LU
i ifi
bO GRATUITE DU CONCOURS
Il est manifeste aussi quïl y a une loi de progrès constant dans l’appropriation par l’iiomme des forces naturelles, indépendamment de la découverte de nouvelles forces motrices. Chaque machine rend plus facile la construction de machines nouvelles, pour utiliser les forces déjà connues, hile en fait baisser le pnæ; elle nous permet d’entreprendre celles qui étaient impossibles auparavant (nous ne parlons pas du coût), faute de moyens et de temps; et elle délivre les hommes de la peine physique, en leur donnant par là la facilité d’étudier et d’essayer. Chaque vérité nouvelle découverte est la clé d’un arsenal entier, et chaque art nouveau est le père de mille autres. Les forces motrices de la nature qui furent employées les premières étaient les plus grossières, les plus matérielles, et, par conséquent, les plus en évidence. Le poids de l’eau courante, le vent qui courbait chaque arbre, — telles furent celles qui attirèrent l’attention des premiers hommes.
La vapeur, la chaleur, la pression atmosphérique, sont plus subtiles et plus utiles, parce qu'elles peuvent se développer sur le lieu même où leur action est demandée. Les machines ejue leur emploi nécessite peuvent être transportées à l’endroit où on en a besoin, — peuvent se mouvoir elles-mêmes sur la route. L'électricité les surpasse en subtilité et en puissance, en rapidité et en intensité d’action. Invisible, impondérable, d'une vélocité incommensurable, elle semble être la chaîne entre la matière et l’esprit. Elle est si volatile, cju'elle a jusqu'à présent éludé les efforts do la science, pour employer la force motrice qu'elle possède sans aucun doute. Elle sépare les métaux de leur minerai, elle
toutes les forces de la nature pour notre usage. Au lieu d’yeux télescopiques et microscopiques, il nous a donné le pouvoir d’inventer le télescope et le microscope. Au lieu de dix mille doigts.il nous a doués du génie d’inventer le métier à tisser et la presse à imprimer. Sans une intelligence cultivée, riiomme est la plus faible des forces dynamiques ; avec une intelligence cultivée, il les domine toutes. — Horace Mann.
DES AGENTS N.VfURKLS.
les dore, elle porte des messages sur les fds du télégraphe, et revient à travers la terre et l'eau, en supprimant l'espace. Mais que ne sommes-nous pas autorisés à attendre d'un agent c[ui peut accomplir tant de merveilles ? Et, après l'avoir une fois entièrement domjùé, quel esprit plus subtil et plus puissant ne pouvons-nous pas évoquer par son secours?
Tous les économistes admettent que riiomme commence avec les plus mauvais instruments, en acquiert de meilleurs à mesure que la population augmente, et qu'ils tendent à se perfectionner avec les progrès de la société.
Un simple corollaire de la proposition que la valeur des produits tend à Ijaisser, et que celle du travail tend à hausser avec les progrès de la société, c'est qu'il y a une facilité toujours croissante d'accumuler. Quand on peut se procurer les articles nouvellement faits avec moins de travail, la quantité des articles de la môme espèce faits auparavant, ou une partie quelconque de ces articles , s'échange contre une quantité relativement moindre de travail. Les premiers hommes, privés d'outils, trouvèrent que tout ce qu'ils pouvaient faire était de vivre au jour le jour, sans avoir aucun excédant à mettre de coté. Du moment qu'ils se mirent à faire des outils, ils commencèrent à amasser une provision d'aliments, de vêtements et de matériaux , — une partie des produits de leur travail put être mise en réserve. Nous appelons capital la somme de toutes ces épargnes, appartenant à un seul individu; et la somme de tous les capitaux individuels se nomme le capital de la communauté. C'est le travail accumulé, les produits, mis en réserve, de riiomme et des agents naturels qu'il a appelés à son aide. En ce qui regarde la valeur, quelques portions do ce capital peuvent perdre plus que d'autres, selon que leur reproduction est devenue plus ou moins facile. L'action gratuite de la nature, transmise par le moyen des instruments perfectionnés, a plus ou moins de part à l’utilité des choses, à une période quelconque du progrès social, La substitution d’une hache
GHATLITÉ IIU CONCOCKS
de cuivre à une hache de pierre réduit de suite et trèsmatériellement la valeur des canots et des maisons,, tandis qu'elle n'exerce qu'une influence indirecte et plus faible sur les pelleteries et les vêtements. Mais la portion d'utilité qui est devenue gratuite est partout une ]>ropriété commune, un plutêt elle a cessé d'être une propriété, et elle est à la disposition de quiconque offrira autant de travail qu'il en faut encore pour la produire. Le capital d'une communauté i)eiit être comparé à un magasin de liqueurs, où l'on a réduit la force de chaque tonneau en y mettant de l'eau, mais en ditférentes proportions : pour acquérir un des tonneaux, il suffit de payer seulement le spiritueux qu'il contient.
