II. SECONDE PHASE
Action Internationale du Socialisme.
Marx, en fondant l'Internationale, avait assuré l'existence et l'extension du socialisme. A la fin de 1866, elle avait fait sentir son influence non seulement en France, mais encore en Suisse où six journaux l'appuyèrent ; en Allemagne où 4 revues se mirent à son service ; en Angleterre, en Italie, en Espagne, en Amérique. En Belgique, elle s'affirma dans la Tribune du peuple, fomenta les grèves de Charleroi, gagna de là la Hollande, pénétra en Autriche et se mit en relation avec les « Trade-Unions » d'Angleterre et d'Amérique.
qui tait le fond de la situation actuelle et par le fait même vous jetez le fondement d'une nouvelle civilisation.
La base étant changée, tout le reste : formes politiques, morale, religion, lamille, principes juridiques, insensiblement se transformera sous peine de disparaître. Il se fera aussi qu'en règle générale l'économie déterminera le développement de la vie religieuse, morale, esthétique, intellectuelle et sociale.
Ces doctrines sont développées dans le Manifeste communiste de 1847, dans les écrits de Marx : Misère de la Philosophie , La critique de r économie politique ; U Capital etc.
(Voir BiEDERLACK. Het maatschappelijk vraagstuk : n. 55 ; traduction de A. -J. Verhaegen ; Cyr. Van OvERBERGH. Le Matérialisme historique de Karl Marx]. Oi appelle cette théorie de Marx matérialisme historique parce qu'elle est basée sur cette assertion que la matière seule existe.
(Pour la réfutation voir la Théodicée).
L'Internationale, faute d'organisation souple et large, disparut en i873;mais le socialisme international qui en était le fruit, lui survécut. Malgré certaines divisions qui se sont glissées dans les rangs socialistes, en Belgique, en Angleterre, en France et en Allemagne, malgré la lutte qu'a dirigée contre lui en Allemagne pendant onze ans le Chancelier de Fer, le socialisme a marché depuis de progrès en progrès.
Cette vitalité croissante se manifeste :
a. Par les nombreux Congrès intcrnationmix, réunis à Gand en 1877 ; à Paris en 187g, à l'occasion de l'expositionuniverselle; à Bruxelles en i8gi ; à Zurich en 1893 ; à Londres en i8g6 ; à Paris en igoo, etc. Dans ces congrès sont représentées la plupart des nationalités de l'Europe et de l'Amérique. Celui de Paris, en 187g, comptait 381 membres, appartenant à 22 nationalités différentes et représentant environ un million d'ouvriers répandus dans le monde entier ; celui de Bruxelles (i8gi) réunit 360 délégués représentant plusieurs millions d'ouvriers.
b. Par la puissance de la Presse socialiste.
Le socialisme ayant compris de bonne heure que la presse serait le principal propagateur de ses idées, s'est mis à répandre partout des brochures, des livres, des tracts et surtout des journaux et des périodiques. En Allemagne, la presse socialiste disposait en i8g2, de 70 feuilles politiques et de 57 feuilles industrielles. L'Autriche, vers la même époque, comptait 8 grands journaux socialistes. En Belgique surtout, la presse socialiste est solidement organisée. Contentons-nous de citer lesdeuxprincipales feuilles, celles qui donnent
le ton aux autres publications socialistes : Le Peuple (Bruxelles) et le Vooruit {Q2iTià).
Le socialisme possède en outre, en Belgique, sa revue spéciale : L' Avenir social , fondée en 1895, et de nombreuses bibliothèques populaires établies dans les Maisons du Peuple.
c. Parles uianifcstations collectivistes Jes meetings et les réunions. La plus imposante de ces manifestations est celle du i" mai, décrétée par le congrès de Paris en i88g et réalisée pour la première fois en i8go. Un cortège socialiste important se déroula ce jour dans presque toutes les capitales et dans les principales villes industrielles.
