce qui a été dit, dans les chapitres relatifs au travail et au capital, sur l’association, sur la loi de perfectionnement du travail, sur l’étroite dépendance dans laquelle le travail et le capital, l’ouvrier et le patron se trouvent l’un par rapport à l’autre, et sur l’avantage qu’il y a pour la classe des salariés à ce que les capitaux soient abondants, simplifie nécessairement et abrège notre tâche. Toutefois celle qu’il nous reste à remplir présente encore un grand intérêt et les plus sérieux problèmes.
Disons d’abord quelques mots du salariat. Prouvons qu’il a été un progrès sur l’association primitive des efforts
©ES SALAIRES
et des capitaux, telle qu’elle se retrouve encore dans certaines formes de l’industrie, comme chez quelques associations de pêcheurs ; on verra à la fois qu’il ne détruit pas l’association naturelle des capitalistes et des travailleurs.
Si le salariat n’existait pas, il serait suppléé par l’association aux chances bonnes et mauvaises de l’entreprise. Le capitaliste apporterait ses instruments à l’œuvre commune, les ouvriers leur main-d’œuvre, et, quand le produit serait terminé, capitaliste et travailleurs prélèveraient leur quote-part. Mais quelle serait cette quote-part ( 1 ) ? Dites-vous qu’elle sera égale pour tous ? Alors c’est le communisme. En dehors du système de l’égalité absolue, et du moment qu’on admet que le capital donne certains droits, y a-t-il une raison de conclure qu'elle serait plus avantageuse pour le travail que lorsqu’elle est payée sous la forme du salaire? Il n’y en a aucune, en vérité. Si le capital était peu abondant, les capitalistes peu nombreux, et la population ouvrière très-serrée, par la force des choses, le capital resterait maître des conditions; par la force des choses la population serait misérable. Nous disons par la force des choses, et non par la mauvaise volonté des capitalistes. En effet, alors même qu’ils feraient le sacrifice des droits que leur donne leur capital, sa masse répartie entre la population donnerait à chacun un surcroît de revenu presque insignifiant. La société n’aurait donc rien gagné; elle aurait au contraire perdu beaucoup en disséminant sa puissance productive, en portant atteinte à la division des attributions, en livrant l’entreprise à l’incapacité et à l’anarchie. L’association, dans le partage des fruits, laisse subsister entière la discussion de la part proportionnelle afférente au travail et au capital. Voyons quelles raisons ont pu déterminer les hommes à une autre forme de rémunération.
(1) Voir là-dessus F. Bastiat, ch. sur les Salaires des Ilar moines économiques , et Rossi, t. III du Cours d'économie politique.
344 MANUEL d’économie politique.
Il s’agit d’une maison à bâtir : nous supposons que le. propriétaire foncier a été remboursé. Vient maintenant le capitaliste qui fournit les instruments et les matériaux, ou, ce qui est la même chose, l’argent qui n’apparait, comme toujours, que transitoirement. L’ouvrier, c’est-àdire celui qui a pour toute fortune ses bras, apporte ensuite son travail. Le capitaliste se garde bien d’engager tous ses capitaux dans F entreprise, il en réserve une part pour son revenu personnel ; il faut, pendant que son capital est employé et court des risques, qu’il ait des provisions, le vivre, le couvert, etc. Si l’entreprise réussit, il rentrera dans ses avances et trouvera en outre un certain prolît, juste rémunération de son sacrifice et de ses risques; jusque-là il aura vécu. Mais l’ouvrier?... attendrat-il le résultat de l’entreprise pour prélever sa part, comme cela se pratique entre associés? Soit, s’il peut vivre d’une autre manière en attendant ; soit, s’il se sent assez riche pour pouvoir mettre à une telle loterie. Mais s’il n’a que peu de capital ou s’il n’en a pas du tout, la prudence et la nécessité ne lui donnent-elles pas d’autres conseils? C’est alors qu’une autre combinaison se présente.
Il s’adresse au capitaliste, à l’entrepreneur, à celui qui possède matériaux, instruments et provisions. J’apporte mon travail, lui dit-il, mais malheureusement, jusqu’à ce que viennent des temps meilleurs, jusqu’à ce que j’aie assez travaillé, assez épargné pour avoir moi aussi quelques capitaux, mon travail est tout ce que je possède. Je voudrais donc ne pas attendre le partage du produit pour prélever ma quote-part. Sur ce produit à venir, faites-moi une avance, vous me rendrez service, comme je vous en rends un en travaillant : donnant donnant, j’aime mieux cela. Je renonce aux bénéfices extraordinaires de l’entreprise, si elle en procure; mais je me mets à couvert des pertes, si elles ont lieu. Cela m’arrange mieux; y trouvezvous à redire ou consentez-vous au marché?