I OUI rendre le parallèle complet, il faudrait dire que l'utilité de la liqueur n a pas dù être affaiblie par ce mélange.
Sur ce point, le père Matthew approuverait, sans hésiter, notre comparaison.
Une communauté s'accroît par les naissances. Comme il faut nourrir et vêtir un enfant pendant plusieurs années, avant qu'il puisse contribuer en rien au capital d'aliments et de vêtements, l’augmentation du capital doit nécessairement précéder celle de la population. Quand le jeune homme a atteint sa croissance, et qu'il peut travailler, il est dénué d outils et de matériaux pour le faire, aussi bien que d'aliments pour léparer le d(‘périssement de ses muscles, pendant qu'il produit des aliments, ou quelque objet avec lequel il puisse acheter des aliments. Il est forcé de s'adresser a quelqu un qui ait en ax’ances ces denrées indispensables, et de faire avec lui un marché avantageux aux deux contractants, et qui lui procure du travail. Us forment une asso- «•iatiüii, et partagent les bénéfices. Que l'un ou l'autre prenne à sa charge tous les risques, cela n’empêcfie pas qu'il n'y ait la association réelle. Son olqet est de changer la forme des denrées apportées dans la société par le capitaliste, et d'augmenter leur valeur par une nouvelle application de travail.
U n-Mirrilure doit servir de comhustihle ]Jour maiulenir la
UKS AGENTS NATLUELS.
SU
(chaleur animale du travailleur, et être transformée en fibre musculaire ; car, à chaque déploiement de la force mécanique (toujours employée à produire le mouvement), une partie de la substance musculaire perd sa vitalité, se sépare de la partie vivante, et est rejetée hors de l'organisme comme un rebut. La force mécanique et la perte de fibre sont mutuellement proportionnelles: il faut donc que la nourriture qui doit réparer cette perte soit en proportion avec la f force * .
En un mot, la nourriture consommée par le corps humain produit le mouvement, tout comme la houille consumée dans la machine à vapeur. Une quantité donnée d'aliments et une quantité donnée de houille ne peux'ent également produire qu'une quantité fixe de mouvement ou de force.
Gomme les aliments doivent subir une transformation qui se résolve en mouvement à communiquer aux matériaux ou en force pour les travailler, de même ces derniers doivent subir un cliangement de forme et de lieu ; sans cela, il serait inutile d'v toucher.
Le capitaliste et le travailleur espèrent donc retirer leurs parts respectives dans les ax^antages de leur association, au moyen d'un partage entre eux du nouvel article produit; et, en effet, ils partagent, quelque longue que soit la série de transformations et de changements avant que la division soit opérée. La part d’un maître de forges du pays do Galles peut à la fin lui arrh'er sous la forme d'actions d'un chemin de fer dans l'Illinois, et celle de son ouvrier peut prendre la forme d’une veste de futaine faite de coton de Géorgie ; mais toutes deux sont le produit du fer. Que le meunier prenne son droit de mouture sur le grain, ou le reçoive en argent, ou bien achète du grain et vende de la farine, cela revient toujours au même.