Outre cette manifestation annuelle du i" mai, le parti socialiste organise de très nombreux meetings, cortèges, etc. à l'occasion des grèves, des discussions politiques aux chambres et même de l'enterrement de ses chefs. Il a l'habileté, surtout en Allemagne et en Belgique, d'étendre sa propagande à toute la famille, de s'emparer des femmes et des enfants, de les faire assister à ses fêtes, à ses manifestations et de rendre par là son influence plus efficace.
d. Par sa propagande électorale, dont les résultats montrent l'extension et l'efficacité : les socialistes sont représentés aux chambres dans la plupart des pays. En Belgique, ils forment depuis plusieurs années, environ 1/5 des délégués aux chambres. En Allemagne, en igoo, le nombre des députés socialistes au Reichstag était de 57. En 1903, il était de 79. Mais en 1907, il tombe à 43. En France, au Danemark, etc. ils forment de même une partie notable des chambres législatives. La lointaine Australie, elle-même^ est minée par le socialisme. Depuis les
élections de igo6, la chambre est composée de 32 libéraux, de 26 socialistes et de 17 protectionnistes ; et le sénat de 18 libéraux, de i5 socialistes et de 2 protectionnistes.
e. Par les œuvres écononiiqîtes créées sous l'action du socialisme. Le socialisme doit sa stabilité à ses œuvres économiques. Sans elles, vSon succès aurait été éphémère ; il aurait été basé sur un entraînement passager. Par l'organisation économique, au contraire, le socialisme a su s'emparer de ce qu'il y a de plus intime et de plus constant dans l'homme, son intérêt personnel.
Dans tous les pays où le socialisme compte des adeptes, il a multiplié les œuvres ; les fédérations, mutualités, coopératives, syndicats professionels etc. fondés par lui, ne se comptent plus.
Il se manifeste une tendance constante à donner à cette organisation économique un caractère international. Depuis i8gg,il existe en Belgique, dans le conseil général du Parti Ouvrier, une section distincte, la commission syndicale, ayant entre autres buts, celui d'aider les syndicats à se créer des relations entre eux et avec les syndicats similaires de l'étranger. Nous donnons en note (i) au sujet de l'organisation socia-
(i) Le parti ouvrier Belge se composait, en 1900, de 26 Fédérations régionales. Les principales de ces fédérations ont leur centre à Bruxelles, Gand, Liège, Verviers, Louvain, Mons, Anvers, Charieroi, Jolimont.
Le Parti Ouvrier constitue la seule organisation socialiste en Belgique. Partout la structure des fédérations régionales présente des caractères à peu près identiques : autour a'une société coopérative de consommation, se groupent des sociétés de secours mutuel, des chambres syndicales des cercles politiques.
L'ensemble de cette organisation fédérative est dirigée par un conseil général, dont le bureau est élu par le congrès annuel du parti.
liste en Belgique, quelques détails tirés du « Socialisme en Belgique » par Destrée et Vandervelde.
Telles sont, dans leurs grandes lignes, la formidable expansion et la solide organisation du socialisme. Elles sont dues pour une bonne part, outre les causes assignées au commencement de cet article, à l'intellisrence et à l'énero^ie des chefs. Parmi ceux-ci se sont distingués en Belgique : Vandervelde, Destréé, H. Denis, Anseele etc. ; en France : Millerand, Deville, Jaurès, Jules Guesde ; en Hollande : Domela Nieuvvenhuis, Van der Zwaag et les deux Marxistes Van Kol et Toelstra ; en Allemagne : Schâffle, Bebel, Liebknecht, Singer, de Vollmar, etc.
Il semble cependant qu'en certains pays le progrès du socialisme se soit ralenti, ces dernières années. En Belgique, les élections de 1904 et de igo6 ont déçu ses espérances ; en AUem.agne (i) son mou-
C'est donc la coopérative de consommation qui est la pièce de résistance des œuvres économiques socialistes.
En 1900, la fédération des sociétés coopératives affiliée au Parti Ouvrier comptait 189 groupes avec un total d'environ 86,000 membres.
Dans tous les centres oià le Parti Ouvrier a quelque importance, c'est une boulangerie constituée sur le modèle du Vooruit qui sert de base à l'organisation ouvrière. Les principales de ces boulangeries coopératives sont, outre leV'ooruit (7000 membres), les Fnje ôa^^r-rs d'Anvers (7000 m.), la Maison du peuple à Bruxelles (18000 m.), le Progrès à. Jolimont (15C00 m.), la Populaire à Liège (4000 m.).
