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III. Variations des salaires

a. La productivitc du travail est un premier facteur de la hausse ou de la baisse des salaires.

Le travail procure à l'entrepreneur une utilité matérielle. Si le travail de l'ouvrier produit davantage, l'entrepreneur aura un produit brut plus considérable ; il pourra donc affecter aux salaires une somme plus notable.

Ces considérations montrent la fausseté de la théorie//?/ fonds des salaires OMwages fitnd, défendue par Smith, Malthus, Ricardo, J.-B. Say, et d'autres économistes libéraux. Ces auteurs prétendent que les salaires dépendent toujours du rapport entre le capital circulant et le nombre de travailleurs. Si le capital circulant augmente, le nombre d'ouvriers restant le même, les salaires de ceux-ci monteront, et réciproquement.

C'est l'application aux salaires, de la loi de l'offre et de la demande.

Ce système, qui a été victorieusement réfuté par Fr. Walkcr (The Wages question), suppose que l'employeur calcule le salaire à payer, d'après les ressources qu^il a en main au début de l'entreprise, avant toute production ; or, il est certain que l'entrepreneur fixe les salaires d'après la production, d'après les débouchés, d'après les prix de vente qu'il prévoit.

En combattant cette opinion, certains économistes Fr. Walker, Cauwès, Villey, Beauregard, etc. sont

tombés dans l'erreur contraire. Ils veulent établir que la productivité du travail est la seule cause de la hausse ou de la baisse du salaire, que celui-ci est directement proportionnel au produit du travail.

Ces auteurs oublient que l'augmentation de la production est due, en très grande partie, au perfectionnement des machines ; que les patrons, qui pourraient élever les salaires en proportion de l'augmentation du produit brut, en fait, ne le font pas; enfin, d'autres causes, que nous allons énumérer, peuvent influencer la détermination des salaires.

b. L'offre et la demande. Il est incontestable que la loi de l'offre et de la demande agit sur le taux du salaire. Cobden a formulé cette influence en ces termes : < Quand deux patrons courent après un ouvrier, le salaire monte,quand deux ouvriers courent après un patron, il baisse. *

Ici encore, certains économistes de l'école libérale sont tombés dans une exagération manifeste, en érigeant la formule citée en loi modératrice absolue et unique du taux des salaires.

Ils en ont déduit la théorie du salaire minimum naturel ou nécessaire. « En tout genre de travailla dit Turgot, le salaire de l'ouvrier doit s'abaisser à un niveau, déterminé uniquement par les nécessités de l'existence. » En d'autres termes, le taux auquel doit retomber nécessairement le salaire, ne comprend que ce qui est strictement nécessaire, pour que l'ouvrier ne périsse pas de faim, et se perpétue dans la même condition.

Les socialistes ont repris cette théorie. Lasalle lui a donné le nom de « loi d'' airain » (das eherne Lohngeseizj, qu'il formule en ces termes : « La moyenne

du salaire du travail reste toujours réduite à l'entretien nécessaire, communément en usage chez le peuple pour la conservation de la vie,, et sa reproduction. »

Il n'est pas nécessaire d'insister longuement sur la réfutation de ce système. Il tire toute sa force du principe libéral dont nous avons fait remarquer la fausseté, au début de cet article ; c.-à-d. « le travail n'est qu'une marchandise, par conséquent, le prix du travail, le salaire, doit obéir à la loi naturelle qui règle le prix de toute marchandise : la loi de l'offre et de la demande. »

c. La coutume. Elle influence fréquemment le salaire. Différentes commissions d'enquête ont mis en pleine lumière que la coutume, ou la routine fixe, parfois, un taux de salaire malgré les grèves et le chômage ; qu'elle maintient des salaires notablement différents pour le même métier, dans deux villes, ou même deux communes voisines.

d. La diversité des professions. Elle est la grande cause de l'inégalité des salaires. Les raisons en sont faciles à saisir.

1. Les divers métiers exigent des qualités et des aptitudes différentes. Cette habileté naturelle ou acquise a droit à un salaire plus élevé.