La rémunération revêtira donc pour le travailleur une nouvelle forme, celle de salaire assuré au lieu de celle de
DES SALAIRES
bénéfice incertain. Il y gagne d’avoir son pain quotidien. Il y gagne de ne pas avoir travaillé en vain en cas d’insuccès. Quant au capitaliste, il se peut qu’il trouve intérêt à ce marché, mais il se peut faire aussi qu’il y perde. L’avantage pour lui est, s’il y a réussite, d’avoir la totalité des bénéfices. Dans le cas d’échec, il a perdu non-seulement ses avances en matériaux et en instruments, mais ses avances en salaires.
Le salaire n’a donc point, on le voit, rompu l’association du travail et du capital, il en a détruit la solidarité absolue , en ce qu’elle avait de fâcheux pour la classe la plus nombreuse, et de funeste au point de vue du progrès général. Il a donné au travailleur la sécurité; il a ouvert au capitaliste un plus libre essor; il a permis à l’entreprise d’être conduite avec une suite et un ensemble que n’eût jamais obtenus le concours de vingt associés. Il a spécialisé les tâches. Il a été un progrès, du moins relatif; et, dans les cas mêmes, où de nouveau l’association pourra redevenir la forme du travail, il n’aura pas été moins une des étapes nécessaires de la civilisation économique, dont il restera constamment une des formes essentielles.
Du taux des salaires.
Le travail, a-t-on dit, est une espèce de marchandise; le prix en est donc réglé par le rapport entre l’offre et la demande. M. Cobden a donné une formule pittoresque de ce principe en disant que : « Le salaire baisse quand deux ouvriers cour, lit après un maître, et que le salaire hausse, quand deux m litres courent après un ouvrier» (1). Mais
(0 Une des cl oses du faible salaire qu’obtiennent les femmes est la concurrence qu’elles se font dans un petit nombre de carrières. Voir sur ce sujet et sur tout ce qui concerne la si-
d’où viennent ces variations? C’est du capital qu’un peuple consacre à la rémunération du travail que dépend la bonne ou la mauvaise condition des salaires. Si ce capital vient à s’accroître sans qu’un accroissement correspondant se manifeste dans les rangs de la population (Voir notre chapitre sur la Population ), chaque travailleur en recevra une plus forte part; ou, ce qui est la même chose, son salaire augmentera. Si. au contraire, l’accroissement de la population devance celui du capital, chaque travailleur n’obtiendra qu’une part plus faible dans la distribution de ce fonds, et verra baisser, par conséquent, le taux de son salaire.
Supposons, dit M. Mac Culîoch (i) que le capital attribué annuellement par une nation au payement du travail s’élève à trente millions sterling. Si la contrée renferme deux millions d’ouvriers, il est évident que le salaire de chacun, en les rémunérant tous au même taux, serait de quinze livres ; et il n'est pas moins évident que ce taux ne pourrait s’augmenter que dans le cas où le nombre des ouvriers se réduirait dans une proportion plus forte que la somme du capital. Aussi longtemps que le capital et la population marchent de front, qu’ils augmentent qu diminuent dans la même proportion, le taux des salaires reste le même. C’est seulement quand le rapport du capital à la population vient à changer que le prix du travail subit une augmentation ou une réduction correspondante. Le bien-être et le confort des classes laborieuses dépendent donc directement du rapport que garde leur accroissement avec celui du capital qui sert à les occuper et à les nourrir; si elles se multiplient plus rapidement que le fonds des salaires, le prix du travail sera réduit ;
tuation des femmes dans le travail, l 'Ouvrière de M. Jules Simon.
Voir aussi du même écrivain 1 '‘Ouvrier de huit ans, et l’ouvrage intitulé le Travail.
(2; Principes d’ Économie politique, chapitre des Salaires.
DES SALAIBES.
ce prix s’élèvera, si leur multiplication est plus lente que celle de la richesse qui les défraye. IL n’y a pas d’autre moyen, pour élever les salaires, que d’accélérer l’accioissernent du capital, par rapport à la population, ou de retarder l’accroissement de la population par rapport au capital. »
M. J.-S. Mill exprime la môme opinion dans ses Principes d' Économie politique : u Les salaires, dit-il, dépendent du rapport entre l’offre et la demande, ou, comme on le dit souvent, de la proportion qui existe entre la population et le capital. Par population, je n’entends ici que les rangs de la classe laborieuse, ou plutôt de ceux qui donnent leur travail à loyer; et par capital, seulement le capital circulant, non pas le capital circulant tout entier, mais bien la partie de ce capital qui est consacrée au payement de la main-d’œuvre, à quoi il faut ajouter les fonds qui, sans former partie intégrante de ce capital, sont donnés en échange d’un travail, comme la solde des militaires, les gages des domestiques, et les appointements de tous les autres travailleurs improductifs. » Et ailleurs : « Ce n’est pas la quantité de l’accumulation ni de la production qui importe à la classe laborieuse; ce n’est pas même le montant des fonds destinés à être distribués entre travailleurs; c’est bien plus le rapport de ces fonds au nombre des travailleurs qui doivent se le partager. Le sort de cette classe ne peut s’améliorer que si l’on altère la proportion à l’avantage des ouvriers ; et tout plan conçu dans leur intérêt, qui ne repose pas sur cette base, n'est, au point de vue de la durée, qu’une pure illusion. »
Telle est la formule de l’inflexible loi qui régit le taux des salaires.
