‹ Manuel d'economie politique [microform]Chapitre 38 sur 55 · I. I.CIIAM I · texte numérisé non relu

I. I.CIIAM I

possède, nuiis à la distance où il se trouve de ceux qui doivent manger, porter ou façonner ses produits. Il est réglé dans le choix des récoltes qu’il doit produire et des bestiaux qu’il doit élever, non par la quantité qu’il peut obtenir en retour d une quantité donnée de travail, mais par le sacrifice qu’il faut faire pour amener ses produits à la portée des consommateurs. Il peut consulter son inclination et son jugement, et déployer sa puissance productive, — sa profession, la grande profession de l’iiomme civilisé, est libre, — en proportion inverse de l’espace cjii’il a à parcourir pour faire ses échanges.

Il n’est pas besoin, à notre avis, d’une plus longue démonstration pour prouver que le commerce étranger, en détournant le travail do l’œuvre de la production pour l’employer à transporter les produits, entraîne nécessairement, si on le compare au commerce intérieur, une perte positive de pouvoir. Plus ceux qui échangent seront près les uns des autres, plus, toutes choses étant d’ailleurs égales, la quantité de produits qu’ils pourront apporter au marche, et qu ils s offriront mutuellement, sera grande, et, par conséquent, plus le montant et la valeur des échanges qui s’effectueront entre eux seront grands. Il est évident que leur proximité les uns des autres sera en proportion du nombre des habitants dans le pays. Quand la population de 1 Etat de New-York, qui monte à présent à un peu plus de 3,000,000, se sera élevée à 6,000,000, les intervalles qui séparent maintenant les habitants seront do moitié moindres. Il ne faudra pas une quantité plus grande de transport pour tout le commerce réuni des 6,000,000, qu’il n’en faut maintenant pour celui des 3,000,000. La quantité de leurs produits, cependant, dans le cours naturel des choses, aura plus que doublé, tant parce qu’une plus petite proportion du travail sera détournée de la production, que parce que la plus grande partie du travail employé à produire deviendra plus féconde par une

L KCMANGE.

subdivision nouvelle des spécialités. Quant à cette dernière considération, nous nous contenterons à présent de citer un passage deM. Mill, qui contient la preuve de sa vérité, aussi bien qu’un témoignage de l’accord unanime de tous les économistes.

(( La division du travail, comme tous les écrivains qui ont traité ce sujet l’ont remarqué, est limitée par l’étendue de la vente. Si, par la division de la fabrique d’épingles, en dix emplois différents, on peut faire 48,000 épingles par jour, cette division ne sera convenable qu’autant que le nombre des consommateurs accessibles est assez grand pour avoir besoin chaque jour de quelque chose comme 48,000 épingles. S’il n’y a qu’une demande de '24,000, la division du travail ne peut être portée avantageusement que jusqu’au point uù l’on pourra produire chaque juiir cette quantité. Ceci est donc une autre manière par laquelle une augmentation de demande, d’une denrée tend à accroître l’efficacité du travail employé à sa production. L’étendue du débouché peut être limitée par différentes causes : une population trop faible ; une population trop disséminée et trop éloignée pour être aisément accessible ; le manque de routes et de transports par eau; et enfin, une population trop pauvre, — c’est-à-dire dont le travail collectif n’est pas assez productif pour lui permettre de consommer beaucoup. L’indolence, le manque de talent, l’absence de combinaison dans le travail de ceux qui, autrement, auraient pu deveniides acheteurs d’une denrée, limitent conséquemment la quantité de travail de ses producteurs. »

Nous avons traité la questiun de l’avantage comparatif du commerce intérieur et du commerce étranger, comme si le premier ne pouvait se substituer au second qu’(;n invitant le producteur étranger à émigrer et à s'établir à côté du producteur indigène, avec lequel il échangeait autrefois le fruit de son travail par- dessus les frontières des deux pays, et les espaces de terre et de mer qui peuvent les séparer. La raison pour laquelle nous avons posé la comparaison a^■ec

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cette restriction, c’est que les économistes qui soutiennent que les deux systèmes d’échange sont également avantageux avancent qu’il ne peut jamais être avantageux de naturaliser une nouvelle espèce d’industrie, si elle exige qu’un producteur indigène change d’occupation. Parce qu’un habitant du Connecticut, par exemple, s’occupe à faire des chapeaux qu’il échange contre des souliers faits en Angleterre, ils conçoivent que ceci est une preuve que son -travail lui rapporte plus à faire des chapeaux qu’à faire des souliers, et que, par conséquent, le changement se ferait d’une industrie lucrative à une autre moins avantageuse. Entre autres objections contre la force de ce raisonnement, on a remarqué qu’il suppose évidemment que personne n’est oisif, quoique désireux de travailler, dans le pays où l’on propose de transplanter la nouvelle industrie, — et que, de plus, il ne tient pas compte de ce fait qu’il naît des habitants tous les jours, et que, tous les jours, il y en a qui arrivent à l’âge du travail, et dont les occupations dans quelque branche d’industrie que ce soit ne privent personne d’emploi. Nous pouvons, au reste, éviter toute contestation et tout risque d’erreur et de malentendus sur ces points, en énonçant la question comme si la naturalisation d’une nouvelle industrie entraînait nécessairement celle des hommes qui l’exercent. Assimilons ce cas à l’introduction de la manufacture de la laine en Angleterre, dans les premiers temps de son histoire, par une émigration de tisserands de Flandre; ou à celle de la soie et d’autres manufactures, à une époque plus moderne, par les réfugiés huguenots, qui s’enfuirent de France, lors de la révocation de l’édit de Nantes. Si le lecteur veut relire le passage de M. Mill que nous avons cité plus haut, il verra que cette immigration d’artisans tend à obvier à tous les empêchements (jii’il énumère comme s’opposant à la division du travail dans les métiers en activité, en limitant l’étendue de leurs débouchés. La population estelle trop faible , chaque nouvel arrivé la rend plus forte.

t/ÉCHANGF,.