Pour le fonctionnement de toutes ces institutions, le nombre des mutualités etc , voir Destrée et Vandervelde. Le socialisme en Belgique.
Le socialisme a tenté de pénétrer à la campagne ; pour atteindre ce but il s'appuie sur les coopératives des centres industriels et des villes. Le moyen a déjà partiellement réussi dans les Flandres, la Hesbaye et les Ardennes.
(i)Aux dernières élections (1907), nécessitées par la dissolution du Reichstag, le nombre de voix données aux candidats socialistes s'est accru notablement, quoique leurs députés ne soient rentrés aux chambres qu'au nombre de 43.
Une autre considération qu'il est nécessaire de ne pointperdre de
vement perd en extension, en intensité et en discipline. (WiNTERER, Histoire du socialisme. 2"" édition, appendice). En Autriche, aux élections de igoo, le parti socialiste a reculé. A quoi attribuer cet arrêt ? Est-il dû à des causes transitoires, ou, le socialisme a-t-il atteint la limite extrême de son développement ? Les faits seuls résoudront cette question dans l'avenir. Il est certain néanmoins, et les leaders l'ont avoué maintes fois, que le socialisme a rencontré dans le catholicisme son plus redoutable ennemi. Là où l'Eglise catholique a sa pleine liberté d'action, comme en Belgique, elle a, par le moyen de ses prêtres et de laïques éminents, couvert le pays d'institutions de toutes sortes : coopératives, mutualités, syndicats, etc. au point que le socialisme s'y voit interdire tout progrès. Les aveux des socialistes à ce sujet sont significatifs et ne cachent pas le dépit que l'influence cléricale leur fait éprouver. Ne citons que cette phrase de Vandervelde : « Le développement des sociétés de consommation dans les Ardennes, se heurte aux multiples obstacles provenant de l'éloi-
gnement des centres producteurs de la difficulté
de trouver, par suite de la pression du clergé très puissant dans la région, des administrateurs capables, des actionnaires indépendants et résolus ». [Socialisme en Belgique p. 58).
vue pour ne pas s'exagérer la portée de l'échec subi par le parti socialiste allemand, est qu'il est dii à une cause transitoire : appel passionné au sentiment patriotique fait par le prince de Bùlow.
Il est ceperdant juste de faire remarquer que l'attaque du chancelier était également dirigée contre le Centre, et que celui-ci est sorti plus fort de la lutte.
^ 2. Réfutsition.
A. Le socialisme est faux théoriquement.
Pour le prouver, nous examinerons successivement les principaux fondements de la thèse socialiste. Ce sera là le premier argument contre le socialisme.
I. ht prenne?' fondement de la doctrine collectiviste, les socialistes l'ont emprunté à J.-J. Rousseau qui l'a exposé dans ses deux livres : De l'origine d des fondements de Vinégalité parmi les hommes et Le contrat social.
Tous les hommes, dit Rousseau, ont la même nature.
Donc tous les hommes ont des droits égaux.
Puisque cette égalité sur le terrain économique ne peut s'obtenir que par l'abolition de la propriété, la nature humaine réclame l'introduction du collectivisme.
Réfutation. Tous les hommes ont la même nature ; sans aucun doute, si on ne considère que le caractère essentiel de l'homme ; mais si l'on regarde aussi le côté accidentel de cette nature humaine, il n'en est plus de même.
La conclusion de J.-J. Rousseau : tous les hommes ont des droits égaux, est très vraie si l'on ne tient compte que des droits qui découlent de la nature humaine considérée essentiellement, abstraitement. Mais, si l'on tient compte des droits qui découlent de la nature de l'homme considérée accidentellement, concrètement, avec toutes ses notes, qui varient à l'infini selon les individus, il est erroné d'affirmer que tous les hommes ont les mêmes droits.
