‹ Manuel d'economie politique [microform]Chapitre 10 sur 55 · GRATUITÉ RU CONCOURS · texte numérisé non relu

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son bien-être, sans lui demander pins d’efforts. Depnis 1 arc et la flèclie, jusqn’à la machine à air chand d’Ericson et an télégraphe électrique, la loi est la même ; chaque agent naturel agit sans rémunération, et en coopérant avec le trayad de l’homme, il le rend plus efficace. Chacun deux exige, comme condition de son activité, des combinaisons de matière, que nous appelons instruments ou mécanisme. Chaque non4l agent, associé au travail de l’homme, facilite l’ac- (inisition de pouvoirs nouveaux et pins efficaces, et chaque nouvelle machine coûte meilleur marché que la précédente, en égard à son pouvoir relatif, parce qu’elle est , à un pins liant degré, le produit d’agents naturels, qui travaillent pour rien, et, à un moindre degré, celui de la force musculaire, qui,'dans l’homme comme dans les animaux, ne peut s’exercer qu’avec le stimulant de la nourriture, et, par conséquent,

doit s’acheter par son moyen.

Nous avons employé, dans le paragraphe précédent, plusieurs mots, tels que gratuit, bon marché, acheter , qui naissent du fait de l’échange et supposent son existence. Ils contiennent aussi l’idée de valeur, inséparablement jointe à celle d’échange. Comme il serait impossible de continuer une dissertation de cette nature sans les employer constamment, il est important d’en fixer le sens, c’est-à-dire de re-

(‘litH'olior ûc (|iiols féiits ils clcriAcnt.

Ce sauvage solitaire, dont nous avons tracé les progrès, fait tout pourlni-inêmc. C’est la marque caractéristique de la vie sauvage ; chaipie individu chasse, pêche, cnit, bâtit, apporte et emporte, et façonne les outils emplovés à ces operatimis, pour lui seul ; tandis qu’un état avancé de civilisation est caractérisé par un cercle très-restreint d’occupations assigné à chaque individu, qui lait dépendre du travail des autres la satisfaction de la plupart, et quelquefois même de î.ms ses bt'soins. Un homme peut travailler toute sa vie à construire des machines à vapeur, et ne jamais taire usage il’nne seule, et cependant des milliers (Vhmnmes ont cou-

DES AGENTS NATURELS

tribné plus on moins de leur travail à la production, à la façon et au transport des articles qu’il consomme en un seul jour ; des masses d’hommes et de forces travaillent continuellement en partie pour lui ; et sa part du produit de leur labeur lui arrive à travers une série presque indéfinie d’échanges, effectués indirectement par le moyen de l’argent.

La forme primitive de l’échange est le troc. Il présuppose une diversité de produits, et, par conséquent, de traA’ail. Il implique une comparaison du service rendu avec le service reçu ; du travail c|u’il en coûterait pour obtenir la chose dont on veut se défaire, et de celui qu’oii emploierait à se procurer la chose offerte en échange.

Supposons que le sauvage qui a un arc et qui, avec cet instrument, possède le pouvoir de se procurer en un jour autant de venaison qu’il pouvait en tuer auparavant en dix jours, découvre à l’extrémité opposée de l’île un autre sauvage qui n’a point d’arc, mais qui s’est fait un hameçon d’un os crochu, et qu’il lui offre de la chair de cheA'reiiil en échange de son poisson, sur quelle base trocpieraient-ils? Le pêcheur a du poisson qui lui a coûté neuf heures de travail ; le chasseur lui offre autant de venaison qu’un homme armé d’un arc et de flèches peut, en moyenne, en abattre en une heure, ce qui équivaut à nu travail de dix heures pour celui qui n’a pas ces instruments. Le pêcheur se dirait : a En neuf heures je puis prendre autant de poissons et d’une aussi bonne qualité, mais il m’en coiitera dix pour rdheuir autant de venaison. » Il y a un gain pour lui d’une heure de travail à cet échange ; et, quoiqu’il sache que l’homme à l’arc fait un gain de neuf heures en achetant sou poisson an lieu de le pêclicr, cela n’est pas un obstacle au marclié. L’écliauge se fait, an prufit mutuel des parties, et le chasseur retourne vers son côté de l’ile, non sans avoir observé, cependaiû, combien il lui sera facile de se pourvoir d’un hameçon et d une ligne, et de pêcher quand il lui plaira.