Est-elle trop dbsséminée et trop distante pour être accessible , l’addition de nouvelles recrues la concentre. La difficulté est-elle dans le manque de routes et de moyens de transport par eau, la nécessité du transport diminue avec la densité de la population. Les habitants qui sont éloignés d’un mille doivent avoir une route d’un mille de longueur. Qu’on les place à un demi-mille l’un de l’autre et il se trouvera deux hommes pour fiiire et entretenir cette route d’un demi-mille, quand autrefois il n’y en avait qu’un ; et chacun d’eux a plus de temps à donner à l’entretien de cette route, parce qu’il n’a pas autant de chemin à faire pour cela qu’avant. La puissance de réduire les frais de transport augmente, dans un pays, comme le carré du nombre des habitants. Quand il n’y a qu’un habitant par mille carré, il franchit péniblement et à grands frais, quoique chargé d’un léger fardeau, les sommets des montagnes, en suivant des sentiers tracés par les bestiaux ; quand il y en a cent, ils s’élancent à travers les \ allées sur un chemin de fer. La population est-elle trop pauvre pour pouvoir consommer beaucoup, l’économie des frais d’échange de ses produits et l’augmentation d’efficacité de son travail, en raison de sa pins grande division, suite nécessaire de la demande et du nombre accru des consommateurs, la rendront plus riche.

Un peuple est bien plus maître de son marché intérieur que de ceux qu il a en pays étranger. Il peut, par une convention exprimée sous la forme d’un acte législatif, ou autrement, assurer à l’industrie qui les approvisionne tous les marchés que lui ouvre la consommation intérieure, tandis qu’il en est réduit aux conjectures et aux essais, quant à l’étendue des débouchés que cette même industrie peut trouver, si ses produits sont forcés d’aller chercher des consommateurs à l’étranger ; il est exposé à voir ces débouchés réduits, non-seulement par une libre concurrence, mais enci>repar des lois restrictive's. Cette circonstance mérite considération ; mais nous ne pouvons que l’indiquer en passant.

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Nous avons ainsi comparé Tinfluence du commerce intérieur et du commerce extérieur, en ce qui regarde le montant de la production, en tant seulement que cette production dépend de la quantité et de- la qualité du travail humain que Ton peut employer à son accroissement, sous l'empire des deux systèmes comparés. Nous avons vu que le commerce intérieur est plus avantageux, parce qu'il permet une plus grande économie de travail nécessaire à la transformation et au transport, et, de cette manière, augmente la quantité de celui qu'on peut donner à la production. Il donne à un plus grand nombre de personnes la liberté de travailler à obtenir des matières premières de la terre, seule source dont on puisse les tirer. Le nombre des agriculteurs et des mineurs est augmenté. Si le sol qui compose le territoire de la nation n'est pas encore entièrement occupe et cultivé, il s’ensuit qu'on doit en cultiver une plus grande quantité; s’il est déjà cultivé, il est nécessaire de consacrer une plus grande proportion do travail à sa culture. Ceci arriverait, lors même que la substitution du commerce intérieur au «‘ommerce étranger n’amènerait pas du dehors de nouveaux habitants; il y aurait toujours une plus grande portion des habitants indigènes qui pourraient alors se livrer au travail des champs. Cela arriverait à plus forte raison, si l'iinmigration s’ensuivait. Et ici nous arrivons à l'objection des disciples de Ricardo à propos de « la fertilité décroissante du sol. » Ils annoncent que les meilleures terres ayant été cultivées les premières, les nouveaux cultivateurs sont obligés d’avoir recours à des terres qui ne donnent que des rendements inférieurs. Nous sommes ainsi revenus, dans le cours de nos reclierches, au point d’où nous sommes partis, et nous pouvons voir maintenant que si l'opinion de Maltbus et de Ricardo diffère de celle d’Ad. Smith, c’est par suite de leurs doctrines sur la population et la rente. S’ils ont raison, alors il est possible que les inconvénients résultant d’une augmentation de population, qui oblige à consacrer

l’échange.

plus de travail à la culture, puisse contrebalancer l'avantage d’avoir une plus grande portion de travail disponible pour le labourage.

Nous avons examiné, dans le premier et le second chapitres de ce traité, les doctrines sur lesquelles se fonde l'objection ; et nous croyons avoir démontré péremptoirement qu'elles sont entièrement fausses, et directement opposées aux faits. Si les conclusions auxquelles nous sommes arrivés sont correctes, et si les hommes, dans l'œuvre de la culture, passent constamment des terres d'une qualité inférieure à celles d’une plus grande fertilité, alors le nouveau travail agricole, mis en activité par la substitution de la production et du commerce intérieurs au commerce étranger, doit être relativement plus efficace, et donner de plus grands profits relatifs que le travail déjà ancien. Les nouveaux producteurs ouvriront des mines, dans lesquelles la nature a déposé les éléments de la fertilité pour une plus longue période et en plus grande profusion que celles qui avaient été ouvertes avant. La quantité de produits qu’ils ajouteront à la masse de la production de leur pays sera plus grande que cello qu'un nombre égal de leurs prédécesseurs aura pu y apporter, parce qu'ils obtiennent un plus grand secours des forces végétatives accumulées, que l’on n’a pas encore épuisées. Le surplus d’ouvrage, que la communauté a obtenu en reportant le travail de l’échange vers la production, est fait dans des circonstances plus favorables et avec de meilleurs instruments.

