‹ Manuel d'economie politique [microform]Chapitre 3 sur 55 · I.ol de la circulation perpétuelle dans la matière · texte numérisé non relu

I.ol de la circulation perpétuelle dans la matière

et dau!$ la force»

Le premier et le plus impérieux des besoins humains est celui de la nourriture.

Les fonctions de notre nature peuvent se diviser en trois classes : les fonctions végétales, les fonctions animales, et les fonctions spirituelles ; en d’autres termes, ainsi qu’on l’a dit, l’homme tient de la plante, de la bête et de l’ange. Les fonctions vitales ou organiques, c[ui sont communes à la vio végétale et à la vie animale, sont continues. Elles ne connaissent pas cl intermittence. La plante s’assimile sans interruption les éléments inorganic|ues du sol et de l’air, qui contnbuent à sa croissance , et remplacent ce c^u’elle perd continuellement. Chez l’homme aussi, le procédé de la nutrition et de la déperdition est incessant; une fois suspendu, il ne reprend jamais son cours, car sa suspension c’est la mort ; et 1 homme , devenant inorganique , se mêle à la poussière dont il a été tiré. Les fonctions animales, au contraire, éprouvent des interruptions périodiques; leur activité est suspendue pendant des intervalles réguliers de sommeil.

j(i LOI KK LA CIKCLLATIUN I’HU’ÉTLELLL

Une autre distinction entre les fonctions végétatives ou organiques et les fonctions animales consiste dans Uindépendance des premières de la volonté, tandis que les secondes y sont soumises. La sensibilité animale est accompagnée d’une perception mentale, comme dans l’action de voir, d entendre, de goûter; la contractilité animale est excitée par sa volition, communiquée aux muscles par les nerfs ; tandis que la sensibilité organique n’est accmnpagnée d’aucune perception, et est suivie d’une contraction totalement indépendante de la volonté. Le chyle stimule, à notre insu, les veines lactées, qui le transportent sans notre aide. Le cœur bat, le sang circule, les poumons aspirent l’air, sans attendre aucun ordre ; tous les mouvements simplement vitaux s’accomplissent dans l’homme, comme dans le champignon,

par leurs propres lois impulsives.

Des fonctions qui sont ainsi toujours actives, qui n’ont aucune interruption naturelle, qui n’ont ni leur origine^ ni leur direction dans la volonté, doivent évidemment être poiin ues de matériaux pour leur action, avant que 1 homme puisse consacrer un travail productif à la satisfaction de tout autre besoin moins impérieux. Plus elles demandent, et moins les autres peuvent recevoir. Moins l’individu ou la société est obligée de consacrer de temps à cet objet, plus il en reste à donner aux autres besoins. Ces derniers suffisent à occuper toute portion, quelque grande qu elle soit, du temps ou du travail que les premières nécessités n’absorbent pas ; car la marque caractéristique de l’homme, dans sa no- Ide nature, c’est d’avoir des désirs insatiables, qui s étendent indéfiniment, comme ces cercles successifs et de plus en plus larges que fait apparaître à la surface de 1 eau la chute d’une pierre. La nature animale n’est pas ainsi douée : ses fonctions sont remplies d’nne manière machinale, sousl impulsion d’appétits instinctifs , qui ne sont susceptililes ni de progrès ni d’amélioration. Llle ne peut trouver de nouveau plaisir ; car tout plaisir résulte de lactiiilé des loniv

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tions, et quand une force constante agit sur ces dernières, leur activité a une limite fixe, qui est aussi celle de la capacité pour le plaisir. Le nombre de ses besoins est petit et invariable ; et une fois qu’ils sont assouvis, tout motif d’action a disparu, et la nature animale s’endort dans l’inappétence. Sa constitution est faite pour une condition stationnaire, qu’elle ne cherche jamais à améliorer. Les renards que Nemrod chassait étaient doués de la même vitesse, de la môme ruse, et non moins avides de volaille, ou toute autre friandise dont les renards font cas, que ceux pris au piège par David Crockett. Au contraire, Crockett désirait mille choses, pour lesquelles Ulysse, après tous ses voyages et tout ce quhl avait vu, ne formait aucun souhait ; et les gens de l’année 1900 auront autant de nouveaux motifs d’action qu’ils auront de satisfactions nouvelles, dont nous n’avons aucune idée.

Les lois qui gouvernent la production des aliments sont donc le point de départ de l’économie politique et la base sur laquelle cette science doit s’appuyer. Pour les exposer dans leur vaste généralité, autant que les progrès de la science physique pendant les vingt-cinq dernières années, surtout dans la chimie organique, nous permettent de le faire, quelques considérations préliminaires sont indispensables.

