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CHAPITRE IV

DES PROFITS

Le profit ne se confond pas avec l’intérêt et le loyer du capital. Essayons de faire comprendre leurs différences. Le profit représente la rémunération éventuelle du capital; l’intérêt ou le loyer en représente la part assurée. Le premier s’applique à un capital engagé dans la production directement par son possesseur, le second est perçu par le propriétaire d’un capital, uniquement comme rémunération de la privation et des risques. Le profit est la rémunération, variable comme toujours, suivant le cours du marché , du risque particulier couru dans l’entreprise. Si l’entreprise est en perte, le dommage ne sera pas supporté par le propriétaire de l’usine ou du magasin auquel un loyer fixe est dû en tout cas, ni par le bailleur de fonds, ni par le salarié , mais par l’entrepreneur. Tout profit doit excéder le loyer ou l’intérêt du capital soit fixe, soit circulant; et l’expérience fait voir qu’il ne suffit pas qu’on perçoive un intérêt ou un loyer pour réaliser un profit. A l’idée de profit se joint ordinairement celle de bénéfice , quoiqu’elle n’en soit pas inséparable. On dit les profits du capitaliste et les bénéfices de l’entrepreneur. Dans ce dernier cas, au rôle joué par le capital se mêle le rôle du travail. L’entrepreneur, en effet, est le premier des travailleurs par les qualités que son emploi exige et par la responsabilité qu’il assume. Ce n’est ni un pur capitaliste, ni un simple ouvrier salariée « Il lui faut, dit J. -B. Say, du jugement, de la constance, une certaine

connaissance fies hommes; il doit pouvoir apprécier avec quelque exactitude l’importance de son produit, le besoin qu’on en aura, les moyens de production dont il pourra disposer. Il s’agit de mettre à l’œuvre un grand nombre d’individus; il faut acheter ou faire acheter des matières premières, réunir des ouvriers, trouver des consommateurs; il faut avoir une tête capable de calcul, capable d’estimer le prix de la production, et de le comparer avec la valeur du produit terminé. Dans le cours de toutes ces opérations, il y a des obstacles à surmonter, qui demandent une certaine énergie ; il a des inquiétudes à supporter, qui demandent de la fermeté; des malheurs à réparer pour lesquels il faut de l’esprit de ressource. Enfin, le métier de l’entrepreneur veut qu’on ait de l’invention, c’est-à-dire le talent d’imaginer tout à la fois les meilleures spéculations et les meilleurs moyens de les réaliser. ( Cours complet cl’Écon. polit., ch. vin.) De même M. Dunoyer a tracé pour ainsi dire l’idéal du bon entrepreneur (t. II de son livre : la liberté du travail). Rien de plus naturel et de plus juste que de telles qualités et les efforts qui les mettent en œuvre donnent droit à une rémunération exceptionnelle.

Dans les entreprises formées au moyen de la réunion d’un grand nombre de fractions du capital, les actionnaires qui fournissent ce capital ne participent que dans une faible mesure à la gestion de l’entreprise, et leur rémunération ne comprend, en conséquence, que la part éventuelle, afférente à leur capital. Cette espèce de profit s’appelle le dividende.

A peine est-il besoin de le dire : ces termes que l’analyse économique distingue se trouvent fréquemment réunis dans la réalité d’une manière presque indissoluble. L’entrepreneur d'industrie, le fermier ou entrepreneur agricole, le commerçant, seraient fort embarassés euxmèmes, dans beaucoup de cas, de discerner la part de l’intérêt et du loyer de leurs instruments de travail, capitaux engagés et capitaux fongibles (circulants), de la part du

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bénéfice, et à plus forte raison, de les évaluer exactement. On a cité l’exemple de l’épicier de village travaillant avec un capital de deux ou trois mille francs, et gagnant par an, sept, huit, neuf cent francs; il est clair que la plus grande partie de ce revenu représente le salaire de ses peines. Dans le revenu d’un avoué, l’élément salaire est évidemment surbonné, au contraire, à l’élément profit. Il suffit d’un peu d’attention, non pour distinguer toujours bien rigoureusement dans un revenu total ces éléments différents, mais pour en reconnaître la présence.

