‹ Manuel d'économie politiqueChapitre 60 sur 77 · DK L INTERET ET DU LOYER · texte numérisé non relu

DK L INTERET ET DU LOYER

loué (1). Par contre, le capital circulant court généralement un plus grand, risque, en vertu de sa nature même. Il peut être perdu en totalité, au préjudice du prêteur tandis que le loueur n’est exposé, en général, qu’à la perte de son loyer et de la partie de son instrument qui a été consommée. De là entre le taux de l’intérêt et celui du loyer, des différences qui varient suivant les cas, mais qui ne sauraient en moyenne devenir très-considérables, chacun étant maître de donner à son épargne telle forme qu’il lui plaît : terre, maison, machine, usine, ou blé, vin, soie laine, huile, monnaie, et étant porté à lui donner la forme la plus avantageuse, jusqu’à ce que l’équilibre entre les revenus se rétablisse.

Les différences que nous venons de remarquer entre l’iutérèt et le loyer, entre l’acte du prêt et celui de louer n’altèrent en rien l’identité des bases sur lesquelles ces deux faits reposent. Cependant, il n’en a pas fallu plus pour faire mettre en doute la légitimité de l'intérêt. On trouvait parfaitement licite qu’un homme louant sa maison ou son cheval dont il se privait, et qui étaient sujets à se détériorer, fit payer pour ce service. Le prêt, au contraire, disaiton, était ou devait être essentiellement gratuit. On rend non le môme argent plus ou moins usé, mais de l’argent de même poids et de même titre. C’est ce que les jurisconsultes appellent un mutuum. Cependant, il n’y a là aucune différence économique fondamentale. Dans un cas comme dans l’autre, il y a un capital qu’on applique à la production ; dans un cas comme dans l’autre, le possesseur légitime de ce capital se prive des jouissances, des avantages qu’il peut en retirer, pour en laisser jouir un autre; il a donc dans ce cas, comme dans l’autre, exactement le même droit à une part dans les profits. Les dissemblances portent sur des circonstances extérieures et insignifiantes ; malheureusement, ce sont ees dissemblances qui ont servi

(I) G. de Molinari, Cours tVÉcon , polit., 12e leçon.

de régulateur, précisément parce qu’on n’avait pas pénétré jusqu’aux ressemblances intimes et importantes.

On voit à quoi se réduit l’argument de la stérilité de V argent qui, ne produisant rien (i), dit-on, ne doit rien rap-

(1) Voici la phrase d’Aristote qui sert de fondement en partie, et qui a servi souvent d’autorité au préjugé contre l’intérêt : « L’argent ne devrait servir qu’à l’échange, et l’intérêt qu’on en tire le multiplie lui-même, comme l’indique assez le nom que lui donne la langue grecque. Les pères sont ici absolument semblables aux enfants ; l’intérêt est de l’argent issu de l’argent, et c’est de toutes les acquisitions celle qui est le plus contre nature. »

Jérémie Bentham réfute de la façon suivante le sox>hisme d’Aristote :

« Il arriva, dit-il, que ce grand philosophe, avec tout son talent et toute sa pénétration, et malgré le nombre de pièces d’argent qui avaient jiassé par ses mains (nombre plus grand peut-être que celui qui ait jamais passé'avant ou depuis dans les mains d’un philosophe), et malgré les peines toutes particulières qu’il s’était données pour éclaircir la question de la génération, ne put jamais parvenir à découvrir dans aucune pièce de monnaie quelque organe qui la rendît propre à en engendrer une autre. Enhardi par une preuve négative de cette force, il s’aventura à donner au monde le résultat de ses observations sous la forme de cette proposition universelle, que, de sa nature , tout argent est stérile. Vous, mon ami, sur qui la saine raison a beaucoup plus d’empire que l’ancienne philosophie, vous aurez déjà remarqué, sans doute, que ce qu’on aurait dû conclure de cette observation spécieuse, s’il y avait eu lieu d’en conclure quelque chose, c’est qu’on essayerait en vain de tirer 5 0/0 de son argent, et non pas qu’on ferait mal si on parvenait à en tirer ce profit. Mais ce fut autrement que les sages de l’époque en jugèrent.

« Une autre considération qui ne s’est point présentée à l’esprit de ce grand philosophe, et qui, si elle s’y fût présentée, n’aurait point été tout à lait indigne de son attention, c’est que, bien qu’une darique (monnaie persane) fût aussi incapable d’engendrer une autre darique que d’engendrer un bé-

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