' Voir Liebig, sur les phénomènes ilu mouvement dans l'organisation animale,
t.RATLMTK I.r; œ.VCni RS
hi e capitaliste jirend les risques à sa cliarge, la part du produit que l'ouvrier obtient s’appelle salaire ; et la différence en valeur entre les matériaux confies à l'ouvrier les a imeiils, 1 haliilleinent, le logement, etc., fournis eii’iia-
ure a ouvrier, ou comniués en salaire, la détérioration des outils employés, - et le produit achevé, .se nomme profit Si I ouvrier se charge des risques, la part qu’il donne au capitaliste, outre le payement du capital qu’il a emprunté s appelle rente. Ce mot est ordinairemeiit entplové pour désigner ce qu’on donne pour l’usage du capitalmii est incorpore a la terre. La définition de Kicardo est ; « La rente est La portion du produit du sol qu’on paye au propriétaire pour a jouissance des pouvoirs originels et indestriictihles tlusol » ; et il cherche it la distinguer de la portion pavée pour la jouissance du capital employé à améliorer la qu'alite du sol, et à élever les bâtiments nécessaires pour abriter et conserver les produits.
Cette définition se base sur l’hypothèse d’une différence fondamentale entre le capital en terres, et le capital sous tou e autre forme, hypothèse que nous regardons comme tout a fait sans fondement. La rente, dans le sens que Iticardo attache à ce mot, n’a jamais été payée. La pitissanoo vegetatne, comme tous les autres agents naturels, est gratuite. Mais, sans discuter sur ce point maintenant, nous emploierons toujours le mot dans le sens que nous avons ludique. Quand, au lieu d’emprunter le capital sous la iorine qu on veut employer, on emprunte de l’argent, l’indemnite payée au préteur se nomme intérêt. L^intérét corn prend, en général, une prime suffisante pour assurer le pré tour contre le risque éventuel du non-remboursement du priiicipal, comme le prouve la facilité avec laquelle les gouveriieiiieiits qui jouissent d’un haut crédit peuvent enipruiier a des taux iiioiiis élevés que les particuliers. Notre définition a pour objet d’exclure toute prime de cette espèce, et I e imiter sa signification à la rémunération à laquelle le
L'ES AGENTS NATLRELS.
préteur a droit, pour s’étre privé des avantages (|u’il aurait pu tirer de son capital, en ajoutant à la vertu productive de son travail par la coopération des agents naturels qu"il lui donne la facilité d'employer.
Il est maintenant nécessaire de savoir quel effet Taccroiscroissement du capital, que nous avons vu être le résultat du perfectionnement des outils, peut avoir sur les conditions du marclié entre le travailleur et le capitaliste ; en d'autres termes, sur la proportion que chacun d'eu-x prendra dans le produit du travail et des outils.
Supposons qu'un sauvage dénué de tout aille en trouver un autre qui possède un arc, des flèches et une hache de pierre, et qu'il lui demande quelle part du gibier il aura, s'il prend l'arc et les flèches, et laisse à l'autre la faculté de travailler sans interruption au canot qu'il construit. Ce dernier offre de lui donner pour salaire la moitié du gibier ; si son offre est repoussée comme déraisonnable, il lui dira, sans doute : « Chassez votre gibier à la course, et tuez-le avec un bâton ; vous ne vous en procurerez pas la moitié autant que je vous en offre. » L'autre est forcé d’accepter. Le maître de l'arc, fatigué, au bout de quelques jours, de son emploi sédentaire, offre de chasser pour tous les deux, et permet à l’autre de prendre la hache, et de travailler, à condition qu'il construira un canot pour chacun d’eux. Ceci est à l’avantage du travailleur, car il obtient sa nourriture, et, au bout d’un certain temps, il aura un canot à lui, et deviendra capitaliste.