Il y a pour le travail, comme pour tout produit, des frais de production sur lesquels tend à se régler le prix courant du travail. Ces frais sont égaux à tout ce qu’ont coûté la nourriture, l’éducation, l’ apprentissage de l’ouvrier. Lorsque ces Irais ne sont pas couverts par le prix courant, c’est-à-dire ici lorsque le travail est plus offert
que demandé, les travailleurs sont constitués en perte, et il n’y a pas d’autres limites à la dépréciation de la maind’œuvre que la souffrance et la mort. Lorsque ces frais sont strictement couverts de manière à faire vivre l’ouvrier, l'état de la masse est stationnaire. Lorsque ces frais sont couverts de manière à laisser un excédant, il y a progrès dans la proportion de cet excédant. Au-dessus du salaire dit necessaire, si la raison ne cesse pas d’accompagner l’homme, il y a pour lui prospérité, amélioration de sa condition, changement heureux d’état, degré plus élevé de civilisation, parce qu’ au-dessus du salaire nécessaire, il y a d’abord possibilité d’épargner ; avec l’épargne, possibilité de devenir à la fois travailleur et capitaliste, d’augmenter ses revenus, et par l’augmentation de ses revenus, possibilité d’augmenter ses jouissances, son bien-être, de se procurer quelques-uns de ces loisirs qui permettent à l'homme d’abandonner pendant quelque temps le travail purement musculaire pour se livrer à des occupations plus conformes à la dignité de sa nature (L>.
11 ne faut pas se faire illusion d’ailleurs sur la portée de ce mol nécessaire qui a causé plus d’une erreur. Parce que le mot nécessaire nous offre l’idée de quelque chose d’immuable, il ne faut pas croire qu’on parle d’une chose précisément invariable. Le mot nécessaire implique ici une idée de relation ; car, encore une fois, n’oublions pas que c’est de l’homme dont nous parlons, de ses besoins, de la satisfaction de ses besoins. On peut malheureusement dire, ainsi que l’ont remarqué Say, Rossi et bien d’autres , que pour un Irlandais , surtout avant les dernières réformes qui ont amélioré l’état de ce misérable pays, le salaire nécessaire — nécessaire pour qu’il ne meure pas — consiste dans des haillons, quelques pommas je ferre et un peu de sel ; mais il ne faut pas en conclure que c’est aussi le salaire nécessaire d’un Anglais. Soumettez toute
(i) Sur la question des salaires, on lira l’excGllenl traité de M. Lchardy de Beaulieu : le Salaire (“2e édition).
â>ES SALAIRES.
la population anglaise à ce
régime
là, a-t-on dit juste-
ment, vous en ferez mourir les trois quarts. Les Anglais se sont élevés à des besoins supérieurs. Une nourriture substantielle, un habillement complet et propre, une habitation saine, font, pour l’ouvrier anglais, partie de son salaire nécessaire. Ces exemples pourraient être multipliés. Il y a en France des populations dont les habitudes ne sont nullement identiques. Si l’on voulait tout à coup soumettre l’habitant de la Flandre, de l’Alsace ou de la la Normandie au régime de l’habitant des Hautes-Alpes, ou de toute autre province ainsi placée, la différence de mœurs et d’habitudes, sans être aussi grande que dans l’exemple précédent, produirait des effets en partie analogues.
On voit que ce qui importe, c’est beaucoup moins le salaire nominal que le salaire réel. On entend par salaire nominal la quantité d’argent que le travailleur obtient de celui qui lui paye le salaire. On entend par salaire réel la quantité des choses utiles que le travailleur obtient comme rétribution de son travail. S’il s’agit du même lieu et du même temps, sous bien des points de vue il est indifférent de considérer le salaire réel ou le salaire nominal. Par exemple, quand on nous dit qu’aujourd’liui, à Paris, tel ordre de travailleurs reçoit 3 francs par jour, tel autre reçoit 30 sous, nous conclurons, sans crainte d’erreur, que le premier salaire est double du second, puisque, dans le même lieu et dans le même temps, il est parfaitement certain qu’avec 3 francs on se procurera deux fois autant de choses nécessaires à la vie qu’on peut s’en procurer avec 30 sous. Mais si l’on parle de deux lieux différents, et surtout de deux lieux éloignés et placés dans des conditions économiques fort différentes ; ou bien encore et à plus forte raison, s’il s’agit de deux époques fort éloignées, nous ne serons plus du tout dans la même position pour conclure. 13e là vient l’extrême difficulté de s’orienter dans l’histoire des salaires aux différentes époques. Quoi qu’il en soit, le salaire réel, c’est à savoir la quantité des
satisfactions obtenues et des épargnes possibles, voilà la vraie mesure des salaires pour les ouvriers.
