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des personnes qui peuvent ou veulent entrer en concurrence pour obtenir de remploi dans les différentes branches d'industrie. La doctrine que les économistes cherchent à établir est que les salaires payés dans un pays pour toutes les espèces de travail sont, toutes circonstances équivalentes considérées, égaux, ou tendent toujours à l’égalité. On dit qu'ils cherchent toujours leur niveau; «ce qui, comme dit Coleridge, pourrait être pris pour une paraphrase ou une définition ironique d'une tempête. » La discussion offre peu d intérêt ; car tout dépend de savoir bien ce qu'on entend par le mot « salaire. »
Les remarques qui précèdent partent toutes de la supposition qu'il n’existe pas de restrictions artificielles qui empêchent les individus de choisir librement l'espèce de travail (jui s'accorde le mieux avec leurs talents et leur inclination. Malhcuieusement ces restrictions font partie de la législation de presque tous les pays. Il en existe très-peu aux États-Unis. Il n en reste pas, que nous sachions, un seul vestige dans les statuts de 1 État de New-York. Les lois qui fixent le temps de 1 apprentissage dans les divers métiers; les actes qui établissent des corporations dans certains métiers et leur permettent de foire des règlements qui limitent le nombre d apprentis qu une personne pourrait prendre ; les lois qui défendent fi un individu de se livrer à plus d'une espèce d'industrie, telles que celle qui, en Angleterre, exigeait que les roues d'une voiture fussent faites par une classe d’ou- X'riers, dans un certain atelier, et que la caisse fût travaillée par une autre classe , dans un autre atelier, parce que les métiers de charron et de carrossier avaient été érigés en espèces de monopole et leur réunion, prononcée illégale, — serviront d’exemples de l'espèce de législation dont nous Aoulons parler. H n'est guère nécessaire de nous mettre en fiais d arguments pour les réfuter; nous ne pourrions, du
l'este, en trouver un plus concluant que celui d'Adam Smith.
Il dit :
LE SALAIRE
« Le droit que tout homme possède sur son propre travail est^ la propriété la plus sacrée et la plus inviolable , parce qu il est le fondement de toutes les autres propriétés. Le patrimoine d un homme pauvre gît dans la force et la dextélité de ses mains; et Lempêcher d’employer cette force et cette dextérité de la manière qu’il lui plaît, sans faire de tort à son prochain, est une violation manifeste de cette propriété si sacrée. C’est une usurpation évidente de la juste liberté de 1 ouvrier et de ceux i[ui pourraient vouloir l’employer. Car si elle empêche l’un de se livrer au travail qui lui paraît le plus convenable, elle empêche les autres d’employer le travailleur qui leur convient. On peut, certes, se fier au discernement de ceux qui y ont un si grand intérêt, pour juger s’il a les talents nécessaires à un
bon ouvrier. » — Wealth of nations , liv. h'', chap. x, 2* partie.
Il n’est pas douteux que tout ce qui tend à assurer le plus grand développement de l’activité du plus grand nombre ne doive servir l’intérêt de la communauté, et que tout ce qui empêche un homme d’embrasser le métier qu’il aime et l’attache à un travail qui lui est désagréable ne tende à gêner et a limiter son activité : ce sont là des propositions dont nous espérons que la solidité est suffisamment démontrée. Nous sommes d’accord avec Adam Smith, quand il défend si vivement la liberté du travail. Il est tout aussi nuisible à l’intérêt général de 1 entraver par des associations volontaires que par l’intervention législative, et ces restrictions sont également condamnées par la plupart des économistes, àl. J.-S. Mill, cependant, voit ces associations avec satisfaction, pour des raisons que nous allons donner dans ses propres termes. Après avoir dit que, «les ouvriers ont fermé l’entrée de plusieurs métiers aux étrangers , soit comme compagnons, soit comme apprentis, excepté en nombre limité et sous les restrictions qu’il leur a plu de leur imposer » ; et avoir protesté contre les actes d atrocité eommis quelquefois au moven
LE SALAIRE
d’outrages personnels et de menaces, il s’explique ainsi sur ces associations :