Nous n'avons pas l'intention de renouveler la discussion de la doctrine de Ricardo sur la rente. Pensant que le lecteur est suffisamment convaincu de son inexactitude , et qu'il croit, comme nous, que le dernier travail appliqué au sol est, autant qu'il dépend des lois de la nature, le plus profitable au lieu d’être le moins avantageux , nous appellerons plutôt sou attention sur quelques considérations, dont la solidité ne dépend pas de l'opinion qu'on peut s'être faite sur l'ordre de la cul-

lè;

l’Échange.

tnre. Il convient cependant de lui rappeler que Ricardo reconnaît « les avantages de situation » comme équivalents, a tous égards, à la fertilité du sol. Les avantages de situation ne sont rien autres que la plus grande facilite ou la moindre nécessité du transport. M. Mill définit positivement ainsi cette expression ' « Il se peut, remarque-t-il, que le sol soit inférieur en fertilité ou en situation. L un demande une plus grande proportion de travail pour faire croître les produits ; Tautre, pour les transporter au marché. » U répète après quelques phrases : « Les terres inférieures, ou celles qui sont situées à une plus grande distance du marché, donnent certainement un moindre revenu -, et on ne peut fournir à une augmentation de demande, à moins d une augmentation de frais et, par conséquent, de prix '. Une page plus loin, la même idée est encore répétée : « Ce ii’est que lorsqu’il ii’y a plus de terres à défricher, excepté celles qui, à cause de leur éloignement ou de leur mauvaise qualité.

exigent pour être avantageusement cultivées une hausse considérable des prix, qu’il peut devenir avantageux d’appliquer aux terres américaines le haut degré de culture de l’Europe ; excepté , peut-être , dans le voisinage immédiat des villes, où l’économie sur le transport peut compenser la grande infériorité des produits du sol lui-méme. » Or, 011 ne peut manquer d’observer c{ue l’uiie de ces causes

de la diminution du revenu de la terre est directement opposée à l’autre. La même augmentation de population agricole, qui force les nouveaux venus à cultiver des terres inférieures, diminue les distances qui les séparent. Ceci est une objection générale contre la doctrine. A l’égard de son application à la question particulière que nous discutons, il suffit de remarquer que, quelque éloignés cjiie soient les producteurs des consommateurs dans les limites de leur • propre pays, ils en seront toujours pins rapprochés que si

1 PolUical Economy, vol. 1er, page 215.

l/ ÉCHANGE.

ces derniers étaient dans un autre pays; ils auront donc gagné des avantages de situation par le transport.

Il n’est cependant pas nécessaire de déterminer jusqu’à quel point peuvent se contrebalancer, par leur opposition, les deux éléments qui, dans l’hypothèse de Ricardo, influencent la production. Le système du commerce extérieur tend nécessairement par lui-même à appauvrir la terre déjà cultivée, à la réduire à un moindre degré de fertilité, ou, ce qui revient au même, à exiger une plus grande dépense de travail et de capital pour la maintenir au même degré de fertilité. Nous avons vu que le phénomène de la germination n’est qu’une partie du phénomène de la circulation ; qu’il n’y a pas de nouveaux éléments créés par l’action des forces végétatives, mais qu’elles ne font que transformer des éléments préexistants. Chaque récolte est formée de substances fournies par les récoltes d’avant, et les principes qui manquent dans l’engrais disparaîtront têt on tard des produits. L’épuisement et la rénovation doivent se succéder en mesure égale. Si un élément, quelque faible qu’en soit la proportion, est constamment retiré du sol, le produit dont il est une des parties intégrantes doit enfin cesser de se former. Si les animaux sont nourris sur le sol, leurs e.xcréments lui rendent une grande partie de la matière inorganique que les plantes dont ils se nourrissent lui ont dérobée. Mais les pâturages les jjlus gras donnent, au bout d’un certain temps, des signes d épuisement, si les jeunes bestiaux qui y paissent sont envoyés à des marchés éloignés. Que les bestiaux restent, et ils rendront fidèlement leur engrais. Si ce sont des vaches, leur lait contient une quantité considérable de phosphate de chaux, et si on l’envoie au marché sous sa forme naturelle ou sous celle de beurre ou de fromage, le sol cessera de fournir la pâture propre à faire du lait. Les pâturages du Cheshire, en Angleterre, fameux par la quantité qu’ils fournissaient de ces articles, ont été appauvris de cette manière. On les a restaurés par l’application d’un engrais d’os moulus.

— d'os humains, apportés, en grande partie, des champs de bataille du continent — qui contiennent chimiquement les mêmes substances que le lait.

Nous avons une preuve de l’importance de ce qui peut paraître une perte insignifiante pour le sol, dans le fait rapporté parle professeur Johnston, que des terres, qui ne payaient que cinq schellings de rente par an, ont été amenées, par une application des phosphates de chaux dont on les avait dépouillés par ignorance, à payer une rente de 40 schellings, tout en laissant à Téleveur un honnête profit. Des récoltes de différentes espèces absorbent les matières inorganiques du sol dans des proportions différentes : les grains, par exemple, s’emparent principalement des phosphates; les pommes de terre et les navets prennent la potasse et la soude. Mais toutes les récoltes, naturelles ou artificielles, enlèvent à la terre quelque ingrédient essentiel; et, sous quelque forme que cet ingrédient soit enlevé , qu’il entre dans les muscles et les os lies animaux ou des hommes, dans les tissus de coton, de laine ou de lin, dans les bottes ou les chapeaux faits do la peau ou de la fourrure des animaux, quel que soit enfin le nombre des transformations qu’il ait pu subir, le pouvoir végétatif de la terre dont il a été enlevé se trouve diminué d’autant. La nature est un créancier débonnaire, qui ne présente pas de mémoire de dommages et intérêts pour l’épuisement de sa fertilité. Nous n’avons donc pas coutume de porter en compte ce qui est dû à la terre. Mais nous pouvons nous former une idée de l’importance pécuniaire de cette dette, quand nous lisons que l’engrais appliqué annuellement au sol de la Grande-Bretagne était estimé, en 18o0‘, à 103,369,139 liv. sterl., somme qui excède de beaucoup la valeur entière de son commerce extérieur. Dans la Belgique, qui entretient une population de trois cent trente-six habitants par mille carré, — un habitant par arpent labourable.

1 Macqwm’s S^falisfks, paire 12.

L ECIIA.NOE.

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— qui, selon M. Mac Culloch, « produit plus du double de la quantité de grain nécessaire à la consommation de ses habitants, » et où l’on nourrit dans des étables d’immenses quantités de bestiaux pour se procurer du fumier, les excré-

ments liquides d’une seule vache se vendent 1 0 dollars par an. Les habitants de la Belgique, en rendant leur population, tant en hommes qu’en bestiaux, la plus dense du monde, peuvent produire du bœuf, du mouton, du porc, du beurre et du grain à un prix si bas, qu’il leur permet d’exporter ces articles en Angleterre, pour nourrir ce peuple qui croit à la surabondance de population.