Supposons maintenant qu'une génération ait passé , et qu'on ait substitué des haches de cuivre, ou, ce qui vaut encore mieux, des haches telles que celles que M. Bigelow dit être d'un usage général dans les maisons de la Jamaïque, pour couper le bois do chauffage, « plus semblables, par la forme, la grandeur et l'apparence, à la moitié d’une lame de faux, ajustée dans un manche de bois, qu'à toute autre chose à laquelle je pourrais les comparer. Avec ce long cou-
GKATLTIK lU: CONCOURS
teau, contiiiiie-t-il, car ce n'est pas autre chose^ j ai vu des nègres hacher pondant plusieurs minutes des hranches do palmier, pour accomplir ce qu un bon bûcheron, avec une hache américaine, aurait fait d'un seul coup i. » Néanmoins, avec un tel instrument, un homme ferait plus de trois fois
1 ouvrage qu'il ferait avec une hache de pierre. A cette période d'amélioration, le fils du premier travailleur va trouver le fils du capitaliste, et désire si* louer pour hiire dos canots. Ce dernier voit que l'ouvrier peut faire six canots dans le même temps que son père n'en faisait que deux, et que s'il prend deux des six canots, il obtiendra, en quantité, deux fois autant que son père pour l’usage de son capital, tout en laissant au travailleur les deux tiers du produit de son travail, au lieu de la moitié. Mais les deux tiers de celui-ci lui procurent quatre canots dans le môme espace de temps que son père n'en obtenait qu'un seul. Sa part a augmenté en proportion et en quantité; celle du capitaliste a aussi augmenté en quantité absolue, quoiqu elle ait diminué en proportion relative.
Le temps s écoule, le talent mécanique s'accroît, les instruments sont améliorés en qualité et en forme. Le long Couteau devient une hache américaine, outil aussi supérieur, pour sa destination, à ceux employés dans l'ancien inonde^ que 1 autre arme offensive de nos chasseurs, la carabine,
1 est à un mousquet du temps de la reine Anne 2. Le travail-
‘ Jainaïca, en 1850, page 150.
2 \\illiam Viekers, de la maison Naylor. Nicholson, Vickers et C» de Shelïield . labricants d’acier d’une célél.rilé universelle, comparut comme témoin devant le Comité de la Chambre des communes, sur l’e.xpoilaUon des machines, en mai 1841. Il déposa que «les Américains ont entre les mains le commerce de la fabrique de haches, qui est trèsétendu et qui emjdoie un grand nombre d’ouvriers. Nous envoyons plus d acier pour fahri([uer des haches de bûcherons que nous n’en faisons pour tous les peOts outils en Angleterre. C’est, en fait de simple outil,
J mslrument le mieux construit et avec le plus d'art que je connaisse; eetarl e.sl tel, qu’un homme pont abattre trois arbres avec eetio haciie’ 'l'iaiid il n’en abattrait qu’un avec celles qu’on j'aU en Anglclerrc.
DES .AGENTS N.VtURELS. Od
leur de cette époque va demander de l'ouvrage au propriétaire de la hache. Avec cette hache perfectionnée, il pont faire trois fois l'ouvrage que l'on faisait avec celle qui l'a précédée. Dans le môme espace de temps cpie le premier bûcheron faisait six canots, l'ouvrier moderne en fera di.x-luiit, et il en sera de môme de tout ce qui se travaille à la hache. Si le capitaliste, en parcourant les livres de comptabilité de son père, observe qu'il a douille le montant de son profit par ia première amélioration des haches, adopte ce précédent comme règle et se croit en droit de le doubler de nouveau, il prendra cfuatre des di.x-huit canots, produit du travail de l’ouvrier, et lui en laissera quatorze à titre de salaire. S'il est tenté de demander une plus grande proportion pour l'usage de son capital, il est retenu par la pensée, qu'il est plus facile à l'ouvrier de se procurer une hache perfectionnée cju'il ne l’était à son père d'en obtenir une d'une qualité inférieure ; car la nouvelle a élex'é le pouvoir du travail et diminué la valeur du capital. Il en résulte que, à cette période tout comme dans la précédente, le capitaliste et le travailleur obtiennent une récompense plus grande en quantité; mais la proportion du travailleur a fait un pas en avant, et celle du capitaliste a reculé.
