KCIIAX.K
U Le capital qui sert à acheter, sur un point du pays, pour revendre sur un autre, les produits de l'industrie nationale, tient généralement, dans toute opération de cette espèce, la place de deux capitaux distincts , qui tous deux avaient été employés dans l'agriculture ou dans les manufactures, et leur donne, de cette manière, la faculté de continuer cet emploi. Quand il prend des magasins d’un marchand une certaine valeur en denrées, il rapporte communément en échange au moins une valeur égale en denrées différentes. Quand ces deux parties de marchandises sont les produits de l’industrie nationale, ce capital remplace, dans toute opération de ce genre, deux capitaux distincts, qui avaient été employés à payer un travail productif , et leur permet de continuer à le maintenir en activité. Le capital qui envoie à Londres le produit des manufactures écossaises, et rapporte à Edimbourg du blé et des produits anglais , tient nécessairement, dans cette opération, la place de deux capitaux an-
glais qui avaient été employés dans l’agriculture ou dans
les manufactures de la Grande-Bretagne.
« Le capital employé à acheter des marchandises étrangères, pour la consommation intérieure , remplace aussi , quand cet achat est fait avec le ppeduit de l'industrie nationale , deux capitaux distincts ; mais l'un d’eux seulement sert à soutenir cette industrie. Le capital qui envoie des marcliandises anglaises en Portugal, et rapporte des marchandises portugaises en Angleterre, ne remplace qu'un capital anglais. L'autre est un capital portugais. C"est pourquoi, quand même les retours du commerce de consommation étranger seraient aussi prompts que ceux du commerce intérieur, cela ne donnerait que la moitié de l'encouragement à l'industrie et au travail du pays. » Wealth of Nations, liv. 11, chap. V.
M. Say est d’accord avec Smith, quand il tient le langage suivant :
« Le commerce intérieur d'un pays, quoique moins évi-
1,’ÉCIIAXGE.
dent et moins frappant, outre qu'il est le plus considérable, est aussi le plus avantageux. Car les envois et les retours de ce commerce sont nécessairement des produits nationaux. Us donnent le mouvement à une double production; et les profits n'en sont point partagés avec les étrangers. » Say,
Economie politique, liv. I, chap. ix.
Dans un chapitre subséquent, le même auteur, en désapprouvant la politique qui avait conduit le gouvernement anglais , poussé par le désir d'augmenter 1 exportation du produit de ses manufactures, à accorder des primes sur les exportations, observe
« Que le gouvernement anglais semble ne pas s être aperçu que les ventes les plus profitables à une nation sont celles faites par un citoyen à un autre citoyen ; car elles montrent une production nationale de deux v-aleurs : la
valeur vendue et celle donnée en échange. » Say, Econ. polit., liv. I, ch. XVII.
Le langage dont se sert le docteur Smith, dans l’extrait précédent, ne paraît pas très-propre à donner une idée des vrais fondements sur lesquels s’appuie sa doctrine. L'idée d'un capital intermédiaire, destiné c'i remplacer deux autres capitaux, introduit une complication inutile , d’autant que toute la question consiste dans l’avantage de l'échange d'un produit, ou d'une quantité de produits, ou d'un montant donné de capital, si l'on aime mieux ce terme, contre un autre capital, qui lui ressemble en ce qu’il est le résultat de l'industrie nationale , ou qui ne lui ressemble pas, par la raison qu’il provient de l’industrie étrangère. C'est un de. ceux-ci qui remplace l'autre. Le capital employé à effectuer l’échange peut, si les produits sont dans des magasins adjacents, consister seulement en argent monnayé. Si la distance qui les sépare est de deux ou trois milles , il consistera en partie en voitures et en chevaux. S'ils sont éloignés de cent milles, on peut y comprendre aussi un chemin de fer avec sa machine et ses wagons ; ou un canal, avec ses bateaux et
l/ÉOUANGK.