La nécessité de mettre en ligne de compte l’épuisement comparatif provenant de la croissance et de l’enlèvement des récoltes, tout aussi Ijien que le bas prix comparatif de leur transport, modifie considéralilenient les conséquences qu’on pourrait autrement en tirer à l’égard de leur valeur. Un ouvrage dans lequel toutes les circonstances qui peuvent in-

fluencer l’économie des différents modes de culture sont soumises à un calcul mathématique rigoureux t — dont l’auteur a puisé les éléments dans des comptes exacts qu’il a tenus pendant quinze ans, en qualité de surintendant d’une école d’agriculture et d’une ferme modèle en Allemagne, nous fournit l’exemple suivant. Cet écrivain s’est assuré que trois boisseaux de pommes de terre contiennent la même quantité de

substance nutritive cju’un boisseau de seigle, — étalon auquel il compare toutes les autres récoltes. Il pose aussi en fait qu’un terrain de même étendue et de même qualité produit neuf boisseaux de pommes de terre, tandis qu’il n’en produit que trois de seigle ; mais qu’un boisseau de ce dernier article demande autant de travail qu’en exigeraient ü boisseaux du

’ De Tljunen ; Recherches sur l’influence quefc prix des grains, la richesse du sol et les impôts exercent sur la culture, page 178. L’ouvrage n’est connu de l’écrivain que par la traduction française, faite de

I allemand, sous les auspices de la Société nationale et centrale d’agriculture de France.

l'échange.

premier. En cultivant des pommes de terre, on pourrait donc obtenir une quantité donnée de nourriture d'une surface d'un tiers moins grande et avec la moitié du travail qu'il n'en faudrait pour la produire sous la forme de seigle. Mais, pour entretenir le sol en bon état, de manière à ce cpi'il puisse produire du seigle ou des pommes de terre, il faut consacrer une portion de la ferme à la pâture, afin de se procurer do l'engrais. En faisant la part de ce que les deux récoltes eu question demandent de cet article, on trouve que la même surface qui suffit à la production de 39 mesures de substance nutritive sous la forme de seigle, au lieu d’en produire trois fois autant en pommes de terre, n'en donne que 64. La valeur des deux récoltes, au lieu d’étre dans la proportion do 100 à 300, n’est que de 100 à 164.

Le calcul ci-dessus est fondé sur la supposition que la ferme fabrique elle-même et économise son engrais. Cliaque ville, cependant, chaque hameau où il y a un rassemblement d’artisans, est un endroit où l’on peut enlever le rebut des récoltes, après qu’elles ont servi à la subsistance de l’homme ; et cette mesure, qui est d'un grand avantage à la santé des habitants, ne porte aucun préjudice à leur industrie. L’eau des égouts des grandes villes contient ce rebut à l'état liquide, extrêmement favorable ?i la croissance des plantes et à l'augmentation do la fertilité. « Le& égouts de chaque ville de mille habitants, dit le professeur .lohnston, emportentannuellement àlamer unequantité d'engrais égale à 270 tonneaux de guano, valant, au prix courant du guano en Angleterre, 1 3,000 doll. et capable de produire une augmentation de produits égale à 1 ,000 quartiers de grain. » Des ingénieurs habiles ont affirmé que l’engrais licjuide peut se distribuer à beaucoup meilleur marché que ne coûterait le charroi d'une quantité d’engrais ordinaire d'une fertilité égale. On a conduit l'eau des égouts de lapins grande partie delà ville d'Edimbourg dans une tranchée qui sert à inonder trois cents arpents de plaine, dont la fertilité est devenue si grande qu'on a pu les faucher jusqu'à sept

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fois dans une saison. Une portion de cette plaine, louée à long bail pour 5 liv. sterl. l'arpent, est sous-louée pour 30 liv., et quelques-unes des plus riches prairies sont louées à des taux encore plus élevés. Des avantages de cette espèce sont le résultat de combinaisons exécutées sur une grande échelle. Cependant les centres de population fournissent des engrais que le fermier utilise sur-le-champ, sans aucun autre secours que celui de ses charrettes et de ses chevaux. Pour juger s'il est plus avantageux de faire l’engrais sur la ferme, en employant à cet objet des portions de terrain qui autrement pourraient produire des récoltes pour la vente, que de l'acheter à la ville, il faut savoir quel en est le prix, et à quelle distance il est nécessaire de le transporter. L'agronome allemand, que nous avons cité plus haut, a calculé la relation qu’il y a entre les prix que le fermier peut donner pour le fumier qu’il achète à la ville, — pour produire des pommes de terre avec la même économie c|ue si cet engrais provenait des récoltes de la ferme, — et la distance à laquelle il lui faut le transporter. Il résulte de son calcul qu'une quantité d'engrais qui vaudrait 5 doll. 40, si on l’appliquait à un terrain situé dans les faubourgs de la ville, ou dans un endroit où les frais de transport sont si faibles qu'on peut les omettre, ne vaut que 4 doll. 20, si la ferme est éloignée d'un mille allemand (4,60 milles anglais), — 3 doll. 1 0, si la distance est de deux milles allemands, — 1 doll. 90 à trois milles, — 83 cents à quatre milles ; et qu'à la distance de 4 \ milles allemands, ou 22 milles anglais, il ne peut plus rien en donner, quoiqu'il lui soit encore aussi avantageux de le transporter que d'abandonner la culture des pommes de terre sur cette portion de sa ferme, qui sans cela doit être employée à la production de récoltes propres à rendre à la terre la fertilité que les tubercules épuisent.