C’est un point digne d'une attention particulière, que les avantages acquis par le capitaliste et par le travailleur, au moyen du progrès des procédés, ne sont pas obtenus par l'un aux dépens de l’autre. Tous deux prospèrent en môme temps. Ils n'acquièrent pas non plus ces avantages aux dépens d'un tiers. Au contraire, les personnes qui n'ont contribué en aucune manière ni à l'invention ni à l'action conihinée du travailleur et du capitaliste qui l'ont appliquée à la production participent, néanmoins, aux héiiétices qui en résultent. Le travailleur qui, à la seconde période, gardait, après avoir rémunéré le capitaliste pour l’aide c[u'il lui a donnée, un salaire en canots ou en autres olijets équivalent à 4, tandis que son prédécesseur ne recevait que 1 pour le
' ^ GRATriTÉ DU CONCOURS
morne Iravail, — odui qui, dans la Iroisième p&iodo, apn's avoir paye le capitaliste, garde 1 4 au lieu de i que sou père gagnait, -voudra nalurellcmeiit échanger quelques-uns de ces
articles contre d'autres d’une espèce dilférente, fabriqués par
autres travailleurs. Il no peut, cependant, exiger longtemps que ces derniers écliaiigent leurs services contre les siens à es conditions inégales, en lui donnant le produit d’une plus grande quantité de travail qu'il n’en a lui-inéiiie employé, h il avait cette prétention, il inspirerait à d’autres l’idée de construire des canots, non-seulenient pour leur propre usage mais encore pour vendre à d’autres personnes. Suppo.sons qn apres qii on a atteint la seconde période d’amélioration les valeurs se sont tellement équilibrées qu’on puisse édiati- Sior un canot contre de la venaison, produit moyen de huit .l^ours de chasse, ou contre du poisson, produit d’une semaine de peche au filet et à la ligne. A la troisième période, les constructeurs de canots obtiendraient d’abord, eu échange
d une quantité donnée de travail, une quantité de venaismi ou de poisson qui aurait augmenté dans la proportion do U a i, c est-à-dtre qu’ils gagneraient 3 i fois autant qu’aulrelois. X ce taux, les chasseurs et les pécheurs n'auraient p,as utie P us grande facilité de se procurer des canots qu’ils ii’eii avaient auparavant. Le nombre des canots à vendre augmenterait rapidement, taudis que les moyens de ceux qui auraient à en acheter seraient statioiiiiaires; et, par conséquent,
1 en resterait un grand nombre entre les mains des constructeurs. four éviter cet eiicombrenient, ces derniers oifriraieiit de vendre pour t) quartiers do venaison le même canot iiour lequel ils en demandaient d’abord i 4, ou, en d’autres termes ils accorderaient aux chasseurs et aux pécheurs les a/l 4 des avantages obtenus au moyen do l’amélioration des haches et le phénoinène se présenterait ainsi ; les travailleurs qui font usage des haches auraient encore augmenté leur proportion du produit plus que les capitalistes qui fournissent les iiistrninents n’auraieiit augmenté la leur ; c.ar les premiersau-
DES AGENTS NATURELS. Oo
raient oLtenu 9 an lien de 4, et les seconds 4 senlement au lieu de 2, soit que roii mesiirât ces quantités en canots, en venaison ou en poisson. Les premiers auraient obtenu 9/4 ou 2 1 /4 fois autant de venaison qu’au paravant. Les seconds auraient deux fois autant de canots à échanger contre de la venaison ; mais comme la valeur des canots est réduite dans la proportion de 9/14, ils n’obtiendraient que ou une fraction de environ 28 pour 100 de venaison et de poisson de plus qu’auparavaut. Les aclieteurs de canots se procureraient 14 avec la même quantité de travail qui ne leur donnait autrefois que 9, autrement dit, ils achèteraient par un travail de 4 \ jours un canot qui leur en coûtait 7. Suljstituons maintenant aux quartiers de venaison des pièces d’un dollar, nous aurons toujours les mêmes faits ; seulement ils se présenteront sous un aspect que l’usage de la monnaie, comme intermédiaire de l’échange, a rendu plus familier. Il restera toujours cette grande vérité, que le salaire a augmenté, que le profit a augmenté aussi, quoiqu’à un moindre degré, en quantité absolue, tandis que la valeur et le prix de la denrée dont le produit, par l’échange ou par la vente, a servi