Le pêclieur est cloué an rivage, faute d’un ])ateau; il voit

GHATUITE DU CONCOURS

tlotter 1111 arlire, et l’idée lui vient qu’il pourrait être creuse au moyeu du feu, et l’extérieur façonné avec une bâche grossière, faite d’une pierre attachée à un bâton avec une courroie. Il vient à bout de construire un canot, et, libre désormais de quitter la terre, il peut la côtoyer à son gré, ou s’en éloigner, à la recherche de poissons plus gros dans une eau plus profonde. Il s’est acquis l’aide d’un agent naturel, le pouvoir de l’eau pour porter son canot ; mais il lui faut déployer une force musculaire pour le pousser avec la pagaie. Quand il a appris à élever une voile, le vent se charge de faire mouvoir le bateau. Il peut étendre ses courses à quelque distance, — la nourriture nécessaire à soutenir un homme c[ui rame est économisée, — et le travail qui est ainsi remplacé peut s’appliquer directement a la production des aliments, ou indirectement, dans une plus grande mesure, à la construction de bateaux et de x'oiles, d arcs et de flèches, ce qui permet à une troisième personne de produire des aliments en moins de temps que le ci-devant rameur ne pouvait le faire par ses efforts. Nous pouvons bien supposer que le pouvoir du pécheur est décuplé. Après s’étre approvisionné en un jour d’autant de livres de poisson qu’il pouvait autrefois en prendre en dix, comme il peut porter une cargaison, il fait voile autour do l’ile et s’arrête en face de la hutte du chasseur; il lui propose de nouveau d’échanger avec lui contre de la venaison. Le chasseur sent qu’il est de son intérêt de donner son gibier, (jui lui coûte dix heures de travail, contre du poisson que lui, sans bateau, ne pourrait SC procurer qu’en dix heures, quoiqu’il n’en ait coûté (|u’une au pêcheur. Le batelier, de son côté, placé dans les mêmes circonstances à l’égard de la venaison, faute d’un arc, raisonne de la même manière. Chacun mesure la valeur de la denrée qu’il veut acheter, par la peine qu’il aurait à la produire lui-même, et qu’il s’épargne en l’acquérant par l’échange. Il mesure la valeur de l’article dont il se défait par le travail »jue sa production lui a coûté. Il compterait

DES AGENTS NATURELS

pour rien ce qui ne lui a rien coûté, comme étant le résultat de la coopération gratuite d’agents naturels. C’est ainsi que seront comptés, dans le cas que nous ax'ons supposé, les neuf dixièmes du poisson et de la X’enaison. Chaque partie, ayant des instruments aussi bons, échangera à termes égaux, — travail contre travail d’une durée et d’une intensité égales. Il en résultera que run obtiendra dix fois autant de poissons, et l’autre dix fois autant de venaison qu’il aurait pu s’en procurer sans échange. Le profit qui résulte du concours gratuit de tous les agents naturels mis en activité est ainsi également distribué pour le bien-être commun.

Nous avons jusqu’ici considéré un cas d’échange où chaque partie ax'ait le monopole pratique d’une espèce particulière de mécanisme et des forces naturelles, qui sont rendues actives par le moyeu de sa possession. Mais ce monopole n’a nécessairement qu’une existence très -courte. L’homme qui s’est vu déchargé de la fatigue de ramer, et mis là même de construire des bateaux, en construira bientôt un pour lui-même, et il ira avec le premier pêcheur chercher, auprès du chasseur, un marché pour son poisson. Chacun d’eux est disposé à obtenir toute la x^enaison qu’il pourra; mais chacun d’eux est prêt aussi à donner le produit d’un peu moins de dix heures de pèche, plutôt que d’employer ce temps à se procurer la venaison qui ne coûte au chasseur qu’une heure de trax’ail. Leur concurrence a pour effet de donner h ce dernier le bénéfice entier de la coopération du vent et de l’eau dans la réduction du travail de la pêche. Il obtient le poisson pour ce qu’il en a coûté de le prendre, dans les circonstances présentes, avec le secours des forces naturelles et les qualités do la matière qui ont été mises en lisage, au moment oû il est offert à l’échange.

La règle qui gouverne le trafic entre les sauvages a son application dans tous les pays'et dans tous les temps. Hieu no peut Hécliuuger contre plus de Iravail, oii coulro le produit 4e plus do travail (ju’il u’en faut pour le iV[>roduire, Le veu-»

(,RATL'1TÉ I>U CONtlOl R^

deur désirerait peut-être obtenir davantage, parce qnbl a dépensé davantage; mais le motif (pie peut avoir un acheteur pour se procurer une denrée par voie cVéchange, c est de Tx.nvoir s’épargner la peine de la faiia* lui-même et de 1 amener, par ses propres efforts, à l’endroit où elle est offerte.

