I. Les syndicats de l'Industrie
a. Syndicats de patrons. Ils se forment pour empêcher les baisses de prix, les dépréciations de marchandises, les grèves. Aux grèves de la part des ouvriers, répondent ainsi les lock-out des patrons.
Ils se forment aussi dans un but plus noble : la protection des droits des ouvriers. Il est inutile de dire que cette généreuse initiative n'est féconde que si elle est basée sur la religion.
Il existe peu de syndicats de patrons en Belgique ; on cite quelques syndicats de tailleurs, de cordonniers etc. une imion de maîtres peintres, de plombiers et zingueurs, à Anvers ; une ghilde de travailleurs de cuir, à Malines ; une union gantoise : Moed en volherding ; une chambre syndicale de bouchers et charpentiers de l'arrondissement de Bruxelles ; un syndicat général des voyageurs, employés, négocia7its et patrons ; et quelques autres.
b. Syndicats ouvriers. V L'institution des syndicats d'ouvriers rencontre de graves difficultés. Les ouvriers eux-mêmes, insouciants, imprévoyants et égoïstes se sont bien souvent opposés à leur création. Les patrons surtout sont, en grand nombre, irréductiblement opposés aux syndicats ouvriers. Ils redoutent la force d'une telle union si elle se dresse contre eux ; ils aiment à imposer d'autorité aux ouvriers leur règlement d'atelier, les salaires, la durée du travail et le reste.
2° L'utilité de ces syndicats ouvriers est cependant tani^ible. Ils ont pour but de déterminer de justes conditions de salaire et de durée du travail, d'obtenir des sfaranties morales et religieuses, de faire valoir les réclamations justes, de faciliter la création de mutualités contre les maladies, le chômage, la vieillesse. Les syndicats ouvriers, pourvu qu'ils soient basés sur la religion, ont des titres à la confiance des patrons eux-mêmes.
3° Il est donc urgent de vaincre la résistance des patrons et aussi l'opposition de certains groupes ouvriers. Sans cela, le socialisme gagnera de plus en plus du terrain. Pour lever ces difficultés, il faut agir auprès des patrons, leur montrer par les exemples, les faits (i) et la situation actuelle du monde économique, la stérilité et les effets désastreux de leurs résistances ; il faut agir aussi auprès des ouvriers, et leur présenter un avantage immédiat, concret, tangible, attaché au syndicat. Dans ce but, il peut être utile d'y adjoindre une coopérative, une mutualité.
Les socialistes nous donnent l'exemple sous ce rapport. (Voir Destrée et Vandervelde. Le socialisme en Belgique.)
4° Il ne suffit pas d'écarter les obstacles extérieurs ; il faut, pour faire réussir un syndicat d'ouvriers, réaliser plusieurs conditions d^ organisation intérieure.
A la base de ces svndicats, doit se trouver la rcligion. Les syndicats neutres (2) ne doivent pas être
(i) Qu'on se rappelle la grève récente de Roulers et le profit qu'en tire le socialisme. L'existence de syndicats chrétiens, obstinément contrecarrée par les patrons, aurait tout sauvé. Voir d'autres exemples dans le Mcin. soc. de Vermeersch, p. 797.
(2) Nous disons syndicats neutres et non pas syndicats libres. Les démocrates liégeois qui se sont montrés partisans des syndicats libres,
Economie Politique. n
recommandés par des catholiques. Ils favorisent régulièrement le socialisme, et ne portent pas les fruits qu'on est en droit d'attendre de syndicats d'ouvriers. Rien n'est plus instructif, sous ce rapport, que le récent lock-out de Verviers. (cfr. Rev. soc. cath. 1906-07 p. 33).
Le choix des premiers associés doit être prudent. Quelques ouvriers influents et résolus suffisent pour mettre un syndicat sur pied. Ils lui impriment un élan visfoureux et surtout une activité constante.
Le syndicat, dans sa constitution et son fonctionnement, doit apparaître comme étant l'œuvre des ouvriers. Cela n'exclut pas une influence plus haute de laïques des classes supérieures, et surtout du prêtre, pourvu que leur action soit discrète, pacificatrice et toute de persuasion.
Voici (:\\xe.\(\uQ,s, détails pratiques concernant l'extension des syndicats ouvriers belges. Plusieurs de ces syndicats ont survécu à la révolution ; telles les Nations d'Anvers : compagnies de déchargement et de transport au nombre de 50 environ, dont plusieurs comptent 40 à 50 bazen (patrons) ; tels encore les Dockers d'Anvers, les Stiikwerkers et les Syndicats de débardeurs de Gand.
D'autres syndicats ont été fondés depuis, et en grand nombre, p. e. V Union philanthropique des chapeliers, en 1838, V Association des compositeurs-typographes, en 1842. Depuis 1890, des sydicats se sont formés au sein de presque tou-
lors du récent lock-out de Verviers, disent qu'à leur sens : « le syndicat libre n'est pas un syndicat amoral comme le syndicat neutre »; « que le syndicat libre est basé sur la morale naturelle dont les prescriptions en matière économique ont été simplement confirmées par la révélation chrétienne ». De plus, les syndicats libres liégeois ont inscrit dans leurs statuts, l'obligation pour les membres de respecter la religion, la tamille et la propriété. Il semble donc que le syndicat libre tel que l'entendent les démocrates de Liège ne peut pas être confondu avec le syndicat neutre et qu'il se rapproche même sensiblement du syndicat chrétien.
tes les catégories de travailleurs, les verriers, les cigariers, les tisserands, les nictallurgistes, les carriers, les scidpteîirs', les diamantaires, les boulangers, les tailleurs. Déjà commencent les syndicats de cochers, de voituriers, de chauffeurs d'automobile, de conducteurs de train et de tram.hes servantescuisinières ne tarderont pas à entrer dans le mouvement syndical. L'élément féminin d'ailleurs figure déjà pour une large part dans les statistiques syndicales. Il y a des syndicats de couturières, de chapelières. Le compte-rendu du IV^ congrès s}'ndical du Parti ouvrier signale 2720 femmes affiliées, en 1902, au syndicat socialiste des tisserands (i).
En 1903, le chiffre des ouvriers syndiqués s'élevait, pour la Belgique, à environ 120,000, dont le plus grand nombre est enrôlé sous la bannière du socialisme.
D'après les derniers renseignements fournis (voir l'annuaire de la Ligue Démocratique pour 1908) par le R. P. Rutten,le zélé secrétaire général des Unions professionnel-
(i) Les catholiques n'ont garde de laisser la belle œuvre des « Ligues des femmes» à l'initiative des socialistes. Plusieurs Ligues de femmes chrétiennes se sont déjà formées. Citons :
1. La Ligue de Bruxelles, due au zèle du R P. Van Langermeersch, S.J. En 1903, elle comprenait 3 sociétés reconnues de secours mutuels, une mutualité de retraite, une société coopérative, un bureau de placement, un atelier de chômage, un dispensaire, une école ménagère, un patronage etc. La Ligue comprend des membres honoraires, des membres effectifs, des mcmhtei^ patrons, des ouvrières.