V. Brants. Grandes lignes, liv. VL
P. Guillemenot. Eléni. d^écon.poL Appendice.
Ch. Périn. Rich. daiis les soc. chréi. t. I. Hervé-Bazin. Traité élém. 4*^ p. ch. VIL Antoine. Cours.... chap. XVIII, art. 6.
Y-a-t-il disproportion entre la production des richesses et l'accroissement de la population ? Les biens à distribuer entre les producteurs, seront-ils, un jour, fatalement insuffisants à nourrir l'humanité ?
Telle est la question qu'a posée Malthus, et à laquelle il a répondu affirmativement. Malthus a eu, au siècle dernier, beaucoup de disciples. Sa théorie demande donc examen.
L Population.
a. Théorie de Malthus.
Première loi. La population, régulièrement parlant, augmente selon une progression géométrique ; tous les 25 ans, elle est doublée.
Seconde loi. Les subsistances n'augmentent que selon une progression arithmétique ; ce rapport s'exprime ainsi :
population : i, 2, 4, 8, 16, 32, 64 etc.
subsistance : i, 2, 3, 4, 5, 6, 7 etc.
Fatalement donc, au bout de peu de siècles, la population sera trop dense pour trouver sa subsistance.
Conclusions . i. Le pauvre, s'il ne sait pas nourrir une famille, doit observer le célibat.
2. Il faut abolir toutes les institutions qui favorisent l'accroissement de la population.
3. L'autorité civile doit refuser toute assistance aux enfants nés d'un mariage entre pauvres.
De la sorte, on limitera, par contrainte morale^ le nombre des naissances.
b. Critique de cette théorie.
Pour réfuter cette théorie, il suffit de s'arrêter un instant aux considérations suivantes :
I- ha. période dédoublement de la population est, pour la Serbie de 42 ans, pour l'Espagne de 7g, pour l'Allemagne de 98, pour la Belgique de 114, pour l'Italie de 202 etc. (Hervé-Bazin, 1. c. p. 502. note).
A cette statistique qui renverse son système, Malthus répond qu'il faut supposer les conditions les plus favorables. L'économiste anglais pose, ainsi, la question in abstracto. Pour être conséquent avec luimême, il devrait donc ne tirer de ces principes que des conclusions abstraites, spéculatives ; or, il fait tout le contraire, puisqu'il préconise la restriction des naissances, des mesures administratives etc.
2. L'exemple de V Amérique du Nord, apporté par les défenseurs de la thèse de Malthas ne prouve rien. Dans ce pays, la population s'est accrue, grâce aux émigrants, et cette augmentation de population a donné une énorme extension à la production des substances.
3. On est, d'ailleurs, loin d'avoir épuisé la fécondité de la terre. La moitié, au moins, du monde, dit M.Leroy- Beaulieu (P;'^'cz.s,p.340),les deux Amériques, l'Australie,la Nouvelle-Guinée, Sumatra, Bornéo, la Nouvelle- Zélande, une grande partie de l'Afrique, pour ne pas parler des 3/4 de la Russie et de l'Asie occidentale, pourraient nourrir une population, soit quintuple, soit décuple, soit, sur certains points, centuple de celle qui y existe aujourd'hui.
4- Quant aux remèdes conseillés par Malthus, à cette situation économique désastreuse pour l'avenir de l'humanité, ils sont inadmissibles. Malthus, personnellement, ne conseillait pas le crime. Aucun texte de ses écrits, du moins, n'autorise ouvertement à le croire. Mais, ses disciples ont tiré toutes les conséquences de ses doctrines. Il y en a eu qui ont parlé d'asphyxie sans douleur des nouveau-nés ; les plus modérés se contentent de louer des pratiques condamnées par la morale catholique. Or, une doctrine économique qui conduit à la violation des règles de la morale, est fausse.
c. La théorie même de l'économiste anglais ne compte plus beaucoup de défenseurs, mais ses conseils et ceux de ses disciples ont porté de tristes fruits. Dans plusieurs pays, en France surtout, on ridiculise la naïveté de l'homme qui est père d'une nombreuse famille. Aussi, en France, la population comparée à celle des autres pays, décroît d'une manière eftrayante. En 1905, l'excédent des naissances n'a dépassé les décès que de 35.000. Dans ce nombre, les étrangers vivant en France, ont la grande part. En Angleterre, l'excédent a été treize fois plus considérable, et en Allemagne, 24 fois. Dans dix ans, si les conditions restent les mêmes, la France n'aura pas gagné 1/2 million d'habitants, l'Allemagne en aura gagné plus de g millions.
d. Remèdes. On a proposé divers remèdes à cette dépopulation toujours croissante : la diminution des impôts, à mesure que la famille augmente, la liberté testamentaire laissée au père etc. ; mais ces moyens n'atteignent pas efficacement le but. La vraie cause de la stérilité systématique des mariages, est la dimi-
nution de la foi chrétienne. Aussi longtemps qu'elle n'aura pas repris son empire sur les populations, les naissances diminueront. La Grèce d'autrefois, au témoignage de Polybe, doit attribuer le déclin de sa puissance à ce que les classes supérieures ne voulaient point d'enfants. L'Empire romain succomba, les édits des empereurs, les poètes et les historiens en font foi, parce que le foyer patricien restait désert. Ainsi succombera la France. Le mépris de la loi chrétienne contient, de la sorte, son propre châtiment, d'après la pensée de S' Augustin : jiissisti enim et sic est ut pœna sua sibi sif, omnis inordinatiis animus. (Confess. lib. I, cap. XII).
Ici donc, se manifeste, une fois de plus, l'impossibilité de résoudre certains problèmes économiques, sans faire appel aux institutions, aux croyances, aux préceptes moraux de l'Eglise. «La morale catholique, dit Ch. Périn (Richesse dans les soc. chrét. tom. i, p. 541), avec les institutions qui en découlent, donne au problème de la population la seule solution qui offre à la société de sûres garanties de prospérité, de force et de durée. C'est en faisant de la chasteté, pour toutes les conditions de la vie, une obligation rigoureuse, c'est en prêchant la chasteté dans le mariage, et la chasteté dans le céUbat, que l'Eglise catholique assure la fécondité des races, en même temps qu'elle contient leur expansion dans de justes limites —
L'Eglise maintient les sociétés dans la voie du progrès, parce qu'en même temps qu'elle leur imprime une tendance constante à s'accroître en nombre, elle développe, sans cesse, en elles, toutes les puissances du travail. »