Il suit des considérations que, dans les paragraphes précédents, nous avons essayé de présenter d'une manière bien imparfaite eu égard à leur importance, que la proximité du

2()0 l’échange.

producteur de l’endroit où la transformation et Téchange ont lieu, — en d’autres termes, des consommateurs, — est absolument nécessaire pour qu’il puisse produire |les récoltes que la terre fournit le plus abondamment. La même surface de terrain qui, semée en blé, donne deux cents livres do ce qu^on a appelé substance musculaire, — c'est-à-dire ayant la faculté d’entretenir les muscles, en donne quinze cents si on la plante de choux; elle en donne mille, quand on y sème des navets; et quatre cents seulement, si elle produit des haricots * . Ce n’est, cependant, comme nous l’avons vu, que dans un cercle limité, autour des centres de population, que les agriculteurs peuvent choisir l’ohjet auquel ils veulent consacrer leur terrain et leur travail. A mesure qu’augmente leur éloignement des consommateurs, deux causes agissent de concert pour diminuer leur pouvoir. La première, ce sont les frais de transport de leurs récoltes au marché, qui les forcent à choisir celles qui ont le plus de valeur sous le moindre volume ; car la production de ces récoltes demande beaucoup d’espace et de traA'ail . La seconde est la difficulté de rapporter, d’une grande distance, le ixîbut de la récolte, — l’engrais, — faute duquel la récolte elle-même disparaît. Quelle que soit la qualité du sol, ces considérations s’appliquent également. Elles sont vraies, que la théorie de lUcardo, sur l’occupation du sol, soit A’raie ou fausse ; mais elles contredisent celle de Malthus, parce qu’elles prouvent que la densité de la population est essentielle à l’abondance des moyens de subsistance.

Les explications que nous avons employées ont généralement supposé l’existence de villes, dont on puisse tirer, pour stimuler une production nouvelle, les éléments de fertilité qui restent dans le rebut des produits végétaux et animaux, après que tout ce qui est utile à la nourriture ou à l’habillement des êtres humains en a été extrait, ainsi que ce que

' rrolessor Johnston, in Edinhurg Rÿicieiv, lor october 1849.

L ECHANGE

le corps rejette après le phénomène de la digestion. Il y a, dans ceux qui s’occupent du travail de transformation et d’échanges, une tendance visible à s’agglomérer dans les villes. Le degré de progrès industriel auquel une communauté est arrivée^ est marqué par la proportion qui existe entre la population de la campagne et celle de la ville. C’est une tendance inévitable, car la population attire la population. Partout où un forgeron établit sa forge et son enclume, il appelle autour de lui le boulanger, le tailleur, le charpentier, et tous les autres artisans dont le travail peut contribuer à son aisance. Leurs enfants demandent la présence du maître d’école, et avec lui vient le besoin d’un libraire et d’un imprimeur. Un seul tailleur peut probablement faire des habits pour cent personnes; s’il en est ainsi, l’arrivée d’un individu ne demande que cette petite fraction, — la centième partie d’un tailleur. Il demande, cependant, quelque fraction du travail de cent autres artisans ; et quand ces fractions sont réunies, comme par l’addition de trois cents personnes à la popu lation d’une ville, par e.xemple, leur valeur monte à une ou plusieurs unités. Supposons qu’on construise une fabrique sur le bord d’uiie rivière, et qu’on y rassemble cent fileurs et tisserands, il est évident qu’il faut cpi’il v vienne aussi des bouchers, des boulangers, des cordonniers, et que ces derniers a,ppellent aussi de nouveaux habitants, en fournissant de l’emploi à leur travail. S’il n’y a qu’un nombre de charpentiers suffisant pour fournir aux besoins des ouvriers, en construisant les machines, les bâtiments, etc., il en faut un autre pour scier et raboter pour le forgeron et les autres artisans, pour l’épicier, le médecin, et l’ecclésiastique. Avec chaque nouveau Aenu, la nécessité d’envoyer chercher un produit ou un service à une ville éloignée diminue, les avantages de l’association augmentent, et la ville présente plus d’attractions. La population gravite vers elle en proportion de sa masse, —du nombre d’habitants qui y est déjà rassemblé.

L’ÉOHA^GE.

Notre raisonnenieiit ne tire cependant pas sa force de riiypothèse que les consommateurs sont assemblés en grand nombre dans les villages ou dans les villes ; il n'en perd rien si cette supposition n'est pas acceptée. x\.u contraire, plus les habitants sont distribués également s:^r leur territoire, moins est grande cette dépense du transport qui diminue leur pouvoir productif. Le cours naturel des choses tend au développement d'une multitude de petits centres d'échange, et Adam Smith en donne ainsi les raisons. Après avoir remarqué que, « selon le cours naturel des choses, la plus grande partie du capital de chaque société croissante est d'abord dirigé vers l'agriculture, ensuite vers les manufactures, et, en dernier lieu, vers le commerce extérieur, » il déclare « que cet ordre des choses est favorisé dans chaque pays par les inclinations des hommes; » et, après avoir donné les raisons pour lesquelles l'homme conserve, à toutes les époques de son existence, une prédilection pour l'occupation primitive de ses pères, il continue :

« Sans le secours de quelques artisans, il est certain que la terre ne peut être cultivée qu'avec un grand désavantage et une interruption continuelle. Les forgerons, les charpentiers, les charrons, les maçons, les tanneurs, les cordonniers et les tailleurs sont des gens dont les services sont fréquemment nécessaires au fermier. Ces artisans ont, aussi, fréquemment besoin des services les uns des autres ; et quand ils no sont pas forcés, comme le fermier, de demeurer dans un endroit déterminé, ils s'établissent naturellement dans le voisinage les uns des autres, et forment ainsi une petite ville ou un village. Le boucher, le brasseur et le boulanger viennent bientôt les rejoindre, avec beaucoup d'autres ouvriers et d'autres détaillants qui fournissent à leurs besoins ou à leurs comforts, et qui contribuent à augmenter encore davantage la population de la ville. Les habitants de la ville et ceux de la campagne se rendent mutuellement service. La ville est une Ibire ou un marché perpétuel, auquel les habhants

h ECIIAXCK.

de la campagne se rendent pour échanger leurs produits bruts contre des objets manufacturés. C'est ce coininerce qui fournit aux habitants de la ville les matériaux de leurs professions et leurs moyens de subsistance. La quantité des produits fabriqués qu'ils vendent aux gens de la campagne règle nécessairement celle des denrées premières et des provisioifô qu'ils achètent. Leurs travaux et leurs moyens de subsistance ne peuvent donc augmenter qu’en proportion de l'accroissement de la demande des gens de la campagne ; et cette demande ne peut elle-même augmenter quen proportion des progrès et de la culture. C'est pourquoi, si les institutions humaines n'avaient jamais troublé le cours naturel des choses, la richesse et l’augmentation progressives des villes auraient été, dans chaque société politique, les conséquences des progrès et de la culture du territoire ou du pays.»

