‹ Manuel d'economie politique [microform]Chapitre 35 sur 55 · KUlAMii · texte numérisé non relu

KUlAMii

pour les retenir. Un auteur qui écrit à tète reposée dans son cabinet peut éviter que ce faux point de vue se traduise dans son livre par quelque absurdité flagrante, tandis quelle échappe aisément à Uimprovisateur, chez qui Uordre des idées lUest pas aussi habilement combiné ; son inadvertance pardonnable ne fait alors que laisser apparaître ce qui se tenait caché sous le raisonnement de son maître. Ainsi, sir Roheit Peel , dans son discours au Parlement pour défendre le rappel des lois sur les céréales, le 6 juillet 18 49, essaya de soutenir la doctrine de Ricardo et des économistes anglais modernes, en donnant l’exemple suivant :

« Supposons le cas de deux artisans ou de deux maicbands, qui résident dans la même ville, l’un cordonnier, l’autre tailleur. Celui-ci a besoin de souliers, celui-là d’habits : ils pensent qu’il est de leur devoir d’encourager l’industrie de

leur ville, de trafiquer l’un avec l’autre, au lieu d’échanger avec des étrangers. Le cordonnier paye dix schellings au tailleur une certaine quantité d’habits, qu’il aurait pu avoir pour sept à la ville voisine. Mais, par voie de compensation, le tailleur lui donne sa pratique, et paye dix schellings des souliers qu’un cordonnier d’une ville plus distante lui aurait vendus pour sept. N’y a-t-il pas dans le trafic entre ces deux ouvriers une perte de sixschellingspourlaville où ils vivent » Il est très-remarquable qu’un homme intelligent se soit imaginé qu’on pût donner à cette question autre chose qu’une réponse négative. L’opération est un échange de souliers contre des habits, et rien de plus. Comment la ville peut-elle être intéressée à ce que les prix soient plus élevés ou plus bas, tant qu’ils sont les mêmes pour les deux articles? Mais prenons un dernier cas et supposons que les habits exposés dans la montre du tailleur soient cotés al ,000 liv. st., et que le cordonnier soit obligé d’emprunter à un banquier pour les acheter. Le jour suivant, le tailleur, voyant une paire de souliers cotée aussi à 1,000 liv. st., l’achète avec le même argent ( lu’il areçuducordonnier,et celui-ci reporte cet argent auban-

l'kciiancf:. :2.17

quier' en payement de sa dette. La ville possédait, avant l’échange, des souliers, des habits et 1,000 liv. st.; elle les possédait encore après. Ce qui est vrai d’une ville l’est aussi d’un plus grand territoire. Il importe peu à ceux qui échangent leur travail que les prix attachés aux produits soient bas ou

élevés, pourvu qu’ils aient avec le travail la même proportion dans un cas que dans l’autre.

Sir Robert Peel explique l’application de ce passage, en regardant les schellings comme représentant chacun une heure de tra\ail; et en disant c|ue, dans l’échange entre le cordonnier et le tailleur, chacun a donné dix heures de travail pour un article qu’il pouvait obtenir pour sept, a Chacun, demandet-il , n aurait-il pas pu se procurer par un travail de sept heures ce qui a lui coûté un travail de dix heures, et avoir ainsi trois heures à sa disposition ? » Cela dépend évidemment de la question de savoir s’il aurait pu ou non se procurer du travail. Chacun d’eux a condamné l’autre à l’oisiveté, et chacun a, malheureusement, dix heures à sa disposition, sans en trouver l’emploi. Le problème est de savoir comment un homme peut obtenir sept schellings en dix heures d oisiAete / Sans doute, il est plus aisé de gagner sept schellings que d’en gagner dix, eu travaillant au même taux de salaire; mais quand le salaire cesse, il est aussi impossible de se procurer sept schellings que dix.

Quoique l’explication donnée par Robert Peel serve à montrer que le raisonnement basé sur les relations de prix ne détermine réellement rien à l’égard de l’intérêt général de la communauté, elle fait naître, néanmoins, une question qui renferme quelque chose d’essentiel. Nous pouvons regarder comme suflisamment prouvé que l’échange à l’intérieur, toutes choses égales, alimente deux fois plus d’industrie productive que ne peut le faire un commerce étranger de la même étendue. Cependant, deux ouvriers dont le travail suffit seulement à leur subsistance n’ajoutent pas plus au capital de la nation que ne le fait un seul. Peu im-

i/kchangk.

porte qu’il y en ait un qui ne produise que ses aliments ou qu’il y en ait deux, le capital de la communauté n’en reste pas moins stationnaire. S’ils cessaient d exister, la nation ne serait pas plus pauvre qu’auparavaut, excepté au point de vue militaire. Si cependant, outre leur salaire, ils produisent un surplus, quelque petit qu’il soit, la richesse nationale est augmentée, et la mort de l’un d’eux serait une perte réelle. Il nous faut donc rechercher si le commerce intérieur a, sur le commerce étranger, l’avantage de rendre une quantité donnée de travail plus productive, comme il a celui d’alimenter une plus grande quantité de travail.