11 y a vingt ans, une boîte de papier rouge, contenant ipiekpies allumettes soufrées et une fiole d’acide, au moyen duquel 011 les allumait, coûtait un scbelling de New-York. Maintenant, on vend pour un sou autant d’allumettes a friction, d’une cpialité supérieure, dans une boîte de papier gris. Personne ne doute cpie, si une boîte d’;dliimettes était restée, par hasard, sur les rayons de la boiiticpie d’un epicier pendant vingt ans , il ne fût obligé de la vendre pour ce même sou, qui est le prix d’une pareille cpiantité d’allumettes plus commodes. Ce serait en vain qu’il voudrait prouver (pi’elle lui a coûté davantage. La réponse serait ipe, pendant ce temps, on est arrivé, au moyen de combinaisons meraniques et chimiques perfectionnées, a faire lingt-cinq boîtes avec la dépense de travail liumain (pie la sienne avait exigée autrefois. Sur ces vingt-cinq b(àtes, vingt-quatre peuvent être considérées comme la contribution de la nature.

(pii prête son secours sans demander aucune récompense;— et une, comme le résultat de l’action musculaire qui a consomme des aliments pour se développer, et (jui ne peut se renouveler, à moins (pie la nourriture ne soit remplacée, et (pu, par conséapient, demande à être payée en aliments, ou en quelque chose (pii puisse s’échanger contre des aliments.

Plusieurs économistes ont cliercbé à établir une éipiation entre la valeur et le travail employé à la production ou a l’appropriation des denrées. Ils sont ainsi forcés d attribuer, dans certains cas, au travail de l’homme, tant d efficaciL^ a communiquer de la valeur, et, dans d’autres, si peu, (pils l’ont rendu tout à fait incapable <ie servir de mesure. Si l’on soumet à leur appréciation le cas oû un liomme aurait trouvé une pierre précieuse en se promenant sur le bord do

I*ES AGENTS NATURELS

la iJier, mi ils sont obligés de nier qu’elle ait aucune valeur, ou lûen d’attribuer cette valeur au travail de se baisser pour la ramasser. Ce hasard peut arriver à un homme qui travaille pour un dollar par jour : cet homme est parfaitement convaincu que telle est la véritable valeur ’de son travail, et ces économistes le lui affirmeraient au besoin, s’il ('tait disposé à en douter. Cependant, une seccmde de son temps, la simple action d’allonger le bras , dont la valeur est une fraction inappréciable d’un sou, devient soudainement si précieuse à leurs yeux (pi’elle excède un million de fois la valeur cpi’elle avait un moment aiipara\ant. C est comme si l’on prenait les différentes vitesses d’une comète poui régler des cbrononiètres. Nous évitons tout cet embarras, quand nous prenons le coiit de reproduction comme la règle par la({uelle nous comparons actuellement les valeurs, parce que nous voyons (lü’il est également applicable au résultat du travail énormément rétribué de la minute exceptionnelle, et au salaire ordinaire du reste de la journée de travail. L ouvrier (jui a cassé des pierres pour ferrer une route peut dire : « La valeur de ce monceau de dur granit n’excède pas un jour (le travail, car le travail d’une journée en reproduira un semblable.—La valeur de cette pierre brillante est le travail de mille jours, parce (pi’il faudra au moins un traxail de mille jours pour en obtenir une autre. » La base de la valeur est la même dans les deux cas, et l’unité de mesure ne change pas^.

• C((tte doctrine est expliquée plus au long par M. Carey, auquel nous rcnq)runtons , dans ses Principes d'Econonomie politique, vol. k*", page 15. Le professeur Ferrara, dans son Introduclion de la traduction italienne des ouvrages de M. Basliat, s’exprime ainsi :

« Carc'y et, apres lui, Bastiat, ont introduit une formule à posteriori. que je crois destinée à être universellement adoptée; et l’on doit beaucoup regretter ([ue le dernier se soit borné à l'indiquer en passant, au lieu de lui donner l’importance que le premier lui a si justement attribuée. En estimant l’équilibre entre l’effort personnel et futilité pour