à payer le salaire et le profit, ont diminué. C’est en faisant usage des forces que la nature, dans sa générosité, prête gratuitement à l’intelligence humaine, que le travailleur peut trouver une augmentation à son salaire, et le capitaliste une addition à ses profits, et il reste encore un surplus à distribuer au bénéfice de la communauté des consommateurs. L’expérience de tous les jours prouve cette vérité, que les prix élevés ne sont pas la condition essentielle des forts salaires et des grands profits. Ceux-ci sont la conséquence d’une production à bon marché , et comme ils peuvent très-bien s’allier avec elle, leur existence dans une communauté quelconque n’exclut pas l’idée qu’elle puis.se faire une concurrence de bon marché par les perfectionnements de la production à d’autres régions où le salaire et le profit sont à un taux plus bas. Tl est, en outre, d’une grande
tu;
GRATUITÉ M; concours
iiiiporl.inco (r(jl)sorvcr qiio, quoique la part proportlonueile (lu capitaliste dans les produits diminue eu conscqueiice d’une amélioration faite aux machines, il ne s^ensuit pas (]ue sa part doive être, pour son capital, une plus petite proportion qu’auparavant.
Les cas que nous venons de supposer représentent le capitaliste s’engageant à faire un payement fixe, sur le produit et du capital qu’il confie à Touvrier et de la force mécanique de ce dernier. En faisant cette promesse, il court le risque que l’ouvrier ne déploie pas toute la force dont il est capable, et qu’après le payement du salaire, le reste, sur lequel il compte pour son profit, ne soit moindre qu’il ne l’espère. Pour se prémunir contre cette possibilité, il cherche à faire le marché pour un salaire moindre que celui qu’il sait que le déploiement sérieux et consciencieux de la force de son ouvrier le met à même de payer, sans empiéter sur son profit. L’ouvrier, au contraire, qui sait ce qu’il peut faire, et c[ui ne veut se soumettre à aucune réduction, préfère garantir le profit que le capitaliste désire, en se gardant la chance d’avoir, sur le prix du produit, un excédant (fui lui paye le salaire que le capitaliste a peur de lui donner. Le contrat devient ainsi un emprunt de capital. Ce que nous avons appelé profit, et ce que nous avons appelé rente , est identique : la chose porte l’un ou l’autre nom, selon qu’elle est une somme fixe ou variable. Un profit fixe ou déterminé, que l’emprunteur s’engage à payer, s'appelle rente, et une rente, dont le montant dépend de la bonne foi et du succès d’une entre- IP jirise, dans laquelle le capital et le travail sont associés, se
nomme profit. Mais le fait essentiel c'est que la rente ou le prufit, et le salaire, sont les compléments l’un de l’autre, car leur somme forme le bénéfice d’une association. Les mêmes circonstances qui influent sur la part qui revient à l’un influent nécessairement sur celle qui revient à l’autre. Il importe peu que la transaction prenne la forme d’un emprunt do travail, ou celle d’un emprunt de capital. Le degré do
liI'S AGENTS NATURELS.
fu’oductivité que la cnopératioii des agents naturels, par h' moyeu des machines, a donné au travail, établit sur 1 echelle de la facilité ou du bon marché le point auquel il peut obtenir la propriété ou l’usage du capital ; ou, en renversant le rapport, l’élévation du taux auquel le capital peut obtenir le concours du travail. Si un capitaliste ne veut point prêter son capital à un taux de compensation qui laisse au travailleur la proportion et la somme de salaire auxcfuelles la valeur croissante du travail, aune époque de progrès, lui donne des droits, il peut les obtenir en louant son travail à un autre capitaliste. Et, dans tout débat de cette espèce, il a cet avantage, que le capital d’aucun individu ne peut augmenter en valeur, sans être combiné avec le travail ; au contraire, il perd toujours quelcfue peu de sa valeur, par le progrès général de l’amélioration et de la découverte, tandis que le travail n’est pas entièrement impuissant, cfuand même le capital lui retire son secours. L’un, en refusant l’association, perd un avantage réalisé et un avantage possible, l’autre iie perd qu’un avantage futur.