Il semble superflu de prouver que, de fait, la nature humaine est accidentellement diff"érente d'après les individus. Personne pratiquement n'en doute. Il suffit d'énumérer ces différences pour les faire admettre :
a. Différences provenant d'une cause intrinsèque : la trempe, la finesse, la sûreté de l'intelligence ; l'énergie, l'initiative de la volonté ; les dispositions, la complexion du corps, etc.
b. Différences provenant d'une cause extrinsèque : circonstances de temps, de lieu, d'origine, de climat, dans lesquelles s'écoule la vie humaine ; la condition familiale, sociale dans laquelle tout homme se trouve placé dès sa naissance, etc.
La réponse à opposer à ce premier argument de J.-J. Rousseau se résume donc ainsi :
Les droits naturels de l'homme découlent de sa nature, nature essentiellement la même dans tous les individus, mais accidentellement différente en chacun d'eux ; d'où il suit que les droits naturels, essentiels à l'homme — ce sontles moyens nécessaires pour atteindre la fin dernière — sont les mêmes pour tous ; tandis que les droits naturels accidentels varient suivant la condition des individus.
De là, un vaste champ ouvert aux inégalités économiques (i).
IL L. Blanc dans son livre : Le droit an travail, fournit aux socialistes un second argztment.
Tout homme a droit à la vie.
Donc tout homme a droit au travail qui est le moyen de pourvoir à sa subsistance.
Mais dans la société actuelle ce droit est foulé aux
(i) Le même argument légitime les inégalités politiques.
pieds et doit l'être fatalement à raison du vice essentiel de notre organisation économique.
Il faut donc trouver un autre moyen ; et le seul moyen apte à faire respecter ce droit est de remettre à l'Etat tous les biens productifs, de lui confier la distribution du travail et par suite des richesses.
Réponse, a. L'homme a droit à la vie. Ce principe n'est nié par personne. La première conclusion à en tirer est, nous le verrons plus loin, le droit de propriété, en d'autres termes : parce que l'homme a droit à la vie, il a celui de se rendre maître des choses qui n'appartiennent encore à personne.
La seconde conclusion qui en découle est le «droit au travail» c'est-à-dire, tout d'abord, le pouvoir de chercher, par tous les moyens qui ne lèsent pas le droit d'un tiers, un travail rémunérateur ; ensuite l'assurance de ne pas être empêché d'accomplir pareil travail. De là, à conclure comme le fait L. Blanc, qu'un ouvrier manquant de travail acquiert par le fait mêmC; le droit d'exiger du patron du travail et le salaire correspondant, il y a loin. En certains cas le patron peut être obligé à fournir du travail «par la loi de la charité » mais non pas en vertu de la justice.
b. Outre l'erreur de principe relevée dans la première réponse, il se rencontre dans l'argument de L. Blanc une erreur de lait. Il dit que dans la société actuelle le droit au travail est foulé aux pieds, et doit l'être iatalement à raison du vice essentiel de notre organisation économique. L'auteur prouve l'existence de ce vice essentiel par l'observation aidée de l'induction.
Nous concédons que dans l'ordre économique actuel il y a des abus, mais des abus accidentels,
provenant par conséquent, non du droit de propriété qui fait la base de l'ordre économique actuel, mais des passions qui peuvent se mêler à l'exercice de ce droit. Cette concession, d'ailleurs, est sans importance pour la thèse de L. Blanc qui, pour être soutenable, doit établir que les abus sont essentiels au système.
Mais précisément ce point capital du système, L. Blanc ne le prouve nullement. Ses observations et ses inductions ne sont appuyées ni sur des statistiques comparées, ni sur des documents d'aucune sorte. Sa prétendue démonstration n'est donc qu'une longue déclamation et non une conclusion logique des faits observés.
c. La proposition de l'auteur : « le seul moyen apte à faire respecter ce droit est de remettre à l'Etat tous les biens productifs, de lui confier la distribution du travail et par suite des richesses » demande, elle aussi, une observation.
Je suppose que cette intervention de l'Etat soit capable de guérir les maux économiques actuels (supposition fausse, nous le prouverons plus loin), il ne s'en suit pas que l'Etat puisse, sans le consentement des citoyens, intervenir dans les proportions indiquées par le socialisme. La raison en est claire. Le droit de propriété est un droit primordial, appartenant à chaque individu, droit antérieur à la société; et si l'homme est naturellement poussé à se constituer en société, ce n'est que pour faire protéger plus efficacement son droit de propriété.
d. La Providence divine ne s'est pas fait faute d'ailleurs, d'obvier aux abus même accidentels qui peuvent se glisser dans le régime économique actuel.