les animaux qui les tirent. Le capital qui est Liiistrumeiit de Léchauge ii’a aucune influence sur le résultat, excepté qu’il requiert payement pour les services qu’il a rendus, et enlève ainsi quelque chose des produits à ceux dont le travail les a rendus propres à l’échange. Il est difficile de comprendre dans quel sens on peut dire — qu’il remplace quelque chose, puisque, tandis qu’il ajoute à la valeur, — qui est la mesure de la difficulté qu’on éprouve a se procurer un produit, — il n’ajoute directement rien à la quantité des produits, mais retranche de la quantité qui en reviendrait sans cela à chaque producteur. Il ne s’ensuit pas que ces services soient inutiles à une communauté. Une certaine quantité est absolument indispensable ; et une classe d individus qui se consacre à opérer des échanges peut le faire avec une certaine économie pour le public, résultant du principe général que toute division du travail est suppression de travail. Il est néanmoins évident que plus le. montant du capital et du travail nécessaires pour faire marcher le commerce d’une communauté sera faible, plus il en restera do disponible à appliquer à l’oE'Uvre de la production.
Nous aurons occasion de citer d’autres passages de la Wealtk of dations, quand ils pourront faire comprendre plus clairement et plus aisément les bases de la proposition que nous discutons. Celui qui vient d’être rapporté plus haut a été choisi pour présenter, en même temps, la contradiction que lui opposent Ricardo et ses partisans. C est le point où les sentiers divergent, et ils conduisent à des dilférences irréconciliables. Ricardo cite en entier la proposition de Smith, et la commente de la manière suivante : «Cet argument me paraît fallacieux; car, quoique l’on emploie deux capitaux, l’un anglais et Uautre portugais , comme le docteur Smith le suppose, cependant le capital placé dans le commerce étranger sera le double de celui qui est employé dans le commerce intérieur. Supposons que l’Kcosse emploie un capital de 1,000 liv. st. dans la fabri-
lü
L ECHANGE
cation de la toile, qu’elle échange contre le même montant de soieries fabriquées en Angleterre : 2,000 liv. st. et une quantité proportionnée de travail seront employées dans les deux pays. Supposons , ensuite, que l’Angleterre trouve qu’elle peut importer plus de toile de l’Allemagne en échange des soieries qu’elle exportait auparavant en Ecosse, et que l’Ecosse, de son côté, voie qu’elle peut obtenir plus de soieries de la France qu’elle n’en recevait de l’Angleterre, en retour de ses toiles, l’Angleterre et l’Ecosse ne cesserontelles pas aussitôt de trafiquer ensemble? et le commerce de consommation intérieur ne cédera-t-il pas la place au commerce de consommation étranger? Mais, quoique deux nouveaux capitaux soient employés dans ce commerce, I un allemand, l’autre français, — le même montant de capitaux anglais et écossais ne continuera-t-il pas à être engagé et ne mettra-t-il pas en activité la même quantité d industrie que lorsqu’il était employé dans le commerce intérieur? » Principles of Political Economy, chap. xx.
