‹ Manuel d'économie politiqueChapitre 29 sur 167 · I. En raison des obstacles extérieurs qu'il rencontrerait · texte numérisé non relu

I. En raison des obstacles extérieurs qu'il rencontrerait

En effet, pour pouvoir introduire ce système d'une manière stable, il faudrait :

a. déraciner toute idée de christianisme, puisque le christianisme ne se pliera jamais aux exigences socialistes ;

b. faire renoncer l'humanité entière à toute idée de liberté et de noble indépendance. Ce que veut en définitive le socialisme, n'est-ce pas asservir tous les hommes au dieu-Etat, qui imposera à chacun la part, le genre et la durée du travail à fournir ?

c. Bien plus, il faudrait que tous les hommes se sentissent pénétrés tout d'un coup d'un désintéressement, d'une obéissance, d'un dévouement au bien

(i) Voici ce que Van Eeden socialiste hollandais et grand capitaliste raconte de lui-même dans le journal le Pionnier : « J'ai appris comment en quelques années, en quelques mois, malgré les meilleures intentions, malgré la plus grande simplicité de vie, sans jouer, sans spéculer, on peut perdre 400,000 irs. J'ai appris combien il est difficile de trouver des hommes d'affaires eniendus qui aient une juste idée de leur propre valeur.

J'ai appris l'utilité d'une sévérité inflexible dans toute entreprise commerciale. J'ai appris qu'il est extrêmement difficile d'être un bon capitaliste. ..J'ai ainsi payéje respère,des leçons qui profiteront à beaucoup de capitalistes de bonne volonté, et aux groupes socialistes partisans de l'appropriation collective de la terre,qui viendront après moi.»

commun, d'un esprit de sacrifice inconnus jusqu'ici à la terre, pour vouloir se plier, malgré leurs répugnances, pendant toute leur vie, sur un simple signe, à toutes les injonctions des magistrats.

II. Le socialisme est pratiquement irréalisable en raison des obstacles int ri use que s au système.

a. Il n'est pas possible de déterminer partout la quantité et la qualité des objets à produire, de façon à éviter toute surproduction. Il faudrait dans ce but, faire une enquête préalable dans le pays entier, ou, si l'on veut, dans le monde entier, dans chaque province, dans chaque commune, dans chaque famille, auprès de chaque individu, et cela plusieurs fois par an.

b. Il n'est pas possible d'organiser partout le travail. Il faudrait, au préalable, connaître exactement le nombre des travailleurs et la qualité de chacun, pénétrer pour cela dans les moindres hameaux, empêcher les travailleurs d'aller s'établir dans des contrées plus agréables, surveiller chaque individu, quant à l'exécution, quant au genre et à la durée du travail imposé.

c. Il n'est pas possible de distribuer le travail entre tous les citoyens, de désigner ceux qui descendront dans les mines, qui auront soin des malades, qui feront la cuisine, qui surveilleront le travail, ou même le distribueront, sans provoquer des réclamations, des critiques, des révoltes sans fin.

d. Il n'est pas possible de répartir les richesses produites. — Quelle norme en effet adoptera-t-on pour faire cette répartition ?

1° le temps employé au travail ? Mais alors l'ha-

bileté, l'activité, l'assiduité ce l'ouvrier et la difficulté du travail ne comptent pour rien.

2" la qualité et la quantité du travail ? Mais dans ce cas que devient le principe fondamental du socialisme : l'égalité? Ensuite, comment déterminer le nombre et la qualité de ces millions de travailleurs, répandus sur toute la surface du pays? Comment connaître l'habileté, la dextérité de chacun ? Ne faudrat-il pas placer à côté de chaque travailleur un surveillant intègre, patient et capable de discerner le mérite?

3" l'indigence, la nécessité de chacun ? Mais comment en tenir compte sans blesser l'équité à l'égard des autres, qui travaillent plus longtemps et mieux ? Ensuite, qui donc, dans cette république socialiste, sera doué d'assez de tact, d'autorité, de clairvoyance, pour déterminer les nécessités de chacun, la nourriture, l'habit et le logement qui lui manquent, sans exciter en même temps les discordes, les jalousies, l'envie, les querelles des citoyens?

e. I -'homme n'a pas seulement besoin de nourrir son corps ; il a l'amour du vrai et du beau ; — que deviendront les arts et les sciences sous le régime socialiste ? Qui aura le temps et le goût de s'en occuper? On n'improvise pas un savant ou un artiste; il faut une longue préparation, des études sérieuses, une application constante. Or, dans le système socialiste, toute l'activité humaine est absorbée par la production.

/. Enlin la difficulté capitale, contre laquelle viendront se briser toujours les efforts des socialistes, c'est le manque de stimulant au travail. L'homme se laisse généralement conduire par un motif d'intérêt : c'est là le fond de sa nature ; il ne travaillera pas s'il

n'a l'espoir de recueillir le fruit de ses efforts. Cet espoir, il ne saurait l'avoir sous le régime socialiste. Toujours il lui sera interdit de se constituer une propriété ; toujours il devra partager le fruit de ses labeurs avec ses compagnons moins habiles, moins actifs, moins honnêtes que lui.

Voilà quelques-uns des inconvénients du système socialiste. Ils suffisent amplement à prouver son impossibilité pratique.

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