V. Consommation
ART. IL
Pour rendre plus claire la notion de l'économie politique
I. Quelques auteurs traitent dans la même partie de la production et de la circulation, p. e. Gide. Principes d'ècon. polit. — Liberatore. Princ. d'écon. polit. — J.-B. Say. Traité d'ccon. polit.
D'autres excluent de l'écon. politique la consommation des richesses, p. e. TuRGOT. Réflexions sur la formation et la distribution des richesses.
et pour la mieux établir, il reste à développer et à prouver les trois points signalés au premier article. D'abord :
L'économie politique est une science pratique.
I. L'économie politique est une science, en d'autres termes, elle suppose des principes, on des lois économiques.
a. exposé. Affirmer que l'économie politique est une science, c'est dire qu'elle repose sur des lois ; il importe donc de savoir ce qu'on entend par lois.
On peut distinguer trois espèces de lois :
1° Les lois morales obligatoires. Elles règlent les actes libres de l'homme par rapport à V honnêteté. Elles imposent une obligation morale, et jouissent d'une certitude absolue.
2° Les lois morales historiques ou directives. Elles sont l'expression de la manière uniforme d'agir des hommes placés dans les mêmes circonstances. Elles laissent la liberté de l'homme intacte et ne lui imposent aucune obligation. La certitude basée sur ces lois n'est que la certitude morale.
3°Les lois physiques. 'Elles règlent l'action des corps les uns par rapport aux autres, p. e. la loi de la gravitation. Elles sont naturellement invariables, et donnent naissance à la certitude physique.
Il ne peut être question de faire reposer la science économique sur des lois physiques ; ce serait ruiner la liberté et nier l'évidence des faits économiques.
D'un autre côté, il est certain qu'à la base de la science économique doivent se trouver et se trouvent en effet des lois morales obligatoires ; la preuve en sera donné à l'art. III.
Nous voulons donc simplement prouver ici qu'il existe des lois morales historiques ou directives qui sont le fondement de l'économie politique.
b. i'^'"'' Preuve. Il existe certaines lois d'après lesquelles la Providence a réglé l'activité humaine dans ses rapports avec les richesses ; donc l'économie politique est une science.
\j' antécédent se prouve TpdiX induction, positivement et négativement.
\. Positivement. En observant les faits économiques, on constate que dans toides les sociétés arrivées à un certain développement, ce sont les mêmes moyens d'augmenter les richesses qui sont employés : p. e. l'association, la division du travail, la monnaie, la propriété, etc., — que là où ils sont mis en œuvre, la société prospère, — que là où ils atteignent leur plus parfait développement, tout en respectant les lois morales obligatoires, la société, elle aussi, parvient à procurer à ses membres la plus grande somme possible de bien-être véritable.
Remarquerait-on cette connexion constante entre les moyens employés et la fin désirée, c.-à-d. la prospérité matérielle, si ces moyens n'avaient pas des relations constantes de causalité à l'ésfard du but à atteindre : le bien-être matériel ?
L'observation, complétée par l'induction, nous force donc à admettre dans le monde économique des relations constantes de causalité entre certains moyens et la fin immédiate de l'économie politique.
Ces relations constantes nous les appelons principes ou lois économiques.
n. Négativement. S'il existe réellement des rapports
constants de causalité entre certains moyens et le but de l'économie politique, il suffira de supprimer les premiers pour faire manquer le second.
Qu'il en soit ainsi, on peut le prouver abondamment par les faits ; voici quelques exemples. Bien des tentavives ont été faites pour abaisser ou relever artificiellement et autrement que par le jeu des lois économiques, le prix de certaines denrées. Toujours ces tentatives ont échoué, même quand elles étaient appuyées par le bras puissant de l'Etat. Tel a été le cas notamment pour la Convention qui décréta en 1793, le maximum pour une foule de denrées : grains, farines, bois, houille, sel, beurre, bétail, etc., et qui dut, un an plus tard, désavouer son œuvre et rapporter ses décrets, pour arracher l'industrie .à une ruine totale.