Plusieurs économistes, notamment Smith et plus particulièrement encore Ricardo, se sont attachés à prouver que, toutes les fois que la condition de la libre eoncurence peut se réaliser, les profits des différentes industries sont égaux. Voici le raisonnement sur lequel s’appuie cette proposition. Tel gagne 10 pour 100 à fabriquer des chapeaux, tel ne gagne que 5 pour 100 à produire de la laine. Qu’est-ce que cela prouve ? Que la demande des chapeaux est beaucoup plus active que la demande de la laine, qu’il y a beaucoup trop de capital employé à la production de la laine,- et pas assez à la production des chapeaux. Eli bien , un certain nombre de capitalistes entrepreneurs passent d’une catégorie à l’autre, et alors le nombre des producteurs de chapeaux augmentant, les profits de cette espèce de producteurs diminuent, tandis que le nombre des producteurs de laine diminuant, leurs pôfits haussent, et la baisse d’un coté, la hausse de l’autre continuent jusqu’à ce que les deux chiffres se rencontrent. C’est ainsi que les liquides se mettent de niveau. — Cela arrive en effet tous les jours. 11 est très-vrai que, généralement parlant, on agit selon son intérêt ; il est vrai encore que le capital en général est plus ou moins mobile, et qu’en conséquence il se porte vers l’emploi où il y a le plus de profit à espérer. Cependant, ce théorème de Ricardo est-il d’une vérité qui ne souffre pas de très-nombreuses exceptions ? Il faudrait pour cela supposer, d’un côté, la liberté absolue pour les industriels de faire ce que bon leur semble, il faudrait les

supposer dégagés de tout lien, de tout intérêt, de tout sentiment, de toute habitude et de toute loi contraires à leur libre mouvement; il faudrait supposer, d’un autre côté, les capitaux aussi mobiles, aussi maniables, aussi faciles à transporter que les billets de banque qui passent d’une poche dans une autre. Mais les choses ne se passent pas ainsi, on le sait, et pour faire abstraction des causes qui modifient cette liberté d’allure, il faut être dominé bien plus par des besoins de rigueur logique que de scrupuleuse observation. Les capitaux sont loin, fort loin d’offrir cette mobilité de l'eau qu’on leur donne pour image. Il faut donc opposer, à l’absolu de la règle de Ricardo, cette autre règle qui n’est pas moins vraie : Les déplacements de capital équivalent , dans un grand nombre de cas , à une déperdition de capital. Selon la remarque qu’en a laite Rossi, cela est particulièrement vrai du capital fixe. Voici un fabricant de coton. Il a une vaste manufacture, des bâtiments considérables, des métiers; il veut demain appliquer ses matériaux à la pèche de la baleine, parce que, dans cette industrie, les profits sont plus grands. Soit, mais on ne pèche pas la baleine avec des métiers, on ne pèche pas la baleine avec des maisons, on ne pèche pas la baleine avec des machines à vapeur. Qu’en faire donc? Les vendre? Mais si ce fabricant de coton veut quitter son industrie, parce que les profits y sont moindres que dans celle qu’il veut exercer, trouvera-t-il un acheteur qui veuille le remplacer purement et simplement? Non, cet acheteur aimera mieux aller pécher la baleine à la place du fabricant en question, avec son capital mobile. Force sera donc audit fabricant de laisser son capital sans emploi ou de s’en défaire à des prix très-bas. Soit par suite de leur nature qui les fixe plus ou moins au sol, soit par suite d’obstacles de nationalité, d’habitude, de méfiance, les capitaux ne se déplacent donc pas aussi facilement qu’on l’imagine. Les mêmes observations s’appliquent aux hommes. On aurait beau dire qu’à 500 lieuçjd’ici les profits sont de 7 au lieu de 5 pour 100, il y a bien des capitalistes qui aimeraient encore