En matière de salaire, non plus que pour tout le reste, on ne doit pas considérer l'homme comme un individu isolé. Tout au moins le principe de sociabilité doit-il être représenté ici par la famille. Il serait absurde de dire : Voici un homme qui gagne 30 sous par jour, mais à la rigueur un homme peut se tirer d’affaire avec 30 sous; il serait absurde de mettre ainsi de côté la famille, et peu logique de considérer le chef seul quand on veut connaître ce qu'il gagne. Il faut considérer la famille dans son ensemble. Ainsi, le mari, s’il est dans l’àge de la force, de la vigueur, aura un salaire de 40 ou 50 sous, supposons ; la femme aura aussi de son côté un certain salaire ou bien fera un certain travail utile à la famille tout entière. 11 y a des pays, et malheureusement il y en a où cela commence trop tôt, où les enfants reçoivent également un salaire. C’est donc la moyenne de ces salaires réunis qu’il faut considérer pour la comparer avec les besoins d’une famille dans un temps, dans un lieu donnés.
Le taux des salaires est-il réglé par le prix: des subsistances, comme on la souvent prétendu? Les faits déposent contre cette assertion, dont nous reprendrons l’examen en parlant des taxes indirectes. Les subsistances éprouvent, dans leur prix, bien plus de variations que les salaires. Si le travail était payé en raison de la valeur des grains, les mauvaises années seraient indifférentes à l’ouvrier : il n’en est pas ainsi ; souvent on voit, dans les temps de disette, une concurrence de misère réduire les travailleurs à s'offrir pour le plus vil prix.
Le premier est le plus sùr remède contre l’avilissement des salaires, la question de la population mise à part, serait l’instruction, le développement moral, la culture appropriée des facultés intellectuelles , autrement dite l’éducation professionnelle, dans la classe la plus nombreuse. Voici quels en seraient les résultats. D’abord, c’est le point essentiel, l’ouvrier serait meilleur produc-
DES SALAIRES
leur. C’est dire qu'une plus grande masse de produits appartiendrait à la classe la plus nombreuse, cette classe qui, en dépit de sa pauvreté, figure pour une partimmensément supérieure à toutes les autres dans le chiffre total de la consommation. Ensuite, l’ouvrier acquerrait plus de jugement. Or, un ouvrier qui raisonne juste sait qu’il n'améliorerait pas sa position en excitant des troubles, qu’il diminuerait ainsi la demande du travail, et «se trouverait plus embarrassé pour vivre. Enfin, quand la classe ouvrière est intelligente, elle prend des habitudes qui garantissent son bien-être. Plus de choses entrent dans le salaire nécessaire et font partie de- ses exigences légitimes. Un tel état ne serait à déplorer que si à des.besoiris accrus ne correspondaient pas des efforts supérieurs; mais l’expérience prouve qu’un tel phénomène ne s’est jamais présenté qu’exccptionnellement. La classe moyenne offre la preuve de cette correspondance entre le développement des besoins et l’énergie, l’activité du travail.
On a objecté la cherté du travail qui résulterait de ce développement des facultés de l’ouvrier. On a demandé s’il ne serait jms, en raison du haut prix de la maind’œuvre, funeste à l’industrie nationale et au placement de ses produits sur les marchés étrangers. La réponse est facile. Si le travail devient plus cher quand les ouvriers acquièrent de l’intelligence, les entrepreneurs sont amplement dédommagés, parce qu’ils obtiennent une plus grande quantité de produits, et que les produits sont supérieurs, ce qui prouve encore la solidarité d’intérêt, malgré des apparences contraires et de partiels antagonismes, des entrepreneurs, des ouvriers et de la masse des consommateurs.
Ici se présente une des questions les plus graves que puisse agiter la science économique. En fait, y a-t-il progrès ou dégradation dans le sort de ceux qui travaillent (1)? Nous avons répondu dé jà en partie à cette ques-
(1) Sur l’état des salaires en France et la situation des
tion ; mais il faut, en la serrant de plus près, y répondre encore. Nous devons même ajouter que la. réponse ne sera complète que lorsqu’on aura lu ce que nous disons au sujet de la rente et de la population.