Tel a été encore le résultat des e^rands efforts tentés par les Etats-Unis pour enrayer la baisse du métalargent par rapport à l'or. — Ils n'ont abouti qu'à compromettre les finances et à multiplier les faillites.
L'échec de l'école libérale sur le terrain économique doit être attribué à la même cause. Elle n'a pas respecté les lois économiques naturelles, par exemple celle qui favorise V association ; elle lui a substitué, sous prétexte de liberté, Vindividuaïisnic. Les résultats ont été la misère noire, l'oppression de l'ouvrier, réclosion du socialisme et, sous sa poussée, la formation d'un système d'association plus vaste que celui qu'on avait aboli.
Le socialisme, s'il vient un jour au pouvoir, est condamné de même à échouer dans ses réformes économiques, non pas seulement parce qu'il viendra se heurter aux lois supérieures de la morale, mais
aussi parce qu'il violera certaines lois bien modestes cependant, de l'ordre économique, p.e. la loi qu'on pourrait appeler de rintcrct. Enlevez, en supprimant la propriété^cet aiguillon du travail si nécessaire pour la plupart des hommes et du reste légitime, vous faites languir et peut-être s'éteindre la production.
Nous pouvons donc conclure avec certitude que l'économie politique repose sur des lois, qu'elle est une science.
2''*^ Preuve. A cet argument tiré de l'observation des faits, au moyen de l'induction, on peut ajouter un argument « à priori » qui, pour l'économiste catholique, a la plus grande valeur.
Puisque la recherche des biens matériels est nécessaire, généralement parlant, à l'obtention de la fin dernière de l'homme. Dieu qui proportionne les moyens à la fin, doit avoir rendu cette recherche possible, réaHsable.
IVIais, comment l'aurait-il rendu réalisable s'il l'avait laissée sans règles, sans lois ?
Dieu donc, a fixé des lois d'après lesquelles peuvent se faire la recherche et l'acquisition du bien-être matériel.
Cette preuve est confirmée par ce fait : que dans tous les domaines où une créature raisonnable ounon, doit atteindre une fin, il lui a prescrit des lois, des règles : p. e. les lois physiques, chimiques, etc. qui régissent, le monde des êtres non raisonnables ; les lois du raisonnement qui guident l'intelligence dans la recherche du vrai ; les lois morales obligatoires qui conduisent l'homme vers l'acquisition du bien moral ; les lois de l'administration, de la pédagogie, de la stratégie.
Or, si Dieu a proportionné les moyens à la fin dans toutes les autres sphères d'activité de ses créatures, il l'a fait, nous pouvons le conclure à priori, dans celle de l'activité humaine pour la recherche légitime du bien-être matériel.
Corollaires.
I" La preuve de la vérité qui précède est dirigée contre les socialistes de toute nuance que leurs tendances diverses peuvent ramener à trois groupes : i. Les socialistes révolutionnaires qui prétendent que le monde économique actuel peut être détruit, et, sans tenir compte des lois économiques, reconstruit de toutes pièces, de façon à assigner à chaque citoyen une égale jouissance du bien social.
IL Les socialistes de la chaire, qui font résider dans l'Etat seul, le principe de la force d'organisation dans la société, et par conséquent de la production sociale.
iiL Les socialistes appelés chrétiens, qui considèrent les lois économiques comme rendues inutiles par les lois morales. D'après eux, la morale, la charité, l'amour de la justice, le respect du prochain suffisent à donner le secret d'une bonne organisation économique.
2° Notre manière de prouver que l'économie politique est une science, fait bien voir l'abîme qui sépare l'opinion des économistes chrétiens de celle des économistes libéraux tout aussi bien que de celle des physiucrates. (Voir Chap. il art. I, pg. 20).
Nous avons en effet prouvé le caractère scientifique de l'économie politique, par l'observation aidée de l'mduction ; eux, déduisent toutes les lois économiques à priori de la nature humaine, de la perfection native de l'homme (Chap. II) ; ils se renferment dans le champ de l'absolu, des abstractions, en excluant l'observation des phénomènes économiques, et s'exposent ainsi à voir leur théorie cruellement démentie par les faits.