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mieux garder leur capitaux auprès d’eux et les surveiller eux-mêmes que d’en confier la surveillance à des yeux étrangers ou de les déplacer. On peut, en tlièse générale, considérer les capitaux comme cosmopolites; on ledoitmème, si on ne veut pas aboutir à une économie politique étroite et tombant au-dessous des faits ; mais encore faut-il savoir reconnaître, à moins de substituer encore une fois à l’observation une logique d’école qui paraît peut s’en soucier, les résistances que des faits réels aussi, comme la diversité des langues, des mœurs, des religions, des lois, comme l’éloignement et les distances, opposent à ce cosmopolitisme. Dites que ces faits qui contrarient votre théorème vont s’atténuant, tandis que la facilité des déplacements de capital va s’augmentant, ainsi que la disposition à une sociabilité économique plus grande chez les hommes, rien de mieux; mais ne supprimez pas tous ces éléments de résistance d’un trait de plume. Ricardo, on le verra bien encore dans le chapitre suivant, a beaucoup trop abusé de ce procédé d’abstraction qui passe souvent par-dessus les faits, de cette espèce de mathématique inflexible, dans une science qui, avant tout, emploie la méthode expérimentale des sciences naturelles.

C’est le même économiste qui, prenant des proportions arithmétiques pour des réalités économiques, a imaginé entre les profits et les salaires un antagonisme désastreux dont notre chapitre sur le capital a déjà fait justice. La question importante pour l’économiste, pour le philanthrope, pour le philosophe, pour l’homme d’État, n’est pas de savoir si les salaires et les profits peuvent s’élever proportionnellement ensemble par rapport l’un à l’autre : l’important est que les salaires s’élèvent sans appauvrir les capitalistes, et vice versa. La loi de tendance qui communique le mouvement de hausse aux salaires par le progrès de la civilisation, fait, iJ est vrai, baisser aussi les profits de chaque portion du capital; mais qu’importe encore si le capital augmente en masse et donne lieu, somme toute, à un plus grand revenu? En fait, les hauts

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profits, attestés par le nombre et l’élévation du chiffre des fortunes, et le prix élevé de la main-d’œuvre peuvent parfaitement subsister ensemble; les États-Unis d’Amérique en sont la preuve vivante. Que le capital soit rare, au contraire, les entrepreneurs n’en souffriront pas moins que les ouvriers. ^

Les circonstances qui diversifient le taux des profits ont été notées avec le même soin que celles qui influent sur celui des salaires dans les diverses professions. Il est clair, au reste, qu’elles ont moins d’action. Si l’on veut considérer la chose objectivement , pour parler le langage de l’école, il n’y a pas même de diversité possible. Quel que soit l’emploi qu’on a fait du capital, on peut dire, comme un empereur romain, que les écus ne sentent jamais mauvais. Mais si cela est vrai de barge nt prêté, cela l’est-il des capitaux qu’on fait valoir soi-même dans une industrie? Non, assurément. Les hommes flétris par l’opinion, exposés à mille dangers, qui faisaient la traite, 11e se contentaient pas du taux ordinaire des profits dans une industrie honorée et offrant sécurité; autrement, pour-' quoi eussent-ils fait la traite? Smith parle des profits du savant; car ce sont de véritables profits, indépendants du salaire qu’il perçoit pour sa peine. Ces profits sont certainement fort au-dessous de ceux qu’obtient tel ou tel entrepreneur . D’où vient la différence? De ce que le savant, — et ceci s’applique au plus grand nombre des professions dites libérales, — reçoit sa rémunération sous une autre forme que l’argent, en considération, en estime, peut-être en gloire et en dignités (1). Cela vient, en der-

(l) 11 ne faudrait pas abuser pourtant de ce raisonnement. La constitution de la propriété littéraire importe au plus haut degré à une rémunération moins idéale de celui qu’on nomme le savant. M, Jobart, de Bruxelles, a soutenu la perpétuité de la propriété littéraire et artistique. En ce qui concerne les inventions, la thèse de M. Jobard a rencontré plus d’un contradicteur, particulièrement M. Ch. Renouard dans son Traité