Nous avons parlé du prêt du travail. L’expression infèri^ que le travailleur abandonne l’usage de quekpie chose qui doit lui être rendu. Qu’est-ce donc? La perte subie par les fibres musculaires, nerveuses, etc., en produisant le mouvement, est ce qu’il donne. Les particules de la libre, qui sont rejetées, sont efles-mêmes de la matière tirée des éléments de la nourriture consommée antérieurement et transformée par l’action du principe vital. Si nous en venions a une analyse finale, c’est donc de la nourriture que le travailleur prête, et qui lui est rendue. La distinction entre l’homme et le bu,‘uf et les autres animaux qui travaillent avec lui est (fue ceux-ci travaillent et obtiennent à peine le retour de la nourriture qu’ils ont dépensée dans leur travail , tandis que le travail humain exige un profit, plus d’aliments qu’il n’en faut pour réparer la perte musculaire.
Los hommes compteut leurs gnius p;ir l;i comparaison de
ti
GRATUITE nu CONCOURS
CO qiwlspossodaiont antérieurement et de ce qui y est ajouté. Le capitaliste calcule ses profits, non par sa proportion du produit qui a été gagné par la combinaison du travail, mais par la proportion qu"a ^accroissement avec le capital employé. Il dit qufil a gagné tant pour cent sur son capital; il le prête à tant pour cent par an. La différence est une distinction d arithmétique, et non de fait. Quand sa proportion est faible, comme elle est composée du capital originel et de 1 accroissement , la proportion de ce dernier au capital doit aussi être faible. ( L^’augmentation de proportion au produit total ne peut s obtenir que par l’augmentation du taux entre 1 accroissement et le capital primitif.) Le fait sera exprimé selon la nature du capital dont on parle, en disant que la rente, le profit ou l’intérêt, sont à un taux peu élevé. Le fait incontestable que le taux de l’intérêt baisse constamment avec le progrès de la population et des richesses des communautés est une preuve de la tendance que nous avons cherché à démontrer.
Si nous concevons que l’ordre de la nature puisse être interverti, de manière que la masse de la richesse décroisse pendant que la population augmente, il est évident alors que la loi de la distribution doit aussi être intervertie. Si le nombre des travailleurs augmentait plus rapidement que la quantité des matériaux pour leur travail, la ejuantité des outils 'pour les aider dans ce travail, et celle des aliments pour renouveler les forces qu’ils auraient dépensées, alors les capitalistes de chaque génération successive verraient les ouvriers se disputer à qui offrirait une plus grande proportion des produits de leur travail, afin d’échapper à la nécessité de mourir de hiim dans l’oisiveté. Ils substitueraient de plus en plus la force des muscles humains aux puissants agents do la nature, par la raison du manque d’outils; et, avec cette force musculaire, qui diminuerait à cause de l’infériorité de la nourriture, tant en quantité qu’en qualité, leur travail deviendrait constamment moins énergique et moins produc-
ItES AGEMS NATI HELS.
tif. Le travail devenant ainsi plus coûteux, quand il serait mesuré par ses résultats, la part du capitaliste, quoique augmentée en proportion, diminuerait en quantité absolue. Il est vrai que son autorité, son pouvoir sur les hommes deviendrait plus grand; il se verrait le chef d’une petite bande de Ixirbares, et tâcherait bientôt, en pillant les vassaux d’im chef voisin, d’accroître son maigre revenu. Des disputes e une destruction continuelles accéléreraient la ruine commune; car on estime peu la vie, quand le travail de toute la vie produit peu. Les maladies engendrées par la mauvaise nourriture, les mauvais xùtements et les misérables demeures, décimeraient bientôt ceux que les chances de la guerre auraient épargnés ; la population dégénérerait, et la société retomberait dans la barbarie.