2. Certains métiers demandent une préparation longue et coûteuse, et entraînent avec eux des désagréments. Le salaire montera en proportion de ces inconvénients.

3. Tous les métiers ne promettent pas à l'ouvrier la même sécurité de l'avenir, ou les mêmes chances de succès. Toutes ces circonstances exercent une influence légitime sur le salaire à donner aux ouvriers.

§ 2. Le juste Salaire.

V. PoTTiEK. De jure et jusiUia. Dissert. III ; art. V. Liège, Ancion, igoo. — Ce qu'il y a de légitime dans les revendications ouvrières. (Rapport au Congrès des Œuvres sociales à Liège) i8go. 2*^ Section. Liège, Demarteau.

Mgr. Waffelaert. Collationes Brugenses. VI, Jan. igoi.

De Gryse. De contractii condiictionis. Roulers, De Meester i8g5, Pro pauperibits. Dietsche Warancle en Belfort, Jan. igoy.

J.Vosters. Le salaire en droit naturel. Bruxelles, Schepens, i8g4.

Vermeersch. Trois articles parus dans la Revue Sociale Cathol. i8g8 ; et — Quœstiones dejustitia. n° 430-440. Paris, Lethielleux. igoi.

NicoTRA. Le mininiuui de salaire et l'Encycl. Reriim Nov. Traduit de l'italien par Lalieu. Bruxelles, Schepens, i8g3.

Genicot. Theologiae moralis institutiones . Tract. IX. De contractibus. Sect. II ; Cap. VII, § 2. De locatione Operae. — Louvain, PoUeunis et Ceuterick, i8g6.

Ch. Périx. L' économie politique diaprés VEncycl. Paris, LecoftVe, 1881 et — Note sur le juste salaire. Mons, Desguin, i8g2.

Mgr. Turin az. Le salaire familial et le Cardinal Zigliara. Nancy, i8g5. — Opuscule contenant ausssi deux lettres du r.p. ëschbach.

Lehmkuhl. — Liberatore. — Onclair. — Tanquerey. etc.

Quel est le juste salaire ?

Le salaire, pour être conforme à la justice, doit-il, en règle générale, au moins suffire à la subsistance de la personne de louvrier ; en d'autres termes, fautil que le salaire soit au moins personnel (i) pour être

(i) Pour ne pas donner lieu à confusion, nous conservons aux termes : salaire personnel, salaire familial, le sens peu précis qu'on leur a donné jusqu'ici dans la discussion de la présente question.

juste ? La subsistance personnelle comprend tout ce qui est nécessaire à un ouvrier sobre et honnête, pour vivre convenablement : nourriture, logement, habillement, chauffage, etc.

Le salaire, pour être juste, doit-il, en outre, être familial ? Le salaire est appelé familial non pas parce que la famille a contribué à le mériter, mais parce qu'il est, généralement parlant, suffisant pour entretenir convenablement une famille.

Telles sont les deux questions que nous avons à traiter dans ce § 2. La solution de l'une et de l'autre dépend de la vraie notion du travail.

L Justice du salaire personnel.

Le salaire cCiin ouvrier sobre et honnête, de force et de santé ordinaires est injuste, en règle générale, s'il est insuffisant pour sa subsistance personnelle.

a. Preuves. 1. La justice commutative exige qu'il y ait équivalence entre la chose donnée et la chose reçue. Or, l'ouvrier dépense ses forces au service d'un autre, il use en sa faveur une partie de sa vie. Donc, il a le droit strict de recevoir, comme salaire, au moins la compensation des forces dépensées, de la vie usée. Or, cette compensation serait illusoire si le salaire était insuffisant pour réparer les forces de l'ouvrier, et pour conserver sa vie.

2. Nous trouvons le même argument, sous une autre forme, dans l'Encycl. Reruni novaruui de Léon XIII, dont la haute compétence en matière économique n'est contestée par personne, pas même par les libéraux et les socialistes.