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nièrc analyse, de ce que ses productions sont moins demandées en général que celles de l’industrie immédiatement utile, à moins qu’elles ne participent elles-mêmes de ce caractère d’application directe et fructueuse qui les met à un plus haut prix, à les considérer comme une simple marchandise, que les sublimes découvertes d’un Newton, d’un Cuvier et d’un Laplace. Outre le profit matériel, il faut donc, dans l’évaluation de ce que rapporte un capital, tenir compte de l’élément moral. C’est ce qui explique qu’en France, où une considération ridiculement exclusive s’applique aux fonctions publiques, où le goût de l’officiel est poussé jusqu’à la manie, où enfin on dit d’un homme qui n'est ni ministre, ni sous-préfet, ni garçon de bureau, ni garde-champêtre, qu’il n’est rien, tant de gens aiment mieux être des fonctionnaires mal rétribués que trouver dans des occupations indépendantes un revenu plus élevé. 11 est vrai que l’idée d’une sécurité plus grande s’attache aussi à ces fonctions, en dépit des révolutions. — C’est ce qui explique encore pourquoi le petit commerce, le commerce de détail, doit chercher des profits considérables. D’abord, sans doute, plus les entreprises sont petites, plus la proportion des frais généraux est grande, et en conséquence les chances de pertes considérables; plus les entreprises sont petites, plus la concurrence est possible; il y a donc plus de chances à courir dans le petit négoce que dans le grand. Mais, indépendamment de cela, le petit commerçant n’obtient pas cette compensation morale qu’obtient le grand négociant. Tel homme consentira bien à se faire entrepreneur d’une grande manufacture de bière, de coton, de drap et de toile, qui, pour rien au monde, ne voudrait se mettre dans une boutique et débiter des métrés de toile ou des cruches de bière. Sans doute, toutes ces professions sont trôs-respec-

des breoels d* invention. Parmi les critiques les plus judicieuses qui l’ont combattue , nous citerons les articles de M. Frédéric Passy insérés dans le Journal des Economistes.

tables, mais toujours est-il que qui fera une chose ne fera pas l’autre; il s’ensuivra que ceux qui remplissent la fonction, considérée comme subalterne, exigeront une compensation pécuniaire, et qu’ils l’obtiendront, si leur industrie n’est pas trop encombrée et, bien entendu, si les produits de cette industrie sont recherchés par le public.

Le plus ou moins de dépenses qu’un apprentissage exige doit se résoudre de même, cœtcris paribus, en profits plus ou moins élevés; ici encore, quoique dans l’usage on dise plus généralement salaires, le mot de profit est plus juste, et, à la grande rigueur, celui d’intérêt ou de loyer le serait encore plus.

Il faut ajouter à ces considérations le caractère aléatoire des profits dans quelques industries; il doit en résulter pour elles une certaine prime, de même que nous venons d’indiquer que les carrières qui offrent une sécurité exceptionnelle présenteront de moindres avantages pécuniaires. Les entreprises maritimes, les professions d’avocat, de médecin, d’artiste, et d’autres également fécondes en mécomptes et en naufrages, sont de ce genre. Il est certain que, toujours dans la supposition qu’un certain équilibre subsiste entre l’offre et la demande des services, il y a là une cause d’élévation pour les profits. Ces sortes de professions ont quelque chose qui rappelle la loterie où il y a peu de gagnants et une multitude de perdants, et c’est même, ont dit plusieurs économistes, et notamment l’économiste espagnol Flores Estrada qui développe cette thèse, paice qu’il y a tant de capitaux perdus que les gagnants

obtiennent un si beau lot.

Autre cause de variation : il y a pour le capital comme pour le travail des emplois fixes, permanents, dans lesquels la demande, à moins de circonstances tout à fait extraordinaires, n’éprouve ni interruptions, ni inégalités; il y en a d’autres, dans lesquelles les mêmes conditions ne se rencontrent pas, et qui, au contraire, ont pour caractère l’éventualité, l’inégalité dans la demande, il est évident que les capita istes, tout aussi bien que les travailleurs