Les grandes villes, qui atteignent des proportions hors de

mesure avec la culture du pays, dans lesquelles la popula-

tion est entassée contre les lois de la nature, et que Jefferson appelait « les plaies du corps politique, » paraissent être partout les résultats du commerce étranger. En tant qu'elles forment une exception ou un obstacle à la tendance naturelle des choses vers la distribution des échanges entre les nombreux centres locaux, elles ne sont pas la conséquence de lois naturelles, mais le résultat des institutions qui permettent qu’on contrarie l’inclination naturelle des hommes à se conformer à ces lois, et à faire leurs échanges à l'intérieur plutôt qu'à l’étranger.

Nous avons maintenant démontré rigoureusement, nous le pensons, que le commerce intérieur, ou domestique, entretient au moins le double du nombre de producteurs que l'autre système pourrait maintenir dans le pays, et qu'il tend nécessairement a augmenter les qualités productrices de tous ces travailleurs, tandis que le commerce extérieur tend à dérober à la terre 1 aliment qui, seul, peut entretenir sa fertilité. La proposition est surtout vraie, quand elle est apjdi-

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quée à cette espèce de commerce que renseignement des économistes anglais modernes et la politique persévérante du gouvernement anglais ont tache d imposer aux nations, — commerce qui doit consister, de la part de tous les pays que ce gouvernement a pu cajoler ou forcer à entrer dans cet arrangement, dans la production des matériaux bruts des aliments et des vêtements, afin que ces matériaux, transportés en Angleterre pour y être travaillés, puissent être réexportés, sous la forme de denrées fabriquées, pour la consommation de leurs premiers producteurs. Adam Smith s’est élevé avec énergie contre les ordonnances par lesquelles ce gouvernement nous privait, pendant que nous lui étions encore soumis, de la liberté du commerce et de la liberté de production, bases indispensables du trafic. Parmi les règlements qu’il flétrit, se trouvent les suivants :

« Tandis que la Grande-Bretagne favorise, en Amérique, la manufacture du fer en saumons et en barres, en les exemptant des droits auxquels ces denrées sont sujettes quand elles sont importées de tout autre pays, elle frappe d’une prohibition absolue les manufactures d’acier et les fonderies — dans ses colonies américaines. Elle ne veut pas permettre qu’elles se livrent à la fabrication de ces aiticles plus raffinés, même pour leur propre consommation ; mais elle exige qu’elles achètent de ses marchands et de ses manufacturiers toutes les marchandises de cette espèce dont elles peuvent avoir besoin.

« Elle défend l’exportation d’une province à une autre, par eau et même par terre, à dos de cheval ou sur des charrettes, des chapeaux, des laines et des étoffes de laine de fabrique américaine ; règlement qui empêche tout à fait 1 établissement de manufactures de ces denrées pour rexportation hors de la province, et limite l’industrie de ses colons aux articles grossiers et domesti([ues que les familles fabriquent pour leur usage ou pour celui de leurs voisins, dans la

même province. »

l/ECHANCn.

Les mesures prises à l’égard de ces Etats indiquent le caractère de la politique anglaise vis-à-vis de ses colonies, dans le monde entier. Son uniepe objet est de les forcer à exporter leurs matériaux bruts, sous la forme la plus grossière, et d’effectuer leurs transformations dans ses manufactures , ses forges et ses magasins, au lieu de les faire chez elles, au moyen de la construction des machines nécessaires à la conversion de ces matériaux. Il nous a fallu une guerre de sept ans, pour obtenir la liberté du commerce, en tant que celle-ci dépend de l’absence de toute prohibition législative directe. Quand les nouveaux Etats l’eurent obtenue, ils manquaient entièrement de l’éducation industrielle que l’Angleterre leur avait défendu d’acquérir, et qu’elle avait encore le pouvoir de les empêcher d’acquérir, en défendant l’émigration des artisans et l’exportation des machines. Avec les avantages cju’elle possédait, et qu’elle maintenait par le monopole de ses machines et des ouvriers habiles à les construire et à les mettre en œuvre, ses manufactures purent vendre à si bas prix qu’elles ruinèrent les artisans aventureux, qui, dans d’autres pays, essayèrent d’imiter ses machines et de s’initier eux-mêmes à la manière de les employer.

Il est évident cp’un monopole du travail de transformation a le même effet sur les nations qui s’y soumettent, qu’il soit maintenu par la supériorité du talent ou par celle des armes. Dans l’un et l’autre cas, il les force à faire leurs échanges d’une manière qui dissipe et épuise les sources de la production, et enlève au travail sa récompense légitime. C’est à elles à décider si elles veulent se laisser imposer une marche contraire à l’ordre .de la nature et aux penchants naturels de riiomme, ou si elles veulent faire usage de leur liberté pour se conformer à cet ordre et suivre ces penchants. La question doit se résoudre par une comparaison des avantages et des désavantages. Les désavantages qu’elles auront à subir dans le premier cas, et que nous avons éiiu-

l/ÉCHANGE.

mérés, sont permanents de leur nature. Les avantages de la production et du commerce intérieurs sont permanents aussi, et, qui plus est, croissent sans cesse. Une diversité toujours plus grande de travaux, et, par conséquent, de talents, — une augmentation de capital, provenant de raccroissement de fertilité de la terre et d^une diminution des frais inutiles de transport, facilitent nécessairement encore une plus grande augmentation de talents et de capitaux pour Tavenir. La nation qui a une fois commencé à arnéliorer son pouvoir productif trouve chaque pas de son progrès plus aisé que le dernier; tandis que, du moment qu’elle se laisse ramener en arrière, elle voit diminuer son pouvoir de s’arrêter sur la pente ou de revenir sur ses pas. De l’autre côté, il y a un désavantage immédiat et palpable dans la résistance. Elle renferme un sacrifice apparent, celui d’acheter à plus haut prix, en argent, les denrées faites dans le pays, que celles offertes par la nation étrangère. Tel est, du moins, l’effet momentané. Si l’on pouvait prouver que cet effet doit être permanent, et que le prix en argent est un indice vrai de la dépense en travail, par laquelle on peut se procurer les denrées étrangères, il est certain que ceux qui veulent substituer la production nationale au commerce extérieur de- ^■raient s’appuyer sur d’autres considérations que les raisonnements purement économiques.