i.e progrès social consiste dans l’accroissement, do la population et du capital. Tous deux commencent à zéro, et vont toujours croissant. A mesure que le travail devient plus productif, chaque unité de la population d’une génération contribue plus largement au montant du capital qu’une unité do la génération précédente. Il s’ensuit que le capital augmente ]dus rapidement que la population. La seule circonstance qui pût empêcher ce résultat, c’est si l’accroissement de pouvoir chez l’homme était accompagné d’une moindre disposition à l’exercer. C’est ce qui arriverait si ses besoins et ses désirs étaient constants. Mais le signe caractéristique de sa nature, celui qui le distingue de la brute, c’est que son désir est insatiable ; de tout besoin satisfait naît un besoin nouveau ; et il est ainsi forcé par sa nature intellectuelle et morale, — l’élément de l’ange dans la constitution humaine, — à une activité sans relâche. Les animaux, plus grossiers, ont, de génération en génération, les mêmes facultés et les mêmes besoins. La nature leur donne vite une forme complète, et un instinct qui ne fait pas de progrès. Us ne lui arrachent pas de nouvelles forces. Ils sont satisfaits : ils n’inventent pas de machines, ils ne cultivent aucun art. On dit ([ue le
GRATLITE 1»L GONCOrUS
singe, avec toute sa faculté imitative, et les occasions qu’il a eues de voir combien le feu est utile à l’homme, ii’a jamais pu en allumer.
La loi qui régit la distribution des produits du travail, qui assigne à l’ouvrier une proportion toujours croissante, et au capitaliste une proportion diminuant sans cesse, et qui donne cependant plus à chacun en quantité absolue, loi qui tend, par conséquent, à produire Légalité parmi les hommes, fut une découverte de M. Carev; ce fut une contribution payée à la science sociale, plus riche en conséquences qii’aviciwie de celles faites auparavant. C’est la clef de l’histoire, qui nous fait comprendre et expliquer une série interminable de faits qui sont incompréhensibles et incroyables quand on leur applique la théorie des économistes qui suivent Malthus et Ricardo, et c|ui, jugés d’après celle d’autres écrivains, paraissent être une masse d’accidents, ne résultant d’aucune loi générale et n’ayant de connexion avec aucune. Bastiat n’exagérait pas quand, en l’annonçant en 1830, treize ans après M. Carey, il déclarait que, « telle est la grande, admirable, consolante, nécessaire et inflexible loi du capital. La démontrer c’est, ce me semble, frapper de discrédit ces déclamations, dont on nous rebat les oreilles depuis si longtemps, contre V avidité, la tyrannie du plus puissant instrument de civilisation et à! égalisation c|ui sorte des facultés humaines. »
Pour la montrer dans son universalité, preuve indispensable d’une loi réelle, il faut que nous prouvions qu’elle gouverne le capital foncier. C’est ce que nous ferons plus convenablement en traitant do la rente ; après quoi, nous donnerons la preuve historique et statistique que la marche des choses, dans le progrès actuel des affaires du monde, a été
telle que la loi l’exige, et c|uo les cas supposés que nous avons imaginés sont des démonstrations vraies d’un principe ijiii opère sans relàc1ie,e( produit sou effet par degrés lents et inqierceptibjos. La nature n’agit jamais pur A coups;
DES AGENTS NATLKELS. tül
quoique, pour expliquer ses lois, nous soyons obligés de rapprocher, pour en faire saillir les contrastes, des choses et des événements qui sont séparés par de grandes distances et de longues périodes de temps, et de présenter ainsi une longue série d’effets sous l’aspect d’un seul et rapide changement.
LA REiNïli.