On peut assurément répondre affirmativement à ces questions, sans convenir de la fausseté de l’argument du docteur Smith. La réponse admettrait seulement que si 1 Ecosse, alors qu’elle perdait un marché en Angleterre, en trouvait un meilleur en France, et que l’Angleterre trouvât aussi en Allemagne un marché à la place de celui qu’elle a perdu en Ecosse, — c’est-à-dire, si deux échanges étrangers prenaient la place du seul échange intérieur, — échanges montant à une valeur de 4,000 liv. st., 2,000 liv. st. fournies par laGrande- Rretagne, et 1,000 liv. st. fournies par chacun des deux autres pays, au lieu d’un échange intérieur qui ne comprend que des valeurs montant des deux côtés à 2,000 liv. st., alors l’industrie recevrait une impulsion tout aussi grande que si la soie et la toile eussent été échangées dans l île. La forme de l’interrogation admet, nécessairement, que les deux éventualités spécifiées arriveraient en même temps, avant que l’industrie de la Grande-Rretagne pût recevoir une coinpen-
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I sation pour la suspeiision de sou commerce intérieur ; et c’est
[ admettre que ce commerce contribue deux fois autant que
^ le commerce étranger à soutenir le travail du pays. Cette
proposition est, cependant, celle dont il fallait démontrer la i fausseté. Nous ne sommes donc pas obligés de nous informer
s^il est vraisemblable que les circonstances supposées arrivent en même temps. Si nous avions à le faire, une simple possibilité ne nous suffirait pas. Il faudrait qu’il fût prouvé que Tune devait faire naître l’autre ; — que la raison positive pourquoi la toile d’Ecosse devait être reçue en payement des soieries françaises, c^est c[u’elle ne pouvait être acceptée en échange des soieries anglaises ; — que c’est parce que les Ecossais rejetaient les soieries anglaises, que les Allemands devaient, en conséquence, les rechercher. On doit supposer, sans doute, que c’est le bon marché qui recommande un article aux acheteurs, toutes choses étant d’ailleurs égales. L’exemple que nous offre Ricardo donne à entendre que les Anglais trouvent la toile d’Allemagne moins chère que celle d’Ecosse, et qu’ils la payent en soieries : pourquoi donc la France, qui paye aussi en soieries, achèterait-elle la toile d’Ecosse à un prix élevé, au lieu de celle de l’Allemagne qui est à bas prix ? Cette supposition entraîne un état de choses qui mènerait naturellement à détruire la fabrique de toile en Ecosse, parce qu’elle ne peut pas lutter de bon marché avec la toile d’Allemagne, et de la manufacture de soie en Angleterre, parce qu’elle ne peut pas faire concurrence à celle de la France. L’industrie de la Grande-Bretagne, dans ces deux espèces d’emploi, doit se trouver sans ouvrage, ou ce désastre doit être évité par des moyens que Ricardo n’indique pas , et qui ne sont pas d’accord avec sa croyance que le commerce étranger est aussi avantageux que l’échange intérieur.
M. Mac Culloch, dans un ouvrage sur le commerce, cite le proposition d’Adam Smith, et fait, à ce propos, le raisonne' nient suivant ;
l/ECEIANOK.
« Si, quand on envoie les denrées écossaises au Portugal, elles sont aussi recherchées en Angleterre qu’avant qu’on les exportât, il faudra une augmentation de capital et de travailleurs pour approvisionner à la fois les marchés d’Angleterre et ceux du Portugal. »
Ceci n’a pas besoin de commentaire. Il e.xamine ensuite l'autre cas.
« Si, en même temps que les Ecossais commencent à exporter leurs denrées au Portugal, les habitants de Londres trouvent aussi un marché étranger où ils pourraient s’ap-
provisionner à meilleur marché des marchandises qu’ils importaient autrefois d’Ecosse, tout commerce cesse à l’instant entre l’Ecosse et Londres, et le commerce intérieur se change en commerce étranger. Il est clair, cependant, que ce changement n’ûccasionnera aucun embarras, et qu’il ne privera personne de travail. »
Nous nous arrêtons pour faire remarquer que nous avons ici, comme dans l’exemple de Ricardo, deux marchés étrangers, qu’on suppose avoir été acquis à la place de l’échange intérieur qui a été supprimé. La citation continue :
« Au contraire, les manufactures recevraient une nouvelle impulsion, tant en Ecosse que dans la métropole, parce que rien n’aurait pu induire les marchands à changer le commerce intérieur contre l’échange étranger, s’ils n’avaient pu disposer de leurs denrées avec plus d'avantage. Le fait est que quand on substitue le commerce étrknger à celui de l’intérieur, il y entre un nouveau capital, appartenant à la nation avec laquelle on le fait ; mais il n’y a aucune diminution du capital ou de l’industrie de la nation qui fait le changement. Loin de là, ils sont détournés dans des canaux
plus lucratifs, et sont employés avec un plus grand avantage. »
On ne peut manquer d’observer que, tandis que l’argument dans le premier des passages ci-dessus est conditionnel., la conclusion qui en est tirée dans le second est absolue.