En effet i° elle a donné à tout homme qui se trouverait dans une nécessité extrême le droit de prendre sur la propriété d'autrui ce qui lui est nécessaire pour conserver la vie.
2° Elle a imposé à tous les hommes des devoirs de charité à l'égard des pauvres, et a prescrit spécialement aux patrons des obligations rigoureuses de justice envers leurs ouvriers.
3° Elle a confié à l'autorité sociale la mission de veiller, tout en respectant et en protégeant la propriété des particuliers, à ce qu'au sein de la société, il y ait assez de travail pour occuper tous les bras.
La vraie solution du problème économique n'est pas dans le socialisme, mais dans le retour à la religion catholique qui inspirera aux riches la volonté de remplir leurs devoirs de justice et de charité, aux ouvriers une vie sobre et laborieuse, à la société le souci constant de procurer le bien de tous les citoyens.
III. Le troisième fondement du socialisme est exposé dans les œuvres de K. Marx, spécialement dans le livre : « Le capital. »
Il peut se résumer ainsi :
Un objet peut avoir une double valeur : une valeur d'échange et une valeur d'usage. Celle-ci consiste dans les qualités de l'objet et par suite dans l'utilité qu'il peut procurer à l'homme. La valeur d'échange au contraire n'est communiquée à l'objet que par la quantité de travail humain exigée pour sa confection. Et en effet : deux choses pourraient donner la valeur d'échange à un objet : ses qualités naturelles et le travail. Personne ne soutiendra la première hypothèse.
Qu'est-ce qui fait la base de l'échange ?
C'est une certaine équivalence qu'on remarque dans les choses échangées, p. e. froment, or ; ce ne sont pas les qualités naturelles des objets échangés qui constituent cette équivalence, puisqu'elles sont totalement opposées, au point que leur différence même est la raison de réchans:e. C'est donc le travail absorbé dans la préparation de l'objet qui est l'unique cause de sa valeur d'échange (i).
Quand le patron vendra l'objet confectionné par l'ouvrier, le prix de l'objet échangé devra donc revenir à l'ouvrier.
Le patron ne peut défalquer de cette somme que les frais d'achat de la matière brute, l'usure de ses machines et la rénumération de son propre travail. Or, et c'est ici que l'injustice commence; les patrons désireux de gagner une plus forte somme sur leur marchandise, retranchent quelque chose de plus. Cet excédent (plus-value) qui va grossir leur capital est donc pris tout entier sur les sueurs de l'ouvrier.
On voit dès lors de quelles cruelles injustices les capitaux sont le produit.
L'Etat, c'est sa mission, doit réprimer cette injustice et l'empêcher de se reproduire et par conséquent devenir lui-même propriétaire unique de tous les biens productifs.
Réponse. ToutQ. cette argumentation repose sur cette seule assertion que la valeur d'échange d'un objet
(i) Pour échapper aux objections, Marx prétend que la quantité de travail qui doit servir à mesurer la valeur d'échange d'un objet, n'est pas celle de tel ou de tel individu pris isolément, mais celle que peut fournir un ouvrier d'un talent et d'une force ordinaires. Voilà ce qu'il appelle le travail humain abstrait ou travail social.
provient uniquement de la quantité de travail humain exigé pour sa confection.
La preuve de cette assertion s'évanouit par une simple distinction. Sans doute les qualités des objets échangés ne sont pas les mêmes quant à leur nature, mais elles peuvent être égales en utilité.
Les hommes peuvent attacher la même importance à la satisfaction de désirs et de besoins divers. Deux objets répondent-ils à ces nécessités, l'homme qui les acquiert leur donnera la même valeur, quoiqu'ils soient de nature bien différente.
Ce n'est donc pas le travail seul qui fait la valeur d'échange de l'objet.
Il est évident que l'utilité de l'objet, l'agrément qu'il offre à l'acheteur, la qualité du travail, l'excellence naturelle de la matière dont il est confectionné exercent sur le prix de la chose une influence considérable. Qui prétendra jamais qu'on donne pour un mauvais vin le même prix que pour un bon vin, parce que la production de l'un et de l'autre a coûté au vigneron la même fatis^ue ?