Ricardo s’exprime ainsi : « Dans la marche naturelle des sociétés, les salaires tendent à baisser, en tant qu’ils seront réglés par la demande; car le nombre des ouvriers continuera à S’accroître dans une progression un peu plus rapide que celle de la demande. Si, par exemple, les salaires étaient réglés sur un accroissement annuel de capital représenté par deux pour cent, ils tomberaient lorsque le capital n’augmenterait plus qu’à raison d’un et demi pour cent; et cette baisse continuerait jusqu’à ce que le capital devint stationnaire. Des salaires le deviendraient aussi, et ils ne seraient que suffisants pour maintenir la population existante. Je soutiens que, dans de pareilles circonstances, les salaires doivent baisser par le seul effet de l’offre et de la demande des bras; mais il ne faut pas oublier que le prix des salaires tient aussi à celui des denrées que l’ouvrier a besoin d’acheter. A mesure que la population augmente, ces denrées iront en augmentant de prix, plus de travail étant nécessaire à la production. Si les salaires payés en argent à l’ouvrier viennent à baisser, pendant que toutes les denrées, à l’achat desquelles il dépensait le produit de son travail, haussent de prix, il se trouvera doublement atteint, et il ri aura bientôt plus de quoi subsister » (1).
« Par bonheur, dit M . Léon Faucher, la théorie de Ricardo n’est qu’une hypothèse gratuite. Elle repose tout entière sur une prétendue tendance qu’auraient les salaires à baisser par l’effet du rapport qui s’établit entre l’offre et la demande, et sur le renchérissement progressif que subiraient les denrées les plus nécessaires à la vie. Eh
classes ouvrières, voir les savantes recherches de M. Audiganne, 2 vol. (Guillaumin).
(1) Principes ri Économie politique, chap. 5.
DES SALAIRES
bien! depuis que Ricardo a écrit ses Principes cC économie 'politique , une expérience, qui date déjà d’un demisiècle, a prononcé contre ses assertions. Non-seulement les salaires iront pas baissé, mais, sans sortir de l’Europe occidentale, on pourrait démontrer que la moyenne de la main-d’œuvre, je parle du prix en argent, s’est élevée de vingt-cinq à cinquante pour cent. En même temps, le prix des denrées les plus nécessaires à la vie, au lieu d’augmenter, comme Ricardo le supposait, a subi une diminution très-réelle. Cette réduction, pour le blé notamment, ne saurait être évaluée au-dessous de quinze à vingt pour cent. Gela veut dire que, grâce aux progrès de la science et de l’industrie, avec la même somme de travail, on produit aujourd'hui davantage. Cet accroissement 'Je la production, déterminant le bon marché des produits, profite surtout à la main-d'œuvre. L’ouvrier voit s’accroître sous une double forme le salaire qu’il reçoit : la somme est plus forte en argent, et cet argent, appliqué aux nécessités de chaque jour, est doué d’une plus grande puissance. »
Pour relever le salaire des ouvriers, dans le cas d’insuf* fisance, divers moyens factices ont été proposés.
On se rendrait difficilement compte de tout ce que renferme de désordre et de misère la règlementation des salaires. Si les salaires sont augmentés sans que le capital se soit accru et ait permis une plus grande production avec le même labeur, les frais de production hausseront. Tl faudra vendre plus cher, et la consommation se resserrera. La production suivra forcément le même sort; de là moins d’ouvriers occupés. Ainsi, la réglementation des salaires est une déception et un contre-sens^Elle est une déception d’une autre manière encore. Tel manufacturier occupait deux cents ouvriers; un décret lui enjoint de les payer le double, il n’en occupera plus que cent. Tout au plus, en répartissant autrement son capital entre les salaires et l’achat des matières premières, il pourra aller à cent cinquante. Que faire des cent ou des
cinquante qu’il aura congédiés ? L’État leur donnera de l’ouvrage, ainsi qu’il l’a fait en 1848, on sait comment; il ouvrira des ateliers nationaux. Mais, comme on l’a remarqué et répété plusieurs fois à cette époque, à ces ateliers il faut du capital, aussi bien qu’à tous les autres, et force est de le prendre sur ce qui allait à l’industrie privée, soit qu’on recoure à l’impôt, soit qu’on recoure à l’emprunt ; mais alors l’industrie privée, ayant moins de capital, sera forcée de renvoyer des ouvriersvA un autre point de vue enfin, l'accroissement forcé des salaires n’est qu’une déception. Nous n’examinons pas encore l’hypothèse d’une charité faite à telle ou telle catégorie d’ouvriers sans travail; nous supposons qu’on étende la mesure à toutes les sortes de travailleurs. Soit donc une augmentation de 1 franc. Si tous sont augmentés dans cette proportion, ce qui leuj coûtait 3 francs leur en coûtera 4 ou à peu près, les salaires se trouvant compris dans le prix des choses; à quoi donc aura abouti une telle mesure 2*JEnfin que dire du commerce d’exportation? Un grand nombre de cités en France ne prospèrent que par le commerce. Mais la concurrence des autres marchands nous presse sur tous les marchés, et c’est sur des différences de 2, 3 ou 4 pour 100 qu’est fondée la préférence que nous donne le consommateur étranger. Si les salaires s’accroissent, non par le cours naturel des choses et par le progrès intrinsèque de la fabrication, mais par un acte impératif de l’autorité, voilà nos frais de production augmentés. L’avantage que ■aous avions sur les marchés extérieurs disparait, nos débouchés sont perdus ; la population ouvrière de quelques-unes de nos grandes villes se trouve plongée dans la misère.
