La charité exige que le patron donne le salaire familial
Si l'ouvrier, en échange de son travail, ne reçoit que le strict nécessaire à sa subsistance personnelle, sa famille sera, généralement parlant, réduite à la misère. Or, la loi naturelle aussi bien que la loi chrétienne, impose aux hommes l'obligation d'aider leur prochain indigent. Cette obligation s'étend d'abord à ceux que leurs relations rapprochent davantage du pauvre à nourrir. Mais, qui est plus proche de l'ouvrier, père de famille, que le patron qui a loué son travail, et qui bénéficie chaque jour de ses services ?
2 . La charité seule exige du patron le paiement du salaire jamilial.
Il est clair qu'il ne faut point imposer au patron une charge plus lourde que celle que réclame la charité, à moins d'apporter des preuves convaincantes.
Or, que voyons-nous ? Les partisans du salaire familial, exjustitia commutativa, soutiennent, que la justice légale ou sociale ne peut pas être mêlée à la présente controverse. La raison en sera donnée plus
loin. D'un autre côté, les Auteurs qui défendent le salaire familial, ex justitia légal i, démontrent fort bien que la famille n'a rien à voir dans le salaire de l'ouvrier, pour la raison bien simple qu'elle n'a aucune part au travail de l'ouvrier.
La conclusion est évidente : l'obligation du salaire familial, soit ex jiistitiâ couiiiiutativâ, soit ex justitia legali, est pour le moins douteuse ; donc, pratiquement elle est nulle.
Seconde opinion. La justice légale seule impose le salaire familial.
Cette manière de voir est partagée par Antoine,!. c. p. 57o;DeGryse. De contractic conductionis ; Talamo. Rivista internazionale ; et par beaucoup d'autres.
La preuve comprend trois parties :
I. // s'agit en effet d'établir^ d'abord, que ^obligation du salaire familial ne décoide pas de la charité.
La charité ne donne à l'indigent aucun droit au secours d'autrui. Peut-on raisonnablement admettre que Dieu ait ainsi négligé de pourvoir à la subsistance de la plupart des familles ? D'un côté, il impose à l'homme /'o/j^rt/zow d'atteindre sa fin, de pourvoir à sa subsistance ; de l'autre, il lui refuse le droit de prendre les moyens !
Du reste, le rôle de la charité se borne à subvenir aux besoins particuliers, qui peuvent surgir d'une manière accidentelle. Dès lors, s'il est vrai que l'ouvrier n'a aucun droit de retirer de son travail l'entretien de sa femme et de ses enfants, la généralité des ménages ouvriers sera dans la misère, et la charité pourra s'en désintéresser.
D'ailleurs, comment peut-on raisonnablement supposer que Dieu ait eu l'intention de faire de la
misère l'état noniial de presque toutes les familles ouvrières ? Est-il croyable qu'il ait voulu la communauté négative des biens, c.-à-d. qu'il ait laissé à l'homme la faculté de s'approprier les biens qui n'appartiennent à personne, et qu'il ait refusé, en même temps, au très grand nombre, les moyens efficaces de le faire ? Peut-on admettre que Dieu, qui a créé les hommes libres, et les a destinés à atteindre leur fin, indépendamment les uns des autres, ait décidé que la plupart d'entre eux vivraient dans une dépendance complète des autres, au point de devoir leur demander le pain qui doit les sustenter ?