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voués à ces derniers emplois, ne peuvent proportionner leurs profits au taux moyen, en ne calculant que le temps effectif pendant lequel leurs capitaux sont occupés. Le chômage, Y incertitude de Y emploi et le plus ou moins de probabilité du succès , de même que les agréments ou désagréments de tel ou tel emploi du capital, forment donc encore un élément avec lequel il faut compter. Tel est le cas de Faubergiste dans certains pays, des maîtres de poste, des entrepreneurs d'établissements de bains. Sans doute, le voyageur peut trouver cet aubergiste trop exigeant; mais enfin, s’il demande dans la bonne saison, lui qui doit chômer pendant plus de six mois, au delà de ce que demanderait celui qui tient un hôtel dans un pays où les voyageurs abondent toute l’année, il est fondé à le faire. On a remarqué que cette variation, dans ce dernier cas, comme dans les autres, est plus apparente que réelle, car, fixez la période économique comme bon vous semblera, prenez la période d’une année, si vous voulez, encore faut-il qu’au bout de l’année, le terme moyen des profits soit, autant que possible (réserve importante que non? avons posée), retrouvé pour tous les capitaux .

Rossi a tiré de là une observation pratique d’une importance extrême (i). « On commettrait, dit-il, une étrange erreur, si, poussant le principe si fécond de la division du travail au delà des justes limites que la raison et l'expérience lui assignent, on en tirait cette conséquence que les mêmes hommes ne doivent jamais passer d’une occupation à une autre; ce ne serait point l'application, ce serait l’exagération du principe. Qu'a; rive-t-il dans plus d’un pays, comme la Suisse, par exemple, et comme certaines parties de la France? Il arrive qu’il est quelquefois possible de rapprocher, de concilier deux industries , de manière précisément à empêcher le chômage du capital (et du travail), l’une de ces industries venant fournir de l’ouvrage dans les saisons où l’autre n’en donne pas.

(I) Cours d’ Economie politique, t. III,

Ainsi, il y a des pays où le même homme qui exécute les travaux de l'agriculture, qui garde les troupeaux, qui fabrique le fromage dans la saison , emploie ensuite les longues soirées de Fliiver, la saison morte pour l’agriculture, aux différents travaux de l’horloger, du fabricant de chapeaux, ou de telle autre industrie analogue. C’est là un des avantages des pays où il a été possible d’établir la grange et l’étable à côté de la fabrique de coton, à côté de la filature; dans ces pays il n’y a guère de chômage, ce qui fait que l’ouvrier peut nous donner son travail à meilleur marché, parce qu’il réunit les salaires qu’il gagne comme ouvrier de manufacture à ceux qu’il gagne comme agriculteur. Cela explique, en partie du moins, comment un Etat essentiellement méditerrané, éloigné de tout port de mer, pour qui les communications sont difficiles, pour qui le travail est, pour ainsi dire, une faveur qu’il est obligé de mendier à toutes les puissances qui l’entourent, un État qui n’a point de douanes, ni de lois protectrices ou soi-disant protectrices de l’industrie, peut lutter cependant et avec succès, dans plusieurs branches, avec «les pays bien placés géographiquement et protégés par des douanes. C’est qu’il y a moins de frais dans cet Etat, c’est qu’il y a moins de chômage ; c’est qu’il y a des éléments d’économie dans la production qui ne se trouvent pas ailleurs. »

Bien d’autres observations de détail pourraient compléter ce «pie nous venons de dire des profits. En voilà assez pour s’en faire une idée exacte. Nous finirons par une remarque essentielle : c’est que plus une nation, plus l’humanité avance en civilisation, plus il y a d’individus qui vivent de profits, plus le profit, en y joignant ici l’intérêt et le loyer, figure pour une grande part dans la rétribution des travailleurs. Rien de plus clair, en effet. C’est le capital, soit en avances, soit en talents acquis et en qualités dues à l’éducation, que le loyer ou le profit rémunère. En ce sens, il y a tels ouvriers dans la rémunération desquels, bien que le nom de salaire la désigne dans le

langage ordinaire, le profit entre pour la part la plus considérable. Dans les classes supérieures, le salaire, nous rayons dit, ne figure que pour la plus faible part de la rétribution. Plus les classes inférieures deviendront capables d’autre chose que du labeur purement matériel, plus l’élément du profit (ou loyer) viendra se mêler à leurs salaires. Ce qui n’est, au surplus, qu’une nouvelle face de cette proposition, que le développement du capital, sous toutes les formes, est la mesure de l’état général de la civilisation et du bien-être des peuples.

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