Réduire la durée du travail des ouvriers en leur maintenant le prix de la journée totale, ce n’e’st, on le comprend aisément, qu’une autre forme de la réglementation des salaires. C’est, en effet, forcer l’entrepreneur à payer autant, en échange de moins d’ouvrage; c’est, par suite, pqrter atteinte, de la même manière que* nous avons dé*
DES SALAIRES
erite, àl’intérêt bien entendu delà population ouvrière; c’est y porter atteinte en ce que, avec un travail réduit, on obtient une production totale amoindrie.
Une autre manière de subvenir à Finsuffisance des salaires, c’est la charité officielle. L’économie politique, qui la rejette absolument par quelques-uns de ses organes, ne l’admet du moins, pour ainsi dire, qu’à son corps défendant. Selon elle, mettre la fraternité dans la loi, c’est une entreprise pleine de périls, une pente glissante sur laquelle on risque de ne pouvoir plus s’arrêter. Oter à la charité sa spontanéité généreuse, faire d’elle un objet de contrainte et une manière d’impôt, c’est la dégrader, c’est la détruire, Est-il vrai qu’en tenant un tel langage, l’économie politique se montre dure pour les malheureux? Mais s’il était prouvé par la taxe des pauvres, en Angleterre, avant la réforme de 1835, et par bien d’autres exemples, que cette forme de la charité détruit presque inévitablement, chez le pauvre, toute énergie et toute piévoyance, qu’elle ne lui jette trop souvent un morceau de pain qu’en échange de sa dignité dans le présent et de ses progrès dans l’avenir; s’il était prouvé que la plus misérable subsistance assurée aux populations par la munificence poli tique fait sur elles le même effet que produisent sur les classes supérieures les plus brillants privilèges, c’est-à-dire qu’elle^ leur ôte le ressort nécessaire, en ajoutant ici l’abrutisse ment et une pullulation imprévoyante à l’inertie, penserait-on encore que l’économie politique, en posant ses réserves à l’égard de la charité légale, est indifférente ou cruelle à ceux qu’on nomme les prolétaires? On ne fera jamais, il ne faut pas se lasser de le répéter, que la répartition puisse suffire à tous, quand, par des mesures qui stérilisent le travail, on rend la production moins abondante. Combattre l’extension de la charité officielle, ne l’admettre qu’à titre exceptionnel et en cas d’urgence, ce n’est pas combattre la charité privée ou s’exerçant par de libres associations, bien loin de là. L’économie politique se borne à ce conseil ; tâchez de donner à l’assistance une
forme qui n’énerve pas, cliez celui qui la reçoit, le sentiment de la responsabilité, le souci personnel de son avancement et de son bien-être, instrument nécessaire et le seul réellement efficace de l’amélioration du sort populaire (1).
Des circonstances qui influent sur le taux, des salaires et qui en expliquent l’inégalité sur les divers emplois.
Adam Smith a écrit à ce sujet un des meilleurs chapitres de la Richesse des nations. 11 énumère les principales causes qui déterminent l’élévation relative des salaires dans certains emplois et leur infériorité dans d’autres. « Premièrement, dit-il, les salaires du travail varient suivant que L’emploi est aisé ou pénible , propre ou malpropre , honorable ou méprisé. . . La considération entre pour beaucoup dans la rémunération des professions honorables. Sous le rapport de la rétribution pécuniaire, elles sont en général trop peu payées. La défaveur attachée à un état produit un effet contraire. Le métier de boucher a quelque chose de cruel et de repoussant; mais, dans la plupart des endroits, c’est le plus lucratif de tous les métiers ordinaires. Le plus affreux de tous les emplois, celui d’exécuteur public, est, en proportion de la quantité de travail, mieux rétribué que quelque autre métier que ce soit.... Le chasse et la pêche, les occupations les plus importantes de l’homme dans l’enfance des sociétés, deviennent, dans l’état de civilisation, ses plus agréables amusements, et il se livre alors par plaisir à ce qu'il faisait jadis par nécessité. Aussi, dans une société civilisée, n’y a-t -il que de trèspauvres gens qui fassent par métier ce qui est pour les
(l) Voir le livre de M. Ambroise Clément sur les Causes de V indigence (1 vol., chez Guillaumin), et les articles de M. Cherbuliez, sur le Paupérisme et la Bienfaisance publique, dans le Dictionnaire de V Économie politique.