« En tant qu’elles réussissent à maintenir le salaire d’un métier en limitant le nombre des ouvriers, je les regarde comme élevant simplement un retranchement autour d’une classe particulière contre l’invasion d’une population trop nombreuse, et faisant dépendre leur salaire de leur propre augmentation plutôt que de celle d’une classe plus insouciante et plus imprévoyante qii’elles-mêmes. Et je serais satisfait, si, au moyen de règlements ou même d’unions de métiers, on pouvait multiplier, bien plus que cela n’a été fait, les emplois ainsi protégés spécialement. Si, au premier aspect, il paraît injuste d’exclure la classe la plus nombreuse du partage des gains d’une classe comparativement plus petite, cette impression disparaît, quand on considèi-e que l’admission de cette classe plus nombreuse ne lui profiterait que peu de temps, et que le seul effet permanent qui en résulterait serait d abaisser les autres à son niveau... Pour de semblables raisons, et s il n’y avait pas d’autre moven d’éf happer à cette fatale immigration d’Irlandais, qui a fait et fait encore tant de mal, en dégradant la condition de nos cultivateurs et celle de quelques classes de la population des villes, je ne verrais aucune injustice, mais je ti'oiwerais, au contiaire, la plus grande utilité possible, à réprimer cette irruption destructive par des lois protectrices. Mais il y a line meilleure manière de déraciner ce mal, c’est d’améliorer la conditron des Irlandais eux-mêmes ; l’Angleterre doit une expiation à l’Irlande des outrages passés, et il n’y a aucune espèce de sacrifices qu’elle ne devrait faire pour la lui doniiei , en faisant usage de son pouvoir pour relever ce peuple infortuné, aussi éiiergii|uement qu’elle s’en est servie, pendant une longue suite de siècles, pour l’opprimer et pour 1 abaisser. y> ~ Political Economij, vol. l", jmge U\. Edit, (iméricaine.
Ce passage nous montre le malthusianisme venant à la
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défense des restrictions à la liberté du travail. Limiter le nombre des travailleurs dans chaque métier, c’est limiter la production des denrées qu’il fournit, — c’est restreindre les échanges en restreignant la création des matériaux de l’échange,— c’est élever les prix par la consécration d’un monopole. Le libre échange et le travail libre ne peuvent être séparés. Quelle réponse M. Mill pourrait-il faire à un Américain, partisan de la protection, qui viendrait lui dire : «Les mêmes causes qui envoient les Irlandais en Angleterre en amènent des centaines de mille aux États-Unis chaque année, et, s’ils n’étaient pas chez nous, travaillant dans nos ateliers, ils seraient en Angleterre? Au lieu de les exclure, nous ne voyons aucune injustice, mais nous trouvons la plus grande utilité, à exclure do nos marchés les produits créés par un nombre égal d’Anglais ; l’introduction de ces derniers taisant précisément à notre travail la même concurrence que lui feraient les ouvriers eux-mêmes, s’ils travaillaient de ce coté-ci de l’Atlantique au lieu de travailler de l’autre côté. \oila comment nous nous proposons d’empêcher la réduction du salaire. » Ce serait une assez mauvaise réponse que de dire qu’en agissant ainsi, l’Américain fera hausser les prix des produits fabriqués dans le pays; car le protectioniste, meme en accordant ce point, — ce qu’il ne fera pas, pourrait riposter que M. Mill ne tient pas compte de cette hausse, quand il conseille les restrictions contre la concurrence du traAail en Angleterre. Nous n’avons pas, du re.ste, la prétention d’exposer les arguments du protectiohisme , ni d exprimer à présent une opinion sur leur mérite. Notre but est simplement de montrer dans quelles contradictions les nécessités d’un faux système peuvent faire tomber un écrivain aussi pénétrant et aussi (iclairé que M. Mill, et de laisser au lecteur à juger si les doctrines de Malthus et de Kicardo conduisent à la liberté du commerce. Le lecteur qui s’est pénétré de nos principes répondrait à M. Mill :
« Que l’accroissement de la population tend a élever le sa-
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laire, au lieu de l’abaisser: — que la source du mal se trouve non dans l’action libre des lois de notre bienfaisant Créateur, mais dans les efforts qu’on fait pour les éluder ou pour les entraver, — et que le remède à appliquer, c’est de se conformer à ces lois au lieu de se révolter contre elles. »
L’effet que produisent sur le salaire les améliorations faites aux machines est un problème, qui est résolu, quant a ses résultats définitifs, par les considérations que nous avons présentées jusqu’à présent. Le salaire hausse constamment avec le développement plus grand des agents naturels qui nous prêtent leur secours. Il est vrai, sans doute, que 1 effet immédiat et temporaire sur ceux dont le traA'ail est remplacé par celui de ces travailleurs inanimés et gratuits est quelquefois déplorable.