Les phénomènes de l’univers visible se résolvent en matière et en mouvement. Ces deux éléments, par leur union, produisent la force; et la matière elle-même a été regardée, d’après l’analyse métaphysique, comme le résultat et la preuve d’un équilibre de forces ; une circulation, un va-etvient perpétuels sont l’attribut des forces de lanature. L’homme ne peut ni créer ni détruire une particule de la matière, et il ne peut modifier en rien la quantité de force qui existe dans le monde. Son pouvoir, quant à cette dernière, se borne à changer le mode de sa manifesta lion, de sa direct ion et de sa distribution. Elle est latente dans la matière , et il peut la

LOI DE LA LIKCL’LATION PERPÉTUELLE

mettre en liberté en détruisant l'équilibre d'autres forces qui la tiennent au repos. Il arrive à ce résultat en donnant une direction convenable à quelque force indépendante, existant en dépôt dans la nature, qui, après avoir accompli sa mission, entre dans un nouvel équilibre avec une ou plusieurs forces libres, et reste en repos jusqu'à ce qu'elle soit évoquée de nouveau pour un autre usage. Chaque développement de force exige, cependant, une consommation de matière, — non sa destruction, mais son cbangement de forme. Pour produire dans une batterie une quantité donnée de lumière ou de chaleur, ou bien encore une certaine quantité de mouvement électro-magnétique, afin de transmettre, par le moyen des fils du télégraphe, un message de New-York à Ihiffalo, il est nécessaire qu'une certaine quantité de zinc soit bridée par un acide et convertie en oxyde. Pour faire marcher un bateau à vapeur à une distance de cent milles, une quantité donnée de charbon doit être décomposée en gaz et en cendres, et une quantité donnée d'eau convertie en vapeur. Pour effectuer une action musculaire dans le corps humain, il faut que la cervelle,— batterie naturelle de la charpente de riiomme, — envoie son message le long des fils du télégraphe animal, les nerfs, et qu'elle se sépare ainsi d'une poiiion de sa substance; et le muscle, en obéissant à cet ordre, subit un changement par lequel une partie de sa substance perd ses propriétés vitales, se sépare de la partie vivante, et, s'unissant avec l'oxygène, se transforme en matière inorganisée, qui doit être excrétée du corps. Les gymnotes, ou anguilles électriques de l'Amériirue du Sud , deviennent épuisées quand on les stimule pour leur faire donner des décharges électriques, et on peut alors les toucher sans danger. il leur faut un long repos et une nourriture abondante pour remplacer la force galvanique fp'elles ont perdue. Il n'en est pas autrement chez rhomme, excepté dans la proportion.

Le télégraphe électro-magnétique a familiarisé la plupart

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de nos lecteurs avec la batterie qui le fait mouvoir. Un nombre de plaques de zinc et de cuivre sont arrangées alternativement dans un vaisseau contenant un acide. Quand les extrémités de l'appareil sont jointes par un fil métallique, quelle qu'en soit la longueur, une action chimique commence sur la surface du zinc, et il se propage le long du fil une force, au moyen de laquelle nous pouvons lever des poids, mettre des roues en mouvement, et séparer des composés, dont les éléments ont la plus grande affinité entre eux. Du moment que la continuité du fil est interrompue et que le circuit est rompu, la force disparaît, et l'action entre 1 acide et le zinc s arrête sur-le-champ. Quand la communication est rétablie, 1 action de 1 acide sur le zinc se renouvelle , et la force , qui s était évanouie, reparaît avec toute sa première énergie. La substance du fil n'est, cependant, que le conducteur de la force, et ne contribue pas autrement à sa manifestation. Il y a quelque analogie entre la fonction de ce fil et celle que remplit l'homme à l'égard de la matière et des forces de la nature. Il ne sert qu'à les faire circuler, sans rien ajouter à leur quantité ni la diminuer. Sa personne n'est, à ce point de vue, qu'un décor sur le théâtre de leur action, où elles ont leurs entrées et leurs sorties, et où chacune d'elles, à son lieure, remplit une infinité de rôles, en subissant ou causant des transformations ; mais, immortelles dans leur essence, elles parcourent un cercle immense de vicissitudes, engendrant, dans leurs évolutions sans fin,

les diverses utilités qui servent à la vie et à la conservation de la vie.

Nous n'avons à nous occuper ici de la matière et des forces qu en ce qui concerne l'alimentation de riiomme.