Dans 1 Etat de Tennessee, le coton croit dans un champ et le maïs dans le champ voisin. Tous les courants d’eau qui coulent maintenant sans utilité aucune offrent des positions propres à des usines. Sur leurs bords se trouvent en abondance le bois de charpente, la pierre et le minerai de fer pour la construction des bâtiments et des machines. Si l’on nous dit que le planteur, qui cultive le coton et le blé, peut, en envoyant à Manchester son coton pour y être filé et tissé, et en y envoyant aussi son blé pour former et entretenir la force mécanique chez les fileurs et les tisserands, obtenir ses étoffes à meilleur marché que s’il faisait

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filer et tisser le coton sur sa plantation ou sur celle de son voisin, par des ouvriers qui consommeraient son grain, on nous permettra de demander la preuve de cette assertion. Si l’on nous donne les prix courants de New- York ou de la Nouvelle-Orléans, comme preuve que les étoffes de Manchester s’importent à des prix plus bas que ne coûtent celles de Lowell et de Cannetton, nous ne pourrons nous empêcher de soupçonner que le prix en argent ne nous indique pas le véritable état des faits. En premier lieu, le planteur a sans aucun doute à payer le transport de son coton dans les fabriques anglaises, — il faut, peut-être, un dixième ‘ de la quantité de coton pour couvrir ces frais. Une quantité à peu près égale est rejetée comme déchet au filage. Ensuite, il lui faut payer le fret du blé qui nourrit les fileurs; et cette dépense absorbe les trois quarts de la valeur de cet article, comme le prouve le fait que le prix qu’il coûte à Manchester est quatre fois plus fort que lorsqu’il était sur la plantation. Les fileurs et les tisserands l’achètent à ce prix élevé ; et comme il constitue une grande partie de leur salaire, il entre dans la valeur de l’étoffe à ce prix. Le planteur le vend 25 cents le boisseau, et le rachète à \ dollar. En troisième lieu, une portion du coton sert à rémunérer le manufacturier pour l’usage de ses machines, et les ouvriers pour le surplus de salaire qui n’est pas employé à payer le blé. Enfin, le planteur a à payer le transport de l’étoffe de Manchester à son habitation. Le fait que nous venons de mentionner en dernier lieu mérite attention à ce point de vue. En estimant le meilleur marché d’un produit étranger, il faut voir le prix qu’il coûte aux différents endroits de consommation à l’in-

‘ Dans une assemblée tenue à Memphis par des planteurs de coton, il a été supputé que le tiers du prix auquel leur coton se vend à Manchester est employé à couvrir les différents frais de transport de la plantation à la rivière Mississipi, de cette rivière au lieu du chargement, le fret, la commission des facteurs et des marchands-commissionnaires, etc.

l.’l’ClIAM.F.

térieur du pays, ut iioii simplement ce qu’il coùteàs'ju amvée dans le port ou dans les magasins des villes maritimes.

U se peut que la dilTérence soit légère dans une île comme la Grande-Bretagne, mais aux Etats-Unis, qui s’étendent d un océan à l’autre, ou dans un empire comme la Russie, la différence peut être assez grande pour balancer dans quelques endroits, et pour surpasser dans d’autres, le bas prix en argent, dans les ports d’entrée, de la marchandise importée.

De tous les item de frais énumérés ci-dessus, les seuls qui soient communs à la production intérieure et à la production étrangère sont le salaire et le solde pour l’usage des machines, ou les profits. Tout le reste est une perte absolue, une dépense qui ne profite à aucun des deux pays. Si l’on peut importer une denrée étrangère a meilleur marché qu on lie peut la produire à l’endroit d’où 1 on tire la matière première, ce doit être parce que le producteur étranger possède des avantages dans le bas prix du travail et du capital, qui font plus que balancer la perte que les autres éléments des frais lui font essuyer. A l’égard du salaire, nous avons montré sufiisamment que le bas prix, au lieu d’étre l’mdico d’un travail à bon marché, prouve tout le contraire. Ce n’est pas une raison parce qu’on est obligé de payer de forts gages aux ouvriers pendant leur apprentissage, e^ même de plus forts quand ils l’ont complété, d’appréhender qu’on ne puisse réduire le coût de production, quand le talent est mûri par la prati([ue. De plus, le salaire est principalement dépensé en aliments ; et plus il est bas, plus t(R l’ouvrier l’épuise à se procurer ce premier de tous les besoins. Il est très-évident que peu importe à un planteur du Tennessee qu’il paye à un tileur demeurant dans son voisinage un boisseau de blé, ou i[u'il en paie le quart à 1 ouvrier de Manchester, en employant les trois autres quarts à solder les dépenses de transjiort de ce premier quart. Si l’on veut s’en tenir à la mesure en argent pour estimer les avantages comparatifs, il ne voit aucune différence à payer

L EUIAXGK.

2 lit»

2o cents par jour le salaire qui est incorporé à sou calicot, et de ne vendre son blé que 25 cents le boisseau, parce que le prix eu est réglé par un marché à quatre mille milles de distance, — ou de payer un salaire de l dollar par jour, et de vendre son grain 1 dollar le boisseau, parce que le maiebé est à sa porte. Ce qui est vrai du grain l’est également de tous les autres produits de l’agriculture, qu il faut exporter, à moins qu’on ne les consomme dans le pays. Les manufactures d’un pays ont donc une tendance nécessaire à réduire le coût des produits manufacturés, en donnant une plus grande valeur aux matières premières et aux aliments contre lesquels ils doivent être échangés, et au travail qu ils représentent. Cependant, en ne tenant compte que du prix en argent, cette considération nous échappe. Il en est de même de l’appauvrissement du sol, résultant de 1 expertatiuii de ses produits. Par cette raison, il faudrait ajouter une certaine somme au prix nominal de tout objet fabriqué, importé en échange de ces produits, pour que ce prix pût représenter le coût réel * .