De nos jours, c'est le travail mécanique et non pas le travail humain qui a la plus large part dans la confection des objets. Leur valeur d'échange néanmoins n'a pas sensiblement diminué. Quelle explication plausible de ce fait peuvent donner les Marxistes ?
Concluons : c'est une erreur manifeste de prétendre que le prix de l'objet provient uniquement de la quantité de travail humain qu'il représente ; il est donc également faux de conclure i° que le prix tout entier doit être restitué au travailleur 2" que le
Économie Politique. 4
capital est le iruit d'une injustice 3" que l'Etat doit intervenir et appliquer le système économique socialiste.
IV. Comme dernier fondement de leur doctrine, les socialistes aiment à invoquer le fait, patent à leurs yeux, que la répartition des richesses à l'heure présente est évidemment injuste, que cette injustice ne disparaîtra que le jour où triompheront les idées socialistes.
La force de cet argument — si argument il y a — n'est pas bien grande. L'injustice dont il est question, est un fait particulier ou une règle générale. Dans le premier cas il serait absurde d'attaquer le régime économique actuel. Les meilleures choses peuvent fournir occasion à des abus. Prétend-on au contraire que l'injustice est la règle générale, affirmation radicalement fausse, il faudrait encore prouver que par le fait même, elle devient essentielle à notre système économique.
On voit par le résumé des principales objections du socialisme, combien vains sont ses efforts pour détruire le droit de propriété. Celui-ci est de droit naturel. Les arguments directs pour l'établir ne manquent pas. (i) En effet. Dieu a imposé à l'homme l'obligation d'atteindre par ses propres efforts sa fin dernière naturelle.il a donc le droit de pourvoir à sa subsistance. Mais, comment l'homme pourrait-il efficacement pourvoir à sa subsistance, s'il ne lui était pas permis de se réserver l'usage exclusif de certains objets : vêtements, nourriture.
L'homme étant un être raisonnable a le droit de
(i) Pour la preuve détaillcc de cette assertion nous renvoyons à la philosophie morale, oià cette matière est traitée ex professa.
prévoir l'avenir, de s'assurer du pain pour le temps de la vieillesse ou de la maladie. Il a en outre le droit de fonder un foyer, et par conséquent l'obligation de subvenir à l'entretien de sa femme et de ses enfants. Il a le droit de perfectionner ses facultés naturelles, d'étendre ses connaissances, etc.. N'estil pas évident que le Créateur qui lui a conféré tous ces droits, qui lui a imposé ces obligations, ne lui a pas refusé le moyen indispensable d'exercer les uns et de remplir les autres. Il lui a donc conféré le droit de s'emparer de certains biens qui n'appartiennent encore à personne, de s'en réserver le domaine, la libre disposition.
Sans de grands efforts, sans un travail opiniâtre, la plupart des hommes ne parviennent pas à se fournir les choses nécessaires à la vie. Pour soutenir ce labeur assidu et difficile, il faut un puissant stimulant. Mais, l'expérience le prouve à l'évidence, enlever à l'homme l'assurance qu'il recueillera seul, tout seul, le fruit de son travail c'est éteindre du même coup en lui toute ardeur au travail. Or, il n'est pas possible de convaincre un travailleur que le fruit de son travail lui reviendra intégralement, si on lui enlève le droit d'en disposer à son gré, d'en réserver une partie, de s'en faire une propriété stable.
B. Impossibilité pratique du Socialisme.
Plusieurs essais de collectivisme ont été tentés au siècle dernier. Tous ont échoué. Qu'on se rappelle les Ateliers Nationaux établis à Paris en 1848, dans lesquels près de 100,000 ouvriers ont été occupés. Leur travail collectif n'a produit que la moitié de
— Sala somme nécessaire à leur entretien. Qu'on se rappelle les essais plus malheureux encore, tentés par Charles Fourier, Robert Ovven, Etienne Cabet etc.(i)
Cependant, ce n'est pas sur ces faits que nous établissons ce second argument :
Le socialisme est pratiquement irréalisable comme institution permanente, comme système économique durable :