L'homme se nourrit de végétaux et d'animaux. Les animaux qu'il consomme se nourrissent eux-mêmes d'aliments végétaux; a leur tour, les végétaux digèrent les éléments inorganiques fournis par le sol et par l'air. La chimie modeino a prouvé que les véritables éléments de tout sont le

LOI UE LA CIUCULATION PEKPEILELLE

carbone, boxygène, l’azote et l’hydrogène, qui jouent le principal rôle dans la création organique avec le soufre, le phosphore, la chlorine, la chaux, le potassium, le sodium , le fer et quelques autres substances inorganiques •. U est nécessaire que ces éléments s’introduisent dans le corps végétal ou dans celui de l’animal, pour qu’il puisse vivre et croître. Ce sont eux qui, combinés en proportions et en nombres différents, forment l’air, l’eau, les rochers, et les terres, qui sont le résultat de la décomposition de ces derniers.

Des expériences nombreuses ont démontre que les éléments, qui entrent dans la formation des végétaux et des aiiimaux/sont tirés de l’air, do l’eau, de la terre et des rochers ; elles ont constaté que les quantités précises d éléments identiques acquises par ceux-là avaient disparu de ceux-ci, dans des circonstances pnîparées de telle sorte que ces quantités ne pussent être tirées d’autres sources que celles surveillées par l’expérimentateur. Le récit détaillé des expériences, et les raisonnements au moyen desquels on est arrivé à ces conclusions, se trouvent dans les ouvrages de Liebig et ceux des autres écrivains sur la chimie organique qui ont continué des recherches dans la voie qu’il a ouverte avec tant

de succès.

La propriété fondamentale de la vitalité, commune à tous les corps organisés, consiste dans leur constante réiioxation matérielle ; attribut qui les distingue des corps inertes ou

< « Le corps humain, les os compris, est composé d’environ trois quarts de matière solide, — principalement de carbone et d’azote, — le reste est de l’eau. Si l’on écrase, sous une presse hydraulique, un homme pesant 160 livres, il sortira 120 livres d’eau, il ne restera que 40 livres de matière sèche. Un homme eut donc, en termes de chimie, un peu moins de cinquante livres de carbone et d'azote, étendues dans six sea.ux d'eau. Berzélius, en rapportant le fait, remarque avec justesse que « l’organisme vivant doit être regardé comme une masse délayée dans de l’eau»; et Laiton s’assura, par une série d’expériences faites sur luimême,' que, dans la nourriture avec laiiuelle nous soutenons cet edilice fait d’eau, il y a cinq itarlies d’eau sur six. {London Quarlerly Review.)

lUN.s La matière et dans la force.

sans organisation, dont la composition est toujours fixe. On peut toujours recomposer ces derniers artificiellement, en mettant ensemble leurs parties constituantes ; tandis que nul talent chimique no peut produire du bois, du sucre, de l’amidon, de la graisse, de la gélatine, de la chair, etc., dont les éléments, quoique également simples et bien connus, refusent de se combiner en corps organisés, autrement que par l’opération de ce pouvoir mystérieux que nous appelons la vie. La formation d’un cristal, — le phénomène inorganique le plus élevé que nous connaissions, n’exigeant c|u’une seule action, celle de l’accroissement, — peut être opérée artificiellement par le chimiste; au lieu que la croissance d’une simple cellule, telle que celles qui composent le champignon et les algues microscopiques qui colorent les eaux des mares, bien qu’elle soit le phénomène organique le plus humble, renferme la double action de l’intussusception et de l’élimination, et défie le pouvoir créateur de la science. Il est audessus du pouvoir de l’homme de produire la forme de vitalité la plus chétive et la moins complexe*.

Quoique les éléments rudimentaires de vitalité soient abondamment répandus dans le monde naturel, les végétaux seuls ont assez de pouvoir d’assimilation pour composer leurs ti.ssus directement de la matière inorganique, des matériaux liquides et gazeux, et des molécules terreuses, qui ne sont que des minéraux décomposés -. Non-seulement il en est

^ Je sais qu’un philosophe anglais, M. Crosse , croit avoir obtenu, par le moyen du galvanisme, un insecte vivant, d’une quantité de verre soluble fait de cristal noir pur et de soude caustique, dissous dans de l’eau distillée. Il n’y a point de doute à élever sur la bonne foi et l’intelligence de M. Crosse. Quoique je ne sois point disposé à changer le texte, je juge à propos d'ajouter cette note.

“ 11 y a, dans TUtah et dans l’Orégon, des Indiens qui sont mangeurs de terre. liansbury, dans sa relation de l’expédition au grand Lac Salé, les dépeint comme les plus dégradés des êtres humains. Ilumboldt rapporte que les Otomaas, qui demeurent sur les bords de l’Orénoque, xivent principalement de poisson, et ont en aversion toute esp’ece de

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