1 Les extraits suivants de lettres adressées au bureau des Patentes, en réponse aux demandes annuelles faites par ce bureau sur la condition de l’agriculture dans les différentes portions de notre pays, donnent .me idée du résultat des deux syst'emes. Le premier est tiré d’une lettre du district de Chester, dans la Caroline du Sud, où le système d’exportation et de commerce étranger est en pleine activité.

« L’étendue du sol que nous cultivons et le peu de bétail que nous pouvons y nourrir semblent paralyser nos elforts... Le plâtre que nous pourrions acheter à Charleston pour 5 dollars le tonneau nous coûterait 20 dollars de plus à transporter ici. A’ous pourrions acheter trois arpents de terre vierge avec ce qu'il nous en coûterait pour en amender un au moyen de la chaux. » - Agricultural Report for 1850-51,

page 257.

«Kous voyons ici le sol devenu sans valeur, sous l’empire d’un système qui l’épuise; on est réduit à l’abandonner, parce qu’on ne peut obtenir les engrais à aussi bon marché que le sol vierge, qu’on sera obligé d abandonner à son tour. Dispersion et pauvreté, tels sont les résultats iu>

faillibles, i»

Les extraits suivants sont du Coimedicut, où le sol est pauvre; niais

Le taux du profit n’Influe sur le prix d’une denrée que dans la mesure de la fraction qu’ajoute ce profit au prix de l’unité de cette denrée. La quantité absolue de profit contenue dans le prix d’une seule aune de drap est ce que l’on doit considérer en comparant les deux manières de se la procurer. On peut tout aussi bien obtenir un taux donné de profit sur le capital employé en faisant un faible profit sur chaque unité qu’en en faisant un plus fort sur un plus petit nombre d’unités. Peu importe au manufacturier de vendre 2 millions d’aunes à un bénéfice d’un demi-cent par aune, ou de n’en vendre qu’un million avec un bénéfice d’un cent par aune, pourvu que la quantité de métiers qui produisent le plus petit nombre puisse aussi produire le plus grand. C’est pour cette raison que l’étendue et la régularité de la vente d’un objet fabriqué ont une grande influence sur ses frais de revient. Mais chaque nation a le pouvoir d’assurer, jusqu’à un certain point, un débouché à ses manufacturiers, celui de la coules manufactures ont créé un marché dans le voisinage pour ses produits, et l’ont mis à même d’économiser ses engrais.

« Il y a vingt-cinq ans, nos terres labourables étaient épuisées et présentaient un aspect aussi misérable que celles du Maryland et de la Virginie. Une culture judicieuse a complètement rajeuni ces terres, et leurs rapports et leur valeur ont augmenté de 100 à 500 pour 100. Le terrain qui, il y a quelques années, aurait à peine payé ses frais de culture, produit maintenant soixante boisseaux de grain à l’arpent, et d’autres récoltes à proportion. » — Neiv Milford, Connecticut. — Agricultural Report for 1851-52, page 178.

« Cette partie du pays est très-prospère, comme le prouve le prix du travail, qui, pour un domestique de ferme, n’est pas moins de 150 dollars par an, sans compter la nourriture... Tout ce qu’un fermier peut produire obtient un prix aussi élevé que dans toute autre partie des Etats-Unis, et se vend argent comptant ; ce que le fermier achète lui revient à aussi bon marché. Un jeune homme, quand il arrive à sa trentième année, peut se trouver ici posse.sseur d’un petit capital de 2,000 dollars, fruit de ses économies... On s’adonne ici aux occupations du jardinier-maraîcher, autant peut-être qu’à celles du fermier proprement dit. » — Groton Country, Connecticut, idem, page 18<>.

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sommation intérieure. En excluant la concurrence étrangère, et en donnant à ses nationaux la facilité d’augmenter leurs ventes, elle les met à portée de réaliser le même taux de profit, avec une réduction du montant de profit sur chaque vente, autrement dit, par une réduction de prix.

Mais ce n’est pas tout. Chaque boisseau échappé à la perte qu’entraîne le transport en pays étranger, — chaque boisseau provenant de l’augmentation de production, due à la conservation de l’engrais, qui autrement aurait été envoyé à 1 étranger sous la forme de denrées alimentaires et de matières premières , augmente de toute sa valeur le pouvoir d acheter, et ouvre aux manufactures du pays un débouché qui n’avait pas d’existence, et qui ne pouvait en avoir, à cause de la concurrence étrangère. Le marché ouvert aux produits nationaux est donc nécessairement plus grand que celui que le pays pouvait offrir au marchand étranger. L’exclusion de ce dernier y est plus que compensée, grâce aux efforts du producteur national. Ce n’est pas un simple transfert de l’un à l’autre d’un marché d’une étendue fixe , mais c’est la création d’une demande plus grande que celle qu’ils se partageaient auparavant L

‘ Cette vérité est singulièrement confirmée par la consommation du fer aux Etats-Unis. Dans son rapport au congrès, du 26 décembre 1851 . le secrétaire du Trésor a établi les faits suivants, qui prouvent que la demande du fer augmente avec la production indigène, et qu’elle décline dès que cette production est remplacée par l’importation du dehors :

L’importation du fer en barres et en gueuses, pour l’année finissantle

50 septembre 1842, se monta à 100,055 tonnes

La production de cet article dans les Etats-Unis, pendant cette période, à 250,000 »

Ce qui fait une consommation totale de 350,055 tonnes,

ou de 40 livres 3/4 pour chaque habitant.

En 1846, l’importation fut de 69,625 tonnes,

et la production indigène fut évaluée à 765,000 »

Ce qui donne un total de

ou une consommation de 92 livres par tête

834,625 tonnes,

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