Nous avons démontré que l’avantage de l’échange, étranger ou intérieur, vient de ce qu’il augmente la production, en créant la division du travail. Tous les exemples que nous avons donnés comme explications ont montré le travail consacré à adapter les choses à l’usage des consommateurs, l.e chapelier, le cordonnier, le tailleur, prennent les étoifes faites de laine, de chanvre ou de coton, les peaux et les fourrures des animaux, changent la forme qu elles avaient en sortant des mains du premier producteur, et les convertissent en ol)jets fabriqués, qui n’attendent plus que les consommateurs. Si le résultat des deux systèmes d’échange est de rendre le travail plus efficace, ce doit être ou en occasionnant une économie de matières premières, c’est-à-dire en faisant produire la même quantité et la même qualité d’objets fabriqués avec moins de matières premières, ou bien en donnant à la même somme de travail le pouvoir de façonner et de transformer une plus grande quantité de matières premières. Mais ce dernier moyen n’est évidemment utile que s’il conduit à produire une plus grande quantité de matériaux. Si l’on ne fournit pas plus de laine, plus de lin et plus de coton, le talent qui les convertit en vêtements avec une économie de travail est tout à fait inutile; il faut que le travail supprimé dans la façon soit appliqué à la production des objets à faç(»nner. Dans l’autre cas, celui où

l’échangk.

1 avantage obtenu est une économie de matériaux, nous trouvons pour résultat le même profit. Dans toutes les circonstances, le profit se montre dans la production d’une utilité donnée, avec un excédant de matériaux qui servent de base à une nouvelle utilité.

La question est donc réduite à celle-ci. Quel svstème est le plus favorable à la production des matières premières : celui qui favorise la fabrication de ces matières sous la forme propre à les foire consommer dans le voisinage immédiat des producteurs, où ils sont échangés contre le travail «le ceux qui sont occupés à les transformer, et à les transporter entre les mains de ceux qui doivent s’en servir, — ou celui qui les transporte à l’étranger pour l’usage d’autres nationalités?

Les grandes divisions des arts sont celles de la production, de la conversion et de l’échange, de l’agriculture, des manufactures et du commerce. La première comprend le travail des mines et toute espèce d’industrie qui extrait du lieu de sa formatiun et amène à la surface de la terre la richesse élémentaire enfouie dans son sein, afin de la transformer et de la mudiüer pour l’usage de l’homme. La seconde compieiid tous les arts qui opèrent des altérations mécaniques un chimiques dans la forme ou dans la composition des matériaux, soit que les opérations aient lieu dans de vastes établissements , avec un mécanisme compliqué, ou qu’elles soient conduites par un seul ouvrier, avec les instruments ; les plus simples. La troisième renferme toutes les branches i d’industrie qui ont pour objet de changer la situation locale * et le droit de propriété des produits, par le transport, ou simplement p;ir la "\ente et l’achat. L'agriculture est la première par le rang et l’importance; les autres ne sont qu auxiliaires, — leurs avantages se bornant à permettre aux cuinnmnautés de consacrer une plus grande portiun de leur energie à cette première profession de riiomme, et ayant

pour mesure le plus ou le moins de pomnir qu'elles leur doiiuent de s’v livrer.

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l/Kr.HANT.F..

Nous sommes ainsi amenés à considérer 1 inlluence que le voisinage ou l’éloignement des consommateurs manufacturiers exercent sur la fécondité de l’industrie agricole ; ce voisinage ou cet éloignement dépendant^ comme il est manifeste, du degré relatif d’importance qu’ont acquis ou le commerce intérieur ou le commerce avec 1 étranger. Ceci nous mène à étudier les obstacles à l’échange, qui sont évidemment les éléments de ses frais, et c{ui limitent la valeur que les opérations accessoires de l’échange peuvent communiquer aux articles c|ui en sont les objets. Le grand obstacle à l’association est la distance c{ui sépare le producteur et le consommateur ; le grand fardeau qui pèse sur eux, ce sont les frais de transport. Nous ne pouvons mieux aborder ce sujet qu’en rappelant l’extrait suivant de la Weülth of Nations, qui servira aussi à montrer l’accord qui existe entre les principes que nous avons posés dans ce chapitre et ceux

de l’auteur de ce grand ouvrage :

« Le grand commerce de chaque société civilisée est celui ((ui se fait entre les habitants de la ville et ceux de la -campagne. Il consiste dans l’échange des produits bruts contre dos objets manufacturés, échange immédiat, ou par le moyen de l’argent, ou de tout papier qui représente l’argent. La campagne fournit à la ville les moyens de subsistance et les matériaux pour les manufactures. La ville paye cet approvisionnement en renvoyant une partie des produits manufacturés aux habitants de la campagne. On peut, à proprement parler, dire que la ville, dans laquelle il n’y a, et ne peut y avoir, aucune reproduction de substances, reçoit sa richesse et son alimentation de la campagne. Il ne faut cependant pas s’imaginer, d’après cela, que ce que la ville gagne, la campagne le perde. Les gains de toutes deux sont mutuels et réciproques ; et la division du travail est, dans ce cas comme dans bien d’autres, avantageuse à toutes les personnes employées aux différentes occupations qui en forment les subdivisions. Les habitants de la campagne achètent

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