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autres un passe-temps. Telle est la condition des pêcheurs depuis Théocrite.
Adam Smith, fait remarquer, en second lieu, que les salaires varient suivant la facilité et le bon marché de V apprentissage ou la difficulté et la dépense qu'il exige. « Quand on établit, dit-il, une machine coûteuse, on espère que la quantité de travail qu’elle accomplira avant d’être tout â fait hors de service, remplacera le capital employé avec les profits ordinaires tout au moins. Un homme qui a dépensé beaucoup de temps et de travail pour se rendre propre à une profession qui demande une habileté et une expérience extraordinaires, peut être comparé à une de ces machines dispendieuses. On doit espérer que la fonction, à laquelle il se prépare, lui rendra, outre les salaires du simple travail, de quoi l’indemniser de tous les frais de son éducation, avec au moins les profits ordinaires d’un capital de la même valeur; il faut aussi que cette indemnité se trouve réalisée dans un temps raisonnable, en ayant égard à la durée très-incertaine de la vie des hommes, tout comme on a égard à la durée plus certaine de la machine. » Adam Smith constate que les salaires des artisans et des ouvriers employés dans les manufactures sont plus élevés que ceux des journaliers de l’agriculture, à qui l’on demande moins d’intelligence et d’habileté. L’instruction étant encore plus longue et plus dispendieuse dans les arts ainsi que dans les professions libérales, la rétribution pécuniaire des peintres, des sculpteurs, des gens de loi et des médecins doit être beaucoup plus considérable, et elle l’est aussi.
Une troisième observation d’Adam Smith, et peut-être la plus importante, c’est que la rémunération du travail varie, dans les professions diverses, suivant la constance ou V incertitude de l' occupation ; il en donne plusieurs exemples dont la vérité relative ne serait peut-être pas la même aujourd'hui, mais que l’on remplacerait aisément par des équivalents du même ordre. <c Dans la plus grande partie des ouvrages de manufacture, dit Smith, un journalier est
à peu près sûr d’être occupé tous les jours de l’année où il sera en état de travailler; un maçon en pierres ou en briques, au contraire, ne peut pas travailler dans les fortes gelées ou par un très-mauvais temps, et, dans tous les autres moments, il ne peut compter sur de l’occupation qu’autant que ses pratiques auront besoin de lui : conséquemment, il est sujet à se trouver sans emploi. Il faut donc que ce qu’il gagne, quand il est occupé, non-seulement l’entretienne pour le temps où il n’a. rien à faire, mais le dédommage encore en quelque sorte des moments de souci et de découragement que lui cause quelquefois la pensée d’une situation aussi précaire. Aussi, dans les lieux où le gain de la plupart des ouvriers de manufacture se trouve être au niveau des salaires journaliers des simples manœuvres, celui des maçons est en général de la
moitié ou du double plus élevé Quand l'incertitude de
l'occupation se trouve jointe à la fatigue, au désagrément et à la malpropreté de la besogne, alors elle élève quelquefois les salaires du travail le plus grossier au-dessus de ceux du métier le plus difficile. Un charbonnier des mines, qui travaille à la pièce, passe pour gagner communément à Newcastle environ le double, et dans plusieurs endroits de l’Ecosse, environ le triple des salaires du manœuvre. Ce taux élevé provient entièrement de la dureté, du désagrément et de la malpropreté de la besogne. Dans la plupart des cas, cet ouvrier peut être occupé autant qu’il le veut. Le métier des déchargeurs de charbon à Londres égaie presque celui des mineurs pour la fatigue, le désagrément et la malpropreté; mais l’occupation de la plupart d’entre eux est nécessairement très-peu constante, à cause de l’irrégularité dans l’arrivée des bâtiments de charbon. Si donc les charbonniers des mines gagnent communément le double et le triple des salaires du manœuvre, il ne doit pas sembler déraisonnable que les déchargeurs de charbon gagnent quatre à cinq fois la valeur de ces mômes salaires. Aussi dans les recherches que l’on fit, il y a quelques années, sur le sort de ces ouvriers, on
DES SALAIRES
trouva que, sur le pied auquel on les payait alors, ils pouvaient gagner six à dix scliellings par jour ; or, six scliellings sont environ le quadruple des salaires du simple travail à Londres ; et dans chaque métier particulier, on peut toujours regarder les salaires les plus bas comme ceux de la très-majeure partie des ouvriers de ce métier. Quelque exorbitants que ces gains puissent paraître, s’ils étaient plus que suffisants pour compenser toutes les circonstances désagréables qui accompagnent cette besogne, il se jetterait bientôt tant de concurrents dans ce métier, qui n’a aucun privilège exclusif, que les gains y baisseraient bien vite aux taux le plus bas. »