Quand, dit le Pape, la nature impose à quelqu'un

un devoir, à l'accomplissement duquel il n'y a qu'un moyen, celui auquel ce devoir est imposé, a un droit strict (i) à ce moyen.

Or, la nature impose à l'homme l'obligation de se conserver la vie, et elle ne lui donne, généralement parlant, d'autre moyen pour atteindre ce but que le fruit de son travail. Donc, l'homme a un droit strict à ce que le fruit de son travail, le salaire, soit suffisant pour lui conserver la vie.

b. Corollaires, i. Une première conséquence, qui se dégage de ce qui précède, est la fausseté de la tJicoric libérale du salaire.

Cette théorie a pour base la loi de l'offre et de la demande. Elle pose en principe, avec Joseph Garnier, que « tout salaire obtenu par un libre débat entre l'ouvrier et l'employeur, est naturel et normal », même si ce salaire est insuffisant à la subsistance de l'ouvrier.

Cette affirmation, nous venons de le voir, fausse la notion de travail humain. Le travail, dit Léon XIII (Enc. Reriim Nov.), est d'abord personnel, c.-à-d. qu'il procède de la personnalité même de l'ouvrier. Il est, en second lieu, nécessaire, parce que l'homme a besoin du fruit de son travail pour conserver son existence, et il doit la conserver pour obéir aux ordres de la nature. Pour le premier motif, le juste salaire, qui est le prix du travail, doit être adéquat à

(i) Ce droit procède, dit l'Encyclique, « ex justitia naturali » L'Archevêque de Malines, Cardinal Goossens, proposa, en 1891, au S. Siège, le doute suivant : Faut-il entendre, par justice naturelle, la justice commutative ou l'équité naturelle ? Il reçut, par l'intermédiaire du cardinal Rampolla, la réponse suivante authentique, rédigée par le cardinal Zigliara : « Per se ioquendo intelligitur justitia commutativa. » Voilà pourquoi nous disons dans le texte : droit strict.

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la valeur économique du travail ; pour le second, cette valeur ne doit pas tomber au-dessous de la subsistance journalière de l'ouvrier.

2. Tandis que les économistes libéraux pèchent par défaut, d'autres, p. e. M' l'abbé Elie Blanc, le D'' Ratzinger,Vogelsang,etc. , allant à l'extrême opposé, exaltent trop la valeur du travail. Ils prétendent qu'outre son salaire, l'ouvrier a droit à une certaine participation aux bénéfices.

La réfutation de cette opinion, comme de la précédente, se trouve dans la vraie notion du travail et du contrat de salaire.

L'ouvrier cède à l'entrepreneur la force-travail dont il dispose. Mais, cette force-travail produit une utilité. Celle-ci donc appartient totalement à l'entrepreneur. L'ouvrier abandonnant;, en échange du salaire, sa force-travail, renonce, par le fait même, à tout l'effet utile de ce travail, donc à toute participation aux bénéfices.

IL Justice du salaire familial.

Tous les économistes catholiques, fidèles à la doctrine de Léon XIII, soutiennent que, pour être juste, le salaire doit, en règle générale, être suffisant, au moins pour entretenir la personne de l'ouvrier.

Tous aussi estiment que le patron ne peut pas se contenter de payer le salaire strictement requis pour l'entretien de la personne de l'ouvrier. Il doit, en outre, songer à la famille de celui-ci ; il est obligé de donner le salaire familial.

Le seul point controversé entre catholiques est la nature de cette obligation. Les uns soutiennent que

le patron doit payer le salaire familial en vertu de la charité. D'autres trouvent le dernier fondement de cette obligation dans la justice sociale ou légale. D'autres enfin, affirment que le patron est tenu en vertu de la justice conimutative, de donner à ses ouvriers le salaire familial.

Nous exposerons brièvement les arguments que font valoir les tenants de ces trois opinions.

PREMiiiRE Opinion. La charité seule impose le salaire familial.

La proposition ainsi énoncée contient deux parties:

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