II. L'ÉCONOMIE POLITIQUE EST UNE SCIENCE PRATIQUE
Une science est appelée/r^Yz^î/^, d'après S.Thomas,
(I. q. 79, a. II ad 2. — et q. 14, a. 16) quand elle a pour objet immédiat une vérité qui incline de sa nature à l'action.
L'économie politique réalise cette condition, car elle a pour objet immédiat l'activité de l'homme dans la poursuite des biens matériels. Elle envisage la richesse, mais seulement en tant qu'elle peut être produite, échangée, distribuée, consommée. Or, produire les richesses, les échanger, les distribuer, les consommer, ce sont autant d'actions humaines susceptibles d'être sag:ement dirig'ées.
ART. III
Rapports de rëconomie politique avec la morale.
Cfr. sur cette matière :
Don Sarda Y Salvany. Le Mal Social. Paris, Lethielleux, i8go.
Rondelet. Le spiritualisme en économie politique (passim). 2<= édit. Paris, Didier et C'% 1860.
PÉRIN. Les doctrines économiques depuis un siècle. Paris, 1882. — De la Richesse dans les Sociétés chrétiennes. 3^= édit. Paris, Lecoffre, 1882.
Brants. Lois et méthodes de V Economie politique, 2^ édit. Louvain, Peeters, 1887.
LiBERATORE. Principes d^ Économie politique.
I. Préliminaires, a) La dépendance de l'économie politique par rapport à la morale est niée par toute l'école socialiste et par un i^rand nombre d'économistes libéraux : Yves Guyot, Block, Stuart-Mill, Ricardo, Bentham, Rossi etc. Cependant, ces derniers temps, il s'est produit dans l'école libérale une réaction très accentuée contre la séparation de la morale et de l'économie politique.
b) Plusieurs économistes catholiques : Liberatore, De Pascal etc., allant à l'extrême opposé, prétendent que la
science économique n'est pas distincte de la morale, qu'elle en est une branche, qu'elle est une éthique particulière. II semble plus conforme à la vérité de soutenir avec le plus grand nombre des économistes catholiques, Cathrein, Brants, Costa-Rossetti etc., qu'elle est réellement distincte de la morale. En effet :
i) La morale a pour objet propre Vhonncie, c. -à. -d. l'activité de l'homme dirigée vers sa fin dernière ; l'économie politique, au contraire, a pour objet propre Vtitile, c.-à-d. l'activité de l'homme poursuivant saprospérité matérielle. — Or, les sciences se distinguent d'après leur objet propre.
2) Nous savons que l'économie politique est basée sur des principes économiques qui lui sont propres et qu'une science qui déduit des conclusions certaines de principes non empruntés à une autre science est distincte de toutes les autres.
II. Preuves, a. L'économie politique poursuit le bonheur temporel par le moyen du bien-être matériel. Mais la notion du vrai bonheur est fournie par la morale. La manière de poursuivre le bonheur dépendra donc en grande partie de la notion que la morale aura fournie du bonheur.
La preuve est confirmée par l'expérience.
La manière de poursuivre le bonheur temporel au moyen des richesses diffère d'après la religion et la morale adoptées par un peuple. La doctrine économique du christianisme est autre que celle des socialistes par exemple, parce que la morale de ceux-ci place la fin dernière, le bonheur suprême de l'homme, dans la plus grande somme possible de jouissances terrestres.
b. D'ailleurs, il est certain que tout moyen doit être subordonné à sa fin. Or, la poursuite du bienêtre matériel, objet de l'économie politique, qu'est-ce, sinon un moyen aidant l'homme à tendre vers sa fin
suprême, le bonheur éternel, objet de la morale ? c. Une troisième preuve se dégage de l'observation elle-même. Il suffit de pénétrer quelque peu dans le détail du problème économique pour constater l'influence qu'exercent sur sa solution, l'obéissance aux lois morales, l'aiguillon du devoir, la justice, la charité. C'est \2l justice qui maintient le crédit et assure la répartition équitable des richesses ; c'est la chante qui atténue la rigueur des lois économiques, soulage la misère, unit par le patronage et l'association les classes supérieures et les classes inférieures ; c'est grâce au renoncement — vertu qui n'est prêchée que par la morale chrétienne — que l'homme surmonte les répugnances qu'inspire tout travail pénible ; c'est par le renoncement^ par la modération des désirs que l'homme parvient à économiser, à accroître le capital, élément indispensable de la production, à refréner le luxe et la sensualité ; c'est le respect de la famille^ V amour de la chasteté, qui, uni à l'obéissance, à la grande loi du travail, résout à lui seul le formidable problème de la population.
III. Corollaires a) Puisque d'un côté, l'économie politique se trouve dans une dépendance si grande vis-à-vis de la morale, et puisque d'un autre côté, la véritable morale ne se rencontre intégralement que dans l'Église catholique, il rentre dans la mission de celle-ci de se mettre à la tête du mouvement économico-social.
b) Tout enseignement économico-politique, qui combat ou néglige les prescriptions de la morale catholique, est par le fait même manqué, incapable d'indiquer les moyens propres à assurer le bien-être matériel des peuples. « Il faut, dit réminent économiste catholique M. V. Brants {Les grandes lignes de Vcconomie politique, 4*^ éd. Préface), il faut dans un traité d'économie politique rappeler ces
règles supérieures (de la science morale et religieuse), les appliquer dans son champ, en montrer à chaque pas la nécessaire et féconde suprématie. »
ART. IV
La Méthode en Économie politique.
Cfr. particulièrement sur cette matière :
Brants. Lois et Méthodes de VEcon. politique.
Castelein. Méthode des sciences sociales. Compte rendu du 3^= Congrès scientifique international des Catholiques à Bruxelles. Bruxelles, 1894.
ScHMOLLER. V écoitomie politique. Sa théorie et sa méthode. (Revue d'économie politique, 1894).
Devas. PoUtical Economy. Epilogue.
Camille Jacquart. Statistique et Science Sociale. Bruxelles. Desclée, 1907,