L KCHA>GE.
l’ûiir les rendre liüiiiügènes, il laudrait que cette dernière fût ainsi conçue : — « Le fait est que quand on sul)stitue un double commerce étranger à celui de Tintérieur, il y entre un nouveau capital, etc. »
A Tégard du passage que nous avons souligné, on peut remarquer que si nous accordons que le seul motif des marchands écossais, en envoyant leurs denrées au Portugal au lieu de les envover à Londres, ait été la faculté d’en disposer avec plus d’avantage , cependant l’avantage n’est pas aussi clair du côté des marchands de Londres. Ils ont perdu le commerce intérieur, que fournissait l’échange de leurs marchandises contre celles de l’Ecosse, — ils l’ont perdu, non pas parce qu’ils voyaient aucun avantage à rompre avec leurs correspondants écossais, mais parce que ces derniers ont pensé qu’ils pouvaient gagner plus ailleurs. Ce n’est plus pour eux une affaire de choix de vendre à l’Ecosse ou
à la France, mais c’est une affaire de nécessité de vendre à
l’étranger, ou de ne pas vendre du tout. H ne s’agit pas pour eux de bénéficier le plus possible, il s’agit simplement de perdre le moins possible. Il faut vendre les denrées déjà produites ; et comme il ne se présente pas d’acheteurs pour elles, elles sont obligées d’aller chercher des acheteurs. (Juand rapprovisionnement est épuisé, si la demande s’arrête, alors le travail qui le produisait est privé de l’emploi auquel il s’était formé et dans lequel il avait acquis des connaissances et du talent. Il faut donc qu’il cherche à s’en procurer un autre, et qu’il recommence un apprentissage pour acquérir les connaissances et le talent nécessaires pour l’exercer. Si, au contraire, la demande continue, et que les producteurs travaillent à leur premier emploi , cela ne prouve pas qu’il leur est aussi avantageux qu’avant le changement, mais prouve seulement (ju’il est moins désavantageux que de mourir de faim, ou de perdre le capital qu’ils ont accumulé par leur talent, en se livrant à des travaux aux([uels ils ne sont [>as propres.
l’échaxgk. 233
L’erreur radicale de l’argument de M. Mac Culloch est cju’il laisse de côté les producteurs, parties réelles et dernières de toute échange, et qu’il leur substitue les marchands, classe dont les profits dépendent simplement du prix auquel ils peuvent vendre les denrées à l’étranger; tandis qu’à l’égard des échanges à l’intérieur, c’est la quantité des denrées qui a réellement de 1 importance pour la nation, leur prix n’est d aucune conséquence. Si le prix et la valeur correspondaient toujours, alors, au point de vue de l’intérêt de la nation prise en masse, moins le prix d’une quantité donnée des produits de son industrie serait élevé, mieux cela vaudrait. Ce serait une preuve que ces produits pourraient s’obtenir au prix de peu de travail, et que la communauté aurait un grand fonds de coihmodités à sa disposition, — à sa disposition, si tout le travail dont elle peut disposer trouve toujours de l’emploi; mais autrement, non. Le prix et la valeur correspondent en ce qui concerne l’intérêt des masses, seulement lorsque le travail réel de la communauté est égal à son travail virtuel, lorsque toute la cajiacité productive de la communauté est en activité, et réglée par la division la plus avantageuse du travail ; car une société est chargée du soutien de tous ses membres, qu’ils travaillent ou non. Le marchand particulier n’a point cet embarras ; s il augmente le nombre des improductifs en privant un individu de travail et en le réduisant à la mendicité, pour servir son intérêt personnel du moment , il en retire tout le profit, tandis qu’une très-petite partie du tort qu’il a causé à la société retombe sur lui ; le reste est supporté par ceux qui en sont innocents. Un profit en dollars et en cents, sur son journal, est pour lui la consommation et la fin d’une opération, dût le débit de cent fois le montant de ce profit au grand-livre de la maison des pauvres en être le résultat. Du moment que nous commençons à parler de marchands, ou à laisser le chiffre de leur profit se mêler aux opérations tacites de notre pensée, ces considérations importantes s’effacent à nos yeux, à moins que nous ne fassions un vigoureux effort