En quatrième lieu, suivant l’auteur de la Richesse des nations , les salaires peuvent varier suivant la confiance 'plus ou moins grande qu il faut accorder à l'ouvrier, « Les orfèvres et les joailliers, dit-il, en raison des matières précieuses qui leur sont confiées, ont partout des salaires supérieurs à d’autres ouvriers dont le travail exige nonseulement autant, mais môme beaucoup plus d’habileté. Nous confions au médecin notre santé, à l’avocat et au procureur notre fortune et quelquefois notre vie et notre honneur; des dépôts aussi précieux ne pourraient pas, avec sûreté, être remis dans les mains de gens pauvres et peu considérés; il faut donc que la rétribution soit assez forte pour leur donner dans la société le rang qu’exige une confiance aussi grande. Lorsqu’à cette circonstance se joint encore celle du long temps et des grandes dépenses consacrés à leur éducation, on sent que le prix de leur travail doit s’élever encore plus haut. »
Pour cinquième et dernière observation, Adam Smith fait remarquer que les salaires du travail, dans les différentes occupations, varient avec les probabilités de succès. «Dans la plus grande partie des métiers, dit- il, le succès est à peu près assuré ; il est au contraire très-incertain dans les professions libérales. Mettez votre fils en apprentissage chez un cordonnier, il n’est presque pas douteux qu’il apprendra à faire une paire de souliers; mais en-
voyez -lu à une école de droit, il y a au moins vingt contre un à parier qu’il n’y fera pas assez de progrès pour être en état de vivre de cette profession. Dans une loterie parfaitement égale, ceux qui tirent les billets gagnants doivent gagner tout ce que perdent ceux qui tirent les billets blancs. Dans une profession où vingt personnes échouent pour une qui réussit, celle-ci doit gagner tout ce qui aurait pu être gagné par les vingt qui échouent. L’avocat, qui ne commence peut-être qu’à l’àge de quarante ans à tirer parti
de sa profession, doit recevoir la rétribution non-seulement d’une éducation longue et coûteuse, mais celle de plus de vingt autres étudiants, à qui probablement cette éducation ne rapportera jamais rien. Quelque exorbitants que semblent parfois les honoraires des avocats, leur rétribution réelle n’est jamais égale à ce résultat. Calculez la somme vraisemblable du gain annuel de tous les ouvriers d’un métier ordinaire, dans un lieu déterminé, commS cordonniers ou tisserands, et la somme vraisemblable de leur dépense annuelle, vous trouverez qu’en général la première de ces deux sommes l’emportera sur l’autre; mais faites le même calcul à l’égard des avocats et étudiants en
droit dans tous les différents collèges de jurisconsultes, et vous trouverez que la somme de leur gain annuel est en bien petite proportion avec leur dépense annuelle, en évaluant même la première an plus haut et la seconde au plus bas possible. La loterie du droit est donc loin d’être une loterie parfaitement égale, et cette profession, comme la plupart des autres professions libérales, est, sous le rapport pécuniaire, évidemment très mal récompensée. Ces professions ne sont pas cependant moins suivies que les autres, et, malgré ces motifs de découragement, une foule d’esprits élevés et généreux s’empressent d’y entrer. Deux causes différeni es contribuent à cette vogue : la première, c’est le désir d’acquérir la célébrité qui est le partage de ceux qui s’y distinguent ; et la seconde, c’est cette conliance naturelle que tout homme a plus ou moins nonseulement dans ses talents, mais encore dans son étoile. »
D ES SALAI U ES.
Ün voit comment se répartissent et s’échelonnent les salaires entre les divews emplois ouverts à l’activité humaine, sous le régime de la liberté du travail. Si tous les travaux, agréables ou désagréables, faciles ou difficiles, obtenaient une égale rémunération, les hommes se porteraient en foule vers ceux qui auraient le plus d’attrait, et ils déserteraient à l’cnvi ceux qui leur répugneraient davantage. C'est l’inégalité du salaire qui établit et qui fait régner l’équilibre. Le taux élevé de la rémunération, compensant les désagréments ou les difficultés de certains emplois, y appelle un nombre suffisant d’intelligences et de bras, pendant que la multitude se jette de préférence, malgré la modicité de la main-d’œuvre, sur tout labeur qui n’exige pas une longue et coûteuse préparation.