GKAiLll'E UL LiO.NCULKS

IAtilité. — Le pouvoir qu'a une chose de satisfaire les besoins et les désirs de rhoinme est quoique chose de plus que la valeur, qui est la somme des obstacles à son acquisition. La différence entre elles, — entre le montant brut du service que peut rendre la possession d’une chose qui satisfait à nos besoins, et le montant brut du travail qu’il faut entreprendre pour l’obtenir, — est la somme des effets produits par l’opération gratuite des forces de la nature. Les hommes diffèrent dans leur évaluation de l’utilité des objets, ce qui revient à dire qu’ils diffèrent dans leurs goûts et leur jugement. Plus cette estimation est élevée, plus la demande d’une denrée acquiert d’intensité ; plus sont réduits les obstacles à sa production, c’est-à-dire, plus sont nombreux et puissants les agents naturels qui aident ou remplacent la force musculaire, plus sa valeur est diminuée. Le prix marque en argent le point, — point cjui change avec chaque changement de temps et de lieu, — auquel un équilibre s’établit entre les forces morales, intellectuelles et physiques, qui poussent l’homme à l’acquisition d’un olqet, et

les autres, il peut intervenir mille circonstances; et il est désirable do savoir s’il n’y a pas parmi les hommes une loi, un principe d’une application universelle. L’offre et la demande, la rareté, l’abondance, etc..., sont tous insuffisants, et sujets à des exceptions perpétuelles. Garey a remarqué, et avec beaucoup de sagacité, que cette loi est le travail épargné, le coût de la reproduction, — idée qui, à mon sens, est e.xtrémement heureuse. Il me paraît qu'il ne peut se présenter un seul cas d’échange. auquel celte loi ne puisse s’appliquer. Je ne donnerai pas une certaine quantité de travail ou de fatigue, à moins qu’on ne m’offre en échange une utilité équivalente; et je ne la regarderai pas comme équivalente, à moins que je ne voie qu’elle me revient à moins de travail qu'il n’en faudrait pour sa reproduction. Je regarde cette formule comme extrêmement heureuse ; parce que, tandis que, d’un coté, elle conserve l’idée de frais de travail, qui se présente constamment à l’esprit, elle évite, do l'autre, l’absurdité à laquelle nous sommes conduits par la théorie, qui prétend voir partout une valeur équivalente aux frais de production ; et, enfin, elle montre plus parfaitement la justice essentielle ijtii nous gouverne dans nos échanges, a

DES AGEMS .NATURELS. |

celles qui le retiennent. Il n’y a cependant aucnne relation fixe et absolue entre l’argent et le travail . La découverte de l’or dans la Californie et l’Australie réduit chaque jour les frais de production de l’or, et élève le prix, mesuré en or, de tous les autres objets d’éclmnge. Prix et valeur ne sont donc pas des termes plus synonymes que valeur et utilité, dans le sens où nous les employons. Nous nous serviron.s toujouis du premier, \aleur, pour marrjuer le rapjrort entre nn objet offert à l’échange et la quantité de travail nécessaire pour mettre en mouvement les forces naturelles, et reproduire un objet semblable.

Telle est la force de l’habitude, que les idées qui, par leur correspondance réelle avec la nature des choses, sont essentiellement naturelles et spontanées, arrivent, par les lurmes du langage, à iiaraître forcées et artificielles. Il est mnsi advenu que, parce que nous avons été accoutumés à designer le coût par les dénominations du métal monnavé, es hommes instruits et d’un esprit pénétrant, eu.x-mémes, en' sont venus à raisonner, comme si la relation do la valeur au travail était un raffinement de théorie, au lieu d’ètre une venté pratique à laquelle l’homme est soumis dans ses affaires de chaque jour. « Le travail, dit Adam Smith, fut le premier pri.x, le premier argent que l’on paya pour toute chose. » (^eci est regardé comme une vérité par des hommes qui cependant raisonnent, à l’égard de l’économie politique des nations, comme si argent et travail étaient maintenant dan termes synonymes, et comme si la question de la cherté ou fn hou marché d’une chose était résolue de suite et pélemptoireinent, par le seul énoncé du montant d’argent marque en fiicc de son nom sur le prix courant. Tout en se ' n>.'int es disciples de l’auteur de la Richesse des nations, c en un oquant son autorité comme sanction do leurs dof- 1 s oublient qu il a écrit, ce que l’expérience confirme •

« l"us les temps et dans tous les lieii.v, ce qu’il estdif- ^ ' e se juucurer, ou ce qui coûte beaucoup de tra\ail à

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