I. Notions
La division du travail consiste â le décomposer en une série de tâches parcellaires diverses,dont chacune occupe, d'une façon permanente, une catégorie particidiere d'ouvriers.
Elle suppose une direction supérieure, unique, reliant
toutes les opérations particulières et les faisant concourir à un seul but.
La division du travail ne se rencontre pas seulement dans chaque profession ; elle s'étend atout le domaine économique. Elle se retrouve dans l'ordre économique et hiérarchique des travaux : travail d'invention, travail de direction, travail d'exécution, subdivisés à leur tour ; dans le partage des professions au sein de la société : prêtres, médecins, avocats, juges industriels, agriculteurs, etc. ; dans la spécialité des industries selon la localité, comme l'industrie extractive (p. e. Hainaut, Liège), agricole (Flandres), commerciale (Anvers).
IL Avantages et désavantages.
a. Avantages :
1. La division du travail dévtloppQ l' habileté professionnelle, la dextérité de l'ouvrier, qu'il s'agisse de travaux intellectuels ou de travaux manuels. C'est un fait d'expérience, que les mouvements imprimés fréquemment aux muscles, deviennent mécaniques et s'accomplissent à la fin avec une rapidité et une précision merveilleuses.
L'esprit, tout aussi bien que les muscles, se perfectionne par un travail uniforme. C'est Vhabitude qui donne à l'avocat l'aisance de la parole, au comptable la rapidité du calcul.
2. La division du travail économise le temps. L'ouvrier ne doit changer ni de place, ni d'outil.
3. Elle diminue la durée de l'apprentissage. Autrefois, pour se rendre maître dans un métier, il fallait des années d'apprentissage. Aujourd'hui, le jeune homme de vingt ans gagne son salaire ; après quel-
ques mois d'exercice, le cloutier peut parvenir à fabriquer 2500 clous, en un jour, alors qu'un forgeron habile n'arrive pas à en faire mille ; la jeune cigarière peut journellement rouler 1500 cigarettes ; 30 ouvriers fabriquent, en un jour, 15,500 cartes à jouer, soit 500 par tête, tandis qu'un ouvrier, obligé d'exécuter seul toutes les opérations nécessaires pour faire une carte, n'en achèverait peut-être pas deux par jour.
4. Elle permet de tirer parti de chaque ouvrier d'après ses capacités, et particulièrement des enfanis et des femmes. On constate en effet que, partoutoù le travail est très-divisé, la demande des bras des faibles augmente, p. e. dans les filatures.
5. Elle fait découvrir des procédés expéditifs, des abréviations de tâches, ce qu'on appelle des tours de main, parce qu'elle réduit chaque opération à un mouvement très simple, toujours uniforme.
b. Désavantages.
1. On a reproché, en premier lieu, à la division du travail de faire de l'homme une machine, de le déprimer moralement et physiquement. C'est un pauvre témoignage à se rendre, a-t-on dit, que de n'avoir jamais fait dans sa vie que tourner une manivelle ou blanchir des têtes d'épingle.
2. Le travailleur se trouve placé dans une dépendance pins grande des événements qui peuvent lui enlever, d'un jour à l'autre, son gagne-pain, p. e. une crise, le perfectionnement d'une machine, une invention ; anciennement, un ouvrier forcé de chômer dans un travail, se trouvait capable d'en entreprendre un autre.
Conclusion. On aurait tort de dénier tout fondement
à ces inconvénients ; mais on ferait plus mal encore de les exagérer. On ne voit pas que l'esprit d'un ouvrier qui ferait toute sa vie, non pas la 70""= partie d'une carte à jouer, mais la carte toute entière, soit pour cela plus développé ; que l'ouvrier mécanicien des grandes usines actuelles, ait l'mtelligence plus engourdie que le forgeron d'autrefois.
D'ailleurs, le développement qu'a pris l'industrie, en partie grâce à la division du travail, permet la limitation de la journée du travail, qui procure à l'ouvrier le moyen de développer d'une manière plus normale ses forces phvsiques et intellectuelles. Cette limitation de la durée du travail commence déjà à s'introduire dans différents pays.
Qu'on y ajoute le repos du dimanche qui, chaque semaine, pendant un jour, arrache l'ouvrier à ses occupations matérielles, basses, terrestres, et applique son esprit et son cœur à des pensées et à des espérances supérieures.
Enfin, les inconvénients réels de la divison du travail peuvent être diminués par une bonne organisation dît travail, obtenue par des règlements d'atelier conformes à la justice et à la charité chrétienne. Ces règlements doivent prescrire un temps de relâche suffisant pour réparer les forces phvsiques et morales de l'ouvrier ; ils doivent, en outre, empêcher la division excessive du travail. Celle-ci doit s'arrêter là, où il n'y a plus pour l'ouvrier d'économie réelle, où les profits sur la main d'œuvre se font aux dépens de la santé, de l'intelligence ou de la moralité du travailleur. Maintenir l'équité dans les rapports entre le capital et le travail est partiellement le rôle dévolu aux corporations, chambres syndicales, conseils du travail, de l'industrie, de prud'hommes.
§ 3. Le travail mécanique. Les machines.