Quand nous en serons arrivés à traiter le sujet de l’échange, nous pourrons décrire les moyens par lesquels cette détresse est allégée, comment ceux c[ue les machines priA'ent de leur travail accoutumé en trouvent un nouveau, et comment le bénéfice général de la communauté est finalement réparti de façon qu’ils en reçoivent la part qui leur est due. Lorsque, avant 1828, on préparait à la main les planches à parqueter, un artisan habile et vigoureux pouvait en préparer, dans sa journée, de dix à quinze, équivalentes à cent pieds carrés, moyennant un salaire de 2 dollars. La machine à raboter de Woodworth en prépare 5000 pieds par jour, au prix de 10 dollars, faisant ainsi l’ouvrage de cinquante hommes avec une économie des neuf dixièmes des frais. Quarante-cinq de ces cinquante ouvriers sont donc obligés de se livrer à une autre industrie ; car il en faut cinq pour préparer les matériaux de la machine, pour la construire, pour apporter le bois ou le charbon qui la fait marcher, pour la soigner, etc.; attendu que le coût total pour faire marcher la machine peut se résoudre en salaire du travail actuel, ou du travail passé, qui demande à être renouvelé. Il est évident que les acheteurs de planches pourraient tout aussi bien maintenir les
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quarante-cinq ouvriers dans l’oisiveté en leur payant 2 dollars par jour, que de se passer de la machine. Ils ont, entre eux tous, 90 dollars par jour d’économies sur le coût des planches, qui, prohahlement, seront dépensés en ouvrage de menuiserie, puisque la diminution du prix d’un article essentiel dans la construction d’une maison donne la faculté de bâtir à ceux qui ne le pouvaient pas auparavant. S ils ne sont pas dépensés de cette manière , ils serviront à rémunérer le travail dans quelque autre branche d’industrie, à laquelle les charpentiers déplacés peuvent demander de l’emploi ; et alors, quand ceux-ci achètent des planches à leur tour, ils partagent le bénéfice commun, l’économie des neuf dixièmes sur les frais de leur préparation. Des arrangements sociaux défectueux peuvent prolonger la période de transition nécessaire pour que les choses s’adaptent aux changements survenus dans la production. Si, par exemple, les (juarante-cinq ouvriers habiles à manier le rabot, le ciseau et la scie, ne pouvaient travailler à faire des portes, parce que ceux qui les font auraient reçu de la loi le pouvoir de n’employer à ce travail que leurs apprentis ; ou si, en l’absence de tout acte législatif, ces prétentions étaient soutenues par des associations ayant le même but, sous le prétexte qu’elles ne font que « se défendre contre l’invasion d’une population trop grande : » dans ce cas, nous trouverions que la population est soudainement devenue trop forte de quarante-cinq individus de surplus, sans aucune naissance additionnelle, sans un atome de diminution dans les moyens que la société possède de nourrir et de vêtir tous ses membres; mais, au contraire, avec un accroissement positif de puissance par l’addition du travail de quarante-cinq hommes qui, s ils étaient esclaves, vaudraient, au marché, 45,000 boisseaux de blé ; et qui, libres, en valent 90,000. Que ces hommes soient, par ces circonstances , forcés de chercher un refuge à 1 hôpital, les partisans de Malthus accuseront les quatre- V ingt-dix pèies et mères de cette surabondance de population;
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^ les ouvriers eux-mêmes maudiront M. Woodworth, père de la machine à raboter, tandis que nous les tenons tous pour des bienfaiteurs du genre humain ; — les uns ayant fourni I à l’Etat 45 citoyens capables de faire mille choses autres que de pousser un rabot; — le second- ayant imposé au bois et au fer le travail qui autrefois consumait les muscles de !
1 homme. Toute 1 erreur vient ici d’un dogme faux et des fausses mesures qu’il sert à patroner.
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LE PllOFIl.